WESTERN! A NN
renient Tarcuser de trahison. Il est vrai (ine NN'eslermann élait l'un de nos généraux les pins audacieux et en même temps les plus imprudents. Il poussait même l'audace jusqu'à l.i témérité, et je l'ai vu souvent a^'iv sans ordre et compronietlre ainsi le salut de l'armée. Mais dans ce cas, il était du devoir du général en chef, non pas seulement de le réprimander, mais de le punir, et c'est ce que ne fit pas Biron.
J'ai lu une lettre imprimée qu'on attribue à Westermann et adressée de Parlhenay à Biron, où se trouve le passage suivant: « Il est essentiel, disiit-il, que vous marchiez aussi vers les rebelles pour etipècher que toute leur masse ne se purte sur moi. » La chose n'était pas difficile à prévoir, et \\ estermaun et Biron étaient aussi imprudents l'un que l'au. trc, ou plutôt éi^-alement coupables. NN'eslermann a cherché à se justifier aux dépens de Biron, mais il n'a rien prouvé, si ce n'est ([ue Biron élait un traître, et lui, Westermann, un fanfaron et un ambitieux, qui, lous les deux, avaient compromis le salut de l'armée, l'un par sa trahison et l'autre par son imprudence (i).
fi) Extrait des mémoires inédits de Mercier du Rocher : • Le 3 juillet, ^^'csle^mann écrivil à Biron : « Jai brûlé les c'.iàleau.x de Lescure et de La Rochejaquelein, deux chefs de bande qui avaient promis de promener ma tiMe anjourd'luii dans r.hàtilion. J'ai enlevé le drapeau à l'armée catholique: il est en tafl'elas blanc, avec trois fleurs de lys en or. Je vous le montrerai, si vous n'aimez mieux le venir voir. »
« \\'eslermann aurait mieux fait de porter lui-même le drapeau an ^-énéral eu chef cl de se retirer avec sa troupe. Il élait facile de penser que les brigands, retranches à Mortayne et à Cholet, tenteraient de venger leur défaite. Ils avaient envoyé des courriers à leurs fféncraux qui se ri?pliaienl aprèsl'échee qu'ils avaient reçu dL'vanl Xanles. Les révoltes hâtèrent leur marche, dépendant \\'estcrmanri se livrait avec les aiiiorités constituées de Sainl- .Mai.xent, qu'il avait emmenées de force avec lui, à la joie qu'inspire la victoire 11 on était ainsi de ses soldats. Le çenérai était occupé à j)ercer lui-même un vieux fût de Bordeaux, dans la salle de Locqué, receveur du district, lorsque le canon des révoltés se fit entendre sur Chàliilon C'était !<' ."j juillet; il était onze heures et demie du malin. Nos troupes étaient sur les hauteurs de Château-Gaillard ; elles vidaient des bouteilles ; les armes étaient en faisceaux. On bat la irénéralc. on court aux armes, Westermann monte à cheval, court au feu. .Mais déjà les balailloiis d'Orléans sont en déroute ; il fait de vains efforts pour les rallier. Cepend,mt sa brave ^éçion est enveloppée, son infanterie taillée en pièces.
410 îvOTES SUR LA VENDÉE
L'armée vendéenne s'était emparée d'Ani^ers sans résistance. Il est vrai que le départ des autorités répul)Iicaines se fit avec tant de précipitation qu'on ne song^ea pas à enlever les munitions ; cependant un bon citoyen qui n'était point militaire, mais qui avait le cœur français et auquel Richard et moi avions confié la surveillance du mag-asin à poudres, le citoyen Drouet, eut le couraçe de rester seul et prit le temps de l'aire évacuer toutes les poudres, non sur Laval mais sur la Flèche. Les Vendéens n'arrivèrent que cin([ jours après. Ce n'est donc pas l'approche de l'ennemi qui nécessita l'évacuation de la ville.
Après la retraite forcée de Westerman, Biron se décida à quitter son quartier général de Niort, mais de sa personne seulement. Il se rendit successivement à Saumur et à Angers. On croyait qu'il ordonnerait un mouvement général ; mais il n'en fit rien. Un conseil de guerre fut cependant tenu dans celte dernière ville et il fut décidé que l'armée entrerait de nouveau en campagne sous le commandement du général La Barolière. Mais la preuve que Biron n'était pas de cet avis, c'est qu'il continua à laisser l'armée de Niort dans une inaction complète, au lieu de seconder les opérations de celle d'Angers ([ui s'avança le i5 juillet, à travers la forêt de Brissac, jusque dans les plaines de Doué et de Martigné-Briant, à que^jucs lieues de Vihiers. Un combat s'engagea près de cette ville, oùles républicains eurent l'avantage. Bourbolle y fut blessé par un Vendéen qu'il étendit à ses pieds. Le lendemain l'armée républicaineentra dans Vihiers. Le
SCS canonniers égorçés, son artillerie volante de i3 canons au pouvoir des vainqueurs, avec ses altela^es; il se fait jour, le sabre à la main, avec sa cavalerie et gagne à toute bride la ville de Bressuire.
« Il y arriva à deux heures de l'après-midi. Il fut fusillé sur la route par les paysans des villages qu'il traversa, par ceux mêmes qui avaient crié Vive la République, lorsqu'ils l'avaient vu après sa victoire. Les femmes se précipitèrent audacieusement sur celle cavalerie ; on fut obligé d'en tuer plusieurs pour leur faire lâcher les rênes des chevau.x. Des membres des autorités constituées de Saint-Maixenl, des pères de famille en très grand nombre furent failsprisonniers. Jamais déroule ne fut plus complète. »
LLNERTIK D1-: HIRON 411
17, elle fut atla((iiéepar les Vendéens qui se ballirent jusqu'à la nuit et aba.ndonnèrent le champ de bataille à La Barolière (]ui n'osa les poursuivre dans les bois. Cette affaire eut lieu le 17 juillet. M. de Beauchamp dit queMenou y fut blessé en chargeant à la tète de quelques officiers et reçut à bout portant un coup de fusil au travers du corps. Ce ne fut point le 17 juillet que fut blessé Menou, il le fut le 9 juin, à l'affaire (le Saumur, et ce coup de fusil mit sa vie eu dan£»-er. Il était encore le 17 juillet sur son lit de douleur à Tours (i).
Un événement imprévu, qu'on attribua à la malveillance, mit du désordre dans les rang's républicains. Un caisson sauta au milieu de la roule. Les soldats, n'écoutant plus •*' voix de leurs chefs, se débandèrent. Bourbotte eut encore un cheval tué sous lui et erra une partie de la nuit, presque seul, dans la forêt de Brissac, dont il ne connaissait point les sentiers. Les charretiers coupèrent les traits de leurs chevaux et abandonnèrent les canons et les caissons en criant : Sauve q ni peut !
Cette déroute fut encore due, comme les précédentes, à l'inaction de l'armée de Biron, qui ne fit pas le moindre mouvement pour soutenir La Barolière. Cet officier était l'un des plus instruits de notre armée, et il est à présumer que, si l'armée de Niort eût fait une démonstration quelconque, les Vendéens, contraints de diviser leurs forces, n'eussent pas écrasé aussi facilement la petite armée de La Barolière. A ma connaissance. Biron n'a pas fait un seul mouvementen avant pendant tout le temps qu'il a commandé l'armée, et il existe encore des hommes qui le présentent comme une victime des fureurs révolutionnaires. A mes yeux, il ne fut (]u'un traître ([ui fit plus de mal par son inertie que l'armée vendéenne elle-même.
L'armée vendéenne marcha ensuite sur Nantes par la rive droite de la Loire. Ancenis lui ouvrit ses portes. Elle arriva devant Nantes sans obstacles. Cette ville était ouverte presque de tous les côtés. Quelques fortifications élevées à la hâte formaient toute sa défense. Avec de si faibles moyens,
(i) Voir la note citée plus liaut.
412 IS'OTES SUR LA VENDÉfi;
il était difficile de penssr qu'elle pourrait opposer une long'uc résistance. Le courag'e de ses habitants et de quelques bataillons y suppléa. Les généraux Csnclaux et Beysser y déployèrent un grande activité. L'îs représentants, M îrlin de Douai et Gillet, y montrèrent du courag'e et de l'énerg-ie ; Baco, maire de Nantes, aimé et estimé des habitants, contribua beaucoup à leur inspirer de la confiance en leurs forces.
Si Nantes eàt succon)bé, il est iinpossible de calculer les malheurs qui en seraient résultés. Honneur aux Nantais dont l'héroïque résistance a peut-être sauvé la République à laquelle ils oit donné un grand exemple de dévouement ! La Convention décréta que les Nantais avaient bien mérité de la pairie.
Après la levée du siège, le général Canclaux dirigea une partie de ses forces sur Ancenis et rétablit les communications avec Angers, et par suite avec Saumur, où l'armée r>.sscmblce à Tours était rentrée le 3o juin.
Les Vendéens, repoussés constamment du coté de Nantes, le furent également du côté de la Rochelle et dans toute la partie qu'on appelle le midi de la N'endée. Ces contrées, f/tii araient élé autrefois le foyer du parli protestant, on\. constamment résisté à rinsurreclionet n'ont jamais fait partie des bandes vendéennes. Charc;te,qui commandait en maître dans le Bocai^e, n'a jamais pu parvenir à les soulever; toutes ses tentatives ont élé vaines.
D'Elbée fut nommé généralissime après la mort deCathe lineau, tué au siège de Nantes. Lo compétiteur de d'Elbée, Bonchamp, plus modeste que lui, renon(;a à la candidature. Ce fut vers le i5 juillet. Tous les chefs, excepté Charetle, étaient alors réunis à Chàtillon. Le curé Bernier conduisait toute l'administration. Le soi-disant évêque d Agra, quoique président du conssil, était peu considéré.
On fabriquait de la poudre à Mortagnc et à Beaupréau (i)-
(i) Où a soutenu pendant longlemps que les poudres de l'armuvendéenne étaient de fabri jue anglaise; j'ai prouvé à la tin dfi
ROSSIGNOL ET BIHON 413
Les assignats marqués à l'efHyie do Louis XVII avaient seuls cours dans la Vendée. Les Vendéens se baltaient un jour et le lendemain cultivaient leurs champs. Il n'en était pas de même des patriotes obligés de fuir.
Cependant l'affaire malheureuse de Vihiers et de .Marlignélîriant n'eut pas des résultats aussi funestes qu'on pouvait le craindre. Les Vendéens rentrèrent chez eux pour faire la moisson. Les conmiissaircs de la (^-onvention réunis à Tours destituèrent Biron. C.e çénéral, qui se croyait soutenu pardeux commissaires de la Convention, Bourdon de l'Oise etGoupilleau de Fontcnay, n'avait aucun égard aux avis qui lui parvenaient de la commission centrale des reprcsealants. Une altercation que Biron eut avec Rossignol, commandant de la i^j*" division de gendarmerie, composée de vainqueurs de la Bastille, mit un terme à son commandement (i). lîiron
l'année i7(j3 que ces poudres prétendues anglaises se fabriquaicct à Beaupréau.
Arrive dans celte ville après la bataille de Choiet, j'adressai au comité de Salut public des èchanldlons des poudres que j'avais trouvées dans les ateliers, et si je ne les eusse pas prises dans le lieu même où elles avaient été fabriquées, j'aurais cru moi-même ([u'elles étaient de fabrique anglaise, et je dois convenir de le^r supériorité sur celks qu'on nous envoyait de nos arsenaux. (.V. de l'A.)
(i) Dans les mémoires de Tbibaudeau, tome J, p. 17, on lit :
Nous étions un jour réunis à Niort en coiistii avec le ijénéral en chef Biron après la défaite d'un coips de l'armie n'[)ulilicaine à Tliouars (à M jutreuil). Le général itonsin {le coinmandunt Rossi'/nol) fori^a, pourainsi dire, la (xjrtc cl s'écria avec fureur et grossièreté : « Les républicains oui été Iraliis. et je viens vous déclarer ([uc nous ne marcherons plis conlre l'ennemi qje lorsque nous connaîtrons sa véritable force. ol^e général Biron détacha son sabre et dit avec le plus grand sang- froid : u Beprésenlanls, je dépose mon commandement entre vos mains |)lul6t ([ue de commander à des ofticiers de cette espèce, à des lâches. »
Mais Voici la version de Itossigaol :
« Le conseil se tenait chez un parent de Goupilleau. Je demandai le général Salomon ; il viril nous parler et, a[irès (pielques instants, on nous annonça que je [)ouvais entrer seul, j'entrai donc et je dis: (lilojens, mes camarades sont ii la porte... Je demande pour eux la pcrmissi(Mi d'entrer puisqu'ils sont envoyés comme moi. — B<iurdori de l'Oise me <lit qu'ils n'entreraient pas, mais que je pouvais m'exfiliquer. .le m'i'.\|)li(]uai :
« Les ofticiers m'ont chargé de \ous dire, au nom des bravos
n'osa pas faire arrêter Kossia^nol, mais il le dénonça à Bourdon et Goupilleau qui non seulement ordonnèrent son arrestation, mais encore celle de ceux qui l'accompag'naienl.
camarades qu'ils commandent, que nous avons juré de nous battre ensemble et résolu de ne plus marclier en détail. Les brigands donnent en masse, il nous faut faire de même. On nous envoie toujours quatre contre quarante. Le sanç républicain est trop cher pour en faire si bon marclié.
« Biron était debout dansleconseil, un fouet à la main. II tira sa clef de sa poche et la jeta sur le bureau en disant qu'il n'v avait qu'un lâche pour tenir un ])areil propos, qu'il allait prendre un fusil et me montrer ce que c'était qu'un brave. Je lui dis : Vous pouvez être aussi brave que moi, pourdavantage je vous ea détie.
<i Depuis ce moment je fus en horreur aux amis et aux flatteurs de Biron.
« Bourdon de l'Oise me tint ce propos : 11 faut qu'un militaire qui a reçu un ordre l'exécute. — Oui, quand il y a possibilité. — Si l'on vous commandait de marcher devant une batterie de canons, vous devriez le faire. — J'irais. Mais si je trouvais moyen par quelque position ou par ruse de prendre la batterie sans m'exposcr devant les bouclies à feu, ce serait à moi d'aviser pour m'en tirer le mieux possible. On me dit que je pouvais sortir et que je ne devais pas souffrir (|ue mes hommes prétassent de tels serments. Alors, en m'en allant, je dis : Je l'ai jure moi-même ! ainsi nous sommes tous coupables. — Et je m'en fus. "
Cependant il convient de remarquer que l'a'reslation de Rossignol ne fut pas ordonnée par Biron; elle ne le fut pas, non plus, par Bourdon de l'Oise et par Gou|>illean de Fontenay, comme le dit C.houdieu, qui, à distance, a confondu l'arrestation de Rossignol commandant de la 35' division de gendarmerie avec sa destitution de général en chef décrétée en eftel par ces dcu.x représentants, mais seulement deu.x mo's plus tard ; 1 arrestation de Rossirrndl fut ordonnée le a'j juin à Saint-Maixeut par Westermann. <'.etle remarque est importarde : elle explique l'in'milié qui persista toujours entre Rossignol et Westermann, deux généraux populaires, deux combattants du lo août.
Biron, sans intervenir officiellement dans cette affaire, donnait en secret des instructions ii Westermann. Il lui écrivait :
« Une fois Rossignol entre les mains du tribunal militaire, il ne dépendra plus de ])ersonnede le sauver. » Voir sa lettre du 3o juin (.\rch. nat. \V. 3o5, n" 370). On y lit encore : « Ayez soin de n'amener avec vous aucun des témoins que l!on peut avoir besoin de faire venir à Niort, pour l'instruction de ce procès, qu'il faut suivre li- plus légalement et le ])lus expéditivement possible. .Si ledit Rossitriiol fait quelques déclarations, il faut en fairr ])rendrc acte avec toutes les formalités nécessaires. Prenez aussi toutes les précautions convenables pour que son corps ne fasse aucun mou-