ROSSIGNOL GÉNÉRAL EN CHEF
et l'un de ceux-lù était notre collèîjue Bourbotte qui avait pris Rossio-nol avec lui pour lui faire visiter les diflcrentes divisions de l'armée. Cet acte arbitraire fut dénoncé à la Convention ({ui rappela Bourdon et Goupilleau. César Faucher, qui depuis périt à Bordeaux avec son frère, fut chargé de l'ordre d'arrestation ; mais il mit à dessein une telle lenteur dans son exécution qu'il n'arriva à Tours ([u'une dcmilicure après le départ de Bourbotte et de Rossiynol.
Ce fut un grand bonheur pour l'armée d'être débarrassée de Biron; mais on eut très grand tort de le remplacer par Rossii^nol. Cet officier était peut-être un des plus braves de l'armée, mais il n'avait aucune des connaissances nécessaires pour commander une armée ; il avait tout ce qu'il fallait pour
vi-meiit lors de sa translation et que cela ne cavise point de querelles ijarticulières ou ijcnerales entre son corps et le votre. « Adieu, mon cher Westermann,.je vous souhaite le honjour « Le général en cliet
« BiRON. »
RossiL-uol ne dut sa délivrance qu'à une démarche des officiers de son corps auprès des représentants Choudieu. Richard, Ruelle el Tallien réunis à Tours en commission centrale. Ceux-ci venaient justement de nommer Rossignol adjudant-général et n attendaient plus que la confirmation de son brevet par le comité de Salut public pour le lui l'aire tenir.
Rossi-nol en prison à Niort i-norait ce détail ; mais la responsabilité des représentants était engagée. Us prirent aussitôt 1 arrête
a Les représentants du peuple près l'armée des Côtes de la Rochelle réunis en commission centrale à Tours;
« Avant été informés que le citoyen Rossignol, lieutenantcolonel de la 35» division de u:cndarmerie, nomme provisoirement aux fonctions d'adjudant-général de l'armée, a été mis en état d'arrestation à Saint-Maixent et ([u'il a clé transfère dans les prisons de Niort, où il est maintenant détenu, arrêtent que copies des pièces relatives à son arrestation seront envoyées, dans le plus bref délai tant à la commission centrale qu'au comité de Salut ipublic, et qu'il sera sursis à toutes poursuites et instructions, us.ni'à ce que la Convention nationale en ail autrement ordonne .. "Rossi'Miol se rendit à Paris el se présenta devant le comité de Sahil public- il vil encore Paclie el IJouchoUe et leur communiqua toutes ses réflexions: le lendemain, « il instruisit ses conciloveiis sur les manières de la ffuerre de Vendée « et repartit pour 1 armée En route il croisa'la chaise de poste de I iron, destitue, et quelques jours plus lard, il le remplaçait dans le commandement général de l'armée. (X de l'L'd.)
416 NOTES SUR LA VKNDtE
diriger un corps de partisans ou une avant-^'arde peu nombreuse; mais il n'avait rien de plus. On a cru qu'il avait été désig-népar la commission centrale de Saumur; M. de Beauchamp lui-même le soutient sans trop savoir pourquoi. C'est une erreur, car sa commission arriva sans qu'aucun de nous CQ fût prévenu. Ce fut donc Ronsin, adjoint au ministre de la g-uerre, qui la lui remit et qui l'avait sollicitée, parce (ju'il n'osait pas la solliciter pour lui-même. Il crovait pouvoir diriger son protégé. Rossignol en fui tellement surpris luimême qu'il me demanda si l'on était dévenu fou à Paris, en lui confiant un commandement qui était au-dessus de ses forces. J'en fis des reproches à Ronsin, avec le([uel j'eus à ce sujet une altercation tellement vive qu'elle le détermina à quitter l'armée, et je suis d'autant plus fondé à dire que son intention, en faisant nommer Pvossignol, était de diriger lui-même cette aimée, qu'en arrivant à Paris il sollicita et obtint le commandement de l'armée révolutionnaire, quoi qu'il ne fût pas militaire. Ronsin n'était pas sans connaissances comme littérateur et comme administrateur mil. taire, mais commander une armée était au-dessus de ses forces, et de pareils choix ont failli compromettre les destinées de la France (i). C'était sans doute beaucoup tjue de remplacer un grand seigneur comme Biron par un plébéien obscur comme Rossignol. Brave à l'excès, franc et lovai, il avait toutes les (jua-
(i) On lit dans les mémoires de Rossignol, page i38 :
« Mali^ré toutes mes observations, je fus ençatré par les rcpré- .senlanls du peuple, par tous les i^énéraux, par les commissaires du dcpartement et de la commune de Paris à accepter la proposition qui m'était faite. »
Il semble cependant (lue Choudicu, s'il ne crut pas devoir désobliLfer Rossignol en lui conseillant de refuser le poste de général en chef, ait fait part de ses critiques à Ronsin. A preuve le document suivant :
« Le général de briu'ade Ronsin annonce que, d'après ses combinaisons, il vient de remporter une victoire sur les brigands, ijuil a mis en déroute lorsqu'ils se disposaient à attaquer Saumur.
a dette action, dit-il, n'a point plu au rcpreseulanl du peuple r.houdieu, qui nous a traités J'mtritrants pour avoir fait nommer Kossignol général de l'armée des Côtes de La Rochelle. » Curresf,. reçue par le comité de :^(ilul public, 2* ré<j. f" 4'^, Arch. hisL de la Guerre. (.V. de l'Ed.)
ROSSIGNOL GENERAL EN CHEF 4l7
lilésqui consliluciit uu rôpiiblicain ; mais il lui manquait, je le répète, l'instruction (ju'on doit e.\ie;er d'un général en clicf. Aussi hésita-l-il longtemps avant d'accepter ce commandement, non d'après les instances du parti de Saumur, comme le dit M, de Beaucliamp. mais d'après les vives sollicitations de Ronsin. C'est une justice ([ue je me plais à lui rendre. Kt il n'accepta, si je puis m'cxprimer ainsi, qu'à son corps défendant. Lue autre vérité, c'est que, si la conmiission des représentants réunis à Saumur ne s'y opposa point, c'est qu'on lui laissa pour chef d'état-major le général berlhicr, qui depuis a été le major-général des armées de Napoléon*.
Le premier soin de Rossignol fut de défendre aux généraux divisionnaires de tenter aucune expédition isolée sans en avoir rei;u l'ordre. Mais l'insubordination élail telle i\ue plusieurs généraux firent des mouvements imprudents. Le général Rey, qui commandait à Chinon, osa pénétrer avec ijoo hommes jusqu'au centre de la Vendée. Le général Tuncq, qui commandait la division de Lnçon, attaqua, sans en avoir reçu l'ordre, lesposîesde Saint-Philibert et du Pont- Charron. Tuncq eut d'abord quehjues succès, et s'empara de Chantonnay; mais le 3>, les Vendéens, ayant réuni leurs forces, le repoussèrent jusqu'à Luçon. Cependant, croyant que la retraite de Tuncq n'était qu'une ruse de guerre, l'armée vendéenne, craiijnanl d'être tournée, battit aussi en retraite et, la confusion s'élant mise dans ses rangs, une terreur panitpie dispersa cette armée en peu d'instants. Tuncq ne profita (jue faiblement de cet événement et parut rentrer victorieux dans Luçon.
Les 2Ù et 28 juillet, les Ponts-de-Cé furent attaqués par les Vendéens. .M. de lieauchamp dit qu'ils s'emparèrent du château qui domine tous les bras de la Loire, d où ils pouvaient inlercci)ler les convois et même surprendre la ville, et (ju'à cet elTet Honchamp Ht couper la première arche. Il paraît que M. de lieauchamp n'a pas mèma consulté la carte, car il y aurait vu que le château des Ponts-de-Cé est à l'ex- Irémilé du ponl du côté de la ville et rju'en s'en emparant Bonchamp n'avait besoin ni de dominer tous les bras de la
Loire, ni de couper des ponts, puisqu'il avait hiissé la Loire derrière lui, et qu'en coupant les ponts il s'interdisait à lui-même tout moyen de retraite. D'ailleurs, le château des Ponts-de-Cc est plutôt une maison bourg-eoise qu'une place de guerre. Il n'a ni murailles, ni bastions, ni plates-formes pour placer du canon et, pouvant à peine contenir une centaine d'hommes, ne peut opposer aucune résistance sérieuse et encore moins foudroyer les différents bras du fleuve qui, avec les terres-pleins qui les séparent, forment une étendue de près d'une lieue, depuis le château jusqu'aux hauteurs d'Lrigné, au bas desquelles coule le principal bras de la Loire. C'est ne pas connaître leslocalilés.
M. de Beauchamp prétend encore qu'à Philippeaux appartient l'honneur d'avoir repoussé les Vendéens (en cette circonstance). J'ai déjà donne sur ce fait un démenti formel à l'hilippeaux dans un rapport (jue j'ai fait dans le temps à la Convention nationale. Non seulement les boulets n'ont point caressé le panache de Philippeaux, comme il le dit lui-même, car il n'est arrivé qu'après le combat, et lorsque l'adjudant général Talot,à la tète de la brave garde-nationale d'Angers, avait déjà repoussé les Vendéens au delà du premier bras de la Loire en le traversant, non pas à la nage, comme le dit encore M. de Beaucha.nip, mais en le passant à gué, car ce bras de la Loire, qui est le moins profond, ne contient <|ue liés peu d'eau à la fin du mois du juillet.
Philippeaux, qui était passablement fanfaron et «jui n'a jamais paru à la tèle d'une colonne, pendant tout le temps qu'il a passé à l'armée, écrivait modestemenlà l'Assemblée: « Tout a changé de face depuis mou arrivée en ces lieux. » Quelques jours après, il vint nous faire une visite àSaumur. Je me permis de lui dire (jue je voyais avec plaisir arriver parmi nous un nouveau César et (|ue ce n'était point assez d'avoir écrit à la Convention nationale que tout avait changé de face depuis son arrivée, qu'il eût dû lui dire, comme le vainqueur des Gaules: Veni, viili, vici ; et j'ajoutai, peutêtre un peu trop ironi(|uement, que c'était sans doute par modestie qu'il n'avait pas jiermis aux cent trompettes de la