LA COUR DE SAUMUR
désii^ner comme le principal aulciir de tous nos désaslres, ne manqua pas de m'acciiser de nouveau comme chef prétendu de la Cour de Sdiiniiir (i), dont j'étais tout siinple-
fi) Si Philipeaux n'était pas aveuicié par les passions qui le dominent, il aurait mis un peu plusdétùdc à arranger ses calomnies: mais, des la troisième pai^-e de sa lettre, l'erreur dans laquelle il tombe est si évidente qu'elle saute aux yeux des moins clairvoyanls. Il parle des fripons de Tours et de Siiuinar qui, nu milieu d'un luxe (>iso/e«/,semblaienl ne viser qu'à grossir lesdanjcrs publics, etc.
Remarquez que c'est des généraux Ronsin et Rossignol cju'd veut parler, et que c'est à l'époque du moi* de mai.
Hé bien ! la réponse à ce fait est que Rossignol n'était point encore général, pas même général de brigade, à cette époque ; et que Ronsin était alors à Angers. Cependant Philippeaiix dit que le luj-e asiatique de ces qèiicraux, leurs orgies, tous les e.reinpies de dissolution donnes auœ soldats, etc.. tout tendait a Jaire de nos armées une cohue d'hommes sans frein et sans courage, non moins redoutables ii l'habitant paisible que les rebilles eurmêmes.
Rossignol ne fut fait -énéral en chef que vers la fin de juillet ; et c'est a celte époque (pi'il vint résider à Saumur, où le quartiergénéral fut établi près les représentants du peuple.
Pour jeter une défaveur plus grande sur Ronsin et Rossignol, Philippeaux traite d'abord l'etai-major général et la commissioa centrale de Gourde Saumur; il conclut de là ({u'on se livrait a toutes sortes d'orgies el de dissolutions ; mais rien de plus taux que l'assertion de F'hilippeaux.
A peine Rossignol fut-il n .mmé général, grade qu'il ne voulait point accepler et qu il n'ambitionnait point, fardeau dont il ne se chargea enfin qu'à la sollicitation des patriotes qui lui promirent de l'aider dans ses travaux, à peine, dis-je, eut-il accepte qui! reforma letat-major ancien pour le composer de sans-culottes pris parmi les .soldats de l'armée. Le général était sans-culotte, il fallait que son état major le fût aussi. Un décret de la Convention avait ordonné le renouvellement des états-majors : Rossignol ne savait qu'obéir.
La table de ce général, loin d'être somptueuse, était celle d'un soldat, el toute l'armée le certifiera. Il n'y avait pas de comma-idant de corps de retits commissaires des guerres, etc., qui n eut une table infiniment meilleure que la sienne. Il mangeait avec tous les soldats qui composaient l'étal .najor ; il était au milieu d eux comme un père au sein de sa famille. Un potai^e, du bouilli, quelques légumes, voilà la composition de sa table ; le soir on était traité de même, à peine quol-iuefuis y avait il suffisaminent pour tout le monde. On s'arracliait souvent les morceaux, une nappe toujours très sale, point de cliandelicrs. — des bouteilles en te-
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menl membre, occupé plus souvent à la tcle des colonnes que dans le cabinet, que j'clais loin de diriger. Ma réponse fut très simple : « Par votre plan de campag-ne vous nous avez laissé plus de Go lieues de terrain à défendre. Vous nous avez mis dans l'impossibilité de correspondre avec les armées agissantes autrement qu'en faisant un circuit pour le moins aussi lono;^. Je vous ai prédit que nos divisions seraient allaquées isolément. Je ne prévoyais pas que celles de Mayeuce et des côtes de Brest, beaucoup plus fortes que Icsniilres, éprouveraient le même sort dans un petit espace de terrain. Nous devions tous être devant Morlagne le lO, nous étions encore le 19 dans son voisinat^e, et toutes nos divisions occupaient lespositionsindi(iuccs. Pourquoi n vêtiez vo js pas vous-même ? Parce que, dites-vous, il y a eu des
liaient lieu, — un vin détestable auquel on préférait l'eau, est-ce là du luxe? sont-ce là des orgies?
Philippeaux n'a-t-il pas été trompé par de faux rapports, n'a-t-il pas vu une fois celte table de sans-cuiottes? El cependant, à l'entendre, le plus grand luxe scandalisait l'armée On peut appeler en tcm.iignoge de la vérité les représentants du peuple Richard, Choudieu, Bojrbolle.Turreau.qui s'explirpicront sur tous ces faits.
^)uand on échafaude une dénonciation aussi ridicule sur des absurdités sembla!>lcs, on se croit en droit de dire tout ce que l'imagination égarée peut dicter. Il est presque ridicule de répondre à tant de folies auxquelles les hommes justes et sages ne croient point.
J'ajouterai cependant que Rossignol était le père des soldats! Qu'on consulte la 35"« division de gendarmerie dont il a été le chef, on verra combien il y était aimé ; on verra si l'armoe que Philippeaux inculpe si gratuitement a fait trembler l'habitant paisible, en se conduisant à son égard comme les rebelles mêmes Cette armée, ain.si ([ue le général, n'a fait trembler que les aristocrates. Il n'y a qu'eux et ceux qui les protègent qui puissent tenir pareil langage. (Extrait d'un recueil de pièces publié chez Momoro.)
On a fait grand bruit de l'étalage et de la magnificence des re]irésenlants en mission. Je ne sais ce qui en est pour les autres; ([uant à moi je partis par la diligence de Paris pour me rendre à ma destination ; je fis toutes mes courses sur un cheval que j'empruntai dans ma famille, cl je revins à Paris dans une voiture que me fournit radmiiiislralioii du département de la Vienne et que je remis à celle du département de la Seine.
Mes frais de nùssion s'élevèrent à enviroii quinze cents francs assignats. Voilà qui peut donner une idée du luxe asiatique d'un proconsul de ce temps-là. {Extrait des mémoires de T/iiband^iiu, t. I, p. 20 )
NUUVtlAU CONSEIL ni: CUERRE 439
obstacles. iNe vous les avais-je pas prédits (i) •.' Aujourd'hui (lu'il est constant que vous n'avez rien prévu, et que votre plan était détestable, vous voulez en déverser le blâme s ur moi qui me suis constamment opposé à vos projets. Soyez un peu plus couséciuent et surtout un peu moins Fanfarou "? J'ai Fait mon devoir, oscriez-vous dire que vous avez Fait le vôtre? Je ne crams pas que ma conduite soit mise en reçard de la vôtre. »
Le résultat du conseil de çuerre tenu le 2 octobre Fut que les divisions de Fonlenay et de Luçon, commandées par Chalbos et .Mieskousky.se réuniraient, à Brcssuirc, le 7 octobre, à l'armée de Rossignol qui deviendrait attaquante. Philippeaux m'en fit un nouveau crime cl lit imprimer dans un pamphlet ces paroles qui prouvent suFlisammcnt la diftérence de nos deux manières de voir et de juger les événements. «Je me rappelle, dit-il, ce que me dit C.houdieu à table le jour de notre départ de Saumur: « Vous usez, vous antres, de la faculté de penser ; eh bien ! nous userons, nous, de la faculté d'agir, » Je ne nie point cette anecdote, parce que j'ai toujours cru qu'à la guerre il valait mieux agir que discourir.
Ou Fut étonné à Xantes lorsrju'ou reçut avis de cette détermination, qui prouvait du moins que nous voulions en finir, et nous en doimàmes à l'instant même avis au général Canclaux, afin qu'il prît ses dispositions en conséquence, car nous n'avions pas d'ordres à lui donner, et nos deux armées, qu'on avait refusé de réunir sous le même commandement, quoi(iuc j'en eusse fait la proposition formelle le 3 septembre, étaient indépendantes l'une de l'autre. Notre étonnemcut fui bien plus grand encore, lorstpe nous apprîmes que l'armée de Canclaux était rentrée eu campagne le
(i) Tel fut le résultat de ce fameux jilaa de Saumur (|u'il eût été facile de prévoir, el (jue Hobsii^ao), malicrc son iguoram'e, avait |)rédit. Les deux conimissions convonlionnellcs s'en imputèrent récipro(iuement les disaslres-.Phiiippeaux criant à la trahison tonna contre ChouJieu et Richard : ceux-ci répondirent que ces revers ])rovenaient du plan même. — Jomim, Ilishire des ijuerres de la Révolution,
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seplemljre. Maison avait eu lort de ne nousen pas prévenir, car alors le conseil de guerre, tenu à Saumur le 2 octobre, eût sans doute adopté d'autres mesures. On nous en fit encore un crime. Mais quelle était la plus coupable, de l'armée qui marchait en avant sans nous en donner avis, ou de celle qui, ne comptant que sur son propre courag'e, donnait avis de ses projets à l'armée (ju'elle invitait à la seconder. Il y a eu dans toute celte affaire des circonstances ([u'il serait difficile d'expliquer. Mais Auberl-Dubayet et Canclaux ne furent pas exempts de soupçons. Aubert-Dubayet, quecependant je n'accuse pas de trahison, fut incarcéré; Canclaux fut destitué. Ils appartenaient tous les deux à la caste nobiliaire, et c'en était assez pour être suspects. Ils furent remplacés tous deux par le général Léchelle qui fut investi en même temps du commandement de l'armée des Cùles de la Hochelic. L'armée des Cotes de Brest fut confiée à Rossignol.
Le plan arrêté à Saumur, le 2 octobre, fut approuvé par le comité de Salut public et e.xécuté littéralement par Léchelle, qui donna une nouvelle direction à nos opérations, et l'ennemi s'aperçut bientôt que ces opérations prenaient de la rectitude et de l'ensemble.
La commission même de Nantes changea de langage et écrivit à la Convention qu'on l'avait trompée sur les forces des Vendéens; qu'ils avaient trois armées commandées par Charetlc, Bonchamp et d'Klbéc, et qu'elles étaient composées de cent mille hommes bien armés et bien disciplinés. Mais qui est-ce qui l'avait trompée, ci ce n'était cete commission elle-même (]ui avait choisi Philippeaux pour son organe? Le comité de Salut public, par l'organe de Barrère, s'expliqua enfin sur la position de nos armées: « L'inexplicable Vendée existe encore, dit Barrère... Vingt fois les commissaires, les généraux, le Comité lui-même, vous ont annoncé la destruction prochaine des rebelles. On croyait pouvoir les détruire. Le i5 septendjre, le tocsin avait réuni une foule innombrable de citoyens. Une terreur panique a tout dissipé ; si la Vendée a fait de nouveaux progrès, c'est par l'envoi trop nombreux de commissaires de la Convention et par la cupidité