PHTHALM1E SCROFULEUSE OU LYMPHATIQUE
COÏNCIDENCE de l'inflammation de la Pituitaire et de l'inflammation de la Conjonctive dans l’Oplilhalmie scrofuleuse ou lymphatique *.
NÉCESSITÉ du traitement de la première de ces inflammations pour arriver à la guérison de la seconde.
Je vais raconter ce que j’ai observé en 1841 , à l’inûrnierie de la Colonie agricole de Mettray , sur un certain nombre de jeunes colons affectés d’ophtlialmic scrofuleuse.
Dans le cours du traitement de cette maladie , j’ai fait une remarque qui m’a semblé d’une grande importance.
* Je dis lymphatique , parce qu’elle affecte aussi bien les sujets d’une coustitution purement lymphatique que ceux qui sont véritablement scrofuleux, ou, suivant t’opiuiou du professeur Velpeau , lymphatique au suprême degré *. C’est , du reste , particulièrement dans l’enfance où la lymphe prédomine , (pie cette ophthalmie exerce scs ravages.
Je veux parler de la coïncidence qui mi* parait exister entre roplitlialinie scrofuleuse et IVngorgcraeni catarrhal désigné par \>«*ller. Démolira et autres oculistes, août le noiu «le coryza , coïncidence dont ils n'ont pas assez tenu compte .
L ophthalmie scrofuleuse, l'une des maladies les plus rebelles qui affectent les organes de la vision , a été longuement traitée dans les ouvrages d’oplitlialmologie. Dans aucun, cependant, son point de départ le plus ordinaire n'est indiqué. On mentionne bien minutieusement le* lésions variée* dont les yeui sont atteints (lésions qui deviennent parfois assez graves pour amener la cécité, ou au moins l'obscurcissement «le la vue) ; mais nulle part , que je sache , on ne signale comme foyer , comme point de départ de cette fâcheuse maladie et de ses récidives , la membrane muqueuse des fosses nasales, et les voies lacrymales , comme moyen de transmission à la conjonctive. Cependant , il existe dans ce cas, entre l'inflammation de ces deux membranes, on rapport manifeste , et la fréquence de la lésion primitive de la pituitaire m'est si bien démontrée que . lorsque je vois cette membrane s'irriter et rougir chez un sujet lymphatique , je ne crains pas d'annoncer , si je ne puis attribuer l'irritation qui commence à un coryza simple par exemple, qu’une ophthalmie scrofuleuse va se déclarer. Toutefois je suis loin de penser que cette ophthalmie ne puisse apparaître de prime abord et que . plus tard , l'extension «le l'inflammation «pii
lui est propre ne puisse avoir lieu sur la pituitaire. Je yeux seulement dire que ce genre d’affection commence le plus ordinairement par les fosses nasales , dont la membrane muqueuse, beaucoup plus étendue que celle de l’œil, lui permet de prendre ici un grand degré de force. Si , jusqu’à ce jour , cette remarque n’a pas été faite par les oculistes , c’est sans doute parce que les fonctions de la pituitaire sont moins importantes , et que, dans l’état pathologique , la sensibilité de cette muqueuse est moins vive que celle de la conjonctive. C’est peut-être aussi parce que sa situation profonde la rend moins susceptible d'une appréciation rigoureuse. 11 n’est donc pas surprenant qu’une circonstance aussi importante ait passé presque inaperçue, et que les auteurs n’en aient fait mention , que pour considérer l'engorgement de la pituitaire , comme un accident secondaire et sympathique , lorsqu’il joue ordinairement le principal rôle , ainsi que je vais le démontrer tout à l’heure.
Il résulte de mes observations que , dans l’ophthalmie scroufeuse , la membrane olfactive participe de l’inflammation aussi bien que la conjonctive ; que c’est surtout sur les cornets et dans les anfractuosités des fosses nasales que réside la pldogose, qui se révèle sous forme d’engorgement œdémateux , la même absolument que celle que l’on observe aux paupières dans l’ophthalmie en question. Plus j’étudie cette affection, et plus je vois qu’il en est ainsi. Il suffit d’y faire attention, pour reconnaître que la rougeur
••I la tuméfaction de la pituitaire précèdent ou accompagnent presque tou jour» celles de l’œil dans cette maladie Cela peut encore être plus positivement démontré au moyen d’un spéculum auricuti* . En examinant l’intérieur des fosses nasales , on ne manque pas alors de constater que la routeur et le gonflement des narines , et même de la partie la plus proche de la lèvre, que l’on voit habituellement aux scrofuleux , n'est que l’indice de la phlogose de cette membrane. C'est en procédant ainsi qu’on peut apprécier la force et l'étendue de celte phlogose , dont l'expansion sur les muqueuses palpébrale et oculaire est souvent très rapide; néanmoins elle reste quelquefois stationnaire un temps très long , avant de s’y propager.
Comme je l'ai dit plus haut , c’est dans mon service à l'infirmerie «le la Colonie de Mcttray, que j’ai été frappé pour la première fois de la coïncidence qui existe entre l'engorgement de la pituitaire et l'ophlhalmie lymphatique.
Un grand nombre des enfants qui furent envoyés, dès le principe , des maisons centrales dans cet établissement , présentaient la diathèse scrofuleuse. Cette diathèse, chez eux , était-elle primitive , ou bien ces jeunes détenus 1’avaienl-ils acquise dans ces maisons dont les cours sont humides , peu aérées , où quelques rayons de soleil pénètrent à peine , et où la nourriture est peu animalisée ?
• C’est surtout ilaus celle circonstance qu'on peut atoir recours à celui i li Mil j'ai parlé dans mon Mémoire sur le erottp.
Dans un rapport fait (15 janvier 1.S4Ü) sur l’état sanitaire de la Colonie, j’ai signalé ces dernières causes comme l’ayant déterminée , et je les ai considérées comme secondaires, au moins pour un grand nombre d’entre eux.
Les résultats sont venus confirmer cette assertion , car, au moyen d’un traitement médical et de soins hygiéniques secondés par le travail à l’air pur des champs , par l’exposition au soleil et par une nourriture convenablement animalisée , la plupart de ces êtres faibles et valétudinaires ont recouvré la santé.
Sur une dizaine d’entre eux, Fophthahnie scrofuleuse sévissait avec une grande intensité. Les uns avaient une rougeur diffuse de la conjonctive, les paupières étaient tuméfiées; iis y ressentaient une douleur cuisante. Il y avait en même temps photophobie , blepharo-spasme , larmoiement, sécrétion abondante des glandes de Méibomius, etc., et par suite, agglutination des paupières. Celles-ci présentaient , chez deux de ces enfants , un gonflement si considérable qu’il devenait impossible de les ouvrir. Ce gonflement avait également gagné les joues et le nez, qui était devenu très-volumineux. D’autres avaient des ulcérations plus ou moins étendues à la cornée et aux bords des paupières; enfin, chez tous, il y avait une irritation , une phlogose et une tuméfaction plus ou moins prononcées de la muqueuse nasale , et souvent de la partie la plus élevée de la lèvre supérieure.
Ces jeunes colons qui nous étaient arrivés dans cet
‘‘Ut . excitaient vivement la sollicitude de Messieurs les •lire» leurs de I établissement. Pour arrêter les progrès du mal et pour en obtenir lu guérison , je mis tout de suite en usage le traitement dit anti-scrofuleux. Il était continué sans résultat depuis environ six semaines, lorsque deux oculistes distingué* vinrent à deux mois de distance visiter la colonie. Ils furent invités à voir ces malades et à donner leur avis. Leurs prescriptions furent exécutées ponctuellement. Il s'en suivit des alternatives de mieux et «le pire ; néanmoins les récidives étaient devenues si fréquentes , qu'après trois mois «le traitement , le mal n'avait rien perdu «le son intensité. Plus il était tenace, plus j'observais sa marche, plus je tenais compte de ses complications L’aflection des fosses nasales, «pii accompli gnail toujours celle des yeux , me (il faire de profondes réflexions. Jusque-là j'avais considéré son existence comme le re.Niili.il de sympathies entre deux organes voisina; mais je finis par m’ap«*rcevoir «pie , chaque fois qu'il y avait recruilescence , elle était précédée d’une vive irritation «h* la membrane muqueuse «le la f«»sse nasale corrcapomlanti? à l'œil affecté. Avec la rougeur et l'intumescence «le cette membrane, il y avait écoulement d’un liquide visqueux irritant , plus ou moins abondant , suivant la violence du mal. (>t état durait trois, quatre, cinq jours et plus. Knsuite, la transmission s’effectuait à l'œil par les voies lacrymales, et l’oplilbalmie paraissait. D'autres fois l’apparition était simultanée. Dans tou» les cas, la coïnci-
dence ne tardait pas à se montrer dans toute son évidence.
Ce fut pendant le cours de l’ophthalmie de Cliotard aîné, jeune colon âgé de douze ans, que je fis pour la première fois cette précieuse remarque sur le point de départ de l’affection et de ses nombreuses récidives
Chez lui les récidives étaient toujours annoncées quelques jours à l’avance par les symptômes dont je viens de parler ; puis l’œil rougissait , quelques pustules y apparaissaient , et les signes de l’ophlhalmie lymphatique devenaient évidents.
Une pareille observation plusieurs fois renouvelée, je dus envisager la maladie sous un tout autre point de vue, c’est-à-dire considérer l’inilammation de la pituitaire comme la cause déterminante de celle de la conjonctive. Dès lors je pensai que , s’il y avait un moyen de prévenir ou d’arrôter celte dernière , c’était en portant le traitement topique particulièrement dans les fosses nasales. C’est à ce raisonnement que me conduisirent mes investigations. Il restait à choisir parmi les agents thérapeutiques. Le nitrate d’argent , ce modificateur puissant de certaines inflammations spéciales, eut la préférence ; préférence que lui assuraient d’ailleurs ses bons effets connus dans le traitement du coryza chronique , de la fistule lacrymale, et les heureux résultats pratiques du professeur Velpeau. Chotard aîné fut soumis à son action médicatrice. Un crayon de nitrate d'argent fut porté dans les fosses nasales. Les cautérisations furent continuées pendant une semaine , une
fuis chaque jour V u seulement elles arrêtèrent les progrès du mal , mata encore «*lle» firent disparaître l'inllam mation de la conjonctive, et cela sans qu'aucune autre implication fût dirigée pendant ce temps aur celle membrane , une foule de remèdes ayant été inutilement essayés aur elle Malgré cela, le traitement interne ne fui paa diaconlinué. Un pareil succès était encourageant II me détermina à appliquer cette médication aux jeunes colons atteint! de la même maladie Joly, Hiour, t)hcix, Maurice et plusieurs autres y furent soumis, lia obtinrent d’almrd un grand mieux, puis la guérison. Chez Joly et chez. Maurice, le gonflement de la muqueuse nasale était considérable l.o nez avait acquis au moins le double de son volume ordinaire : les paupières étaient très tuméfiées , il y avait impossibilité de les ouvrir et de voir. Un liquide visqueux et irritant coulait sur les jones et y avait produit une rongeur éry thématique. Cependant des cautérisations pratiquées une fois par jour , pendant la première semaine, et une fois tous les deux jours, pendant la seconde semaine, amenèrent également la guérison. Il y a bien eu des récidives chez plusieurs de ces sujets , mais sitdt qu elles ont paru, elles ont été dissipées par l’action du caustique. Toutefois, chez ceux qui avaient des ulcérations à la cornée ou aux bords des paupières , il y a eu obligation d'employer aussi le traitement propre à ces ulcérations, et les effets en ont été alors bien plus prompts.
La facilité d'arrêter, «lès le principe, l'extension du
mal , lors des recrudescences , est un fait du plus grand intérêt. Elle dénote l’utilité et l’effet direct d’une médication qui modifie et éteint l’affection lorsqu’elle existe dans toute son intensité , et , à plus forte raison , qui l’arrête à son début. Il doit en résulter un avantage immense , puisque , loin d’avoir à traiter des désordres considérables de l’appareil de la vision , désordres qui laissent , le plus souvent, des traces indélébiles, on peut les prévenir et donner aux agents thérapeutiques et «à une hygiène convenable , le temps d’agir, d’améliorer la constitution et conséquemment de faire cesser le retour de pareils accidents.
En essayant la cautérisation, j’en attendais bien un bon effet; mais, je l’avoue, les résultats ont dépassé mon attente. Ces résultats frappèrent de surprise Messieurs les directeurs de la Colonie et leur causèrent une satisfaction d’autant plus vive, qu’ils commençaient à désespérer de la guérison de ces jeunes détenus.
Je crois être entré dans des détails assez étendus, pour prouver la coïncidence qui existe entre la phlogose de la muqueuse des fosses nasales et celle de la conjonctive dans l’ophthalmie scrofuleuse , ainsi que l’efficacité du traitement ; je vais maintenant faire connaître les procédés que j’emploie pour cautériser la pituitaire et appliquer sur elle et sur la conjonctive la pommade au nitrate d’argent.
/Vc*r</< futur cautériser.
Un crayon «le nitrate d'argent * rsi enchâssé dans un tuyau «le plume, on tout autre cylindre , rt est fixé par un peu de cire à cacheter, 1, 'extrémité doit sortir du tuyau de trois à quatre lign«*s (sept à dix millimètres) environ. On l'introduit dans la hisse nasale jusqu'à renforcement «le la pituitaire, et rni1 me aud elà, s’il est possihe. On doit l’appuyer sur les surfaces gonflées , en le portant d’un endroit sur l'autre, pendant trois ou quatre secondes seulement. Il faut étiter «le toucher la muqueuse «pii recouvre les cartilages des ailes du nez. On répétera la cautérisation une ou deux fois par Jour, pendant la première semaine , et tous les «leux ou trois jours seulement, pendant la suivante. Puis on cessera les cautérisations au bout «le quinze jours, mais toutes les fois qu’il y aura des récidives, on les renouvellera et on les continuera jusqu'à ce que l’ophthalmic soit éteinte. Os récidives cèdent par cette médication ordinairement bien vite (en trois ou quatre jours) , lorsqu'il n’y a pas «l’ulcéra lions à la cornée ou aux glandes «le Méibomius. Quand il
* Ou aussi m* sortir d'un |n*lil morceau d‘è|N»iigi‘ allai liée, à l'cxtréinilé d u uc bigMtte , cl imbitiée d'une solution de nitrate d'argent , au tiers ou au quart
en existe , il faut se hâter de les traiter localement par la pommade au nitrate d’argent.
J’ai trouvé que la meilleure manière d’employer cette pommade était de la déposer sur la muqueuse de la paupière inférieure , au moyen d’un petit pinceau ou d’un cylindre de papier ramolli au bout et bien chargé de celte pommade, un peu liquéfiée*, c’est-à-dire, moins épaisse qu’elle n’est ordinairement. Pour cela, on écarte les paupières , on abaisse fortement l’inférieure , puis on met le topique sur la surface interne. Line fois qu’il est déposé, on lâche subitement les paupières. La cuisson qu’il occasionne les fait remuer dans tous les sens, et leur mouvement le conduit sur toute la conjonctive. Les ulcérations de la cornée ne peuvent manquer d’en être recouvertes. Leur cicatrisation arrive alors d’autant plus facilement que le foyer principal de la maladie , l’engorgement de la membrane de Schnéidcr, résolu par le fait des cautérisations, n’existe plus pour entretenir l’inflammation ou la raviver sans cesse. Ln u 'indiquant que la pommade au nitrate d’argent , je ne prétends pas pour cela qu’elle soit la seule qui puisse guérir , je veux seulement exprimer la préférence que je lui ilonne sur les autres. L’application des pommades sur la
Formule de la pommade au nitrate d’argent liquéfié.
Nitrate d’argent cristallisé, Huile d’amande douce ,
A songe ,
fa« o intime «les paupière* inférieure* me parait préférable, dan* le* ulcérations de la cornée , à leur application sur le bord de* paupières nu dan* l’angle interne de l’œil. Ainsi appliquée*, elles permettent aux médicaments dont elles sont composée* «l'agir plus sûrement et plus activement, parce qu'il* sont mieux étendu* sur tou* le* point* affectés,
On sait combien est vive l'impression de la lumière chez les sujets atteints d'opbthalmie scrofuleuse ; combien la difficulté d'ouvrir le* paupière* est grande; pinson fait d'efforts pour faciliter leur ouverture, plu* elles se res serrent . de telle sorte qu'on ne parvient , le plus souvent , qu'à renverser lescarlilape* tarse* sans mettre le globe de l'œil en évidence ; mais alors la muqueuse palpébrale renversée est tout à fait à découvert; c‘e»t donc le moment le plus opportun pour étendre dessus les remèdes.
Si la pommade au nitrate d’arpent a une, si grande elflra cité pour la cicatrisation «le* ulcères «le la cornée et la résolution «le l'engorgement <!«•* muqueuses oculaire et palpébrale , on ne peut s’empêcher d’admettre qu’elle a une efficacité semblable contre l«*s mêmes affections «le la pituitaire ; c’est celle induction qui m’a conduit à l’employer «lans cette circonstance , et les bons effets qui en s«int résultés m’autorisent à la conseiller; mais alors la quantité du nitrate d'argent a besoin d’être doublée ou triplée. Dès que la cautérisation aura été pratiquée le nombre de fois que l’on aura jugé nécessaire , (et ce nombre peut , dans
certains cas peu graves et récents , être restreint à quelques fuis) on pourra la remplacer par l’emploi de la pommade. Je la préfère aux collyres et aux poudres, parce que l’effet en est plus sûr et plus durable; continuée même après la cessation du traitement caustique , elle assure la cure radicale.
Voici la manière de s’en servir en cette occasion :
Je fais pénétrer dans un tuyau de plume , ouvert à ses deux extrémités , de la pommade de consistance ordinaire , jusqu’à la moitié de sa longueur ; j’introduis ce tuyau dans la fosse nasale aussi profondément que possible , puis je glisse dans son extrémité externe un cylindre de bois. Je pousse jusqu’au bout du tuyau la pommade , qui va alors se déposer sur les parties malades. J’ai soin de faire faire tout de suite des aspirations pour l’étendre et la faire pénétrer plus avant. On peut encore, au moyen d’un pinceau, la porter sur le mal ; pour cela elle a besoin d’être un peu liquéfiée. Employée par l’un ou l’autre de ces procédés (et le dernier me paraît préférable) , elle produit d’excellents effets et amène la guérison, mais moins rapidement , moins sûrement que lorsqu’on se sert d’un crayon de nitrate d’argent ; il est même des cas où le mal sera trop intense pour qu’on puisse l’obtenir sans user de celui-ci. On conçoit que l’action du nitrate d’argent pur doit être bien supérieure. A la vérité, la douleur qu'il suscite est vive et rend les malades peu disposés à s’y soumettre , surtout les enfants. Quoi qu’il en soit, en présence d’une affection aussi
grave H aussi rebelle , mi ne doit pas balancer à y recourir. O caustique est bien employé, dans la gorge , par les médecins, ri demandé par les parents avec empressement, |M»ur s'opposer aux ravages du croup. Cependant la douleur eut plus forte , la cautérisation étant plus souvent répétée ; car , pour la diphthérile laryngienne, on est obligé de cautériser deux , trois ou quatre fois par jour , avec une solution au quart ou au tiers. Au reste, du moment où l’on a fait comprendre aux parents le péril extrême que courent leurs enfants, la cautérisation est bientôt acceptée. Dans roplilhaliuie scrofuleuse , l'on peut , avec presquauUnt île raison, leur signaler les dangers auxquels la vue est exposée, et dés lors il n’y aura pas à douter de leur adhésion à son emploi.
Si l'on doit éviter , par là , l'affaiblissement de la vue ou même la récité ; si la guérison de l’oplithalmie doit en être la suite, la souffrance causée par celle cautérisation paraîtra peu de chose , surtout lorsqu’on saura qu’il n’en peut résulter aucun accident.
Je ne finirai pas cet article , sans dire que je regarde comme absolument nécessaire de faire marcher de pair le traitement interne avec le traitement externe. Ainsi l'induré de plomb , tout récemment préconisé par le docteur Payait, pour guérir l’ophtlialmie scrofuleuse ; l’iodure de potassium , l’hydro chlorate de baryte, et autres substances trouveront ici leur application. Je pense que ces divers médicaments peuvent, à la longue, modifier l’économie,
amener la cessation de l’oplithalmie et , par conséquent, prévenir ces récidives interminables chez certains sujets lymphatiques au suprême degré. Mais je suis dans la persuasion que, seuls, ils ne produiront pas, aussi promptement, ce mieux, cette guérison que j’ai obtenus par la cautérisation de la membrane olfactive , avec le nitrate d’argent , et par l’application de la pommade où entre cette substance.
Si je ne voulais dépasser les bornes que je me suis prescrites et éviter des descriptions qui me paraissent supertlues, je donnerais dix-sept autres observations d’ophthalmie scrofuleuse chronique que j’ai recueillies, soit à l’infirmerie de la Colonie de Mcttray, soit dans ma pratique particulière. Mais comme , à quelque différence près, les symptômes , le traitement et les résultats ont été les mêmes , je me contenterai de citer les noms des individus qui en font le sujet. Je dirai cependant que la plupart avaient déjà subi , sans succès , divers traitements, et que, chez quelques-uns, la maladie datait de plusieurs années.
1° A l’établissement de Mcttray, les colons: Vertplan, Bclhomme , Louis , Boudoux , Pierson et Joyeux.
2° A Tours : Bougé Henri , âgé de 3 ans , rue des Cognées , n. 3 ; Rosalie Batard , âgée de 7 ans , rue de la Cuillère, n. 3 ; Bose Sorel, âgée de 4 ans , rue de la Grosse- Tour, n. 39; Clémentine Besnard, âgée de 3 ans, rue du Faubourg-la-Riche , n. 25 ; Rué Hippolyte , âgé de b ans,
faubourg Saint-Eloi, u. 44i ; Monoury Thérèse, Agée de K ans, niait l’rcuiUy, n tH ; Mignot Madeleine, âgée de 13 ans , rue Constantin» , u. I*1.
3* Dans les \arenne-* de La Itiche: Silvine Hérault, Agée de 9 ans.
4* Aux Porles-de-Fer : Auguste Chevalier , âgé de 5 ans.
b* A la (tension du Sacré-Cœur: Antonine llr âgée
de l‘i ans.
6* A Fonde! tes : Marie- Anne Millet , âgée de |‘J ans.
L'oplilbalmie de ces deux dernières a présenté des particularité trop dignes d'intérêt pour que je les passe sous silence ; aussi trouveront-elles leur place immédiatement après les réflexions qui suivent.
Chez tous ces enfants à constitution lymphatique , l'oph- Ihalmie scrofuleuse s’est montrée à des degrés (dus ou moins avancés. Chez un grand nombre , l'irritation de la muqueuse des fosses nasales avait précédé l’ophtbaluiie, et au moment du traitement tous en présentaient les traces. Celle irritalio.i est aussi la cause du volume anormal de la lèvre supérieure de la plupart des sujets dits scrofuleux. C’est une remarque qui a été faite par le professeur Velpeau ( Manuel des maladies des yeux , page 595. ) Elle ne m'a point échappé ; elle a d’autant (dus fixé mon attention qu'elle établit l’existence presque constante «le la phlegmasie nasale , et qu’elle appuie par cela même mes observations sur la coïncidence que j’ai signalée
entre les phlegmasies oculaire et nasale, comme elle la démontre entre l’engorgement indolent de la pituitaire et de la lèvre supérieure.
Voici maintenant les observations détaillées.
lrc Observation. — Conjonctivite scrofuleuse avec ulcérations près le bord de la Cornée.
Mlle Antonine Br..., âgée de 12 ans, en pension au Sacré-Cœur, a été prise (26 mai 1843) d’une vive inflammation des yeux. Depuis deux mois son nez grossissait beaucoup, et Mlle Antonine y éprouvait de la cuisson et de la gêne pour respirer , elle mouchait souvent. Tout à coup les yeux deviennent rouges , il y a impossibilité de fixer la lumière, tant leur sensibilité est grande. Sensation cuisante des paupières, larmoiement; les narines rougies, tuméfiées , laissent couler un mucus visqueux et irritant. La lèvre supérieure est aussi gonflée et rouge. Le nez est volumineux, les ganglions lymphatiques du cou sont engorgés. Quelques collyres sont employés sans succès pour mettre tin à cette inflammation. Huit jours se passent et les symptômes , loin de diminuer , se sont aggravés.
Lorsque je vois Mlle Antonine Br... (2 juin 1843), outre ces symptômes , il existe à l’œil gauche, où la rougeur est plus vive , trois petites ulcérations placées près le bord de
la corné*? , superficielle* , il est vrai, mai* qui n’en ont l»a« moins provoqué un** photophobie dont l’ceil droit e*t exempt. L'injection vaaculaire acléroticale de celui-ci est au»i»i bien moindre. Ainsi la conjonctivite tcrofuleuse affecte particuliérement l’œil gauche De ce côté . des vais seaux d’un muge pourpre parcourent la sclérotique dans toute son étendue. Ils sont plus gros vers la circonférence coméale et surmonté* çè et \k de petites pustules.
La constitution lymphatique de la jeune personne parait avoir imprimé son cachet à cette affection et me donne I espérance que la médication qui m’a si bien réussi jusqu'ici en triomphera encore. Je porte donc (*2 juin 1843) un crayon de nitrate d'argent dans les deux fosses nasales. ' Je répété la cautérisation une fois par jour. Le ne* , qui avait au moins le double de son volume ordinaire, et dont les tissus étaient en quelque sorte hypertrophiés, commence au bout de quatre jours à diminuer. Huit Jours (10 juin) s'étaient à peine écoulés , que la diminution était très apparente. L’heureuse influence de cette médication se fait surtout ressentir aux yeux. A la rougeur vive de la conjonctive succède une teinte à peine rosée. La cuisson , la vive sensibilité des parties affectées deviennent trèssupportables, la contraction spasmodique des paupières a cessé ; on peut facilement voir les ulcérations ; le cercle vasculaire qui les circonscrit est moins serré et moins ronge A ces ulcérations j’oppose la pommade au nitrate d’argent , les cautérisations sont encore continuées pen-
dant une semaine , et le mieux est alors si prononcé (18 juin), que je crois devoir les cesser et n’appliquer S'ir les muqueuses nasale et oculaire que la pommade nitratée.
Six jours plus tard , recrudescence. Tout cà coup l’œil gauche rougit , une phlyctène apparaît sur le bord de la cornée. L’irritation des narines est intense , elle avait précédé de 24 heures cette nouvelle ophthalmie. La violence de la recrudescence est telle que je suis porté à croire qu’elle va faire des ravages , si je n’ai recours au traitement caustique. En trois jours , l’ophlhalmie fut apaisée. Cependant, pour prévenir son retour , les cautérisations sont continuées pendant huit jours ; puis elles sont remplacées par la pommade au nitrate d’argent. Malgré deux autres récidives, qui n’eurent aucune gravité parce qu’elles furent aussitôt réprimées par le même moyen , la guérison s’est enfin consolidée (15 juillet 1843). Alors seulement , des pilules d’iodure de plomb ont été administrées suivant la méthode du docteur Payan, pour combattre la disposition de MUe Antonine Br.... aux accidents strumeux.
2° Observation. — Kératite et Conjonctivite scrofuleuses , avec ulcérations de la Cornée.
Marie- Anne Millet, (commune de Fondettes , près
I oui » , âgé de I - uu el tioiui, est affectée depuis quatre moi;* (t ' mars 1843) d’une ophlhalmie que j'appellerai scrofuleuse par rapport à la constitution l> mpliaiiquc de cette jeune personne
D'après 1rs renseignement* fournis , la phlegmisie a paru sur les yeux avant d'exister sur la membrane pituitaire Pendant plus île deux mois elle s'est maintenue sans aucune amélioration remarquable, on obaervait bien quelques légers amendements , niai* ils étaient de peu de durée, et cela malgré des insufflations de calomel et l'usage de divers collyres La pommade de la veuve l'armer amena seule un grand mieux , qui ne dura cependant qu'une huitaine de Jours Puis le mal se reproduisit avec intensité, et les narines se tuméfièrent au point de rendre la respiration nasale difficile. Un gonflement éry thématique , occasionné par l'écoulement de larmes chargées sans doute de principes irritants, occupait les deux joues. La photophobie était extrême, l.o chirurgien «le la localité avait usé en vain «le divers moyens.
La mère «le celte jeune personne, désespérée «le l'inutilité des tentatives de traitement faites jusqu'ici , réclama mes soins (26 juin I H 43).
L'impossibilité où se trouvait Marie Millet d’ouvrir les paupières, l'obligation où elle était de rest«'r au lit, cachée derrière les rideaux (l’impression de la moindre lumière étant pourelledes plus vives et des pins douloureuses), ne me permirent pas d’apprécier I intensité de I inflammation
et de reconnaître s’il y avait des ulcérations sur la cornée. Je ne pus donc constater que le gonllement et la rougeur érythématique des paupières, et examiner, au moyen de mon dilatateur trachéo-auriculaire, l’état de la muqueuse olfactive. Je la trouvai atteinte d’une vive irritation. L’engorgement œdémateux était fort étendu. La sécrétion d’un liquide visqueux , épais , était presque continuelle. Il y existait de profondes lésions, qui expliquaient la ténacité de cette affection , dont la durée datait de plus de quatre mois.
Je jugeai , d’après cet examen , que si la maladie avait résisté jusqu’à présent aux médications qui lui avaient été opposées , elle n’en céderait pas moins à l’usage des cautérisations. En conséquence , je fis toucher deux fois par jour la muqueuse nasale avec un crayon de nitrate d’argent. Quoique chaque cautérisation déterminât une vive cuisson , la jeune malade eut la raison de les supporter. Le bord des paupières fut enduit de pommade au nitrate d’argent. Après quatre jours de ce traitement, il y a un peu de mieux. Continuation. Au huitième jour, Marie Millet ouvre les yeux. La conjonctive a perdu de sa rougeur et de sa vive sensibilité. La pituitaire n’est plus aussi tuméfiée, et le gonllement des paupières et des joues a beaucoup diminué. On aperçoit alors des ulcérations assez étendues sur la circonférence des cornées. Aucune ne couvre la pupille.
Le samedi (8 juillet) même traitement. La malade
uV|»r«»uvt* plu» l'impérieuse nécessité de fermer le» riiU-am •le sou lit ; elle Mipporte U lumière. La Conjonctive est à peine injectée. Le boni de» paupière» et le» joues présentent encore quelque» nuance» rouge», mai» il n'eiiite plu» ni douleur, ni tuméfaction D'ailleur» cette coloration de la peau parait être due au renouvellement de l’épiderme. Le» ulcérations »e cicatrisent visiblement.
Trois foi» le jour, ou pose du la pommudo sur la face interne de» paupière» inférieure». Les cautérisation» ne sont plu» faite» qu’une fois le jour
La muqueuse nasale , vue au spéculum , n’offre presque plus de tuméfaction, néanmoins elle est encore un peu plu» rouge qu’à l’état normal.
Enfin le inietit est très prononcé , et, tout l'itilluence du traitement , il marche assez rapidement pour permettre à la jeune malade, quinze jour» plus tard (‘J 4 juillet), de ve nir à la ville et de se promener dan» les me» sans porter d’ahal-jour.
Dès celle époque , les cautérisation» ne sont plu» faites , mai» à leur place des petites mèches enduites de pommade au nitrate d'argent sont introduite», matin et soir, dan» les fosses nasales , et laissées une couple d’heures chaque fois. Le 10 août, cessation du traitement. La guérison est assurés.
Pour prévenir le retour de cette ophthalmie et modifier la constitution de celle jeune personne , l’iodure de plomb est mis en usage et continué longtemps.
Deux recrudescences ont eu lieu depuis ; à chaque fois , je leur ai opposé des cautérisations et la pommade au nitrate d'argent. En peu de temps elles ont disparu. Si elles ont été légères, cela vient assurément de la médication qui a éteint le mal dès son apparition.
Déjà plus de six mois se sont écoulés, et , aux cicatrices de la cornée près , il ne reste pas trace de tant de désordre.