‹ Mémoires et observations cliniques de médecine et de chirurgieChapitre 20 sur 22 · SUR UN NOUVEAU TRAITEMENT CONTRE L'INCONTINENCE · texte numérisé non relu

SUR UN NOUVEAU TRAITEMENT CONTRE L'INCONTINENCE

d’urine nocturne chez les enfants (l).

L’incontinence il’urine nocturne, chez 1rs enfants, qui parait être due particulièrement à l’atonie du col de la vessie , est une incommodité des plus désagréables, contre laquelle je propose un nouveau remède. Quoique plusieurs aient été préconisés, on a souvent encore à déplorer sa persistance. Je suis loin d’annoncer comme infaillible , celui que j’ai expérimenté. Eh , qu’y a-t-il d’infaillible enméde-

(1) Voyez de l’iucoutiiwncc d'nrine et de son traitement, par Devergie atii**. . ,

nu»* ! Le quinquina, le plus précieux , le plus sûr, peut-être, .le mu spécifiques? n’a t-il pas ses revers! C'est bien le ras d'admettre «les exceptions à la règle. Aussi , n’ai je pas la prétention de .lire que mon remède réussira constamment : mais Je puis affirmer que bien des foi* il fera cesser pour un temps ou pour toujours l'incontinence d'ut ine dans le ras précité. Ce remède est la belladone, déjà vantée dans des affections diverses , et dont j’ai signalé moi-même les bons effet» pour la réduction des étranglements herniaires (\I« proposition de ma thèse inaugurale), ("est encore chez les Jeunes colons de Meltray que j'irai chercher la preuve de son efficacité.

Comment agit la belladone dans cette circonstance 7 c'est ce que j'ignore, car, chaque fois que je veux expliquer sou action, mon embarras et mon étonnement s'accroissent, («énéralemenl les auteurs lui accordent des propriétés hyposlhéniques , et ici, au contraire , elle semble en avoir •le sthéniques sur le col débilité de la vessie et sur l'origine de son conduit excréteur. I/altenlion des praticiens n'a sans doute pas été assez attirée sur ces propriétés ; cependant on serait peut-être moins éloigné de les admettre, si l'on voulait réfléchir à certains effets de cette plante; ainsi administrée à une dose un peu forte , elle produit le délire , donne de l’exaltation, des mouvements brusques et jette dans une espèce d’ércthisme; elle agrandit la pupille. Cet agrandissement vient-il d’un relâchement ou d’une contraction de l'iris? Ilicliat dit que , quand la pupille se dilate,

l’iris sc contracte (anatomie descriptive, page 415, tome 2). On pourrait ajouter aussi qu’elle a deux points de contraction opposés : l’un plus faible au cercle pupillaire, qui est mis en action par la lumière ; l’autr e plus foi t, dont le point fixe est à la circonférence de la sclérotique. Eli bien, toutes les fois que la lumière excite peu ou point la rétine, la force contractile du cercle pupillaire cède à la contraction plus puissante du cercle sclérotical , et la dilatation de la pupille s’en suit.

JN’est-ce pas encore par des effets sléniques qu’elle calme certains tremblements que l’on observe chez les ivrognes épuisés parles spiritueux.

Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, le fait que je signale existe, la belladone arrête chez les enfants l’incontinence d’urine par cause de faiblesse. Donnée à des doses variées, suivant les Ages et la constitution, elle amène graduellement la diminution , puis la cessation de l’écoulement involontaire de l’urine. Je l’ai employée un assez grand nombre de fois pour attester son efficacité, lorsqu’elle e.>>t prise à dose convenable et continuée assez longtemps; dans tous les cas, il est utile de joindre à cette médication un régime animalisé et tonique.

Habituellement, je fais confectionner des pilules d’un centigramme (i). J’en administre d’abord une le matin et une le soir aux enfants de quatre à six ans. Si au bout de huit

(1) Extrait de belladone.

jours, il u y .1 aucun effet tic produit , j eu donne mie iroi- 'lèiue à midi Si après quinte jours , il ne paraît encore aucun résultat, j’en ajoute une quatrième le soir; mais je surveille alor» les efl'eu toxiques qui pourraient survenir; car il est souvent «lillicile, attendu les idiosyncrasies, d'al teindre les véritables «loses des médicaments . et faute de les connaître, quelquefois ils u'agissent pas. ou bien ils font du mal

Pour les enfants de huit, de doute h quinte ans, on peut commencer par trois pilules par jour, et dans l'espace de huit jours en porter graduellement le nombre jusqu'à six ; souvent on est obligé «le le dépasser, par exemple, chez l'adulte, il peut être augmenté encore et élevé jusqu’à huit, dix , doute et quinte par jour; enlln , on ne devra pa» se conduire timidement , mais avec prudence , et ne s'arrêter «pie si la vue vient à s'embrouiller ou que si quelques autres phénomènes toxi«pi«*s se manifestent. On ne pourra même reprendre le traitement que lorsqu'ils seront entièrement dissipés.

Deux , tr«iis ou quatre mois de l'usage du remède suffisent ordinairement pour produire une cure railicale S’il survient «b*s récitlives, des nouvelles doses en feront justice.

(Quelle que soit l'efficacité de la belladone , on ne peut se dissimuler qu’il y a des cas où elle échouera ; aussi , il faut d'abord bien apprécier les raisons «jui déterminent à l’employer; car si son administration a lieu chex les individus

atteints de quelques lésions des organes urinaires, il sera facile de se rendre compte des insuccès. — J’y ai eu recours sans aucune espèce de résultat chez une jeune fille de vingtdeux ans, d’une forte complexion, affecté d’incontinence d’urine depuis longues années, et dont le méat urinaire était tellement grand , qu’on aurait pu penser qu’il avait été dilaté. J’en ai aussi fait usage chez une dame âgée de soixante-dix ans, également victime de cette incommodité, chez laquelle un pessaire , placé depuis huit ans, sans jamais avoir été retiré , avait fini par percer la cloison rectovaginale. La présence de ce pessaire dans le vagin , n’a été connue qu’un mois avant la mort. Jusque là, la malade n’avait voulu se soumettre à aucun examen. Si je ne puis ici signaler qu’un insuccès , je dois néanmoins déclarer que pendant l’usage du remède , il y a eu des moments de mieux, que l’on ne peut réellement attribuer qu’à son action.

Parlerais-je des personnes qui, croyant qu’un médicament doit agir aussitôt qu’il est pris, n’ont pas eu la patience de le continuer assez de temps pour en éprouver les effets ; de celles encore qui n’en ont fait usage que fort irrégulièrement; enfin de quelques unes dont la constitution n’est pas susceptible d’ôtre impressionnée par certains agens thérapeutiques? Ainsi, il y a à la colonie de Mettray , un sujet, du reste bien constitué, âgé de dix-huit ans, chez lequel la belladone n’a fait cesser l’écoulement nocturne de l’urine que durant sept jours. Passé ce temps, quelles

qui* soient les dose 4 fl |f mode de son administration , il n'en est résulté aucun bien. Chez le» jeune* colon*, dont les noms suivent , l‘ effet au contraire a été décisif. L'Age de ce* colons, dont la constitution était généralement faible, varie depuis six jusqu'à seize au*. Ce sont :

J an y (Jules), Fleurant, Sergent , Doisle, Mmot , Chartrain , Seuls ville , détourné, Vaujeois , Sureau, Charles- Auguste, Cantel, Canivet, Saffray, Poirier, Despages, Laurent Duplau, Partout, Bouclos- Jules, Michel- E louard, Mages . etc.

Je pourrais citer encore plusieurs enfants de Tours et des environs, chez qui la belladone a agi efficacement; mais pour éviter de* répétitions superflues, je me contenterai de donner l’observation suivante : Le jeune V.... est âgé de ‘J ans. Depuis sa plu* tendre enfance, il laisse chaque nuit couler l'urine en abondance dans son lit et quels que soient les moyens auxquels les parents ont recours pour éviter cet inconvénient il n’en persiste pas moins

M"f V.... apprenant les guérisons que j’avais obtenues en pareil cas . vient me prier de voir son enfant (*J0 juin 1H44).

L’extrait de belladone, donné d'abord à la dose d’un centigramme, trois fois par jour, rend les besoins d’uriner moins fréquents; puis porté à 4 centigrammes, il s'écoule deux à trois jours sans que les draps soient mouillés d'urine; enfin, vingt jours après le commencement du traitement . celte incommodité parait cesser. L’enfant se sent

^vfillô prr le besoin d’uriner, et il a le temps de prendre un vase pour le satisfaire. Le 31e, le 32e, le 33e jours du traitement, l’enfant ayant discontinué l’usage des pilules, laisse échapper son urine dans les draps ; elles sont reprises aussitôt ; dès lors cessation de l’incontinence. Leur nombre n’en est pas moins augmenté et porté à <5 par jour. Pendant un certain laps de temps, tous les huit à dix jours

seulement, le jeune V urine une fois au lit ; mais à

présent, quoique le traitement n’ait plus lieu, celte fâcheuse infirmité a disparu.

La belladone ne borne pas ses effets aux enfants, elle agit aussi sur les vieillards, mais dans les cas d’incontinence d’urine, désignée sous le nom d 'essentielle-, par exemple, lorsqu’il y a irritabilité des parois de la vessie et faiblesse de son col. Si son action, ici, n’est le plus souvent que temporaire , le soulagement qu’elle procure n’en est pas moins un bienfait qu’il ne faut point dédaigner , quoiqu’on soit obligé de continuer le traitement sans interruption ou de le recommencer au bout d’un mois , deux mois , trois mois ou plus. Comme chez l’adulte, la dose du médicament peut être portée à 9, 12, 15 centigrammes par jour, et plus encore.

Voici deux exemples à l’appui de ce que je viens d’avancer :

1er exemple : Il y a quelques années , M. D ... âgé de 66 ans, est atteint d’un commencement d’incontinence d’urine. Le besoin d’uriner est si fréquent, qu’il ne peut rester dans

nu salon une a deux Imit es sans le ressentir, et parfois il est ni impérieux que lorsqu'il n'est pas satisfait tout de suite, l’uime coule dan» son pantalon, malgré »es elldrts pour la retenir. I.a belladone administrée pendant un mois, d’après les règle* indiquée# ci-dea»us, fait cesser cette incommodité. Depuis, quatre récidives ont eu lieu, et à chacune d’elles l'image de celle plante a Midi pour y mettre fin.

2* exemple :M de I* vieillard presque octogénaire,

et un peu paraplégique , laisse couler involontairement ses urines dans son lit, depuis le mois de mars dernier; et malgré toutes les précautions prises pour lui faire éviter cet inconvénient, il ne peut les retenir. Cette incontinence d’urine devient même de plus en plus prononcée et oblige à recourir à l'extrait de belladone; 4 pilules sont d’abord administrées par Jour, aucun résultat ; f. encore , aucun résultat; 9 alors, M. de P. .. ressent les effets du remède et cesse d’uriner involontairement. Mais il faut ajouter qu’aussilél qu'on suspend leur emploi , l'incontinence réparait, ('.lie/, ce vieillard, la belladone à cette dernière dose a produit de l'éréthisme , de l'exaltation.

Il s'est présenté dans h* cours du traitement , un phénomène qui mérite d’être mentionné. C’est la suspension pendant l'usage de la belladone, d’un écoulement involontaire de salive qu'avait habituellement M. «le P.... Cette plante aurait donc une action resserrante, spéciale, sur certains conduits excréteurs.

Je nie rappelle l’avoir vu occasionner ces mêmes effets.

dans quelques catarrhes bronchiques. La suppression de l'expectoration me parut évidemment due à son action ; mais elle n’eut pas lieu sans amener une suffocation inquiétante. Aussi, est-il généralement reconnu qhe si la belladone convient dans la toux dite nerveuse, elle est nuisible dans le catarrhe humide.

Dirai-je, enfin, que je viens de l'employer dans un cas de diabète , dans un seul il est vrai ; mais le résultat permet bien qu’on en tienne compte. Cette affection avait été constatée et soignée par plusieurs médecins. Le malade (M. Martin, aubergiste à Tours), voyant l’inutilité des médications mises en usage, me consulta. Je lui fis prendre des pilules d’extrait de belladone, d’abord 6 par jour, ce nombre fut successivement porté jusqu’à 9 et 12. Les huit premiers jours , le malade n’en éprouva aucun bien ; mais, passé ce temps, il s’est manifesté un mieux qui a toujours été croissant. A présent les besoins d’uriner ne sont pas plus fréquents , l’urine n’est pas plus abondante que dans l’état normal, et l'extrême maigreur du malade diminue beaucoup. Enfin, ce dernier est si bien qu’on peut le regarder comme guéri. Il n’a cessé, du reste, d’élrc soumis à un régime animalisé.

Quoique ce soit le seul cas de diabète que j’aie eu à traiter par la belladone, j’ai cru cependant utile de le faire connaître , afin d’engager les praticiens à expérimenter de nouveau cette plante; mais je répéterai qu’on ne saurait trop surveiller son administration , et exiger que les doses

1 fi

soient donnât avec p mrtualité , puisque c’est par IVxacti ludc à remplir les indications que Ton augmente les chances •h* succès. Malheureusement , les malades ont une grande tendance k se soustraire à cette ponctualité, surtout quand lr traitement dure longtemps.

Les doses de ce médicament peuvent quelquefois é:re tifs élevées Ainsi, dernièrement, un do nos confrères nous citait que, dans trois ras de tic douloureux de la face, il l'avait employé A si liante dose, (*20 centigrammes matin et soir) que les malades avaient été pris d'un délire qui avait duré plusieurs jours. <> dernier accident n'avait eu aucune suite fâcheuse; car. au contraire, une guérison complète avait été obtenue k l'aide de ce moyeu.

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