LES INFLUENCES RÉVOLUTIONNAIRES
La Révolulion est un des grands événements de l'ordre social. Ceux qui la regardent comme l'œuvre de quelques hommes qui l'auraient provoquée ou dirigée par leurs écrits, leur argent ou leur influence personnelle n'ont considéré que les acteurs qui occupaient la scène, ils ont attribué au moment ce que des siècles avaient préparé. Les grandes époques sont plutôt l'œuvre du temps que l'improvisation de quelques volontés. Le chancelier Bacon a dit justementque le temps était le plus grand des novateurs.
La Révolution n'est pas née d'idées abstraites et de fausses théories sur la souveraineté du peu- [>le, comme l'ont écrit ceux qui voulaient la dis- CR'diler dans son principe en essayant de réfuter ces théories, elle est née de la force des choses, du c<>ncouisdesé\éiiem('nls : tons les[)Ouvoirs, toutes les aristocraties, la royauté même, y ont contribué. Des liommes qui, depuis, nous ont traité de
rebelles, allumèrent les premiers le feu qui produisit l'explosion ; le clergé, qui de tous temps, par ses prétentions exagérées, par ses empiétements sur la puissance civile, avait appris aux peuples que les rois ne sont pas inviolables, demanda 'ui-même la convocation des états généraux et la revision de l'ordre ancien ; la noblesse, qu'on avait vue tant de fois rivaliser avec le pouvoir royal et le combattre les armes à la main, exerça certainement une influence immense sur les débuts de la Révolution, et pour le prouver il me suffirait de mettre sous les yeux du lecteur un simple extrait des doléances inscrites aux cahiers qu'elle rédigea à 1 "adresse des derniers Etats-généraux ; — ces cahiers sont peu connus, quand on les aura lus on sera forcé de convenir que les prétentions de la noblesse dépassaient en libéralisme tout ce que le tiers-état demandait lui-même; — enfin il s'était formé au sein môme de la monarchie une nouvelle puissance qui, en résistant aux ordres de la Cour et en refusant l'enregistrement des impôts, manifestait que le peuple doit être compté pour quelque chose et qu'une puissance résidait en lui, puis(|irà lui seul appartenait le droit de voter et d'accorder ces impôts. C'est par cette noble résistance que les parlements ont obtenu la convocation des États qui