SUCCÈS ET REVERS
Le II avril, Clicaiillé, où commandait d'Elbùe eu per sonne (i), fut emporté, maloré une vi-ourcuse résistance par les troupes de Saint-Lambert (2), à la tète desquelles inarcha Berruyer (jui avait donne l'ordre au général Lcî-onjer d'attaquer Vezins. Celui-ci, repoussé d'abord, parvi^u cependant à s'en emparer. La division commandée par Gauvilliez passa la Loire le 16, et chassa l'ennemi de Saintl^orent Celle de (Juétineau (3) ne fut pas aussi heureuse (jue celle de Gauvilliez et ne put se soutenir aux Herbiers. L'échec qu'éprouva cette colonne eut des suites funestes. Il déran-
j'avais eue avec Berruyer .lai l„i reprochait son silence sur sa situation militaire.
— « Six fois je la lui ai envoyée, et il ne m'a i)as fait de réponse, me dil-il. '
— « Mais (juétineau est sous vos ordres''
« 11 me fit voir une lettre de Lei-onyer. .[ui portait que Ouélineau commandail eu chet les troupes de Bressiiire. ^
. Carra m'assura que ce qu'avançait d'Ayat était de la plus
*^'Tx nî'm. "^^ ■"' ''^'"'"' '•"*" I'*^"^^'" '^'^ •""' cela...,,(.V.rf?/'£'f/')
(1) DElbee elail saxon. Quelques écrivains, entre autres M. de Beauchamp, le font naf.re seulement d'une mère sa.xonne, mais ne disent jioint quelle elait l'oriiciiie de s,, 11 père
Tout ce (jiie je sais, c'est que sa famille habitait les environs de Beaupreau. et. quoique j eusse des propriétés et des parents dans ces contrées, je „ ai jamais pu découvrir si le chef de cette famille était rran(;ais ou Saxon.
/^K^^' L'=;^..ye"dcens s'étaient emparés de Saint-Florent, .lallais. Choie , Vdiiers, Chalans, Le^^é. Palluau, Chantonnay, Saint-Fulsfent, les Herbiers, la Roclie-sur-Yon.
Le -énéral en chef. Berruyer, .pii avait concentré l'armée aux environs d Anu:ers,diri-ea sa première attaque sur Chemillé. Le chef vendéen d Elbee y ava.l rassemblé les divisions commandées parBonchamp.Stofletet Cath.bneau.Le combat eullieu le , 1 avril.
La .{o« division (Ir -rendarmrrie. connue sous la dénomination des Vainqueurs delà //a«/£//e,commaiidéeparRossi-nol % «léplo-a beaucoup de coura-e. Celait à peu près le seul corps bien organise sur Icpiel berruyer put compter. Aussi ce fut ce bataillon .nii décida la victoire. '
Les Vendéens, battus sur tous les points, évacuèrent Chemillé et se retirèrent sur Beaupreau. ,P„in^rs de l.Uiteur, annniutions "S) "^'' ^'^'"/"''''* ^«^*" l-'i-ançais, depuis 1 y 9^ jusqu'à
(3) Quétin.au commandait à la Chàtai-neraie et à Bressuire. -Mais cet officier n'avait aucun talent et fit faute sur faute. Il avait servi s<)us Dumouriez; Beurnonville l'envoya à rarmc- de la Veno.'--e. (Pap. de /M.) •'
^•■ea tout le plan de campagne et obligea le général en chet à prendre d'autres mesures. Les communications étaient difficiles, cela demanda du temps. L'ennemi en profita pour rassembler de nouvelles forces (i).
Ce succès, en rendant les royalistes maîtres d'une arrande étendue de terrain, enfla leurs espérances et les rendit plus audacieux. Le lO, ils se portèrent sur la division de Leîgonver qui fut battue à Vezins, sans opposer une grande résistance, et se relira sur Vihicrs. Celle de Gauvilliez éprouva le même sort le i8, à Saint-Florent. Les ..troupes qui la composaient résistèrent d'abord avec beaucoup d'intrépidité; mais, attaquées parles forces vendéennes réunies, elles repassèrent la Loire. Ils ne resta plus au général eu chef d'autres moyens, pour n'être pas enveloppé à Chemillé, que de se replier avec sa petite armée sur le Pont-de-Cé pour protéger Angers qui n'en est éloigné que d'une lieue (2).
(i) « Lciïonycr après la défaite de Vihicrs se retira sur Doué, ou il fut attaqué par le' jeune la Rochejaquelein, le 20 avrlL Quéliiieau, qui (parlant des Herbiers) venait au secours de Leîg'onyer. est attaqué (aux Aubiers) avant d'avoir pu rejoindre ce g;énéral. La troupe qu'il n'avait pas su ranger en bataille fuit précijnlammenl. Son corps tout entier était anéanti, si quelques troupes régulières n'eussent proléu'é sa retraite. »
Choudieu, qui n'est pas tendre à l'ordinaire pour les historiens de Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de ij92 à i8i5 par une société de militaires et de {juns de lettres, résume cependant ainsi le récit qu'ils font du combat des Aubiers, sans s'écarter de leiu" version. Mais alors que devient l'intlulgente explication qu'il va donner de la maladroite campagne de Berruyer? Sans doute il ne fera que répéter ici ce qu'il a dit dans son rapport de 1 an II; mais dans une rédaction plus complète, en Aue de laquelle ses noies étaient prises sans iloute, il lui eût fallut adopter un autre système. En effet, la défaite de Quétineau aux Aubiers n'explique rien comme le voudrait Choudieu, car elle ne précéda pas les malheurs de Leîironyer et les lenteurs de Berruyer, 11 es.t donc nécessaire de savoir que Lefgnuyer avait été retenu à l'armée de l'Ouest par Choudieu cl Richard, et que le vieux Berruyer avait toutes leurs sympathies. [N. de t'édit )
(2| Gauvilliez fut toujours traversé par Berruyer et Leiponyer dans ses opérations. Ce ciloyen commandait unecolonne dan> le canton de Saint-Florent où il f'aisail de i;rands pruirrcs.ll eut ordr^ de Berruyer de la quitter, daller à Moulrevaul et à Beaupréau.
L'ne pai'tic de celle colonne commandée par Charlery fut à Bcauprcaa où elle bivouaipia deux luiils . LUe y fut criblée par les
L'AFFAIRE DF. SAl.NT-FLORENl 371
Le mauvais succès de celle première icnlalive doit être allribué à la faiblesse de nos colonnes, aux obslacles naturels qui s'opposaient à ce qu'elles pussent communiquer les unes avec les autres et se porter réciproquement des secours, principalement au peu d'énero-ie de la plupart des citoyens qui les composaient el à la malveillance de quelquesuns. Le sentiment de la liberté n'avait fait encore que de faibles progrès dans les esprits, el ce n'était qu'avec répug^nance qu'on faisait à la patrie le sacrifice de «pielqucs instants. Cependant quelques bons citoyens donnaient chaque jour des exemples du plus grand courai^e el du dévouement le plus absolu.
On vit dans ces différentes affaires des traits de la plus grande bravoure et des marques de la plus insigne fraveur. A l'affaire de Saint-Florent, des canonniers d'Eure-et-Loir se firent presque tous tuer sur leurs pièces que l'infanterie avait abandonnées ; une compagnie de la garde nationale de Luynes y périt presque tout entière (i); au combat de Vezins, cent cinquante grenadiers de Saumur et de Montreuil, postés dans le château de Bois-Grolleau, y résistèrent à l'armée vendéenne tout entière et ne se rendirent qu'après avoir épuisé leurs munitions et s'être passés, pendant près de deux jours, de nourriture.
rebelles parce que Berruyer, qui était venu jusqu'à .lallais el qui devait entendre la t-aiioiinade (prévenu d'ailleurs par un dctaclieinenl que lui avait envoyé Gauviliiez et qu'il n-linlj au lieu de venir à son secours, comme il l'.Tvait promis, rétrograda jusqu'à Chemillé. La troupe de Charlerv fut, en conséquence, partie sacrifiée et partie prisonnière. Elle n'était composée que de gardes nationales d'Angers el du département d'Eure-et-Loir. Le surplus de la colonne de Gauvillicz fut forcé de se reployer et dépasser la Loire à Saint-Florent. (jET^r/rfl/Vc/H rapport manuscrit des citoyens liardou el (Jau/onnier. Bibl. d'Angers, cit. p. l'Éd.)
(i) Les canonniers d'Eure-et-Loir, aux environs de Bcaupréau, se firent tous tu<r sur leurs pièces et i. côté d'eux fut hachée la compagnie de Luynes du département d'indre-el-Loire, non parce qu'elle fut abandonnée p;ir les autres bataillons, car ils n'étaient pas de force à résister à l'ennemi, mais parce que le général Berruyer, dont on a pris .Tvei- tant île chaleur la défense, refusa de faire mnrcher contre cette place une colonne de 5oo hommes ainsi qu'il en était convenu avec le général Gauvilliez. (Rapport du citoyen Benaben, Angers, an III.)
372 ISOTES SLK LA VENDÉE
Notre collègue Carra, qui revenait d'une mission (ju'il avait eue dans l'intérieur delà Vendée relativement au recrutement, vint nous voir en passant à Angers. Il était accompagné du général Berlhier, qu'il nous recommanda et que nous avons retenu auprès de nous comme chef d état-major, parce que nous n'avions i)as un seul officier capable d'en remplir les fonctions, tant était grand l'abandon dans lequel on laissait notre armée.
Nous invitâmes Carra à rendre compte à TAsscmblée nationale de l'état critique où nous nous trouvions; mais, au lieu de s'acquitter de cette commission, il peignit au contraire cette révolte comme facile à apaiser et le parti de la Gironde qui dominait alors, ne nous envoya aucun renfort. L'étrange conduite du comité de défense générale dans ces circonstances périlleuses donna de la confiance aux Vendéens dans leurs propres forces el leur fit concevoir une fausse idée de la H ipublique. Quoique la guerre durât depuis plusieurs mois, les forces qu'on opposait à la révolte étaient si peu considérables, ceux que nous devions réduire étaient en si grand nonîbre el leurs moyens si étendus, que leurs succès paraissaient presque certains à ceux qui ne savaient pas ce que peut l'énergie des hommes qui combattent pour la liberté, lors(|ue cette énergie est provoijuée par les dangers de la patrie.
Cependant nos dangers augnuiitaicnt chaque jour, et avec eux l'incurie du gouvernement. C'était en vain que nous écrivions lettres sur Icllrcs au comité de défense nénérale ; elles restaient sans réponses. Vainement le général lierruycr écrivait-il au ministre de la guerre, il ne recevait que des réponses vagues et des [)romesses insignifiantes qui restaient même sans effet. Le général Labourdonnaye, qui commandait l'armée des Côtes de Brest, écrivait de son côté; il ne recevait pas plus de réponse (jue nous.
Pendant ce temps, les X'endéens organisaient plusieurs armées formidables. Lescurc commandait du coté des Herbiers. La Hoclu'ja(iuelein commandait la division du Poitou. Le 5 mai, ils [iront leur jonction avec Bonchamp (i), (jui comman-
(i) Bj.icliamp (lait ik- (iaii> rAiijoii d'une famille rcspeclabii',
QUÉTINEAU F.T LA PUlSIi DE THOUARS 373
dait la division d'Anjou, et leurs armées réunies allaquèrent Thouars. Quclinean, qui s'y était retiré après sa défaite des Aubiers, commit la laiite de faire sortir sa petite armée pour présenter le combat à une armée six fois plus forte que la sienne, tandis qu'il pouvait se défendre avec plus d'avautaçe en restant dans la place. Il fut i)allu.
M. Alpbonse de Beaucbamp, dans son Histoivf des guerres de 1(1 Vendée, fait de Thouars une position militaireimportaute; je suis d'un avis contraire. Cependant ou peut s'y défendre derrière ses vieilles murailles. Les Vendéens firent grand bruit de cette victoire. Elle eut, en effet, beaucoup dintluence sur le moral des deux armées; elle inspira de la contiance aux uns et du décourag'ement aux autres.
Ouétineau fut accusé de trahison et traduit au tribunal révohitionnaire. Ce qui me fait croire- qu'il fut plutôt coupable d'impéritie que de trahison, c'est que, pouvant rester au milieu des Vendéens, ils se présenta de son propre mouvement et demanda des jug'cs. N'ayant pas assisté à ce combat, je n'en puis parler avec connaissance de cause (i).
mais pru connue avant la guerre do la Vendée. Il commandait dans la partie de la province d'Anjou qu'on appelait autrefois les Maiiços. Sans avoir de très grands talents militaires, il avait du coiiraçe et jonissait de la confiance de tout ce qui composait l'armée d'Anjou. Il était estimé, même des répul)lii'ains. parce qu'il avait plus tl'une fois donné des ])reuves d'humanité lorsque les autres chefs se faisaient, pour la plupart, remarquer par leurs hriçandages et leur cruauté. [Pap. de l'A.)
(i) H existe un mémoire justificatif pour Qnétinenu rédiirc par M. Gaultier (de Doué) et imprimé à Saumur de rim[)rimeiie de D. >[. Dec^ouy, dont extrait :
« Le ci-devant Lescure me dit étant entré en ville : « Bonjour, yi. Quélineau. — .le ne vous connais pas, lui répondis-je. — Je suis Lescure. (C'est à l'époque de la Fédération que nous nous étions vus.) Eh hien, me dit-il, vous n'avez pas voulu venir me voir pend;int ([ue j'étais votre prisonnier à uressuirc, mais je vous ai vn.moi. disputer avec les Marseillais les quatorze victimes qu'ils ont immolées inali;"é vous à coup de sahre ; vous insistiez pour les déférer à la Loi. Cette conduite de votre part est restée dans mon esprit ; embrassez-moi, donnez-moi la main, on me touchera avant qu'on vous touche, et votre t;arnison sera hien traitée. — (les dernières paroles dans un tel moment de désespoir étaient bien pnjpres à rendre accessible un ofllcier vaincu, tout farouche qu'il fût. J'y cédai et je suivis ces chefs
374 iNOTBS SUR LA VENDÉE
Ici fio'ure, pour la première fois, le prétendu évêque d'Açra, fait prisonnier à Thouars dans les rangs de l'armée républicaine. Il s'excusa auprès des chefs vendéens, en soutenant n'avoir pris l'habit national que pour se procurer un moyen de parvenir en Vendée. Il avait élé curé constitutionnel dans la Bretagne et se disait évêque in partions d'Açra. On eut lair de le croire et on l'employa comme une instruction utile vis-à-vis de la multitude. Il se nommait Guillot de Folleville.
Cette défaite etia prise de Thouars nous firent plus de mal que tous les autres échecs que nous venions d'éprouver. La division de Ouétineau, quoique composée uniquement de g-ardes-nationales, était la meilleure de l'armée. Elle laissait dans notre ligne un vide immense. Nos communications avec Niort et les contrées voisines se trouvaient interrompues et l'ennemi pouvait inpunément faire des courses dans les districts de Loudun et de Chinon.
qui me consiî^nèrent dans la maison dont ils firent leur lou:cment ; l'un d'eux roucha près de moi ; le lendemain on mit deux sentinelles à ma porte, et mon sort fut de mançer avec eux. »
Dans ses annotations, Choudieu dit encore à propos de la prise de Thouars :
* Après l'affaire des Aubiers, Quélineau s'était retiré sur Thouars, il fut attaqué par Bonchamp, La Rochejaquelein. Lescure. Un bataillon de Marseillais opposa seul de la résistance. Ouétineau tut accuse de trahison. Le fait est que, s'il ne trahit pas, il montra du moins une çrande impéritie. Les royalistes en s emparant de Tiiouars n'imitèrent pas les Vendéens que commandait (^harette à l'aft'aire de Machecoul. Ce fénùral fut accusé d'avoir fait massacrer tout ce qui tomba entre ses mains. Quelques écrivains imputent la responsabilité de ces massacres à un sieur Souchu, ancien employé dans les çabelles, et à un prêtre nommé Friou qui, parde prétendus miracles, faisait intervenir le ciel dans ces déplorables excès. Ouoi qu'il en soit l'odieu.x en doit retomber sur Charctte qui pouvait sans doute les empêcher ou du moins les faire punir. Un semblable massacre doit nécessairement imprimer une tache ineffaçable sur quelques-uns de chefs de 1 armée vendéenne. Mais je dois à la vérité de déclarer ici que d'autres chefs, lîonchanip, d'.\utichamp, Lescure et La Rochejaquelein se sont toujours montrés aussi humains que braves, et j'en fournirai la preuve toutes les fois quej'en trouverai l'occasion ainsi que je le fais ici. H est du devoir de celui qui veut être cru de rendre justice même à son ennemi. La prise de Thouars ne fut point souillée par de pareils excès ». (.V. de l'Ed.)
LKS TACTlgUES Di:S VI!:NUEI-:NS 3T5
Le nombre des rebelles s'accroissait chaque jour avec une effrayante rapidité. Les puissances étranijères sentaient tout le parti qu'elles pouvaient tirer d'une aussi puissante diversion. Les ministres anglais, centre corrompu de cette monstrueuse association, entretenaient une correspondance active avec les chefs vendéens, ce qui augmentait encore l'audace et la confiance des révoltés, auxquels ils promettaient un appui et des secours (ju'ils n'avaient pas l'intention de leur fournir ; — car il est aujourd'hui démontré que l'Angleterre n'a jamais envoyé le moindre secours aux Vendéens. Elle se contentait de leur faire de vaines prom esmesses. Les puissances étrang'ères ne songeaient point au rétablissement de la Monarchie, mais au démembrement et au partage de la République.
Avant de rendre compte plus amplement des premiers combats partiels que nous avons eu à soutenir avec de si faibles moyens,je crois de%'oir faire connaître quelle était la composition de celte armée vendéenne qu'on a beaucoup», trop longtemps dédaignée, et qui n'a pris tant de consistance que parce qu'on ne lui a opposé dans le principe que des forces peu aguerries, sans discipline etsans instruction.
La manière de combattre des Vendéens ne ressemblait en rien à notre tactique militaire. Elle était adaptée à leurs habitudes et au pays qu'ils défendaient. Toujours tapis dans les bois, dans les fossés et derrière les haies, ils se présentaient au combat au moment où l'on s'y attendait le moins. Souvent des coups de fusil atteignaient nos soldats sans qu'on sût de que! point ils étaient partis. Il s'avan-çaîent en grosses masses ou en tirailleurs, suivant les localités, se déployant bientôt à droite et à gauche, souvent sur nos derrières. lisse précipitaient sans ordre et avec fureur sur nos bataillons, et même sur nos canons, dont souvent ils s'emparaient (i).
(i) Tout le pays est couvert d'immenses forêts. Cliaque pro-
Kricté particulière y est entrecoupée par des fosses et entourée de aies épaisses. Ses chemins ne sont pour la plupart que de profonds ravins, qui ont été creusés par des chutes d'eau abondanl(<.
'à'<> NOTES SUR LA VKNDÉE
Pour résister à ce choc impétueux, il aurait fallu des troupes aguerries, ou des hommes dévoués à la cause de la hberté comme les Vendéens l'étaient à celle du fanatisme. Nous avions dans nos rangs beaucoup d'hommes entièrement dévoués, mais ils étaient loin de former le plus grand nombre.
Les Vendéens n'étaient organisés ni en bataillons, ni en régiments. Ils avaient par arrondissement des chefs qu'ils choisissaient eux-mêmes. Ces chefs se soumettaient à ces élections populaires, affectant des formes républicaines et beaucoup de siraplicilé,pour mieux inspirer la contiance(i). L'infanterie composait leur principale force. Ils n'avaient qu'une mauvaise cavalerie qui était presque inutile dans un pays couvert comme celui-là. Un fusil et du pain formaient tout l'équipage du soldat. Leurs tirailleurs étaient déjà sur vos flancs et vous avaient même dépassé avant qu'on les eût aperçus. Il est vrai que notre armée éclairait mal sa marche dans ce pays coupé par des haies et des fossés profonds; de sorte que noire armée était exposée à de fréquentes surprises. Les Vendéens, qui connaissaient tous les sentiers des nombreuses forêts qui couvrent ces contrées, et des genêts
et se trouvent en beaucoup d'endroits plus bas que les terres environnantes de quinze à vingt pieds. Qu'on juçe. d'après cela, <le la difficulté de taire parcourir à des canons, ou à des caissons cl aux ambulances, de pareils chemins où deux voitures ne peuvent passer à coté l'une de l'autre. Si vous avez l'imprudence de taire entrer un convoi dans un pareil terrain, et qu'il arrive le moindre accident à l'une des voitures qui le composent, tout est ^ arrête et souvent le convoi tout entier tombe au pouvoir de l'ennemi, parce qu'il est impossible de fournir des escortes assez fortes sur tous les points pour protéger les convois de vivres, de fourrages et de munitions pour une armée nombreuse. {Papiers <le l Auteur.) ^ ^
(i) l'ne chose fort remarqunble dans cette guerre de la Vendée, c est que les premiers chefs qui organisèrent celte armée furent presque tous les élus des soldats qui combattirent sous eurs ordres, et que les seigneurs qui étaient si fiers de leur no- Messe se soumirent à des chefs plcbtiens, et que ceux des -entilsiiommes qui obtinrent des commandements v furent appelés par des nominations populaires, et par consé-jucnt démocratiques, et cependant les paysans prenaient les armes contre le svslème démocratique. (/'«/>. rf^ /'/!.) •'
LliIS TACTIQri:S DES VENDÉENS 377
(ju'on rencontre à peu de dislance les uns des autres dans des champs laissés en jachère pour y élever des bestiaux, avaient un avantage immense sur nos troupes. Ils paraissaient et disparaissaient au moment où l'on s'y attendait le moins, se retirant à volonté dans les bois ou dans les ocnèls pour nous y attirer ; mais les plus hardis craignaient de s'y aventurer parce qu'on était presque sur d'y trouver la mort.
Lorsque l'ennemi se croyait en force, il se précipitait avec fureur sur nos masses et même sur nos canons. Eprouvaitil ([uelque résistance, il s'éparpillait ensuite à volonté, ce (|u"en lum^ag-e du pays il appelait s'égailler. Le signal de retraite était : Egaillec'vons, les gasl Leurs tirailleurs, composés de g'ardes, de chasseurs et d'anciens braconniers, étaient dune adresse extraordinaire. Leur tactique ne consistait point en manœuvres savantes, mais en surprises. Des signaux circulaient de village en village, à l'aide des clochers et des moulins à vent, et leur donnaient avis de notre marche. Le tocsin les rassemblait en un instant^ et l'on eût cru voir sortir de terre des soldats en armes. Ce fut pour détruire ces moyens de rassemblement, espèces de télégraphes qui se trouvaient sur tous les points, qu'on ordonna de détruire tous leurs repaires ; mesure funeste, qui produisit plus de mal que de bien et dont les républicains et les royalistes devinrent également victimes puisqu'on n'épargna les propriélés ni des uns ni des autres. Les châteaux furent même plus épargnés que la cabane du pauvre, parce qu'ils étaient plus difficiles à détruire.
Le gouvernement, je l'ai dit, nous laissait dans un dénuement presque absolu. Seulement il nous envoyait de temps en temps quelques représentants ([ui appartenaient au pays et qui, ne voyant que l'arrondissement dans lequel ils avaient des propriétés, auraient voulu (|ue toutes les forces disponibles fussent dirigées sur ce point (i). Je dois cependant
(i) Var :
Au lieu d'envoyer des troupes, on ne nous envoya que des députés appartenant aux départements de l'Ouest cl (jul ne firent qu'entraver nos opérations.
378 iNOTES SUR LA VENDKi:
excepter de ce nombre Bourl)otte et Turreau, qui nous ont parfaitement secondés dans toutes les circonstances où il a fallu montrer du courage et de l'énergie (i).
Notre premier soin, dès leur arrivée, fut de former une commission centrale à Saumur, où s'établit en même temps le quartier g'énéralde l'armée des Cotes de la Rochelle. Nous appelâmes près de nous le g'énéral Berruyer pour aviser aux moyens les plus urgents. Nous n'en trou%àmes point de meilleur que d'envoyer l'un de nous à Paris, pour exposer notre position à la Convention nationale elle-même, si le comité de défense srénéraîe restait sourd à nos justes demandes. Je fus choisi pour cette mission et, comme la présence du général en chef ne nous parut point indispensable, puisqu'il n'avait pas de troupes suffisantes pour ordonner une attaque, il fut décidé qu'il m'accompagnerait. Le commandement par intérim fut confié au général Menou.
On nous fit, à notre arrivée, de fort belles promesses qui n'aboutirent qu'à l'envoi de la 3.")' division de gendarmerie nationale , entièrement composée de vaimjueurs de la Bastille
(i) Contrairement i ce que dit Af. de Beauchamp (page 187, tome I.) Bourliotte et Turreau n'ont jamais marché à la tête des colonnes du temps que Biron commandait en chef; et la chose eût clé difficile, car Biron n'a point quitté Niort avec son armée, et c'est un reproche que nous lui avons fait. Westerinann seul a fait une troui-e qui n'a pas clé heureuse an milieu de la Vendée, et lîouriiolte et Turreau n'y étaient pas. lis n'ont jamais marché qu'avec l'armée. Bourdon de l'Oise et Goupillcau (de Fonlenay) étaient etFeclivement à .\iort près de Biron, mais « ils ne disposaient pas l'armée à un mouvement simultané '», suivant l'expression de M. de Beauchamp, puisqu'on leur a reproché comme à Biron d'avoir tenu celle armée dans l'inaclion, tandis (pie celle de Saumur était tous les jours aux prises avec l'ennemi. Il n'est pas plus e.xart de dire que Kicliard, Ruelle et moi formions à Angers une commission centrale de surveillance. Ce n'était point à Amrers que s'était établie cette commission dont Ruelle n'a jamais fait partie. Richard la formait à lui seul el s'occupait des subsistances, des munitions et des transports. Bourbotte, Turreau el moi marchions à la tète des colonnes, et ne travaillions avec Richard que lorsque l'armée rentrait. Il n'y a jamais eu de commission centrale à Tours, comme le dit encore -M. de Beauchamp, si ce n'est momentanément, après la défaite de Saumur, pour y réorti;-aniser l'armée et y attendre l'arrivée de celle de Mavencc. (Pnp. de TA.)
LES KATAILLONS D'ORLÉANS 370
commandés par Rossignol. Si ou nous eût envoyé plusieurs bataillons aussi bons que celui-là, la içuerrc u'eùl pas duré longtemps, mais le comité de défense générale, qui ne comptait dans ses rangs que deux militaires, Rouyer, ancien timonier dans la marine royale, cl Doulcet de Poutécoulant, officier des gardes du corps de Monsieur, grades qui ne supposaient pas de grandes connaissances, le comité, dis-je adopta une fausse mesure. Il ordonna la formation de nouveaux bataillons, formés de six hommes par chaque compagnie, pris dans les dilïérents corps des armées du Nord et des Ardennes, dont deux en tète, deux au centre et deux autres à la {[ueue ; composition ridicule qui devait demander beaucoup de temps et dont l'organisation devait s'opérer, à Orléans, sous les ordres du prince de liesse (i). Outre (|uc c'était déjà une Irèsarrande faute que de choisir un prince allemand pour organiser des bataillons républicains, il résultait de cet amalgame que ces corps, formés d'officiers et de soldats qui ne se connaissaient point, ne pouvaient avoir ce qu'on appelle un esprit de corps, que tous les militaires considèrent comme une une chose importante en présence de l'ennemi. Il eût été beaucoup plus simple et beaucoup plus expéditif de nous envoyer de vieux bataillons qui s'étaient déjà mesurés avec les Autrichiens et qui n'auraient pas reculé devant les Vendéens.
Je dois cependant convenir, pour être juste, que les bataillons de la formation d'Orléans se sont parfaitement conduits et ont rendu des services importants. Mais qu'on juge de la lenteur qu'a dû entraîner cette mesure. Choisir d'abord des hommes dans tous les corps depuis Dunkerque jusqu'au delà de .Maubeuge, les diriger sur Orléans, les y organiser, choisir les officier, les sous-ofticicrs, quartiers-maîtres, officiers de santé, et les envoyer ensuite, à peine formés, à Saumur, à Niort, à Fontenay, aux Sables, à la Chàtaigne-
(i) On leur donna pour chef un commandant sans expérience qui avait plus de l)onne voloolé que de talent : Santcire; il nctail pas sans connaissances, (|uoi qu on en ait pu dire, mais il clail trop vieux pour faire son ap[)renlissa!;c à la Icle des bataillons nouveaux et indisciplinés, {l'ap. de l'A.)
:jSO NOTES SL'R L\ VENDÉE
raie, à Angers, à Nantes, et même plus loin. Que de temps perdu, et un temps précieux, pendant que l'armée vendéenne augmentait de jour en jour. Si nos ennemis eussent eu des délégués dans nos conseils, ils ne pouvaient pas espérer des résultats plus avantageux pour leur cause.
Joignez à cela qu'on organisait, à Paris, un corps nombreux, composé en grande partie d'étrangers et principalement d'Allemands, auquel on donna le nom de légion gerinanifiue. Ce corps étaient rempli d'aventuriers qui n'avaient pas de patrie et de contre-révolutionnaires, 'qui s'y étaient introduits pour le désorganiser aussitôt qu'il serait formé. En nous envoyant cette légion, ce fut plutôt un renfort pour les Vendéens que pour nous. Dès qu'elle eut quitté Paris, ellc'ne dissimula pas même sa haine pour la république. La Convention, qui en fut instruite avant qu'elle arrivât à Orléans, nomma dans son sein des commissaires pour en faire l'épuration ; mais tous leurs efforts n'ont pu guérir le mal et plus de la moitié de cette légion a déserté nos drapeaux pour se ranger sous ceux du fanatisme religieux et nobiliaire. Il y a cependant quelques exceptions à faire. Il s'y est trouvé d'excellents officiers, tels que Marceau et Augereau, mais ceux-là étaient français (i).
Je viens de dire que la mesure adoptée par le comité de défense pour organiser des bataillons à Orléans fut une mesure désastreuse. La plupart de ces bataillons n'arrivèrent à l'armée qu'à la fin de mai et dans les premiers jour de juin. Il semblait même que tout conspirait contre nous. Car, au lieu de nous renvoyer le général en chef lîerruyer, qui déj à connaissait le pays, le ministre de la guerre ordonna au général Binon (2) de venir prendre le commandement de l'ar-
(i) La lé.rion ïermaniqae, presque toute composée de rontrer(''Volutioiinaires (]ui. au sièjT'i de Saumur. passèrent au nornl)re (le trois cents dans le parli des rel)elles où ils formèrent un corps de cavalerie, les venjanrs de la Couronne, dit le citoyen Benabca dans son rapport de l'an III. (.V. de l'Ed.)
("?) Beurtiorivillc nous envoya le duc de Biron, l'un des chefs du parti d'Orléans, lîeurnonvi'le que IJumouriez avait surnommé l'Ajax françnis, homme d'une nullité absolue, élail lui-même rècuyer de .M""' de Monlcsson, hclle-mèie du iuc d'Orléans, chez