MÉMOIRE ET OBSERVATIONS
SUR LE RÉTRÉCISSEMENT DU BASSIN POUVANT NÉCESSITER L’OPÉRATION CÉSARIENNE , ET SUR LES CAUSES QUI PEUVENT LE PRODUIRE.
Le but (le ce mémoire est d’appeler rattenlion des praticiens sur une espèce de rétrécissement du bassin la moins fréquente, et sur la cause qui semble la produire, cause dont aucun auteur que je sache n’a fait mention.
Le bassin quoique bien conformé en apparence, peut présenter un rétrécissement tel dans tous ses diamètres , qu’il rende l’accouchement par les voies naturelles, non-seulement difficile , mais même impossible. Cette étroitesse absolue , se rencontre rarement 5 le plus souvent le rétrécissement n’affecte qu’un détroit, et assez communément dans ce cas, l’autre détroit est plus grand. On le rencontre plus souvent dans le détroit supérieur que dans l’inférieur, et presque toujours d’avant en arrière, quelquefois d’un seul côté et très-rarement dans le sens du diamètre transversal. En général les difformités du bassin se forment dans l’enfance, mais les mêmes causes capables de les produire à cet âge peuvent aussi les occasionner à une période plus avancée de la vie.
Les auteurs signalent le rachitisme comme la cause la plus ordinaire des vices de conformation du bassin ; mais cette maladie n’est pas la seule capable de changer la forme et les dimensions de cette cavité osseuse. Toutes celles qui peuvent amener l’incurvation de la colonne vertébrale , telles que la carie du corps des vertèbres , les coups violents , les chutes , agissent aussi sur la forme de la cavité pelvienne , si elles se manifestent à l’époque où les os n’ont pas encore acquis leur développement et leur solidité.
D’autres causes agissent directement sur le bassin , comme la carie, la fracture de ses os, la syphilis, la pression produite par la tête du fémur déplacé par suite d’une coxalgie, et même d’une luxation non réduite : la tête du fémur faisant saillie à travers le trou sous-pubien a été dans un cas un obstacle au passage de la tête de l’enfant. ThéopJi. de Mera admet que les convulsions qui surviennent dans l’enfance peuvent agir sur les os du bassin encore mous et les déformer. A ces causes, je crois en ajouter une qui n’a pas encore été désignée : c’est l’huile de baleine prise intérieurement, que je considère comme ayant la funeste propriété de produire un ramollissement des os , surtout des os spongieux et des os plats. Cette huile est employée par le vulgaire pour combattre les douleurs rhumatismales,
I. Obs. — Le 3 décembre 1828, je fus invité par le bureau debienfaisance delà commune de Ste-Marie-Audenhoven, afinde donner mes soins à l’épouse de B. Bosman , âgée de 32 ans, mère depuis 7 ans d’un enfant venu à terme, et par les seules forces de la nature. Je trouvai celte malheureuse, d’une maigreur extrême , couchée sur un peu de paille et pelotonnée sur elle-même.
Jusqu’en 1822 elle avait toujours joui d’une bonne santé et conservé une forte constitution ; à cette époque elle accoucha naturellement d’un enfant vivant et bien constitué ; dix-huit à vingt mois plus tard, elle commença à ressentir des douleurs rhumatismales dans plusieurs parties, et notamment aux hanches et aux cuisses ; on leur opposa une foule de remèdes populaires, parmi lesquels on n’oublia pas l’huile de poisson prise à l’intérieur ; sous l’influence de ce traitement , la maladie ne fit que s’aggraver ; bientôt les douleurs devinrent générales et la malade fut obligée de rester couchée sans pouvoir faire aucun mouvement, au point que l’on devait porter les aliments à sa bouche. Depuis cinq ans elle se trouvait dans cette malheureuse position, et c’est dans cet état quelle devint enceinte pour la seconde fois.
Lorsque je la vis pour la première fois, elle était au sixième mois de sa grossesse j elle sentait distinclement les mouvements
du fœtus j depuis trois mois elle avait commencé à éprouver des convulsions générales ressemblant à de légères attaques d’épilepsie. Ces convulsions , assez rares dans le principe , avaient successivement augmenté d’intensité , de manière que depuis un mois elle n’était jamais dix minutes sans en éprouver ; durant ma visite elle eut au moins vingt accès.
Cette femme était d’un tempérament bilioso-nerveux ; la colonne vertébrale n’était nullement déformée ; les trochanters étaient moins saillants; les membres inférieurs comme atrophiés, fléchis sur eux-mêmes et sur le bassin, serrés l’un contre l’autre ; il était impossible de les allonger ou de les écarter sans occasionner de violentes douleurs.
Au toucher , Je trouvai un rétrécissement remarquable du diamètre transversal du détroit inférieur ; les ischions étaient rapproehés de manière à empêcher le doigt explorateur de pénétrer jusqu’à la seconde phalange; ce diamètre pouvait présenter au plus trois quarts de pouce , et le détroit avait la forme d’un huit de chiffre d’avant en arrière.
Convaincu de la nécessité de l’opération césarienne, je mis la femme à un régime nutritif, et jusqu’au terme de la grossesse j’épuisai tous les antispasmodiques sans pouvoir en rien modifier ses convulsions.
Enfin le terme de la grossesse étant arrivé , le travail se déclara; la poche des eaux s’était rompue avant mon arrivée. Aidé par M. le docteur Bernayge et M. Baert, chirurgien, et après avoir placé la femme dans une position convenable et vidé la vessie, je fis une incision sur la ligne blanche, depuis l’ombilic jusqu’à un pouce du pubis. Je terminai l’opération avec tout le succès désirable ; l’enfant fut retiré vivant. Après avoir extrait le placenta et nettoyé la plaie et la cavité de l’utérus des caillots qui l’obstruaient , la plaie de l’abdomen fut fermée par sept points de suture entrecoupée ; j’appliquai des bandelettes agglutinatives , de la charpie , des compresses et un bandage de corps.
La malade fut remise immédiatement au lit ; fomentations émollientes sur l’abdomen ; diète sévère ; repos absolu. La lactation est établie dès le second jour.
Dès l’instant où la première incision fut pratiquée, les coU' vulsions cessèrent totalement, et au bout d’un mois la malade était jjuérie de l’opération ; son état g^énéral s’améliora au point de pouvoir rester assise et se servir de ses mains • seulement un abcès vint compliquer les suites de l’opération ; il se déclara le huitième jour par une fièvre violente, douleur et gonflement de l’abdomen. Les antiphlogistiques et les émollients furent employés. Le dixième jour l’abcès fit saillie à la partie externe et inférieure du muscle droit ; je l’ouvris aussitôt que la fluctuation fut apparente , et un pus couleur de lie de vin s’en écoula en grande quantité.
Dès lors cet abcès marcha rapidement vers la guérison.
Cette observation est remarquable par l’espèce de rétrécissement qui a été observé à l’époque où il est survenu, et par la longue durée des convulsions qui compliquaient la grossesse, convulsions qui ont cessé lors de la première incision.
IP Obs. — Le 22 avril 1832 , je fus mandé au hameau de Wynhuyze près de l’épouse D...., indigente, en travail d’enfantement depuis trois jours. Cette femme, d’une forte constitution et d’un tempérament sanguin^ avait déjà eu cinq accouchements naturels, lorsqu’elle commença à se plaindre de douleurs rhumatismales qui bientôt augmentèrent au point de la priver de la faculté de se mouvoir; elle eut recours à l’huile de baleine dont elle prit une grande quantité , à peu près six litres, sans en éprouver de soulagement. C’est dans cet état qu’elle devint enceinte pour la sixième fois.
Je constatai par le toucher une difformité du diamètre transversal du détroit inférieur, qui ne présentait qu’un pouce neuf lignes. L’impossibilité de l’accouchement par les voies naturelles ne laissant aucun doute, je pratiquai la gastro-hystérotomie sur la ligne blanche , en présenee et avec l’aide de MM. Waeremoes et Fransman ; aucun accident ne vint entraver l’opération ; l’enfant, vivant et très-fort, se présenta par le bras, à travers l’ouverture de la matrice ; j’allai chercher les pieds et je pus les saisir presque sans difficulté. Après la suture et le pansement, la malade fut mise au lit. Diète sévère ; repos absolu ; boissons rafraîchissantes ; fomentations émoi-
lientes; potion çorameuse pour une pelilo toux assez fréquente.
Le 23, état satisfaisant; pouls lég^èrement accéléré, — Même prescription.
Le 24 , amélioration. Addition du sirop de pavots blancs , contre la toux qui est toujours aussi intense. Les lochies coulent par les voies naturelles ; les seins commencent à se gonfler : j’ordonne la succion.
Le 20, la malade demande à manger; on lui accorde un peu de bouillon ; le pansement montre la plaie dans l’état le plus satisfaisant; la cicatrisation commence à s’opérer. — Même prescription.
Le 26 , continuation de l’amélioration ; une selle ; la toux est nulle depuis hier; la sécrétion du lait est abondante. — Même prescription; potion gommeuse simple.
Le 27, le mieux continue ; le pansement nous montre le tiers supérieur de la plaie cicatrisée ; trois points de suture sont ôtés ; on applique de nouvelles bandelettes agglutinatives et le reste de l’appareil.
M’étant rendu avec mes coliègues dans une maison voisine, nous nous félicitions de l’état favorable dans lequel se trouvait celte femme, lorsqu on vint nous dire qu’elle avait eu un violent accès de toux et qu’elle s’était écriée aussitôt que son ventre était déchiré.
Nous retournâmes aussitôt : la face de la malade déjà entièrement décomposée nous indiqua le malheur qui la menaçait ; ayant défait l’appareil , nous vîmes que non-seulement les points de suture que nous avions laissés étaient déchirés, mais que la partie de la plaie déjà cicatrisée l’était aussi; une grande partie des intestins étaient hors de la cavité abdominale. Nous réduisîmes les intestins herniés , de nouveaux points de sutures furent appliqués et le pansement fut fait avec la plus grande attention.
Bientôt tous les symptômes d’une entéro-métro-péritonite se développèrent avec la plus grande intensité ; ils augmentèrent d’heure en heure , et malgré le traitement antiphlogistique le plus énergique, nous ne pûmes parvenir à en ralentir lamar-
chc. Le suriendesnaîn de cel accident , neuvième jour de Tôpéralion, la malade succomba.
Si j’avais, comme je l’ai toujours fait depuis, appliqué des bandelettes agg^lutinatives faisant deux fois le tour du corps , ce malheur eut probablement été évité.
lîP Obs. — Appelé le 17 mai 1837 , en la commune de Dekel, pour donner des soins à l’épouse De Pede, indigente , je m’y rendis vers les quatre heures de l’après-midi, accompagné d’un de mes collègues. Nous trouvâmes celte malheureuse ne pouvant se mouvoir, dans des douleurs horribles; car outre les douleurs de l’accouchement, qui duraient depuis deux jours, cette femme souffrait encore parmi tout le corps des douleurs rhumatismales. M. Baerl, chirurgien des pauvres de la conimune , s’y étant rendu aussi, nous apprîmes de lui les détails suivants.
Cette femme avait déjà eu antérieurement trois accouchements naturels, lorsqu’elle commença à ressentir les premiers symptômes de rhumatisme; ayant inutilement opposé à cette affection tous les remèdes recommandés par ses voisins, elle eut recours «è l’huile de baleine qui , . continuée pendant assez longtemps lui procura une telle amélioration , qu’en se soutetenant avec un bâton elle pouvait faire le tour de sa chambre.
Dans cet état, elle devint de nouveau enceinte ; ses douleurs et rimpossibilité de marcher reparurent; il y avait plus de trois mois que celte femme était obligée de garder le lit, lorsque le travail de l’enfantement se déclara. A notre arrivée, la poche des eaux était rompue depuis vingt-quatre heures. Le toucher nous fit reconnaître un vice de confoi malion du diamètre transversal du détroit inférieur; les ischions se touchaient et ne laissaient entre eux qu’un intervalle de deux lignes.
L’obstacle physique â l’accouchement par les voies naturelles étant bien constaté , je fis à l’instant loulos les dispositions nécessaires pour pratiquer l’opération césarienne , seule ressource qui restait pour sauver celte malheureuse. La mort de l’enfanl était presque certaine, puisque la mère n’en avait plus ressenti les mouvements depuis le commencement de la matinée ; la poche des eaux étant rompue depuis longtemps, tout
retard augmentait les chances d’insuccès qui n’èlaient déjà que trop nombreuses, cette femme se trouvant épuisée par l’excès des douleurs dont elle souffrait depuis environ trois ans.
A cinq heures du soir, je pratiquai l’opération , en faisant l’incision sur la ligne blanche. L’opération se termina heureusement ; j’éprouvai cependant beaucoup de dilficulté à empêcher les intestins de s’échapper par l’ouverture abdominale. Du reste , la malade supporta l’opération avec beaucoup de courage.
Le pansement fait, on remit la femme au lit; repos, diète, boissons rafraîchissantes , fomentations émollientes ; l’enfant vivait, mais succomba quelques minutes après avoir reçu le baptême.
L’état de faiblesse extrême de la femme m’autorisa à lui prescrire un peu de vin coupé, a prendre par demi-cuillerée ; à huit heures du matin, les forces étant un peu revenues , je supprimai le vin.
Le 1 8 , à six heures du soir, la femme se trouvait dans un étal alarmant; depuis deux heures du matin elle n’avait cessé de vomir abondamment des matières bilieuses, le ventre était ballonné, non douloureux. Potion antivomitive ; fomentations; lavement.
A huit heures du soir, même état; ventre ballonné, douleurs abdominales fortes ; langue couverte d’un enduit jaunâtre, soif ardente ; les boissons sont rejetées aussitôt que prises, les vomissements ne cessent pas. Potion gazeuse, fomentations émollientes, dix-huit sangsues à l’épigastre et sur l’abdomen.
A six heures du matin , même état que la veille ; tous les moyens sont employés pour arrêter les vomissements.
A huit heures du soir , l’état de la malade est désespéré. A six heures du matin je retournai ; la femme était à l’agonie ; elle fit un effort pour me demander s’il n’y avait plus d’espoir; enfin à huit heures elle me pressa la main d’une manière convulsive et rendit le dernier soupir.
Ce n’est qu’alors qu’on me déclara que pendant la nuit qui suivit l’opération , la garde chargée de veiller cette pauvre femme craignant qu’elle ne devînt trop faible, lui donna dans
le cours de cette nuit, trois verres de vin , qui probablement furent la cause des vomissements et de la grastro-péritonite à laquelle cette malheureuse succomba.
IV® Obs. — Le 6 septembre 1834, je fus invité parle bureau de bienfaisance de la commune de Erwetegem de donner mes soins, conjointement avec la sag^e-femme, à l’épouse d’Ankart, impotente depuis cinq à six ans, et en ce moment dans les douleurs de l’enfantement. Cette malheureuse, âgée de 48 ans, d’un tempérament bilieux, mère de trois enfants, s’était toujours accouchée naturellement; dix-huit à vingt mois après son troisième accouchement, elle commença à ressentir quelques douleurs dans diverses articulations. Ces douleurs , de nature rhumatismale , augmentèrent au point de rendre tout mouvement impossible ; on ne pouvait la toucher pour l’aider h changer de position sans lui occasionner des souffrances considérables. Elle employa les remèdes les plus absurdes , et eut à la fin recours à l’huile de poisson. Sous l’influence de cet agent, elle éprouva quelques améliorations, et c’est à cette époque qu’elle devint enceinte pour la quatrième fois ; mais bientôt les douleurs revinrent et la forcèrent de nouveau de garder le lit.
En pratiquant le toucher, mais avec beaucoup de difficulté, je me convainquis de l’impossibilité de l’accouchement par les voies naturelles : je m’assurai que la difformité existait au détroit inférieur, et, mesurant avec le pelvimètre, je trouvai que le diamètre transversal du détroit périnéal n’avait qu’un pouce et demi d’étendue. Malgré tous mes efforts, mon doigt ne put parvenir au col de l’utérus.
Les contractions utérines n’étant que légères , et paraissant à d’assez longs intervalles, je confiai la malade à la sage-femme pendant que j’allai chercher des aides et ce qui m’était nécessaire pour pratiquer l’opération césarienne.
Je retournai vers les 8 heures du soir, accompagné d’un de mes collègues et d’un élève en médecine de l’université de Gand. La poche des eaux s’était rompue quelques instants avant notre arrivée ; je pratiquai l’opération d’après le procédé que j’ai suivi dans les cas précédents. J’eus beaucoup de peine à prati-
quer rincision , le ventre touchant pour ainsi dire les cuisses , et la femme ne pouvant ni étendre ni écarter celles-ci ; malgré ces dilFicultés, l’opération se termina heureusement. L’enfant fut retiré vivant, et après l’extraction du placenta, qui eut lieu par la plaie, des points de suture furent appliqués. Je fis le pansement ordinaire, et la malade fut remise au lit, dans une position presque assise , ne pouvant en supporter d’autre.
A l’aide' de soins bien entendus, la femme Ankart alla de ' mieux en mieux et la cicatrisation de la plaie était complète le 22 septembre.
Le 24, celte femme et son enfant furent conduits à la messe; depuis , ses douleurs sont diminuées au point qu’elle peut marcher au moyen de béquilles, et qu’elle peut coudre et filer.
V® Oes. — Le 24 juillet, je fus mandé en la commune de Groolenberge pour donner des soins à l’épouse Bosleuw , indigente , que je trouvai dans la position suivante :
Constitution très-faible; la conformation de la poitrine offre toutes les dispositions à la phthisie ; caractère irrascible , tempérament lymphatico-sanguin ; mariée depuis cinq ans elle est déjà mère de deux enfants , et c’est pour assister au troisième accouchement que la sage-femme m’a fait demander. Le dernier accouchement datait de trois ans; elle avait eu depuis, un avortement qui fut bientôt suivi de douleurs , variables par leur siège et leur intensité , dans les cuisses, le dos , etc. Ces douleurs, regardées comme rhumatismales, furent combattues par des remèdes empiriques ; bientôt la marche s’en ressentit et il devint impossible à la malade de se déplacer sans le secours d’une chaise ou d'un bâton.
Après plusieurs mois de souffrance, elle eut recours à l’huile de baleine, qu’elle priten assez grande quantité sans le moindre succès. C’est dans cet état qu’elle devint de nouveau enceinte. Vers le sixième mois de cette grossesse, elle se plaignit d’un point pleurétique , d’une dyspnée très-forte; une toux presque continuelle se déclara , des crachats épais et adhérents furent expectorés ; aucun médecin ne fut consulté, et elle arriva ainsi au terme de sa grossesse. La sage-femme s’étant assurée de l’impossibilité de l’accouchement , me fit appeler. Je trouvai la
inalade couchée , n’ayant que de fausses douleurs. Le toucher me fit reconnaître une difformité du diamètre transversal du détroit inférieur , qui n’avait dans ce sens que trois quarts de pouce, et offrait la forme d’un huit de chiffre allongé d’avant en arrière. Cette pauvre femme était en même temps abattue et sous l’influence d’une affection morale triste, signes précurseurs de l’insuccès qui devait suivre l’opération.
L’impossibilité de l’accouchement étant bien établie , je fis demander deux de mes collègues , MM. Van de Sype et Waeremoes; quelques instants avant leur arrivée, les douleurs devinrent expulsives et la poche des eaux se rompit. Aussitôt que ces messieurs furent arrivés et la malade placée convenablement, je pratiquai l’opération sur la ligne blaoclie; après avoir divisé les parois abdominales , je fis remarquer que la matrice n’offrait pas le même aspect que cet organe m’avait offert dans d’autres cas; l’utérus présentait une masse d’un blancbleuâtre, bosselée. Je fincisai et nous vîmes que ses parois avaient plus d’un pouce d’épaisseur ; son tissu était crépiLmt et offrit beaucoup de résistance à l’instrument. Cet état de la matrice rendait l’opération et plus longue et plus difficile ; je fus obligé de faire l’incision plus grande que je ne m’y étais attendu, afin de pouvoir extraire le fœtus. Celui-ci fut retiré vivant , mais il succomba quelques instants après; son crâne avait été fortement comprimé sur les parties latérales, de sorte que le sommet de la tête présentait une espèce de crête.
Après la suture et le pansement , la malade fut mise au lit. Diète, boissons froides, repos absolu, fomentations émollientes.
Le , fièvre légère ; bouche et langue fraîches ; difïiculté de respirer; douleur au côté droit de la poitrine. Même traitement, douze sangsues sur le point douloureux.
Le soir, même étal ; la douleur de côté est un peu diminuée; la malade demande à manger. Les lochies coulent ; on fait tirer les seins.
Le 26, amélioration remarquable dans tous les symptômes; la malade s’emporte et pleure parce qu’on lui refuse des aliments. Lait coupé ; une tasse de bouillon de veau.
Le 27 , étal très-satisfaisant; pansement ; la plaie présente
l’aspect le plus favorable et indique une prompte cicatrisation.
Une demi-heure après notre départ , et à l’insu de la tjarde , la malade avait fait des efforts pour se lever afin de se procurer à mang^er, mais elle retombe épuisée; bientôt des vomissements se manifestent ; la douleur du côté reparaît avec intensité ; la dyspnée est excessive; le ventre se ballonne , et malgré le traitement le plus rationnelles vomissements et la toux continuent jusqu’au lendemain soir , époque à laquelle la femme succomba.
Outre l’espèce de rétrécissement du bassin et la cause qui pouvait l’avoir produite , cette observation présente encore de l’intérêt par l’affection pathologique de l’utérus , qui était comme cartilagineux. Cette affection ne paraît cependant pas avoir influé sur les suites de l’opération , puisque la malade éprouva de l’amélioration jusqu’au moment où elle fit des efforts pour se lever.
Loin de moi de vouloir faire croire que cette opération aurait pu avoir une issue plus heureuse si la malade avait gardé un repos absolu ; l’affection de la poitrine, et surtout l’altération organique de la matrice , devaient détruire un tel espoir; seulement si cette femme eut été plus docile, elle aurait pu vivre quelques jours de plus.
VU Obs. — Le 24 mai 1837 , à dix heures du soir je reçus une lettre de M. le bourgmestre de la commune d’Aygem par laquelle il m’invitait à me rendre près la femme de François Dewolf , indigente , à l’effet de lui pratiquer l’opération césarienne. Je partis à l’instant avec M. Vandersype , médecin des pauvres de cette commune ; nous y arrivâmes à une heure du matin. La cabane où celte malheureuse se trouvait était on ne peut plus misérable ; elle était couchée sur quelques bottes de paille, ayant à l’un de ses côtés l'accoucheur de Kerxken , de l’autre la sage-femme. Nous recueillîmes les détails suivants : mère de trois enfants , s’étant toujours accouchée très-facilement ; depuis quelques années cette femme est devenue impotente par suite d’une affection rhumatismale ; l’usage qu’elle fit de l’huile de baleine prise intérieurement , calma momentanément ses douleurs et lui permit de marcher durant quelque
temps en s’aidant d’un bâton. Depuis deux ou trois ans , celle affection a repris de l’intensité , et malgré l’usage de l’huile de baleine elle ne peut plus se remuer* on doit la porter sur sa chaise au lit. Dans cet état elle est devenue enceinte, elle 22 mai 1857, elle a ressenti les premières douleurs de l’enfantement. Bientôt la poche des eaux se rompit ; les douleurs continuèrent avec force jusqu’au 24 vers trois heures de l’aprèsdînéc, moment où elles cessèrent pour ne plus reparaître.
La femme était épuisée de fatigue et de sommeil ,* le pouls était petit et serré ; la langue sèche.
Le toucher me fit reconnaître une difformité du détroit inférieur du bassin ; le diamètre transversal de ce détroit n’avait pas un demi-pouce d’étendue , de sorte qu’il n’offrait qu’une fente en arrière.
Voyant la nécessité de l’opération césarienne , nous résolûmes de la pratiquer. L’appareil nécessaire étant préparé , la malade fut placée sur une table garnie d’alèses et dans une position convenable j après avoir vidé la vessie , je découvris l’abdomen , et aussitôt sa conformation me frappa ; en le palpant je sentis sous les parois abdominales le fœtus , qui était sorti de l’utérus. Je fis la première incision sur la ligne blanche, et aussitôt l’enfant se présenta par les fesses j j’en fis l’extraction : il était mort ; son crâne fortement aplati . démontrait à quelle forte pression il avait été soumis dans l’excavation, et combien la mère avait dù souffrir.
La rupture de la matrice avait eu lieu à la partie postérieure ; cet organe était fortement contracté et retenait le placenta , je confiais donc l’expulsion aux soins de la nature. En conséquence je coupai le cordon aussi près de l’utérus que possible. Après avoir nettoyé les intestins et la cavité abdominale des matières qui y étaient épanchées, je fermai la plaie par huit points de suture entrecoupée ^ j’appliquai ensuite des bandelettes agglutinatives et fis le pansement ordinaire. Diète, boissons rafraîchissantes , fomentations émollientes sur l’abdomen, repos absolu.
Le soir, la femme se trouve dans un état assez satisfaisant. Memes prescriptions.
Le 26 , pendant la nuit, sont survenus des vomissements de matières noires ressemblant à de la suie mêlée de mucus ; ces vomissements se succédaient de cinq en cinq minutes; pouls accéléré, peau brûlante, langue fraîche; aucune douleur. Potion anlivomitive , boissons froides , fomentations émollientes. Les lochies commencent à couler.
Le 27 , même état. Potion antispasmodique ; les autres moyens sont continués , on fait tirer les seins.
Le 28 , même état. On ajoute vingt gouttes de laudanum à la potion , qui contient déjà deux onces de sirop de pavots blancs ; pansement • les bords de la plaie sont gonflés j un léger suintement a lieu ; nouveau pansement.
Le 29, même état. Mêmes moyens j thé vert pour boisson ordinaire ; un lavement.
Le 30, même état; point de selle; les vomissements sont toujours de même nature , mais moins fréquents. On continue les mêmes prescriptions et le même régime ; lavements , puis suppositoires, à la suite desquels la malade a une selle.
Le 51 , les vomissements ont augmenté durant la nuit; au pansement, la plaie se présente dans un assez bon état ; le ventre est un peu ballonné ; les lochies continuent à couler, mais sont extrêmement fétides. Je fais cesser Pusage de tout médicament qui jusqu’à présent n’a produit aucune amélioration ; un bouillon ; lavement.
Le 1er juin, les vomissements ont cessé ; la tension de Tabdomen est disparue. On continue le bouillon.
Le 2 , amélioration ; la plaie commence à se cicatriser ; la malade a reposé toute la nuit , pour la première fois depuis l’opération .
Les 3, 4 et 5 , continuation de l’amélioration.
Le 6 , la femme ayant pris un peu de lait , les vomissements sont revenus. Les douleurs abdominales sont très-fortes; face tirée ; terreuse ; yeux enfoncés ; pouls presque imperceptible. Consommé, potion cordiale.
Le soir , à la visite , nous apprîmes que le placenta venait d’être expulsé depuis une heure ; il était presque entièrement décomposé ; la malade est entièrement changée ; son pouls est
régulier et bien développé ^ nulle douleur ni ballonnement à l’abdomen.
Depuis celte époque , tout a marché vers une prompte guérison ; on augmenta graduellement la quantité des aliments, et le 27™® jour après l’opération la guérison était complète.
VIP Obs. — 1/épouse de Tortelboom, indigente de la commune de Saint-Lievens-Essche , âgée de 33 ans , avait déjà eu deux accouchements nalurels lorsqu’elle commença à se plaindre d’une affection rhumatismale générale qui, entretenue par la misère et la malpropreté , ne céda point aux remèdes que la crédulité publique prône comme infaillibles ; l’huile de baleine même , cette prétendue panacée des affections chroniques des tissus fibreux, resta sans effet, et cette malheureuse fut réduite à ne pouvoir plus se bouger. C’est en cet état qu’elle devint de nouveau enceinte.
Arrivée au terme de sa grossesse , la sage-femme qui avait été demandée me fil appeler en consultation le juin 1837. Je trouvai la malade en proie à des douleurs de parturition très-fortes ; elle était très-faible , mais paraissait d’une bonne constitution ,* son moral ne semblait pas affecté. Le toucher me fit reconnaître une union presque intime des branches du jjubiset des ischions, de manière que le détroit inférieur offrait la forme d’un cœur de caries à jouer dont la pointe répondait vers le pubis , ce qui permettait à peine l’entrée de trois doigts dans la partie la plus large de l’ouverture.
L’accouchement par les voies naturelles étant reconnu impossible, je procédai immédiatement à l’opération, aidé de mon confrère Vandeisype. Comme il existait une obliquité de la matrice du côté droit , il me fut impossible de pratiquer l incision sur la ligne blanche ; je la fis sur la partie latérale droite de l’abdomen, en lui donnant une direction oblique j à peine les parois abdominales furent-elles incisées, qu’un jet de sang nous annonça la section de l’artère épigastrique ; je liai le bout inférieur avant de continuer l’opération ; le bout supérieur ne donnant pas, je le laissai. Le reste de l’opération ne présenta rien de remarquable et tout se termina heureuse-
ment ; des points de suture furent appliqués , et la malade fut mise au lit.
Diète ; repos j boissons rafraîchissantes j fomentations émollientes.
Jusqu’au quatrième jour , état extrêmement satisfaisant ; les lochies coulent bien ; la sécrétion du lait commence à se faire; le pansement nous montre la plaie ayant un bel aspect. Même régime; continuation des fomentations; un lavement.
Le K*"® jour on vint me prévenir que la femme avait une hémorrhagie qu’on ne pouvait arrêter. A mon arrivée M. Vandersype, était déjà occupé à préparer un nouvel appareil pour le pansement.
La femme était dans un état de faiblesse extrême et paraissait avoir perdu beaucoup de sang; nous découvrîmes la plaie par où l’hémorrhagie avait eu lieu ; celle-ci paraissait entièrement arrêtée. Pansement sec; bouillon; boissons émollientes; fomentations froides; un lavement, qui fut suivi d’une selle.
Le 7“° jour , chute de la ligature de l’artère. Augmentation des aliments.
Le jour, la femme fut conduite à l’église et put marcher depuis le cimetière jusqu’à l’autel.
L’enfant, du sexe masculin, se porte bien.
VHP Obs. — La nommée V..., âgée de 39 ans environ, de la commune de Ste-Marie Audenhoven , avait eu deux ou trois accouchements naturels , avant qu’elle fut atteinte d"un rhumatisme qui dura plusieurs années, pendant lesquelles elle eut encore deux accouchements qui se terminèrent par les seules forces de la nature. Plus tard elle lit usage de l’huile de baleine sans en éprouver aucun soulagement; elle devint de nouveau enceinte. Elle était arrivée au troisième jour du travail de l’accouchement lorsque je fus appelé. Les eaux étaient écoulées depuis quarante-huit heures. Le ventre ballonné et douloureux était souffrant à cause du poids des couvertures; des vomissements fréquents et bilieux existaient; la langue était rouge et sèche; soif intense. Je reconnus un rétrécissement au détroit inférieur : le diamètre transversal n’avait que dix-huit lignes. Je procédai immédiatement à l’hystérotomie, que j’ai pratiquée
heureusement d’après le procédé de Solayrès. L’enfant était mort. La malade fut pansée et mise au lit; repos absolu; diète sévère. Le lendemain , une métro-péritonite se déclara, et fut combattue par un traitement antiphlogistique énergique. Un mois après l’opération cette femme était en pleine covalescence, lorsqu’elle fut atteinte d’une affection typhoïde qui régnait dans son voisinage , et à laquelle elle succomba au cinquième jour de la maladie.
L’intérêt que présentent ces observations ne résulte pas de l’opération elle-même, mais des circonstances qui ont été les mêmes chez toutes les opérées , savoir : 1° qu’aucune des opérées n’était atteinte de scrofules ; 2° que la dilTormité n’est survenue qu’après plusieurs accouchements naturels ; 3° que la cause à laquelle on peut attribuer ces vices de conformation est l’usage de l’huile de baleine prise à l’intérieur.
La première femme eut un accouchement naturel ; la seconde cinq; la troisième et la quatrième trois; la cinquième deux ; la sixième et la septième trois; la huitième deux avant qu’elle ressentît ses douleurs rhumatismales , deux ensuite qui se terminèrent naturellement ; mais à cette époque elle n’avait pas pris d’huile de poisson. Elles appartenaient toutes à la classe indigente, mais étaient fortes et bien constituées , et d’un tempérament bilioso-sanguîn ; une seule était d’une constitution lymphatico- sanguine ; chez une autre le système nerveux prédominait. Aucun symptôme de scrofules ne se remarquait chez elles.
Ce fut en général quelque temps après leur dernier accouchement naturel qu’elles ressentirent les premières atteintes d’une afTection rhumatismale , caractérisée par des douleurs dans les cuisses, les hanches , les lombes, les bras, etc. Aucune ne réclama les secours de l’art ; elles se bornèrent à employer les remèdes populaires ou ceux des charlatans ; elles eurent ensuite recours à l’huile de baleine, prise intérieurement, que le vulgaire regarde comme un remède infaillible contre ces maladies. Sous l’influence de l’affection, ou plutôt du remède employé pour la combattre , le bassin se déforma , mais dans un . tout autre sens que celui qui a ordinairement lieu à la suite du
rachitisme. Ladifl'ormité existait dans tous les cas dans le sens du diamètre transversal du détroit inférieur.
La cause qui occasionne une telle difformité , ne pouvant être qu’un ramollissement des os du bassin, je doute qu’on puisse attribuer au rhumatisme la faculté de produire cette altération du tissu osseux. En effet beaucoup de femmes sont attaquées de rhumatisme , meme depuis plusieurs années, sans qu’il survienne chez elles le moindre changement dans les dimensions de leur bassin , sans même que l’accouchement éprouve pour cela plus de dilïiculté.
Il résulte au contraire des observations que j’ai recueillies que pour peu qu’elles aient fait usage de l’huile de poisson, les femmes présentent toujours plus de difficulté dans la parturition. Aussi dans nos environs, n’est-ce que depuis l’introduction de l’usage de l’huile de baleine, que les cas qui réclament l’opération césarienne sont devenus si fréquents. Dans les localités où l’on n’emploie pas cette substance , cette opération est bien rare , et lorsqu’on doit la pratiquer , c’est sur des sujets dont les bassins sont viciés par suite du rachitisme , comme on peut s’en convaincre par les observations d’hystérotomie livrées à la publicité.
Sur dix opérations césariennes que j’ai été à même de pratiquer, une seule a été nécessitée par un rétrécissement du diamètre antéro-postérieur du détroit supérieur : c’était chez une femme toute contrefaite, par suite du rachitisme; dans les neuf autres cas les femmes avaient été bien portantes , bien conformées , et avaient eu avant la déformation de leur bassin , plusieurs accouchements naturels ; toutes s’étaient ressenties et se ressentaient encore de douleurs rhumatismales dans les cuisses, les jambes, les bras, le dos; toutes avaient fait usage de l’huile de baleine, et ce qui n’est pas moins remarquable, c’est que le vice de conformation existait dans ces neuf cas au détroit inférieur et dans le sens du diamètre transversal.
J’ai rencontré aussi plusieurs cas où des femmes placées sous l’empire des mêmes circonstances , c’est-à-dire atteintes d’affections rhumatismales et ayant aussi fait usage de l’huile de poisson , et qui antérieurement s’accouchaient avec la plus
grande facilite , ne pouvaient plus être délivrées que par les secours de Tart.
IX® Obs. — L’épouse D.... de Soltegem, âgée de 56 ans environ, eut trois accouchements naturels; quelque temps après son troisième , un rhumatisme général la mit dans l’impossibilité de marcher. Après avoir employé plusieurs moyens, elle eut recours à l’huile de poisson, quelle prit pendant peu de temps , son affection rhumatismale ayant promptement cédé à son emploi. Rétablie entièrement , elle a eu depuis (quatre ans environ) , deux accouchements , dans lesquels l’enfant présentait chaque fois le sommet de la tête dans la première position; arrivée au détroit inférieur, la tête ne pouvait le franchir, les bosses pariétales restant comme arc-boutées contre les tubérosités ischiatiques. Il a fallu chaque fois recourir au forceps pour terminer l’accouchement. Ici, probablement la difformité a cessé de faire des progrès dès le moment où l’on a cessé l’emploi de l’huile de poisson.
X® Obs. — La nommée L... sœur du sujet de l’observation n® VII, habitant la même maison , d’une forte constitution , ayant toujours été bien conformée, a déjà eu plusieurs accouchements naturels ; depuis plusieurs années elle est atteinte de rhumatisme , et dans cet espace de temps elle a encore mis au monde , et très-facilement , deux enfants , dont le dernier est né il y a dix-huit mois. Depuis neuf mois elle fait usage de l’huile de baleine; les symptômes rhumatismaux sont amendés au point qu’elle peut marcher en s’aidant d’un bâton.
Curieux de m’assurer si les dimensions de son bassin n’avaient pas changé , je l’engageai à se laisser visiter ; je constatai que le diamètre transversal du détroit inférieur ne présente pas deux pouces et demi ; la base du sacrum fait une saillie plus considérable que dans l’état naturel ; à la base de la colonne vertébrale il n’y a point d’enfoncement remarquable, mais la distance qui sépare les crêtes de l’os des iles est plus grande que dans un bassin bien conformé. J’ai remarqué aussi chez tous ces sujets un développement considérable de la base du thorax, Ainsi la femme L..., qui n’est âgée que de 50 à 55 ans devra
probablement se soumellre à l’opéraliori césarienne, si elle devient encore enceinte (1),
L’effet de l’huile de poisson ne peut être mis en doute, car même chez les hommes cpii en ont fait usage on remarque , à la suite de son emploi , des accidents plus ou moins considérables ; chez les uns la taille diminue d’un ou de deux pouces; chez d’autres la colonne vertébrale se dévie ; chez quelquesuns l’affaissement et le ramollissement des vertèbres sont portés au point de produire la compression de la moelle épinière : d’où la paralysie des extrémités inférieures.
Cette substance est employée dans le but de guérir ou du moins de calmer les douleurs rhumatismales. Mais est-elle un spécifique certain dans cette affection , et son usage ne peut-il pas entraîner des accidents plus graves que la maladie elle-même?
La spécificité de l’huile de poisson peut être contestée; car, si chez quelques individus son usage a précédé la disparition du rhumatisme , dans un grand nombre de cas après avoir produit de l’amendement dans les symptômes , ceux-ci se sont bientôt relevés en augmentant d’intensité.
Si son emploi peut être suivi de l’affaissement des vertèbres, de la déviation de la colonne vertébrale, de rétrécissement du bassin (résultats d’un ramollissement des os), d’où résulte l’impossibilité de l’accouchement par les voies naturelles et la nécessité de l’opération césarienne ; d’où peut aussi résulter la paralysie des extrémités inférieures, si tous ces accidents peuvent survenir à la suite de l’emploi de celle substance , nul doute que son usage ne soit pernicieux.
Les suites fâcheuses que je viens d’exposer, ne sont pas les seules que l’on remarque; tout en voulant se guérir d’un rhumatisme , combien de personnes ne se sont pas occasionné, en employant cette huile, des maladies chroniques de l’appareil respiratoire, de l’estomac, des intestins, du foie, des reins, de la vessie , etc.
Quel est donc celui qui a rendu ce remède incendiaire si populaire, et son emploi si fréquent? Celui qui pour guérir un
L’observation XII prouve que je ne me suis pas trompé dans mon pronostic ; cette femme étant devenue de nouveau enceinte dût subir la même opération
malade en tue cent? Jusqu’ici on Tig^nore ; et sans doute les résultats désastreux de sa découverte l’empêcheraient d’en revendiquer la priorité , robligreraient même à la décliner.
Je ne puis contester que cette substance possède des propriétés qui pourraient être utiles dans quelques casj ce ne pourrait être qu’après avoir été expérimentée par des praticiens savants et consciencieux que nous pourrions l’admettre , et non pas en la laissant à la merci du public , et surtout des indig^ents qui, au lieu d’en faire un usage modéré, et dans quelques cas spéciaux seulement , l’emploient souvent à doses extraordinaires dans toutes les affections , pour peu qu’elles soient accompagnées de douleurs. C’est ainsi que je l’ai vue employer dans des gastriques chroniques , dans des indurations du foie , et même dans la phthisie , et les malheureux qui y avaient recours n’employaient pas cette substance purifiée , mais remplie d’ordures et de corps étrangers , comme on la trouve chez les tanneurs où ils vont chercher ce poison.
Comme l’usage de ce moyen paraît être plus répandu dans nos environs que dans d’autres localités, j’ai cru qu’il serait utile d’appeler l’attention des praticiens sur son emploi, afin que chacun recueillisse les faits qu’il pourra rencontrer; et l’on arrivera par là à découvrir dans une substance, maintenant pernicieuse , un médicament utile.
N’ayant jamais rencontré un cas où le rhumatisme seul ait produit une difformité ou un changement dans les dimensions du bassin, je pense pouvoir attribuer les viees de conformation survenus chez les femmes qui font le sujet des observations qui précèdent à l’emploi qu’elles ont fait de fhuile de poisson , et regarder cette substance comme capable de produire le ramollissement des os.
Si l’huile de baleine peut produire le ramollissement des os, ou si l’on admet que cet effet peut être produit par le rhumatisme, dans l’un et l’autre cas il est facile de se rendre raison de la manière dont le rétrécissement s’opère : les os étant ramollis, ils doivent céder aux efforts qui s’exercent sur eux, et cela d’autant plus , que ces efforts sont plus fréquents et plus longtemps continués.
OBSJER VA TMOW