‹ Mémoires et observations cliniques de médecine et de chirurgieChapitre 17 sur 22 · SUR UN NOUVEL INSTRUMENT · texte numérisé non relu

SUR UN NOUVEL INSTRUMENT

APPELE PINCE OBSTÉTRICALE OU MAIN-ARTIFICIELLE (1) SUI\ 1E DE PLUSIEURS OBSERVATIONS.

L’origine du forceps est fort ancienne. Dans les premiers essais qui en furent faits , cet instrument était tellement informe, comparativement à ce qu’il est aujourd’hui, qu’il ne pouvait, en quelque sorte, servir qu’en mutilant la tête.

Smelie est le médecin-accoucheur qui lui a fait subir les premières et les plus remarquables modifications. Levret , à son tour, l’a si bien perfectionné , qu’on pourrait dire

(I) Voyez planche 2'.

qu'il eu lit un instrument uouveau, encore connu de no» jour* »uu» le nom de forceps de Levret.

I >«*j»ui*% te» deux auteur», le forceps a éprouvé de nombreux changements. Les plu» importanu août dus à buboy , à Uugès, à Velpeau , à Jules Haim , etc. Nous ne nous ar rêterona pas à faire la description de ces changement» , ils sont sufllsaiument indiqués dans les ouvrages élémentaires. Nous croyons seulement devoir signaler le petit forceps des Anglais, dont l'utilité a été vantée dans le cas où la télé est dans l'excavation. Cependant ce forceps u'esl pas indispensable , puisqu'il est reconnu que celui de Levret peut très bien le remplacer

Quels que soient les services qu'on puisse attendre de ces divers forceps, nous pensons qu'ils ne peuvent répondre avec le même avantage à toutes les indications. C’est la raison qui nous a conduit à imaginer l'instrument qui fait le sujet de ce travail , cl que nous nommons pince obstétricale ou main-artificielle.

Certains auteurs ont prétendu que le forceps de Levret , modifié ou non modifié, pouvait suffire dans toutes les circonstances; et même qu’une de ses cuillers pouvait suppléer le levier. Quant à nous, nous pensons qu’il peut être nécessaire , seul , au détroit supérieur , et dans l’excavation ; mais qu’au détroit périnéal , il ne peut sans de grands inconvénients, remplacer la pince obstétricale, dont les branches ont été disposées pour faire aussi , au besoin , les fondions de levier

Ainsi , le forceps et la pince nous semblent susceptibles d’ôtre employés à l’exclusion des autres instruments de ce genre, par celui qui se livre à la pratique des accouchements.

Le forceps de Levret est indispensable au détroit supérieur et dans l’excavation; et la pince obstétricale convient spécialement au détroit périnéal. On pourrait l’appeler encore double-levier , parce qu’en effet ce sont deux leviers réunis qui la forment , et qu’une des branches peut également remplir les fonctions d’un levier , comme les deux réunies remplissent celles d’un forceps.

Cette pince se compose de deux branches qui représentent chacune un levier , lorsqu’elles sont séparées ; réunies , elles ont la forme et les avantages d’un petit forceps ; le manche de la branche male offre un anneau à l’une de ses extrémités; ce qui permet de le tenir plus solidement dans les elTorts de traction; celui de la branche femelle , se termine par un crochet dont on peut se servir au besoin pour atteindre l’aine ou l’aisselle et tirer dessus.

Dimensions de la pince- obstétricale.

La longueur de la pince est de 31 centimètres ; celle des cuillers, à pailir de la vis, est de 17 centimètres, et celle du manche de 15 centimètres, 5 millimètres. Les cuillers ont , à leur extrémité libre , 12 millimètres d’épaisseur, et 41 millimètres de largeur; à leur partie moyenne, 3 milli-

uietre» d'épaisseur; 7 millimètres près le manche, et 10 mil limeti es île largeur. Kulln l'écartement des cuillers est, a leur extrémité libre , de *Jff millimètres ; au quait de leur longueur, de 70 luiUiiuèlrf a ; à la moitié, de 75 millimètres, et aux trois quarts, de 4K millimètre*.

De pareilles dimensions n'ont pas été prises au lialard ; elle* sont le résultat de l'expérience, ('.'est pour les atfoir méditées, calculées, pendant et après un grand nombre d'ucrouchemrnl* que nous nous sommes déterminé à les donner à notre pince; c'est pour les avoir rectillées depuis qu'elle est faite , que nous regardons ces dimensions comme la base du succès, dans les deux cas spéciaux dont noua allons parler tout A l'heure. Avant d'arriver à ce degré de perfection . nous avons éprouvé des difficultés, soit dans son application, soit surtout dans la manière de tenir la tête solidement saisie, lùn effet, il est facile de démontrer qu'en diminuant la longueur des cuillers, il devient nécessaire de leur donner un écartement et une courbure qui se prolonge jusqu'à leur entier entrecroisement près le manche. De cette façon , elles s’adaptent parfaitement à la forme île la télé , qu'elles embrassent jusqu'au delà des apophyses mastoides, et cela sans la serrer trop fortement. Au contraire, si leur courbure n était pas aussi prolongée, il en résulterait un resserrement dans leur quart postérieur, qui ne leur permettrait pas de dépasser la racine de la conque de l'oreille; de là , dans les efforts de traction, elles glisserait Mir les tempes,

et la pince lâcherait, après avoir meurtri les parties molles et comprimé le cerveau. Ces inconvénients, nous les avons évités par la forme donnée à nos cuillers.

En raccourcissant le manche comme nous l’avons fait , non-seulement nous avons rendu la pince très portative , mais encore la manœuvre en est devenue bien plus commode.

Usai/e de la pince-obstétricale.

La pince ne doit être employée qu’au détroit inférieur et dans les deux cas suivants :

lu Lorsque le sommet de la tête se présente à la vulve, conséquemment lorsqu’une partie se trouve engagée sous les pubis et près d'opérer son mouvement de rotation, ou lorsqu’elle a en grande pallie franchi l’arcade pubienne et qu’elle n’est plus retenue que par les parties molles et particulièrement par la résistance du périnée.

2° Lorsque, l’enfant venant par les pieds, la tête est entièrement dans l'excavation et arrêtée derrière ou sous les pubis, soit par son volume, soit par la rétraction de l’orifice de l’utérus sur le col de cet enfant , soit par la résistance des parties molles qui n’ont pas eu le temps de se dilater. Cette résistance est surtout remarquable chez les femmes primipares.

Dans l’accouchement par les pieds, la position de la

femme el la manœuvre pour appliquer la pince, sont les même* que lor* ju'on a recours au forceps. Celle pince esi beaucoup plus facile à introduire que celui ci ; et , pourvu que la tête soit sudltamment descendue , elle la tient plus solidement que ne le font les doigts places dans la bouche ou sur les parties latérales du no* ; enfin elle l'amène plus sûrement et plus vite au dehors

Il n'y a point ici à craindre de huer , de fracturer ou de déchirer la mâchoire : les parties molles sont dilatées par les cuillers et par la tête, sans que celle-ci ait à souffrir d'une compression trop prolongée. En un mot , l'accou Chôment se termine avec beaucoup plus de promptitude. (Test celle promptitude qui peut prévenir la mort de beaucoup d'enfants. Souvent on sent remuer leurs membres, on est certain qu'ils sont vivants, et cependant ils finissent par succomber. La mort est évidemment occasionnée ici, par la longueur de la manœuvre, par les tractions sur l'enfant el surtout par ta compression du cordon ombilical. La grande mortalité que l'on observe dans ce genre d’accouchement est donc due aux difficultés et aux retards que l'opérateur éprouve dans l'extraction «le la tête. Eh bien ! au moyen de la pince on est sûr fie l'amener rapidement et presque toujours heureusement , «lès qu'elle est convenablement saisie par les cuillers.

Lorsqu’on se sert de la pince, dans l’accouchement par la tête, la position de la femme est la même que dans un accouchement naturel. En général, il n’est pas nécessaire

de la mettre sur le boni du lit , ce déplacement est désagréable , inquiétant pour elle; l’éviter, c’est un avantage dû à la petitesse du manche de la pince. Voici comment on procède :

La femme est placée horizontalement sur le dos , dans son lit. On l’invite à soulever le siège ; on fait placer, dessous, un drap en plusieurs doubles, afin de l’élever de trois à quatre pouces ; on place la personne la plus forte au chevet du lit; celte personne saisira les épaules par dessous les aisselles , les tiendra solidement et fera la contre-extension au moment des tractions de l’accoucheur. Une autre sera chargée de poser ses mains sur les hanches et d’appuyer dessus assez fortement pour empêcher le bassin de remuer ; puis l’opérateur se met au pied ou sur l’extrémité du lit, glisse d’abord la branche mâle, qu’il maintient lui-même avec la main qui l’a introduite , ou qu’il fait tenir à un aide, puis la branche femelle; cette branche n’a pas besoin de conducteur, puisque le col de l’utérus est ordinairement retiré derrière l’occiput. Ensuite, il les articule, et tire : 1° doucement et un peu en bas dans l’axe du détroit supérieur ; 11° directement en avant , dans l’axe du détroit inférieur ; 3° enfin , en haut , en exécutant un mouvement de rotation sous les pubis , jusqu’à la sortie de l’enfant. On comprendra facilement que, si le manche eût eu une longueur plus grande que celle que nous lui avons donnée , les tractions, suivant les axes du bassin ,

eussent lit* difficiles ou impossibles. Il i tait donc indispensable que ce manche fut court

Dans les applications que nous avons faites de cet instrument , nous avons pu nous assurer que son introduction est bien plus facile que celle «lu forceps ordinaire ; la femme s*rn aperçoit à peine ; elle ne lui cause que peu 'tde douleur. O résultat est dd certainement à la briéwté du manche, à la petites re et uti peu d'épaisseur des cuiilets que j’ai fait » mincir autant qne possible.

Quand on examine b pince-obstétricale, ne doit-il pas venir i\ la pensée de la comparer à une main artificielle qui saisirait solidement b tête , l’attirerait sans trop d'efforts et suppléerait les doipts dont le plissement entre l’arcade pubienne et la tête est impossible? Dans ce moment terrible de b parturition , où la femme, accablée par les sonlïY.mres et l'épuisement , supplie l'accoucheur d'en finir, bien des fois il nous est arrivé de chercher à saisir le sommet de 1a tête avec les doipts; ceux-ci plissaient sur elle, quand nous voulions tirer , pour mettre un terme aux douleurs de b mère et sauver les jours «l'un enfant , dont l'existence était fortement compromise par 1a durée d'un pareil état. Mais, malheureusement, nos tentatives étaient vaines, le travail se prolongeait encore , et nous avions la douleur de voir, après un lonp temps, venir un enfant mort, et les jdus chères espérances d’une famille déçues. Il est de remarque , que c’est surtout au premier accouche-

mont, que ce malheur arrive; malheur d'autant plus cruellement senti que l’enfant est plus vivement désiré. Du reste, ce fâcheux accident s’explique alors par la résistance des parties sexuelles, qui n’ont pas encore subi de grandes dilatations.

Notre pince ne fait pas éprouver d’altération à la tête , elle l’extrait aisément; elle nous paraît donc, plus que tout autre instrument , susceptible de prévenir une issue funeste : c’est là son mérite; c’est là ce qui nous fait l’apprécier. Lille ne compromet en rien, non plus, les jours de la femme, et, nous le répétons, elle lui cause peu de douleur.

Sans doute, on doit abandonner aux efforts de la nature un accouchement lorsqu’il n’offre aucune complication , aucune lenteur dans sa marche; nous ne saurions trop insister sur ce point ; mais toutes les fois que la tête se trouve arrêtée sous l’arcade pubienne, ou par inertie de la matrice, ou par épuisement des forces, ou par la résistance que présente le périnée , et la douleur que celte résistance occasionne parfois à certaines femmes, douleur qui les empêche de pousser, la pince peut être appliquée avec le plus grand avantage. Elle représente , comme nous l’avons dit plus haut , une main dont deux doigts excessivement aplatis , figurés ici par les cuillers très- amincies de la pince , glisseraient aisément entre les parties molles et la tête , la saisiraient solidement et en opéreraient promptement l’extraction. C’est vraiment ainsi que les

chose* *•' pissent. Dos lors l'accoucheur n’a pins à demander de grand* «*fT«»rts à la femme, il peut terminer, en quelque aorte, à volonté l'accouchement. Ainsi il peut l'accélérer ou le ralentir à sou gré. Si la tête est arrêtée sous l'arcade pubienne par son trop grand volume , ou par l’inertie «le la matrice et l’épuisement de la femme , les efforts de l'opérateur auront bientôt surmonté ces difficultés; si c’est par une résistance due aux grandes lèvres et au périnée , résistance que la femme ne peut vaincre par rapport à l'accablement où elle est et aux souffrances qu’elle ressent dans ces parties, dont la tension est extrême , l’accoucheur , par des efforts mesurés , ralentis, suspendus an besoin, réussira encore parfaitement ; car, par ces efforts prudemment combinés, il dilate doucement les parties molles. Oraint il la déchirure du périnée, il les modère, il les arrête, s’il le faut, ce «pie les femmes elles- mêmes ne peuvent faire , lorsqu’ils sont «lus aux contractions de la matrice. Ainsi donc si l'on pensait à a«lresser à cet instrument le reproche de déterminer la déchirure «lu périnée , ce reproche ne nous semblerait pas fondé; car nous croyons que, par son emploi, on a, au contraire, plus de chances pour prévenir cette déchirure.

Si nous comparions les usages «le la pince avec ceux du levier, nous «lirions que le levier , qui a été employé à la place du forceps , lorsque la tête est au détroit périnéal , est loin d’être aussi commode et aussi utile que la pince.

M Velpeau , dans son Traité sur les accouchements,

après avoir décrit la manœuvre du levier au détroit périnéal, ajoute :

« Ce que le levier fait dans ces circonstances , le for- « ceps le ferait également, je le sais, et peut-être plus « sûrement encore ; aussi mon but n’est pas de substituer « le premier de ces instruments au second , etc. »

i\I. Velpeau, en préférant encore le forceps au levier dans le cas précité, fortifie l’opinion que nous avons émise en faveur de la pince obstétricale , comparativement à ce dernier instrument. S’il eût connu notre pince à l’époque où il a écrit, nous aimons a croire qu’il lui eût aussi donné la préférence sur le forceps au détroit périnéal. Nous fondons celte assertion sur les inconvénients que présentent ici la grandeur et l’épaisseur des cuillers du forceps. Nous avons quelquefois employé ce dernier non sans peine au détroit périnéal. Assurément l’introduction des cuillers fut difficile, très-douloureuse et ne put même avoir lieu qu’en refoulant la tôle. C’est, sans doute , la raison pour laquelle les hommes de l’art abandonnent aux efforts de la nature l’accouchement dans ces circonstances , quelqu’épuisée que soit la femme , quel que soit le danger que court l’enfant.

D’après toutes les explications que nous venons de donner, nous croyons devoir conclure que le forceps de Levret et la pince obstétricale peuvent , à eux seuls, remplacer tous les instruments de ce genre, et qu’un accoucheur qui les aura en sa possession sera en mesure de

répondre a toutes le* indications qu'exige la manoeuvre «lu forceps et du levier, lia même fourreau peut leu cont«* dr quand il aura besoin de leu transporter.

Kn résumé : abréviation deu douleuru de la femme, conservation deu jours de l'enfant par la terminaison rapide «le l'accouchement , tel eut l'heureux résultat «jue nous obtenons de notre pince obstétricale. Nous n 'hésitons pas à la proposer aux médecins-accouchcuru, bien convaincu (ju'elle rendra «le grands services aux femmes, dont Tl eut si pénible d'entendre les plaintes et si désolant de ne pouvoir soulager les soufTrances, lorsqu'elle* sont dans un travail d'enfantement difficile.

Je vais terminer cette notice par quelques-unes «leu observations où j'ai employé la pince obstétricale.

f" observation. — Accouchement double, commisions, hémorragie par décollement du placenta , application de la pince obstétricale pour le premier enfant, version pour le second.

Madame Madelaine, âgée de *J.r» ans, demeurant h la Tranchée, prés Tours, d’une aase* faible constitution, enceinte «le neuf mois, primipare, avait éprouvé pendant sa grossesse , surtout «lans les «lerniers temps, «le l’enllure aux jambes et des douleurs aux lombes. Le U‘J octobre I S f 0 , elle sent les douleurs s'accroître, elle en souffre

toute la nuit ; le lendemain 23 , elle se décide à mander un médecin-accoucheur. Celui-ci reconnaît les préludes du travail de l’enfantement et prescrit un bain. Dans le bain, madame Madelaine eut une syncope qui obligea à la remettre au lit tout de suite. A peine y avait-il une heure que le médecin s’était retiré , qu’elle est prise d’une violente attaque d’éclampsie. Les assistants en furent saisis d’effroi. L’un d’eux accourut chez nous et nous pria de nous rendre en toute hâte près de la malade. Quand nous la vîmes , elle était dans un état convulsif très prononcé. Depuis environ une heure les convulsions se renouvelaient à chaque instant et mettaient ses jours en grand danger. Toute temporisation pouvait amener une issue funeste; aussi nous nous décidâmes à agir sur le champ. Le toucher nous fit reconnaître la présence de la tête , dans l’excavation, le sommet était engagé sous les pubis et le cuir chevelu commençait à poindre à la vulve. Madame Madelaine avait les dents serrées , elle était sans connaissance, môme dans l’intervalle des convulsions. 11 y avait absence de contractions utérines, nous ne pouvions donc espérer la terminaison rapide de l’accouchement que d’une manœuvre instrumentale. Nous n’avions avec nous que notre pince obstétricale , nous nous en servîmes. Son usage répondit parfaitement à notre attente : la tôte fut saisie facilement et promptement extraite ; nous réussîmes à amener, au moyen de cet instrument, un enfant plein de

vie. A peine l’accouchement fut-il terminé que les convul-

*ions cessèrent , mais lo pouls resta vite, petit et serré; la connaissance ne revint pas; évidemment madame !\ladelainc était encore sous l'influence de l'éclampsie.

t.omme il est d’usage, nous fîmes l'eiploration du ventre , nous palpâmes l'uierus ; son volume anormal nous lit soupçonner la présence d’un autre enfant, le toucher que nous exerçâmes aussitôt continua nos soupçons : un second enfant présentait la hanche au détroit supérieur; nous n'avions rien de mieux & faire que d'opérer la version, nous y procédâmes tout «le suite et nous amenâmes une petite fille , ses jours furent un moment en «langer ; elle était «l'un rouge vi«»let , presque immobile, il y avait évidemment congestion cérébrale, menaces d'asphyxie. Noos laissâmes couler un peu de sang par le cordon , et nous fîmes respirer du vinaigre â l’enfant. A peine l'avions nous rendu à la vie , que d'antres soins nous appelaient auprès de la mère : une p«*rte venait «le se déclarer , le sang coulait avec abondance. !\ous nous hâtâmes d'administrer trois grammes de seigle ergoté , puis nous fîmes l’extraction des deux placentas , la matrice revint assez vite sur elle- même, la perte se ralentit, puis elle cessa peu de temps après. A quatre heures «lu soir, le pouls se releva, prit un peu «le force , mais la perte de connaissance continuait toujours , et , pour faire avaler à la malade quelques liqni«les, (potion éthérée, eau d’orge, de veau, de tilleul), il fallut lui desserrer les dents.

A dix heures du soir, le pouls était bien moins agité; il

marquait 104 pulsations; les convulsions et la perle n’avaient pas reparu. La chaleur de la peau était halitueuse ; la respiration normale ; l’état comateux subsistait encore. Ce dernier symptôme dura toute la nuit ; à 6 heures du matin (24 octobre) , madame Madeleine recouvrait la connaissance et la parole; à huit heures, nous constatâmes un mieux notable. Le pouls n’est plus alors qu’à 85 , la malade cause, et répond convenablement aux questions qui lui sont adressées. Elle accuse une grande faiblesse , et exprime le besoin de manger. — Deux légers potages lui sont donnés, l’un le matin et l’autre sur les deux heures.

Dans le cours du jour , on remarque un penchant continuel au sommeil (somnolence), l’hémorragie ne reparaît pas , et à la place coule une sérosité un peu roussàtre.

Le soir , le mieux est plus prononcé , la potion éthérée est discontinuée , (môme tisane , bouillons et potages).

Le lendemain 25 , à une grande faiblesse prés , la malade est dans un état satisfaisant.

Le troisième jour de l’accouchement (27 octobre) , la fièvre de lait se manifeste , les mamelles sont dures , gonflées , douloureuses ; le lait arrive et la mère peut allaiter ses deux enfants. Désormais tout se passe naturellement ; les forces et la santé reviennent assez vite.

Reflexions. — L’observation dont je viens de donner les détails me paraît intéressante sous plus d’un rapport ; sur la môme personne se sont passés des accidents , des phénomènes des plus graves , l’art en a triomphé , et pour-,

tant un seul de ces accidents peut occasionner la mort.

Ainsi , la dame Madeleine a éprouvé des convulsions prolongées , une hémorragie qui menaçait de devenir foudroyante ; accidenta des plus dangereux de la parturition ; elle a subi l'application de la pince , puis la version , enfin elle a eu un double accouchement ; quoique faible , elle a supporté tout cela , elle y a survécu , et a joui du bonheur ineffable d'allaiter ses deux enfants.

Pourtant la lactation n'a pas été exemple d'inconvénients ; des gerçures se sont manifestées aux mamellons et ont occasionné de vives douleurs. Os gerçures sont la cause la plus ordinaire des dépôts du *< in qui font tant souflTrir les nourrices. Le meilleur moyen de les prévenir , ce tne semble , serait de faire usage de bouts de sein (pis de vache) , dès le début de l'allaitement , et de ne cesser leur emploi que du moment ou les mamellons seraient bien formés et la lactation bien établie. Les enfants feraient d’autant moins de difficultés à prendre les mamellons artificiels, qu'ils n'auraient pas encore pris l'habitude des mamellons naturels.

DüUXifeMB observation . — 2# position de ta t/Ue , suppression des douleurs, lorsqu'elle est desrendue au détroit périnéal, terminaison de l'arcourhrment par la pince obstétricale..

La femme Diète Yernau , habitant près la barrière de

Saint-Barthélemi de Tours, est enceinte de 9 mois accomplis; elle est primipare. Depuis quatre heures du soir (2 avril 1842), elle est dans les douleurs de l’enfantement. La tête , après avoir franchi le détroit supérieur , est dans l’excavation , elle touche au détroit périnéal , déjà même la tumeur , formée par le cuir chevelu , fait saillie entre les grandes lèvres. Tout annonçait une délivrance prochaine; lorsque les contractions utérines vinrent à cesser. Ne sachant plus quel terme assigner au pénible état de la femme Diète, dont les forces étaient très affaiblies, nous eûmes recours à la pince obstétricale. Nous en glissâmes les cuillers sur les côtés de la tête dont le volume était assez prononcé , puis nous en articulâmes les branches ; la tête , ainsi saisie , fut extraite , après quelques efTorts convenablement dirigés. La naissance d’une fille combla de joie la mère. Tout le reste se passa bien ; les suites des couches furent simples et heureuses.

Nous croyons devoir faire observer que la femme Diète était assise dans un fauteuil , quand elle se décida à l’application de la pince , et que cette position , nous paraissant commode, nous ne la fîmes pas changer , pour introduire nos cuillers.

:ir übsF.h YATlüJi . — 1" position, présentation de t'épaule droite , version , application de ta pince obstétricale , spina-bifida , hydrocéphale.

Madame Suppligcon de Tours, (rue des Itécoleu) , est arrivé au terme d’une première grossesse, (Il avril 1H43) ; elle était dans les douleurs de l'enfantement depuis douze heures, lorsqu’elle nous envoya chercher. Les contractions utérines, assez fortes au début, s'étaient ra lenties trois heures avant mitre arrivée; cette raison, et une autre plus militante encore , avaient déterminé la sagefemme à solliciter les avis et l’assistance d’un homme de l’art. Kn effet , l’enfant présentait l’épaule droite, dette partie explorée et reconnue, nous annonçâmes qu’il n’y avait rien autre chose à faire que de pratiquer la version. Madame Suppligeon est d’une assez, forte constitution, et, quoiqu’elle eût souffert d'une chute, faite au septième mois de sa grossesse , elle nous parut en état de supporter cette version; nous crûmes donc ne pas devoir attendre ; en conséquence , dès que la malade fut posée sur le bord du lit , et dès que les aides eurent été mis à leur place , nous allâmes chercher les pieds. Nous fûmes assez heureux pour les saisir tous les deux à la fois , et en procédant suivant les règles de l'art , nous les amenâmes dans l’excavation , puis au dehors. Les hanches et le reste du corps suivirent. Déjà les fesses^avaient

franchi la vulve , lorsque nous sentîmes , en glissant nos doigts le long de la colonne vertébrale , une tumeur, volumineuse (spina bifida) , qui avait son siège sur les deux dernières vertèbres dorsales ; elle nous fit soupçonner l’existence d’une hydrocéphale. Nous eûmes beaucoup de peine à faire avancer le tronc. Enfin , après bien des efforts de la part de la malade , et des tractions prudemment dirigées, nous vînmes à bout de dégager les épaules; mais tout n’était pas fini; une résistance des plus opiniâtres nous attendait à la sortie de la tète. A la llaccidité des chairs de l’enfant , à l'immobilité de ses membres, nous pensâmes qu’il était mort ; nous jugeâmes d’après cela qu’il ne fallait plus nous presser , et nous abandonnâmes, un instant, aux efforts de la mère, le reste du travail. La tête s’engagea lentement et difficilement dans l’excavation, elle avança cependant assez pour nous permettre d’introduire l’index dans la bouche et d’accrocher la mâchoire. A force de tractions, nous la fîmes cheminer jusqu’à l’arcade pubienne ; mais , arrivée là , elle ne put dépasser le détroit périnéal , quelles que fussent les tentatives faites pour obtenir ce résultat. Craignant de diviser la symphise du menton , ou d’occasionner quelque autre désordre dans la mâchoire en tirant sur elle , nous nous décidâmes à appliquer notre pince obstétricale. L’introduction des branches fut si facile que nous crûmes que madame Suppligcon ne s’en était pas aperçue ; du moins elle n’en avait manifesté aucune sensation. Lne fois que

la tôle fut sataie par la pince , noua en limes aisément l'extraction , plu vile que nous ne l'avions espéré ; nous ne fûmes pas surpris de voir un enfant hydrocéphale (1), car nous en avions soupçonné l’existence. Cet enfant, dont les difformités étaient monstrueuses, était mort. Madame Suppligeon fut très fatiguée d'une manœuvre aussi pénible ; c ependant , après quelques jours de soins assidus , elle était dans un étal satisfaisant. La convalescence n’a été prolongée que par un accès de colère , auquel la malade s’est livré** douze jours après l'accouchement ; elle a aussi éprouvé un commencement de rétention d'urine qui n'a pourtant pas nécessité l'usage de la sonde. C'est à cette occasion que nous est venue* l’idée de faire usage d'un tuyau de plume A la place de celle-ci.

Dernièrement nous avons été à même de mettre cette idée à exécution sur la femme Youteau de Joué , qui , à la suite d'une manœuvre du forceps de Levret , au détroit supérieur, avait une rétention d'urine. Elle en souffrait beaucoup , lorsqu’on nous en parla ; nous n’avions pas alors de sonde. Pour s'en procurer, il fallait aller à Tours, distant de plus de 4 kilomètres de l’endroit où nous étions ; un grand retard , des souffrances de pluspour la femme devaient résulter d'une course aussi lonlaine. Pour obvier à cet inconvénient , nous nous servîmes d’un tuyau de

(I) Madame Suppligeon *jrnt encore d'accoucher , (2 juin 184*) d’un acéphale.

plume; nous en arrondîmes l’extrémité pour l’empêcher d’être rugueuse , puis nous l’introduisîmes , bien graissé de suif, dans l’urètre. L’urine coula en abondance. Nous avons eu soin d’attacher à ce tuyau un fil ciré , afin d’éviter qu’il ne s'échappât dans la vessie , et afin de pouvoir le retirer à volonté. Son introduction a causé , à la femme Vouteau , très peu de souffrance. Ce moyen nous paraît être utile, lorsqu’un médecin , loin de sa demeure , a besoin d’avoir recours au cathétérisme chez la femme, et qu’il n’a pas sur lui l’instrument nécessaire. Nous faisons mention de ce fait , afin de montrer que dans un cas pressant , on peut remplacer la sonde par un tuyau de plume, ou tout autre cylindre creux et de dimensions convenables.

4me observation. — Première position de la tête. Cessation des douleurs, lorsqu'elle paraît au détroit périnéal. Emploi de la' pince obstétricale. Terminaison prompte et heureuse de l'accouchement.

Madame Rué-Léger, faubourg Saint-Symphorien , de Tours, est enceinte de neuf mois et primipare; sa constitution estbonne. Le 6 juillet 1843 , elle est prise de douleurs utérines qui se font d’abord sentir à de rares intervalles. Trois heures après leur apparition , elles deviennent si vives et si souvent répétées, qu’elles poussèrent la tête dans l’excava-

lion cl engagèrent le sommet tout l'arcade pubienne. Alors • Iles sc ralentirent beaucoup; la tête n'avançait plus, elle était restée stationnaire. Le seigle ergoté avait été employé en vain, les efforts de la femme étaient sans effet. Déjà l'inquiétude avait gagné les assistants , la malade accusait une grande faiblesse, et nous suppliait de mettre un terme à ses souffrances. Noua ne pftmes résister à ses pressantes sollicitations; nous nous plaçâmes sur le pied de son lit à double dossier (I). Nous introduisîmes successivement les deui branches de la pince obstétricale , et, après avoir bien adapté les cuillers sur les côtés de la tête, nous les articulâmes , ptiis nous tirâmes dans les directions indiquées à la page *JO:t; enfin mus amenâmes une fille, dont les cris se firent aussitôt entendre.

Quoiqu'un drap en plusieurs doubles n'eôt pas été placé sous le siège de cette dame pour l'élever , comme nous l'avons recommandé, la manœuvre n’en a pas été moins facile et rapide.

Peu de temps après l'accouchement , le placenta a été cxtrjil. Au bout de neuf jours, madame Rué Léger relevait de ses couches; elle était aussi bien que possible.

(l) Quand le lit a lin double dosnier, on c»t oblige de te mettre df»ni au lieu de »e mettre a» pied.

5» observation. — Tête volumineuse arrivée au détroit périnéal , ralentissement des contractions utérines, terminaison rapide de l'accouchement par la pince obstétricale.

Madame Thomas Bedouet (Varennes Lariche , près Tours), âgée de vingt-huit ans, d’une assez forte constitution , est arrivée au terme d’une première grossesse. Le 3 juillet 1844 , à onze heures du soir, elle est prise de douleurs utérines. — Les préludes du travail de l’enfantement sont longs; cependant, à six heures du matin (4 juillet), les contractions de la matrice devenant fortes , font franchir à la tête le détroit supérieur, l’engagent dans l’excavation et la poussent enfin jusqu’au détroit périnéal. À onze heures du matin les choses en étaient là. A partir de ce moment jusqu’à une heure, la tête reste presque stationnaire. — Les contractions utérines avaient beaucoup diminué , et si la tête avance encore un peu, cela ne vient que des efforts de la mère. Enfin , madame Bédouet , épuisée par ces mêmes efforts, réclame mon assistance. La sage-femme, fatiguée aussi d’une attente vaine, ne savait plus quel terme assigner à l’accouchement. — Elle fut donc satisfaite de me voir arriver, dans l’espoir que je mettrais fin aux souffrances de la malade , en terminant tout de suite cet accouchement par une manœuvre instrumentale. — Cependant , si je n’avais pas eu ma pince obstétricale , cet espoir eut été déçu; car j’eusse préféré attendre encore , que de

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