‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 39 sur 87 · INTRIGUES ET SÉDLGTIO.NS · texte numérisé non relu

INTRIGUES ET SÉDLGTIO.NS

On employa tous les subterfuges, toutes les inlri^-ues, tous les moyens de corruption pour prolon"-er le jugement du Roi, parce qu'en révolution c'est beaucoup de gagner du temps. Des femmes galantes et même quelques-unes de celles qu'on appelle des femmes de qualité furent mises en mouvement auprès des hommes influents et jusque dans les antichambres des comités.

A la fin de décembre 1792, Azéma, député de l'Aude, me proposa de sortir avec lui dans le jardin des Tuileries pour me faire part, disait-il, d'un fait important. Il m'assura que plusieurs députés^ qu'il me nomma, lui avaient dit qu'il leur avait été proposé des sommes assez considéraljles s'ils voulaient s'engager à ne pas voler la mort, et que les sommes seraient proportionnées au degré d'influence que ces députés pourraient exercer sur l'Assemblée. Je lui demandai si on lui avait fait connaître quelque agent corrupteur. lime répondit qu'ayant repoussé cette ouverture, qui lui était faite mystérieusement, il n'avait pas songé à entrer dans de plus amples informations, de peur de paraître disposé à accepter la proposition. Je lui observai ([u'il avait eu tort.

SUR LE PROCÈS DU ROI oiS

Azéma a voté pour la mori ; il a aussi volé contre l'appel au peuple et contre le sursis. Ainsi il ne peut pas être suspect d'avoir prêté l'oreille à ces propositions. Mais je n'en puis pas dire autant de ceux qu'il me désigna alors, car peu d'entre eux ont voté la mort et ceux qui l'ont fait ont voté pour l'appel au peuple et pour le sursis, c'està-dire que leur vote n'a pas été compté. Je ne les nomme point ici, parce que je n'ai pas la preuve matérielle de la corruption. Mais dans mon opinion la chose est plus que vraisemblable.

Un autre moyen de séduction beaucoup plus adroit a été employé vis-à-vis des membres les plus jeunes de notre assemblée. J'ai donné moimême dans le pièg-e comme plusieurs autres.

J'avais connu, lorsque j'étais à l'école de Metz, une jeune dame qui n'était à cette époque qu'une enfant . Cette dame s'était mariée depuis à un émigré, et elle se présenta chez moi vers le commencement de janvier 1798 sous prétexte de m'intéresser à la rentrée de son mari, ou du moins pour me demander s'il pourrait rentrer en France sans danger. La dame était jeune et jolie. Elle m'invita plusieurs fois à dîner chez elle, ce que je refusai constamment, parce que nous étions près-

que toujours en permanence. Enfin elle y mit tant d'insistance, et surtout tant de grâce, que j'acceptai un déjeuner. Le jour en fut fixé au i6 janvier, mais j'y mis pour condition qu'il aurait lieu j de bonne heure parce que mon devoir m'appelait à mon poste. Je n'avais pas prévu ([ue ce jourlà se déciderait définitivement le ju-ement de

Louis XVI.

En chevalier français, je fus exact au rendezvous, et c'est un tort dont je m'accuse.

La belle était encore dans son lit et me reçut dans un aimable négli-é ou plutôt dans uncostume galant. Le déjeuner se fit Ion-temps attendre. Je commençais à m'apercevoir que cette invitation avait un autremolif que celui quej'avais supposé. Je demandai la permission de me retirer. Alors la dame sonna sa femme de chambre et lui fit des reproches sur sa lenteur à servir le chocolat. Mais : la femme de chambre, qui avait le mot d'ordre, sortit en souriant, et, sur un signe que lui fit sa maîtresse, ferma la porte à double tour. 11 n'en fallut pas davantage pour me dessiller les yeux. Je me levai avec précipitation en dtMnandant à la dame si j'étais son prisonnier. Elle répondit en riant que cela ne serait pas un grand malheur pour moi. Comme je n'avais point envie de rire, je lui dis

SUR LIi: PROCES DU ROI 277

très sérieusement (jue si la porte n'était pas ouverte à l'instant, j'allais ouvrir la fenêtre et appeler la garde qui occupait un poste en face de sa maison. Après cpiel([ues pourparlers, la dame se décida à sonner de nouveau sa femme de chambre, et la liberté me fut rendue. Depuis je n'ai pas eu envie de revoir la belle intrigante.

Plusieurs de mes collègues ont été mis à la même épreuve (i).

Le dernier incident de la ridicule comédie qui fut jouée à l'Assemblée pour retarder le jugement du Roi se produisit pendant f[u'on faisait le dé[>ouillement du scrutin, dans la nuit du i6 janvier.

Un individu en bonnet de nuit et robe de chambre de malade se présenta au bureau et demanda qu'on inscrivît son vote au procès-verbal. C'était Duchàtel de la Vendée.

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