LE PROCÈS
Le procès du Roi s'cnt^ag-ea nialyré tout devant rAsseml)lée nationale.
On a beaucoup écrit sur ce procès, tontes les pièces en ont été réunies et publiées en plusieurs volumes, ({u'il faudra lire avant d'accepter les rétlexions des historiens. Je n'y reviendrai donc pas^ si ce n'est pour quelques observations de détail.
Le 26 décembre MM. Malesherbes (i), Tron-
(i) La mort de Bailly et celle de Maleslierbes ont fait beaucoup de mal à la révolution parce qu'ils étaient £jénéralement estimés. On a dû naturellement les considérer comme des victimes. Je ne connoais pas assez les cause» qui ont fait mettre en jugement Maloslierbcs pour ne pas regretter qu'on ait usé d'une pareille sévérité envers un vieillard dont la vie tout entière fut un modèle de vertu et qui, par les dernières preuves qu'il en a données à Louis XVI, méritait un meilleur sort. Mais je dois le dire ici, si quelques liommes n'ont pas su a[)précier son noble courage et lui ont reproclié sa conduite, ce ne fut pas cependant la véritable cause de sa condamnation. J'ai ouï dire dans le temps qu'on avait trouvé chez lui une correspondance avec quelques émigrés de sa fanaille. Si le fait est vrai, la loi qui défendait sous peine de mort de semblables correspondances était sans doute trop rigoureuse puisqu'elle était contraire au.v lois de la nature, mais à qui peut-on reprocher cet e.vcès de sévérité, je dirai même d'injustice '? Est-ce au.\ juges qui ont appliqué la loi ou au.x législateurs qui l'ont faite ?
Quant à Bailly, je puis dire aussi rpi'on l'a traité beaucoup trop sévèrement et avec une barbarie sans exemple, mais il m'est impossible de convenir qu'il était sans reproches. Tout le monde connaît sa conduite au Champ-de-Mars,où il donna l'ordre de tirer sur des citoyens paisibles, qui s'étaient réimis pour signer une pétition dans laquelle ils demandaient la déchéance du Roi après sa fuite à Varennes. Il est vrai que la loi martiale avait été proclamée, mais le> sommations n'avaient pas été faites ainsi qu'elle le porte; Bailly convient lui-même dans ses mémoires que ces formalités n'avaient pas été remplies. D'ailleurs ce rassemblement avait-il le caractère d'un mouvement séditieu.x? Sans doute il eût
chet et Desèze accompag-naient Louis XVI à la J>arre. M. Desèze prononça la plaidoirie.
Tncidemment, je ferai remarquer que le passage suivant contient une inexactitude : « On a reproché à Louis, dit M. Desèze, la reddition de Lonçwy et de Verdun. — Je réponds qu'à Long^vy ce sont les habitants qui se sont rendus ; et, quant à Verdun, qui donc avait nommé ce commandant aujourd'hui si célèbre par son héroïsme, ce Beaurepaire, qui a mieux aimé mourir que de se rendre, si ce n'est pas Louis ? »
Beaurepaire n'avait point été nommé par Louis XVI au commandement de cette place, il ne la commandait que parce qu'il était l'officier le plus ancien en grade.
été plus çénéreux de ne pas rappeler ce triste événement qui <iui était couvert par l'amnistie qu'avait prononcée l'assemblée constituante, et d'oublier les erreurs de Bailly pour ne se souvenir que de la noble et courageuse opposition qu'il avait faite aux ordres de la Cour, lors du fameux serment du Jeu de-Paume ; son attitude à cette époque avait sauvé la France et méritait de la reconnaissance pour celui qui avait dcfendu avec tant d'énergie et de dévouement l'honneur français. Mais en révolution on ne sait pas toujours être juste et encore moins reconnaissant. Oui, malheureusement le peuple est inconslant et dans sa colère il tient trop peu do compte des services rendus. Compter stir la faveur populaire, c'est compter sur la glace d'une nuit.
J'ai aussi joui de quelque popularité puisque, le lendemain du 10 Août, je fus nommé président île la société des Jacobins quoique je ne fusse pas présent et que j'assistasse rarement à ses séances. Et cependant, le 12 germinal an III, j'ai vu des hommes, <jui venaient tous les jours chez moi mendier des apostilles, applaudir à mon arrestation. Papiers de l'Auleur.)
A la suite de la plaidoirie, Louis XVI prononça quelques phrases dans lesquelles il protesta de son innocence. On lui présenta les nombreuses pièces qui étaient à sa charg^e. 11 déclara ne pas les reconnaître, tout en convenant qu'il y en avait quelques unes dont l'écriture ressemblait à la sienne.