‹ Mémoires et notes de--,représentant du peuble à l'Assemblée législative, à la Convention et aux arméesChapitre 76 sur 87 · LE PROCES DE FAVHAS · texte numérisé non relu

LE PROCES DE FAVHAS

Le sieur ]SIahy, marquis de Favras, fui accusé d'avoir reçu de l'argent d'un grand seigneur, qui ne fut point nommé dans le procès, pour préparer la fuite du Roi. Tout le monde savait cependant que ce gnmd seigneur était Monsieur, frère du Roi. Le mar(|uis convint qu'il avait effectivement reçu quelque argent de ce prince et qu'il avait été chargé par lui d'une négociation pécuniaire de quelque importance pour des intérêts particuliers, mais qui n'avaient aucun rapport à la politique. Malgré ses dénégations, le Chàtelet devant lequel avait été renvoyée lu procédure ne le condamna j)as moins à mort. Le marquis de Favras, espérant toujours être sauvé, garda son secret jusqu'à la fin.

Cependant pour gagner du temps il demanda à faire des révélations importantes, le jour même qu'il devait être exécuté II paraît qu'elles n'aboutirent à rien, ou du moins qu'on n'y eut pas d'égards.

Ces prétendues révélations ne s'en prolongèrent pas moins jusqu'à la nuit. C'était tout ce (|ue le marquis désirait, parce (ju'on lui avait fait croire que si on ne parvenait pas à le sauver par im moyen quclcon(|ue on le sauverait du moins au moment même de l'exécution par le moyen d'un collier élastique qui le préserverait de la strangulation. Et voilà pourquoi le trop confiant man{uis prolongea jusqu'à la nuit la séance qu'il avait provoquée pour faire des révélalions, dans l'espoir d'un événement.

On lui plaça effectivement un collier, mais (jui ne le uaranlit de rien.

Sa femme, qui était dans la confidence el à laquelle on avait promis de remettre le corps du marquis immédiatement après l'exécution simulée, conserva l'espérance jusqu'à la fin. On lui remit bien le corps de son mari, mais il était

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inanimé. Ils avaient cru tous les deux, on leur avait fait croire, que l'exécution n'était que pour le peuple.

Ce trait m'a été raconté par une dame qui avait des >"elalions intimes avec Mme de Favras, et l'on peut en rapprocher ce que dit le baron de Besenval qui se trouvait alors dans les prisons du Chàtelel pour y être jue;'é lui-même; il rapporte dans ses mémoires que de nombreux rassemblements se formèrent quatre fois différentes devant la prison et qu'il a pensé que l'objet de ce rassemblement était d'enlever le marquis do Favras.

Au surplus tous ceux qui ont connu le caractère de Monsieur (depuis Louis XVIII) croiront facilement que, craignant de se trouver compromis par les révélations du marquis de Favras, il ait essayé de le faire enlever de sa prison et que, n'ayant pu y parvenir, il ail cherché à lui faire croire jusqu'à la Hn qu'il ne périrait pas, afin (jue son secret fût enseveli avec lui.

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Il faudrait avoir vu le Champ-de-.Mars avant la première fête de la Fédération pour se faire une idée des travaux qui ont été exécutés dans l'espace d'un mois seulement. Trente mille ouvriers soldés qui y furent employés ne pouvaient suffire, en supposant même qu'ils travaillassent jour et nuit; mais la population de Paris tout entière s'y porta en masse, et chacun voulait mettre la main à l'ouvrage.

Lu citoyen courut d'abord l'heureuse idée d'inviter les soixante bataillons de lr« garde nationale à envoyer chaque jour au Chainp-de-Mars, pour y cire employés aux travaux, dix ou douze hommes par compagnie, ce qui composait une masse journalière de cinq mille travailleurs. Cet a|<pel fut entendu non seulement par l'armée parisienne, mais encore par toutes les classes de la société. Des vieillards, des femmes, des enfants peu accoutumés aux travaux pénibles, accouraient y remuer la pioche et la brouette. Des jeunes gens du bon ton, des femmes élégantes partageaient ces

travaux avec toutes les classes du peuple; des ouvriers de tous les états venaient y employer quehjues heures qu'ils dérobaient au repos. Cent mille individus s'cncouraçeaient au travail en chantant des airs patriotiques. Jamais spectacle pareil ne s'était vu. La terre se nivelait, des talus, des amphithéâtres s'élevaient avec rapidité sous ces mains laborieuses. L'ordre le plus parfait régnait au milieu de cette innombrable multitude sans qu'on eût besoin d'argent ou de la force armée pour y maintenir la tranquillité, preuve certaine que les bayonnettes ne sont pas nécessaires à diriger ceux qui travaillent pour assurer leur indépendance. Il n'y a que les gouvernements despotiques qui ont besoin d'employer la force brutale pour contenir les mouvements populaires; ces expansions ne sont à craindre que pour ceux qui voudraient comprimer tous les sentiments généreux et qui croient que le peuple ne doit avoir de volonté que celle de ses chefs ou de ceux qui se disent les maîtres.

Les députés de toute la France et les représentants des armées de terre et de mer s'assemblèrent sur la place de la Bastille et se rendirent de là en bon ordre au Champ-de- Mars. L'évèque d'Autun, Talleyrand-Périgord, après y avoir célébré la messe, bénit l'oriflamme et les quatre-vingt-trois bannières qui furent distribuées aux fédérés de cha(jue département. Louis XVI prêta le serment suivant : « .Moi, Roi des Fran(;ais, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par l'acle constitutionnel à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi. »

La Reine, qui eut l'air d'clre entraînée par un mouvement d'enthousiasme, se leva tenant le dauphin dans ses bras et, le montrant au peuple : « Voilà mon fds, il se réunit avec moi dans les mêmes sentiments. »

Les députalions des divers départements furent admises à l'audience du Roi qui les rc(;ut avec bienveillance. La Reine, qui ne négligeait aucun des moyens de séduction que les circonstances lui présentaient, admit même plusieurs fédérés aux séances particulières qu'on appelait les soirées de la Cour.

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