‹ Mémoires et observations cliniques de médecine et de chirurgieChapitre 18 sur 22 · iü · texte numérisé non relu

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recourir au grand forceps. En ellet, le bouireht formé par le cuir chevelu, écartait les grandes lèvres et était près de faire saillie au dehors. Le travail touchait donc à sa üu ; il semblait qu'il ne fallût plus que quelques efforts; mais, comme l'introduction des branches du graud forceps eût été difllcile, douloureuse , qu’elle eût peut-être compromis les jours de l'enfant , j'aurais mieux aimé attendre de la nature la terminaison du travail de l'enfantement , que d'y recourir ; d'accord en cela avec la plupart des accoucheurs qui en agissent ainsi , et qui se réduisent au simple rôle de spectateur , lorsque toutes les espérances de salut de la femme et de l'enfant se reportent sur eux. La pince obstétricale ne présentant pas les inconvénients du forceps , je n'ai pas hésité à m’en servir.

Aussitôt mon arrivée, et après avoir constaté la position de la télé , je procédai à son extraction suivant les règles indiquées ci-dessus, et, malgré son volume énorme , j'ai pu l'extraire facilement. L'enfant est venu vivant. Il n'y a pas eu de déchirure au périnée ; ainsi , dans l’espace d'un quart d’heure , madame Bédouel a été accouchée, délivrée et rendue au calme , après lequel elle soupirail depuis longtemps. Kllc a allaité son enfant, et aucune complication n’est venue retarder la convalescence.

Hr/lexions. — Celle observation , non-seulement démontre le succès rapide «le la pince obstétricale , mais prouve encore l'utilité do l'art, lorsque, dans des cas pareils, il semble impuissant, ("est par ces motifs qu'il

m’est venu à l’idée d’imaginer l’instrument qui fait le sujet de ce travail ; car plusieurs fois , avant de le posséder , j’ai été forcé de rester dans l’inaction , tandis que toute une famille avait fondé sur moi d’autres espérances , celles d'une prompte délivrance. Comme la sage-femme , je me bornais alors à encourager la malade , je l’engageais à la patience ; et, il faut l’avouer , j’étais loin d’avoir répondu au motif qui m’avait fait appeler.

6e observation. — 2e Position, présentation des pieds, emploi de la pince obstétricale.

Mme Delaunay (place du marché à Tours) , âgée de 24 ans , est d’une bonne complexion et bien conformée. Elle est primipare et touche au terme de sa grossesse. Depuis hier soir 6 heures (22 août 1844), elle ressent des douleurs abdominales. Faibles et lentes d’abord , ces douleurs augmentent dans la nuit, et constituent un véritable travail d’enfantement. La sage-femme à laquelle elle s’était confiée reconnaissant une position anormale , sans pouvoir la préciser, conseilla d’appeler un médecin. A quatre heures j’arrivais chez Mme Delaunay , à quatre heures et demie du soir , j’avais terminé l’accouchement , par l’application de la pince obstétricale.

L’enfant présentait les pieds au détroit supérieur : aller les chercher , les amener au dehors , ainsi que les fesses et le reste du corps fut chose facile; jusqu’ici, tout allait

bien ; mai» quand il s'agit de faire l eur» c Lion de la tête , t'éprouvai une gronda résistance, dont il eslaisé, dureste.de trouver U cause dans le resserrement de l'oriQce de Tutérus sur le cou de l’enfant , et dans le manque de dilatation des parties molles et surtout du périnée. Pour éviter une compression trop prolongée du cordon ombilical, et par suite, la mort de l’enfant , il était nécessaire que 'extraction fut prompte ; cependant , je sentais bien , malgré les efforts que j’exerçais sur la mâchoire et l’occiput, que je n’arri> ver ai s que lentement à ce résultat, et que l'enfant , dont les mouvements décelaient l'existence , périrait auparavant , si je n'as. ns recours à une manoeuvre instrumentale, dette considération puisante, me détermina à appliquer aussitôt les deux cuillers de tua pince sur les tempes , après avoir préalablement fait soutenir le corps par un aide, des parties molles cédèrent aussitôt, ta lélc fut facilement extraite; la femme sotilTril peu. 1/ utilité de la pince , en effet , s’est montrée ici dans toute son évidence. Je suis bien persuadé que l’enfant, qui est venu vivant, eût succombé , si j'eusse tardé à l'employer; déjà il y avait absence de mouvement, pâleur extrême du visage et du corps , respiration rare et difficile. En un mot, l'asphyxie était imminente.

Les suites des couches ont été heureuses.

7e observation. — 1er accouchement double, inertie de la matrice , hémorragie par insertion anormale du placenta . lrc position de la tête , terminaison par l'emploi du seigle ergoté. 2e accouchement, présentation de l'épaule gauche , nouvelle hémorragie , version.

Quoique cette dernière observation soit étrangère au principal sujet de ce travail , nous avons cependant cru devoir l’insérer ici , parce qu’elle contient des faits sur le seigle ergoté, qui nous ont paru dignes d’être signalés.

La femme Autreux-Meunier, âgée de 2G ans , demeure au Chaussé, près le château de la Plaine , commune de Fondettes. Elle est d’une assez forte coraplexion, mariée depuis six ans, elle est enceinte de huit mois, pour la première fois. Son ventre est très volumineux. Déjà au septième mois , elle avait remarqué un peu de sang à sa chemise qui, au septième mois et demi , en avait encore été rougie, mais l’écoulement n’avait pas été assez abondant pour l’inquiéter. Le mardi soir (li juin 1837) , huitième mois de sa grossesse, elle éprouve, de temps à autre, des coliques; pendant leur durée , elle sent couler son sang abondamment. Elle consulte un médecin qui la rassure , et qui l’engage à garder le repos. Cependant le retour des coliques se renouvelle fréquemment durant la nuit , et l'hémorragie reparaît avec elles. Le matin elles prirent le caractère de douleurs utérines ; devinrent un peu plus prononcées, l’hémorragie, elle-même, s’accrut. A neuf heures du matin,

elle était si intense , que la sape-femme chargée de faire l'accouchement, pressa les parents de venir nous chercher.

Lors de notre arrivée , l'inquiétude se montrait sur tous les visages , la malade était dans un étal très alarmant ; elle était pale , décolorée , les traits de sa physionomie étaient altérés; le pouls était très vile, très petit, dépresaible et parfois à peine seusible. A chaque instant la femme Autreux éprouvait des défaillances et des tintements d'oreille. Au fait , la quantité de sang perdue était considérable. 11 n'y avait pas & balancer , il fallait mettre un tenue à un pareil état : la présentation de la tète était manifeste. De vions-uous terminer l'accouchement par le forceps? mais la dilatation n'étant que de la dimension d’une pièce de cinq francs , devenait un obstacle à Implication de cet instrument. Il nous fut facile de reconnaître la présence d'une portion du placenta sur le bord du col utérin ; dans l'éleudue de deux pouces du côté droit, ce placenta formait un bourrelet qui dépassait le col. 11 était évident que la perle n'avait pas d'autre cause que la situation anormale de ce corps. I\ou$ pensûmes que le. meilleur moyen de la faire cesser était de ranimer les contractions utérines , d’obtenir par là ou une dilatation assez grande pour appliquer le forceps sur la létc encore au détroit supérieur, ou de l'engager dans l'excavation, et d’arriver ainsi à la compression de la partie décoléc du placenta, et par conséquent à la cessation de l'hémorragie; pour en venir à ce résultat, nous eûmes recours au seigle ergoté. Nous nous empressâmes de l’administrer à la dose

de quatre grammes d’un seul coup. Après sept ou huit minutes d’attente, des contractions utérines se firent sentir, elles devinrent promptement assez fortes; la tète s’engagea alors dans l’excavation, et, comme nous l’avions espéré , la perte cessa. Enfin , les douleurs de l’enfantement furent de plus en plus rapprochées , elles devinrent , en quelque sorte , permanentes. La tête avançait rapidement. Une demi-heure après l’administration du seigle ergoté, elle paraissait à la vulve. Au bout de trois quarts d’heure , la femme Autreux accouchait d’un garçon très viable. Nous le remîmes entre les mains de la sage-femme , puis nous palpâmes l’abdomen. Le volume de l’utérus nous parut dépasser les proportions qu’il doit avoir immédiatement après la parturition. Ce volume anormal nous donna à penser qu’un second enfant était contenu dans cet organe. Le toucher vint convertir nos doutes en certitude. En effet, un autre enfant existait dans le sein de la mère, il présentait l’épaule gauche. Nous nous hâtâmes de pratiquer la version. Celle-ci , devenait d’autant plus pressante, que l’hémorragie se renouvellait avec abondance. Nous allons aussitôt chercher les pieds, nous les amenons facilement au dehors, puis nous exerçons , suivant les règles de l’art, des tractions sur les autres parties; celles-ci et la tête sortent sans difficulté. L’hémorragie avait cessé presque aussitôt après l’extraction des pieds; un quart d’heure seulement s’est écoulé entre la terminaison du second accouchement et la délivrance qui s’est effectuée

heureusement. Les sirnr* qui avaient annonce et accompagné les pertes dont chaque accouchement a été procédé, æ Sont dissipé* assez promptement, Il rat bien resté à la malade un extrême faiblesse , main les soins qu'exige une femme en pareille position et un régime substantiel , ont réparé très vite les ravages occasionnés par ces deux accouchement* compliqués, et ont procuré assez de force pour l'allaitement de* enfants. I s vivent, et leur santé est llorissante, en dépit du préjugé populaire et erroné qui frappe de mort tout enfant né à huit mois.

Hr fierions. — Il ressort de rette observation un fait bien important pour les praticiens qui admettent l'efllracité du seigle ergoté dans le travail de l'enfantement , et pour ceux qui en doutent encore : les premiers y trouveront un encouragement pour recourir à son emploi et un exemple de plus pour fortifier leur opinion; les seconds ne pourront s'empêcher île céder à la puissance des faits et seront conduits à ne passe priver, dans des circonstances graves , de ce remède héroïque, dont il a été facile, dans ce cas- ci, de suivre et île constater les efTcls. Et d’abord, ne voit-on pas, sous son influence , les contractions utérines se ranimer presque subitement , précipiter la tête dans l’excavation’, puis faire cesser par là l'hémorragie, lorsque l'application du forceps n'était pas encore possible, enfin terminer celte scène affligeante par la naissance de deux garçons, et par la conservation des jours de la mère ?

Les cas où le seigle ergoté peut être employé sont

nombreux , et les effets de cette précieuse substance sont variés ; par exemple : dans les cas ordinaires de parturition , nous avons remarqué que son action ne se bornait pas à exciter les contractions de l’utérus , mais qu’elle contribuait encore , après l’expulsion de l’enfant , en produisant la retraction de cet organe , à prévenir ces pertes imprévues et soudaines qui arrivent quelquefois à la suite de l’accouchement, même le plus naturel. On ne saurait trop y avoir recours toutes les fois qu’il n’y a pas contreindication.

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