DB GASTRO-HYSTÉROTOMIB PRATIQUEE AVEC SUCCES
Présentée à la Société des Sciences Médicales et Naturelles de Bruxelles ,
dans la séance du 7 janvier 1 839.
Au mois de mai dernier, le nommé Charles De Corte, sabotier, indignent de la commune de Velsique-Ruddershoeven, vint me prier de vouloir assister sa femme Ang^élique De Roe, lors de son accouchement. Il me raconta qu’elle avait déjà eu trois accouchements naturels, mais que depuis plusieurs années elle était atteinte d’un rhumatisme qui l’avait mise dans la presque impossibilité de se mouvoir; qu’après avoir employé divers remèdes , sans obtenir quelque soulagement , elle avait eu recours à l’huile de baleine, dont elle ne prit cependant qu’une petite quantité, une livre environ.
C’est dans ce malheureux état qu’elle devint de nouveau enceinte. Ayant appris ces détails, je me rendis près d’elle, afin de juger si effectivement il y avait difformité du bassin, comme je le soupçonnais. Je trouvai cette malheureuse dans une hutte infecte , située sur le cimetière de la commune ; la pauvre femme était gisante sur une poignée de paille , presque sans vêtements et dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement sans être aidée de son mari ; elle ressentait continuellement des douleurs au dos , aux épaules et aux extrémités inférieures. Cette femme , âgée de 59 ans , d’un tempérament fort et pléthorique, d’une famille saine était environ au sixième mois de sa grossesse.
Je parvins avec beaucoup de difficultés à la toucher , à cause que les membres abdominaux ne pouvaient ni s’allonger ni s’écarter. Je reconnus une difformité du détroit inférieur : les branches du pubis et les tubérosités ischiatiques étaient au
point de se loucher, rinlervalle qui les séparait était tout au plus de deux lignes; la distance entre les ischions et le coccyx ne permettait l’entrée que d’un seul doigt.
Bans le courant du mois de juin, MM. les professeurs Verbeek et Liilens, étant venus visiter quelques femmes à qui j’avais pratiqué Topération césarienne , virent aussi la femme De Coite ; ils constatèrent la difformité que je viens d’indiquer et la nécessité de recourir à la gastro-hystérotomie au moment du travail.
C’est le 27 septembre dernier, à dix heures du soir , qu’on vint me dire que la femme commençait à ressentir les douleurs de l’enfantement. Je m’y rendis aussitôt ; le toucher me fit reconnaître que la poche des eaux bien formée était sur le point de se rompre, que par conséquent l’orifice utérin devait être suffisamment dilaté ; les douleurs étant fortes et pour ainsi dire continues, je jugeai urgent de procéder immédiatement à l’opération , tout retard pouvant devenir nuisible à la mère et h l’enfant.
Oüoique j’avais eu la précaution de préparer d’avance l’appareil, les autres préparatifs et le temps nécessaire pour chercher des aides fit que je ne pus commencer l’opération qu'à deux heures du matin. Tout étant disposé, la malade fut mise sur une table recouverte d’une paillasse sur laquelle j’avais placé le bandage de corps et les bandelettes agglulinalives, le tout recouvert d’alèzes, la tête et les épaules un peu élevées ; les extrémités inférieures durent rester fléchies. La matrice offrant une obliquité à droite, je me décidai à pratiquer l'opération de ce côté et d après la méthode de Lauverjat. Les aides maintenant l'abdomen et repoussant autant que possible les intestins , afin qu’ils ne s’échappassent par la plaie, j’incisai successivement et transversalement la peau , les muscles , le péritoine et la matrice. L’utérus étant ouvert , je vis que j’étais tombé sur le placenta ; je le détachai d’un côté, je rompis les membranes ; futérus se contracta et poussa devant la plaie une épaule de l'enfant^ j’allai chercher les pieds et fis l’extrac- ,tion avec beaucoup de facilité. Une nouvelle contraction chassa à la fois dans la plaie deux placentas et les pieds d’un second
enfant • rextraction de ce second enfant offrit beaucoup de difficultés parce que la léle était déjà fortement engag^ée au détroit supérieur. Je crus un moment ne pouvoir le ramener vivant ; je dus d’abord extraire les deux placentas , afin de pouvoir introduire la main dans la matrice et saisir le menton afin de dégager la tête. J’eus le bonheur de terminer cette opération avec le plus grand succès ; les deux enfants étaient vivants et du sexe féminin. Ayant débarrassé la matrice des caillots qu’elle contenait , celle-ci étant sulfisamment contractée, je fis écouler tout ce qui était possible du sang épanché dans l’abdomen.
Je n’avais donc plus à m’occuper que de la plaie des parois abdominales. Malgré que les auteurs avancent que, quand l’opération césarienne est pratiquée d’après la méthode de Lauverjal, la plaie extérieure ne demande pour ainsi dire d’autres soins qu’un plumasseau de charpie et un bandage de corps , avec la précaution de coucher la femme sur le côté opposé, je ne pus suivre ces conseils ; car la flaccidité des parois abdominales , le défaut de contraction de ses plans musculaires , ainsi que rimpossibilité où la femme était de rester couchée sur le côté gauche , laissait la plaie béante et les intestins et l’épiploon se seraient portés hors de la cavité abdominale.
Pour éviter cet accident je dus maintenir les bords de la plaie réunis par quelques points de suture ; une mèche de charpie fut introduite dans Tangle inférieur de la plaie, j’appliquai quelques bandelettes agglutinatives , de la charpie, des compresses et je maintins le tout au moyen du bandage de corps.
Le peu d’espace qu’offrait la chambre et qui nous obligeait à être serrés les uns contre les autres, l’heure avancée, Ja nécessité d’opérer à la lueur vacillante de quelques chandelles, l’obligation de sortir dans laquelle se trouvèrent trois aides qui devaient éclairer et le chirurgien chargé de présenter les instruments, et qui menaçaient de tomber en syncope m’occasionnèrent beaucoup d’embarras et prolongèrent la durée de l’opération. Je me serais même trouvé dans une obscurité complète sans la complaisance et le sang-froid du digne curé de la commune qui m’a aidé pendant toute la durée de celte grave
opération. La femme fut mise au lit , à une diète sévère , au repos absolu, eau citronée pour boisson. Je plaçai près d’elle la sage-femme pour la soigner et éviter qu’on ne transgressât mes ordonnances.
A onze heures du matin, la femme, quoiqu’ayant un peu de fièvre, est dans un état favorable, elle se plaint beaucoup d’arrières-maux ; les lochies commencent à couler par les voies naturelles, elle a uriné au moyen de la sonde ne pouvant les expulser étant couchée ; même régime. A six heures du soir , le ventre n’est ni ballonné ni douloureux, la fièvre est diminuée, le moral est relevé, elle a sommeillé à diverses reprises ; on la sonde de nouveau ; la langue est fraîche. Le 29 à sept heures du matin tout indique chez la malade l’état le plus satisfaisant, nulle fièvre, langue large et fraîche, abdomen flasque et indolore, écoulement abondant de lochies j les enfants ont tetté et le lait commence à venir assez abondamment ; la nuit elle a dormi ; les urines ont été évacuées deux fois en assez grande abondance ; elle ne se plaint que de quelques arrièresmaux qui cependant sont beaucoup diminués. A sept heures du soir, même état, même traitement. Le 30, sept heures du matin, l’état de la malade continue à être favorable ; un peu de fièvre , que je considère être la fièvre de lait ; même prescription. A sept heures du soir, même état, la fièvre est nulle; un peu de bouillon est accordé.
Les 1 , 2 et 3 octobre , continuation du mieux : par l’angle de la plaie abdominale s’écoule toujours une grande quantité de sérosité fétide, reste de l’épanchement qui s’évacue; la plaie commence à se réunir. A sept heures du soir, fièvre, douleurs abdominales et à l’épigastre, langue rouge, sèche. Elle dit n’avoir pas eue de selle depuis le 24 , elle est ordinairement constipée. Diète, limonade, huile de ricin , ^iij pour un lavement. Le 4, la fièvre est moindre, les autres symptômes persistent, quelques vomiturations , des borborigmes. Potion antivomitive, hyrud. n" 9 à l’épigastre ; pendant la matinée elle a eu deux selles. A sept heures du soir, état de la malade trèssatisfaisant, un peu de lait coupé. Le 5, à sept heures du matin, la bouche est remplie d’aphthes , langue rouge et luisante ,
hyrud. n® 9 à l’épigaslre, ensuite cataplasmes émollients, diète absolue , eau de riz pour boisson parce qu’elle a eu plusieurs selles liquides pendant la nuit, miel rosat avec une décoction d’orge pour gargariser. A sept heures du soir , apirexie complète , langue rouge mais fraîche , la soif n’est plus aussi intense, quelques selles pendant la journée. Pot. gum., syr. pp. alb. Le 6, état satisfaisant ; comme la langue est encore rouge, nouvelle application de sangsues à l’épigastre, même traitement; pendant la journée une selle liée. A sept heures du soir amélioration prononcée , les seins se gonflent de nouveau et le lait devient plus épais, les lochies n’ont pas été supprimées, la plaie est entièrement cicatrisée, excepté à la partie moyenne où il reste une ouverture qui i)ermet l’entrée d’une sonde cannelée et par laquelle on pénètre dans un clapier de trois travers de doigt de profondeur , s’étendant vers la partie inférieure et antérieure de l’abdomen ; le pus qui en sort est abondant mais lié , et il a perdu l’odeur fétide qu’avait la sérosité qui l’a précédé. La sortie du pus est favorisée par une légère compression.
De jour en jour l’amélioration fait des progrès et la malade se trouve entièrement guérie au bout de trois semaines.
Rapport sur 1 observation qui précède.
Messieurs,
M. Hoebeke, chirurgien à Sottegem (Flandre-Orientale) vous a adressé une observation de gastro-hystérotomie pratiquée avec succès chez une femme dont le bassin était rétréci au détroit inférieur au point de rendre impossible l’accouchement par les voies naturelles. Chargés de vous rendre compte de ce travail, nous vous en présenterons l’analyse succincte , que nous ferons suivre des réflexions que sa lecture nous a suggérées.
La femme qui fait le sujet de cette observation est âgée de
59 ans, d’une constitution forte et pléthorique ; elle a eu précédemment trois accouchements naturels ; depuis plusieurs années , elle est atteinte d’un rhumatisme , pour lequel elle a fait en vain usage de divers remèdes , et en dernier lieu , de l’huile de baleine à l’intérieur, substance à laquelle l’auteur de l’observation attribue la funeste propriété de ramollir les os, et par suite la difformité du bassin. Dans cet état, elle devint enceinte; arrivée au sixième mois de la gestation, M. Hoebeke constata une difformité du détroit périnéal : les branches du pubis et les tubérosités ischiatiques étaient rapprochées au point de se toucher ; la distance qui séparait les ischions et le coccyx ne permettait l’introduction que d’un seul doigt. Ce fait fut également constaté par MM. les professeurs Verbeck et Lulens de Gand, qui furent d’avis que la gastro-hystérotomie était la seule ressource pour sauver cette malheureuse alors que le travail de l’accouchement se serait déclaré. Cette opération fut pratiquée par M. Hoebeke , le 37 septembre 1838 , alors que tout était bien disposé, d’après le pi'océdé de Lauverjat ; elle n’offrit rien de particulier , sinon que l’ouverture de la matrice étant faite le placenta se présenta à la plaie. L’opérateur le détacha d’un côté, rompit les membranes, alla chercher l’enfant par les pieds et en fit l’extraction. Une nouvelle contraction de l’utérus chassa à la fois dans la plaie deux placentas et les pieds d’un second enfant; l’extraction de celui-ci offrit beaucoup de difficultés, parce que la tête était déjà fortement engagée au détroit supérieur ; il fallut, pour y parvenir , extraire d’abord les deux placentas. Néanmoins les deux enfants furent amenés vivants et continuèrent de vivre.
L’auteur rapporte ensuite avec détails les diverses circonstances qui ont suivi l’opération et les indications qu’il a eu à remplir ; la femme était entièrement rétablie au bout de trois semaines.
Cette observation est rédigée avec soin et consciencieusement, et si l’on est parfois tenté de lui reprocher quelques négligences dans le style, on ne peut s’empêcher de reconnaître que l’auteur fait preuve de connaissances pratiques solides dans l’art des accouchements.
Le fait que vous a communiqué M. Hoebeke, ne présente au premier abord qu’un faible intérêt ; mais il acquiert plus d’importance quand on sait (ce que l’auteur a omis de dire) que c’est pour la quinzième fois dans un assez court espace de temps que ce chirurgien pratique l’opération césarienne dans le canton qu’il habite, et toutes pour des difformités du bassin, qui semblent être excessivement fréquentes parmi la classe pauvre de cette partie de la Flandre-Orientale. L’année dernière M. Hoebeke a publié dans le Bulletin médical belge (n“ de février 1858) un mémoire dans lequel sont consignées huit observations de gaslro-hyslérotomie qu’il a pratiquées dans l’espace de quelques années ; la commission médicale provinciale de Gand informée de ces faits, envoya sur les lieux deux de ses membres , MM. Verbeeck et Lutens, qui purent constater sur celles de ces femmes qui ont survécu à l’opération, la difformité du bassin , et, dans un rapport qui a été publié , rendirent justice aux connaissances pratiques, à la philanthropie et au désintéressement de l’opérateur.
M. Hoebeke , dans le mémoire qu’il a publié, attribue ces diffoî mités à l’abus que l’on fait dans cette contrée de l’huile de poisson pour combattre les affections rhumatismales qui paraissent y être très-fréquentes. Il apî)uie cette opinion sur ce que presque toiitesles femmes qu’il a opérées avaient fait usage de cette substance avant que la difformité du bassin ne fut constatée, et ce qu’i 1 y a de plus curieux, toutes s’étaient accouchées précédemment par les seules forces de la nature. Au premier abord, cette assertion paraît sans réplique, puisqu’elle repose sur l’observation ; mais quand on réfléchit que depuis quelques années on emploie en Allemagne et en Belgique l’huile de foie de morue contre la carie osseuse, les tubercules pulmonaires, les scrofules, et que des succès inespérés ont été obtenus par ce moyen, sans qu’il en soit résulté le ramollissement des os ou autres accidents de ce genre, on est tenté de rechercher une autre cause à la fréquence des difformités du bassin observées par M. Hoebeke. D’après les renseignements que nous avons recueillis, Soltegem et les communes environnantes sont situés sur un sol humide, les habitants de la classe pauvre habitent
de misérables cabanes, sont mal vêtus et mal couchés; de là, la fréquence des affections rhumatismales ; les femmes passent la plupart du temps assises filant à un rouet, exposées aux intempéries de f air et des saisons , à des privations. Or, chez celles affectées de rhumatisme, la position constamment assise ne pourrait-elle pas produire la déformation des os du bassin, surtout des tubérosités ischiatiques sur lesquelles repose le poids du corps quand on est assis? Ces deux causes, l’affection rhumatismale et la position constamment assise, nous paraissent réunir les conditions nécessaires pour amener un tel état.
Quoi qu’il en soit, M. Hoebeke a rempli son devoir envers la science et l’humanité en appelant l’attention des praticiens sur un fait digne de leur attention, et nous pensons que la conduite honorable qu’il a tenue en cette circonstance mérite des encouragements. Nous vous proposons donc, messieurs, d’admettre M. Hoebeke au nombre des membres correspondants de la Société et d’insérer son travail dans vos Annales.
Bruxelles, le 7 mars 1859.
J. R. Marinus, rapporteur*
D" Seiitin,
Langlet, commissaires.
ORSERVATION D’HYSTÉROTOMIE.
La nommée V. Dewenne, épouse de P. Vankerkove, â0^ée de 3^ ans, d’un tempérament fort et pléthorique , habitant la commune d’Ay0^em, mère de quatre enfants dont le plus jeune a 3 ans ; jouît toujours d’une santé parfaite jusqu’après la naissance de sont second enfant. Vers cette époque, elle commença à éprouver des douleurs d’un caractère rhumatismal dans les épaules, les bras, les cuisses, etc. Ces douleurs continuèrent pendant le cours de sa troisième et quatrième grossesse; néanmoins, les accouchements qui suivirent se firent avec autant de facilité que les précédents. Jusqu’à celte époque cette femme n’avait employé d’autre remède pour combattre ces douleurs, que de chauffer fortement les parties affectées et de les frictionner avec de l’esprit de genièvre.
Quelque temps après son quatrième accouchement, ce qui remonte à peu près à deux années et demie , des voisines lui conseillèrent de faire usage de l’huile de baleine (traen). Elle suivit ce conseil et continua , pendant près de deux ans , à prendre cette substance dégoûtante , sans en éprouver aucun allégement à ses douleurs ; seulement son appétit augmenta graduellement, elle avait une faim continuelle. ^
Pendant l’usage de ce remède la malade éprouva d’abord un peu de difficulté dans la marche , cette difficulté augmenta de plus en plus jusqu’à rendre la progression impossible. Au mois de juin 1838 , je fis voir cette femme à MM. les professeurs Verbeck et Lutens qui étaient venus dans la maison où elle habitait pour visiter sa sœur, épouse de F. Dewolf, à qui j’avais, l’année précédente, pratiqué avec succès la gastrotomie pour une rupture spontanée de la matrice (1). En examinant
(l) Voyez 6® observation.
ia iDarche de celte femme, ces messieurs furent aussi persuadés que moi de l’existence d’un rétrécissement au détroit inférieur du bassin , qui rendrait l’accouchement par les voies naturelles impossible.
Celle mailieureuse ne tarda pas à éprouver les symptômes d’une nouvelle g'rossesse , qui parcourut toutes ses périodes sans indispositions. Aussitôt qu’elle fut assurée de son état, elle cessa l’usagée de l’huile de baleine, comme cela se pratique en général : le mari évalue à 6 pots la quantité qu’elle a prise intérieurement; en outre, elle se frictionnait avec la même substance.
Arrivée au terme de sa grossesse, le 13 avril 1859, les douleurs de la parturition commencèrent à se faire sentir. Dans l’après-dîné la sage-femme me fit demander , mais étant absent je ne pus m’y rendre qu’à 10 heures du soir.
Arrivé dans la hutte où celle malheureuse gissait sur un tas de feuilles , mon premier soin fut de m’assurer des dimensions de la cavité pelvienne : le toucher me fit reconnaître que les branches du pubis et les tubérosités ischiatiques se touchaient; en arrière il y avait un espace compris entre les tubérosités ischiatiques en avant , le çoccyx en arrière et , latéralement , les ligaments sacro-ischialiques que je trouvai avoir la forme d’un cœur de carte à jouer , ayant la pointe vers le pubis et dont je jugeai le plus’grand diamètre être d’un pouce et demi .
b’impossiblité de délivrer cette femme par les voies naturelles étant évidente , la poche des eaux étant rompue depuis quelques instants, je préparai à la hâte un lit et tout ce qui était nécessaire pour pratiquer la gastro-hystérotomie. Ail heures du soir, la femme étant couchée sur un cofire garni d’alèzes , dans une position convenable; je procédai immédiatement à l’opération en pratiquant une incision à la ligne blanche , l’incision de l’utérus étant faite , je rencontrai le placenta que je détachai; l’enfant présentait les fesses à la plaie de la matrice, je fus à la recherche des pieds et parvins à l’extraire non sans quelques difficultés : la tête étant déjà engagée et serrée au dé- Iroit supérieur, l’enfant du sexe féminin fut retiré plein de vie.
Les parties ayant été nettoyées , la plaie fut fermée par six
points de Suture, des bandelettes ago^lutinatives, etc., on remit la femme au lit ; repos absolu , diète sévère , eau sucrée pour boisson.
Cette opération fut pratiquée avec une facilité et une rapidité telle que j’en fus étonné , je n’étais cependant secondé que par le médecin et la sag^e-femme de la commune d’Herzeele. L’opération ne dura qu’un quart d'heure ; la patiente avait le moral dans les meilleures dispositions , aucune crainte ne l’agitait , elle avait vu , deux ans avant , sa sœur supporter la même opération et en guérir-, aussi pendant tout le temps que dura
celle-ci , ne fit-elle que rire et plaisanter , et il fut impossible de lui imposer silence.
Le 14, à 5 heures de l’après-midi, nous trouvons l’opérée dans le meilleur état possible , nulle fièvre , nulle douleur , elle a parfaitement dormi pendant deux à trois heures, les urines ont été évacuées avec facilité , les lochies coulent.
Le 13, même état, même régime.
Le 16 , à 4 heures de l'après-dîné , rougeur de la face, pouls accéléré, élancements dans l’abdomen, douleurs principalement à la région de la vessie , les lochies coulent peu. Ces symptômes ont commencé la veille au soir , il n’y a pas encore eu de selles , la malade n’a pas urinée depuis la nuit ,* soif vive , quoique la langue soit fraîche. La plaie dont on renouvelle le pansement présente l’aspect le plus favorable ; continuation de la diète et des boissons, un lavement avec ol. ricin §ij , injections émollientes dans le vagin, fomentations de même nature sur l’abdomen j je recommande de commencer par le cathétérisme , et dans le cas où la douleur continuerait après que la vessie serait vidée, de faire usage de la mixture suivante :
^ 01. tart. per déliq.
Mucilag. gg. arab.
Syr. diacod.
A prendre par cuillerée d’heure en heure.
La douleur ayant continué après le cathétérisme, elle i>rit cette mixture dans le courant de la nuit.
Le 17 , amélioration marquante, pouls naturel, moiteur de la peau , langue fraîche , elle demande à manger. Continuation delà diète, des boissons rafraîchissantes, répétition de la mixture, on continue les injections, les lochies sont plus abondantes, les mamelles se gonflent.
Le 18 , l’amélioration continue, la sécrétion du lait est bien établie , l’enfant telle , on peut ôter trois points de suture : sur les vives instances de la malade on lui accorde du lait coupé , une tasse de bouillon, on supprime les médicaments, toutes les fonctions se font bien.
Le 19 et 20 continuation, les derniers points de suture sont ôtés , la cicatrisation étant complète , on augmente graduellement la nourriture en qualité et en quantité.
Le 21 , 22 , 23, continuation.
Le 24 , regardant la malade comme guérie et obligé de m’absenter pour quelques jours , je la confie aux soins de mon collègue le médecin d’Herzeele. Pendant mon voyage je racontai à plusieurs professeurs des Universités de Gand et de Bruxelles, l’histoire de la maladie de cette femme , l’opération qu’elle avait subie et la guérison prompte qui l’avait suivie.
Quel ne fut donc pas mon étonnement lorsqu’à mon retour , cinq jours après mon départ, je la trouvai morte depuis la veille dans la soirée. Mon collègue me dit que la femme s’était très-bien trouvée jusqu’au matin du jour de sa mort ; que ce jour il lui avait trouvé un peu de fièvre , qu elle avait une petite toux dont les secousses lui occasionnaient un point douloureux dans le côté droit, le ventre un peu ballonné mais non douloureux. Regardant ces symptômes comme indiquant une bronchite légère , il recommanda des boissons adoucissantes , des cataplasmes émollients sur le point douloureux, et une mixture gommeuse avec adjonction du sirop de pavot blanc. Le soir , il retourna la voir et la trouva à l’agonie.
Ne sachant à quelle cause attribuer une mort si prompte nous fîmes l’autopsie 40 heures après la mort. L’abdomen étant ouvert, nous y vîmes un désordre extraordinaire; tous les organes avaient une teinte uniforme d’un bleu marbré , ils étaient enduits d’une couche de pus épais , les enfoncements qu’ils lais-
saient entre eux en étaient remplis ; des adhérences fortes et nombreuses réunissaient les divers org^anes et il fallait de grands efforts pour les séparer ; l’utérus dont la plaie était largement béante était en suppuration et offrait l’aspect d’un large ulcère. Le péritoine épaissi était aussi en suppuration. L’odeur infecte et repoussante qui s’exhalait de ces parties nous empêcha d’examiner chaque organe en particulier pour en constater le degré d’altération ; ce que nous avions remarqué suffit pour nous convaincre que la mort était le résultat d’une métropéritonite.
II existe, sans doute, peu d’exemples de métro-péritonite qui ait produit de tels ravages sans se dénoter par des signes extérieurs. Jusqu’au jour de sa mort, on ne remarqua chez cette femme d’autre symptôme qu’une fièvre légère , un point vers les fausses côtes droites et une petite toux , ce qui était bien insuffisant sans doute pour faire soupçonner une affection de cette gravité et de tels désordres.
J’ai donc eu le désappointement de perdre la seizième femme à qui j’ai pratiqué l’opération césarienne , désappointement d’autant plus grand que je la croyais guérie , et que déjà j’avais annoncé le succès de cette opération. Ainsi donc, au lieu de douze succès que je croyais avoir obtenu il ne m’en reste plus que onze.
Cette opération , malgré sa fin malheureuse , a du moins prolongé de quelques jours la vie de cette femme et sauvé celle de l’enfant. Elle n’a donc pas été entièrement inutile.
Comme je joins le bassin, PI. III, à cette observation, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de le décrire , son examen suffira pour démontrer que l’accouchement par les voies naturelles était impossible, et que l’opération césarienne était seule applicable dans ce cas.
Rapport sur t observation qui précède (1).
La première réflexion qu’a fait naître chez nous, messieurs,
(1) MM. A. J. Daumerie, rapporteur; J R. Marines et G. Seutin, commissaires.
l’observation du docteur Hoebeke , c’est l’aggravation de la maladie, antérieure au fatal événement coïncidant avec l’usage de l’huile de baleine, que la patiente a eu le courage d’ingérer jusqu’à la dose énorme de six pots ; mais il nous reste toujours à décider si la maladie s’est aggravée par le remède ou malgré le remède , ce qui établit une immense différence dans l’appréciation du moyen thérapeutique. Cette huile de foie de raie ©U de morue qui a presque fait une révolution en médecine pratique et dont les merveilleuses propriétés ont été vantées par une foule de médecins, surtout allemands, et naguère par notre compatriote, le docteur Gouzée d’Anvers (1), celte huile de foie de morue, dis-je, serait-elle condamnée à subir le sort de tant de systèmes médicaux et de moyens thérapeutiques que nous avons vu naître, grandir démesurément et mourir fort peu de temps après? Le temps nous l’apprendra , messieurs , nous avons été victimes de notre trop confiante crédulité et de notre désir ardent de soulager les maux de l’humanité. A cette occasion nous vous dirons qu’ayant entendu parler désavantageusement de l’huile de foie de morue , nous avons fait des recherches et nous avons trouvé dans le journal de médecine et de chirurgie pratiques (2) le passage suivant :
« M. Delavacherie a fait connaître à la Société de médecine » de Gand , plusieurs observations recueillies chez des adultes 3» devenus contrefaits depuis que^ pour des douleurs rhuma- 33 tismales, ils avaient fait usage de celte huile de poisson. Le *> docteur Hoebeke a communiqué également à la Société » deux observations qui méritent d être rapportées.... M. Jan- 3» son cite deux faits semblables, mais les femmes, auxquelles 3> ils se rapportent, étaient toutes deux atteintes de rachitisme. » Plusieurs autres faits de même nature ont été recueillis par » le docteur Hoebeke et le portent à croire que le ramollisse- » ment des os si fréquemment observé dans le pays qu’il haw bile , tient quelquefois à l’usage de l’huile de morue qui est
îl) Voir les Annales de notre Société : Mémoire sur les propriétés thérapeutiques de l’huile de foie de raie ou de morue, et le rapport qui y est joint. (2) Sixième cahier, juin 1839
» extrêmement répandu dans cette contrée, et préconisé siir- » tout contre les douleurs rhumatismales.
» Les observations que l’on vient de lire sont donc de na- » ture à fixer fortement l’attention j car , d’après les conclu' » sions de l’auteur, on s’exposerait à déterminer des accidents M infiniment plus graves que ceux que l’on voudrait combattre j mais CCS faits, quel que soit l’intérêt qui s’y rattache,
« ne sont pas assez nombreux, ni assez positifs pour qu’on » puisse, sur leur seule autorité, rejeter de la matière médi- » cale un médicament qui dans plusieurs circonstances paraît n avoir produit de bons effets. Chez les deux femmes obser- » vées par M. Hoebeke, en effet, cette huile avait été donnée, » infructueusement , pour des douleurs violentes survenues dans les lombes et attribuées au rhumatisme. Il est plus que » probable qu’elles n’étaient que l’indice du ramollissement 5» des os qui s’opérait dans cette région et qui bientôt a amené » la déformation du bassin. C’est, du reste, ce qu’a fait obser- »> ver la commission nommée pour examiner le travail de » M. Hoebeke, en remarquant que dans la contrée où ces faits n ont été recueillis l’humidité, la misère, la nourriture insuf- » fisante étaient autant de causes de rachitisme et que l’ad- » ministration de l’huile de poisson a probablement coïncidé » avec l’osteomalaxie sans avoir aucune influence sur son dén veloppement. iljoutons que, pour certains peuples du nord, » l’huile de poisson est un mets précieux , et qu’ils en con- O somment des quantités énormes , sans que leur système os- « seux paraisse en souffrir ; que , loin de là , cette nourriture >» les fortifie et leur permet de résister au froid excessif. »
Les réflexions sages et lumineuses qui précèdent, jointes aux écrits de médecins recommandables qui ont élevé la voix en faveur de l’huile de poisson, sont de nature, messieurs, à nous faire profondément réfléchir avant de nous réunir à l’opinion de MM. Delavacherie, Hoebeke, etc., et surtout à nous engager puissamment à multiplier nos observations. En rédigeant ce rapport, une idée nous est venue qui pourrait expliquer, dans certains cas, les bons effets de l’huile en question, et dans d’autres , les résultats désavantageux de cette substance : celte
sa -
huile qui, au dire de quelques chimistes, paraîtrait contenir de l’iode, ne pourrait-elle amender l’état d'ostéite par l’action énergique qu’elle imprime aux vaisseaux absorbants; et, au contraire, affecter morbidement l’os sain en y déterminant une absorption trop active qui tendrait à le rapprocher de son état primitif et rudimentaire.
Nous avons vu avec étonnement, messieurs, les cas nombreux d’o])éralions césariennes pratiquées par un jeune praticien en si peu d’années. Quelle qu’en soit la cause , il doit nécessairement en exister une très-puissante qui agit défavorablement sur le système osseux des habitants des environs de Sollegem ; car il est impossible de supposer que cette sanglante opération ait jamais été pratiquée sans une inévitable nécessité. Dans le cas présent, la pièce anatomique que vous avez sous les yeux, démontre évidemment que le praticien a bien et dûment opéré.
La mort inattendue de la femme a étonné le docteur Hoebcke : il existe^ sans doute, dit-il, peu d'exemples de métro-péritonite qui ait produit de tels ravages sans se dénoter par des signes extérieurs. Ces espèces de jiéritonites larvées , quoique rares, n’en existent pas moins , et pour ne citer qu’un auteur parmi un grand nombre d’autres , je prendrai Chomel qui s’exprime en ces termes (1) : La péritonite ne se montre pas toujours avec des phénomènes bien tranchés. Il est une variété de cette affection à laquelle on a donné le nom de péritonite latente parce quelle se cache trop souvent. Le même auteur dit encore (2) : Le diagnostic de la métrite aiguë est souvent fort obscur. Tous les praticiens se plaisent à reconnaître chez les nouvelles accouchées un état particulier désigné par eux sous le nom de puerpéral. Sans pouvoir expliquer clairement ce que l’on entend par là, il est constant que cet état consiste dans une disposition toute spéciale qu’ont les femmes, dans celle circonstance , d’être attaquées par les maladies les plus malignes , accompagnées de symptômes souvent obscurs et dont la terminaison fatale étonne le médecin observateur. Dans Tobser*
{ I } Dictionnaire Ce médecine en 21 vol., article Péritonite.
(■2} Même ouvrage, art. Métrite.
valion présente, messieurs, la sécurité de noire confrère élaiîelle suffisamment justifiée, et n’existait-il aucun indice qui put faire soupçonner une phleg^masie abdominale ? Déjà le quatrième jour de l’opération il se manifesta de la fièvre, des élancements dans l’abdomen, etc. Ces symptômes n’étaienl-ils point de nature à tenir le praticien sur la réserve, surtout chez une campag'narde dont la sensibilité était assez obtuse pour lui permettre de rire et de plaisanter lorsque ses entrailles palpitaient sous le couteau de l’opérateur? et son collèg^ue n’a-t-il pas à son tour diagnostiqué trop légèrement une bronchite légère quand il vit la femme la matinée du jour de sa mort? Quoi qu’il en soit , soyons indulgents pour les autres , parce que nous avons vu nous-mêmes la mort arriver inopinément dans des maladies aigues et nous frapper de stupeur. Cette quantité considérable de pus trouvée dans la cavité abdominale, réunie surtout aux autres signes de désorganisation , suppose bien une phlegmasie préexistante , parce que , sans infiammation, il n’y a point de pus possible ; mais la matière prétenduement purulente était-elle uniquement du pus ou une matière lactosopurulente que plusieurs médecins prétendent avoir souvent rencontrée dans les fièvres dllcs puerpérales ? Forcés de passer sous silence les diverses hypothèses mises en avant pour expliquer la formation de ces collections presqu instantanées, nous sommes tentés de croire à leur possibilité. Cette circonstance pourrait expliquer, jusqu’à un certain point, l’absence des symptômes morbides et l’enlèvement ra^iide des malades. L’opération, comme le dit le docteur Iloebeke, n’a point été inutile en ce sens qu’elle a sauvé la vie de reniant ; mais quant à l’avantage d’avoir prolongé de peu de jours la vie de la malheureuse mère, il nous semble bien minime.
Pourquoi a*t on prescrit, dans cette circonstance, l’huile de tartre par défaillance (sous-carbonate de potasse) ? à quoi pouvait servir de solliciter l’action sécrétoire des reins? si la nonémission de l’urine dépendait d’un état phlegmasique des organes uropoëitiques , il nous semble que les antiphlogistiques pouvaient seuls convenir.
L’observation que le docteur Iloebeke vous a communiquée^
messieurs, présente de l’intérêt sous deux rapports principaux; sous le premier, elle tend à engager les praticiens à continuer leurs recherches sur l’effet de l’huile de foie de raie ou de morue ; sous le second , à les rendre prudents et circonspects quand il s’agit de porter un diagnostic et surtout un pronostic sur les affections, en apparence légères, qui accompagnent l’état puerpéral. En conséquence, nous vous prions d’ordonner l’impression de son mémoire dans nos Annales et de lui adres* ser des remercîments pour celte intéressante communication.
Bruxelles, le 20 novembre 1839.
DE
OASTRO-HYSTÉROTOiniE (1).
Je viens appeler l’attention de la Société sur une opération qui, de tout temps, a été regardée comme une des plus graves de la chirurgie , opération que la plupart des auteurs de nos jours regardent encore comme étant presque toujours suivie d’accidents mortels : c"est de la gastro-hystérotomie, messieurs, que je veux vous entretenir.
Rousset , le premier auteur qui écrivit sur cette opération , chercha à faire ressortir et son peu de danger et ses avantages; Bauhin le seconda en publiant de nouveaux exemples de succès. Mais à cette époque , la chirurgie encore à sa naissance , était malheureusement livrée entre les mains des barbiers, qui pour la plupart sans connaissances anatomiques et chirurgicales ^ étaient assez hardis cependant pour entreprendre une opération que des autorités respectables et des faits faisaient considérer comme pouvant réussir ; mais ne sachant distinguer ni les cas qui la nécessitaient , ni le moment opportun pour la pratiquer, et n’ayant aucune connaissance de l’importance des tissus qu’ils devaient diviser, ni de ceux qu’ils devaient ména* ger, rien n’étonnera qu’ils aient eu de nombreux insuccèSr
Les suites malheureuses de cette opération furent sans doute la cause qu’elle rencontra dans Ambroise Paré , le père de la chirurgie française , un de ses premiers et de ses principaux adversaires ; malgré ses grandes connaissances, ce grand praticien n’apprécia pas d’abord les avantages de ce nouveau moyen : plus tard , il paraît cependant l’avoir approuvé tacitement. Marchand , Dionis , De la Motte , etc. , le rejetèrent aussi et le regardèrent presque comme un assassinat.
(1) Présentées à la Société de médecine de Gand.
A celle époque , la chirurgie , comparée à ce qu’elle est aujourd’hui, était pour ainsi dire encore dans son enfance : il n’est donc pas étonnant que des hommes d’un mérite incontestable, bien au-dessus même de leur époque, n’aient pas apprécié à sa juste valeur une opération qui , aujourd’hui encore, est regardée comme un fait extraordinaire lorsqu’elle est suivie de succès. Consullons-noiis les auteurs sur celte opération, nous en serons effrayés ; et cependant il a été publié des faits nombreux , qui prouvent non-seulement qu’elle a été pratiquée avec avantage , mais aussi qu elle a été suivie de succès dans les circonstances les plus défavorables , et quoique pratiquée par les mains les plus inhabiles.
Reconnue et employée aujourd’hui comme une dernière ressource pour sauver la mère et l’enfant, lorsque la parturilion ne peut avoir lieu par les voies naturelles, c’est l’idée dont on est encore imbu qu’elle est presque certainement mortelle , au moins pour la mère, qui est, je crois , la principale cause des insuccès dont elle est si souvent suivie.
c’est cette fausse idée qui fut la cause que la première fois que je dus pratiquer celte opération , je ne portai le couteau césarien qu’en tremblant sur le ventre de la femme ; la seconde fois même j’hésitai encore ; mais bientôt de nouveaux faits sont venus me prouver que la plupart des insuccès devaient être attribués plutôt a ce que l’opération n’avait pas été pratiquée en temps opportun , qu’aux dangers qu’elle entraîne nécessairement à sa suite.
Je suis loin de regarder cette opération comme étant sans importance; je crois au contraire, que pour réussir, il faut avoir non-seulement des connaissances obstétricales suffisantes pour reconnaître et les cas qui la nécessitent et le moment où son application est indispensable, mais il est nécessaire que l’opérateur possède aussi des connaissances chirurgicales pour la bien pratiquer; de plus , je suis intimement convaincu qu’il doit être en même temps bon médecin , pour savoir adopter le traitement consécutif approprié , qui est peut-être la partie la plus essentielle de l’opération.
En pratiquant la section césarienne , on a presque toujour*
ïc double but de sauver la mère et Tenfant ; elle est la principale ressource que possède l’art des accouchements pour arriver à celte fin, lorsqu’un obstacle invincible s’oppose à la sortie de l’enfant par les voies naturelles. C’est le désir de contribuer à détruire la crainte que Ton a généralement de la gastrohystérotomie , qui m’engage à vous entretenir des réflexions que je viens d énoncer , et qui me fait vous communiquer les observations ci-jointes, étant convaincu d’après les résultats de ma pratique, que celte opération, faite dans le temps d’élection, n’est pas aussi dangereuse qu’on le croit généralement, que pratiquée à cette époque, on a ia certitude de conserver la vie à l’enfant, et que celle de la mère ne court pas plus de dangers qu’après une parturition laborieuse.
Marie Thérèse Van Lankeren, épouse de Pierre Amand Landrie, habitant ia commune de Maeter, âgée de 29 ans et mariée depuis dix , eut un premier accouchement au quinzième mois de son mariage ; vingt-neuf mois après , eut lieu sa seconde couche, et deux ans après, sa troisième; les enfants vinrent vivants et par les seules forces de la nature. Pendant sa troisième grossesse , elle commença à ressentir aux lombes des douleurs rhumatismales qui s’étendirent aux cuisses et aux épaules : elle prit pendant quelque temps de l’huile de baleine, qu’elle abandonna vers le terme de celle gestation. Après que l’enfant fut né , elle éprouva une amélioration assez marquée, qui cessa 'à l’approche de l’Iiiver : les douleurs augmentant presque journellement , elle eut de nouveau recours à l’huile de baleine, et elle en prit successivement jusqu’à douze litres sans éprouver le moindre amendement. C’est peu de temps après qu’elle eut repris l’usage de cette substance, qu’on remarqua que sa taille se courbait , et que la marche devint de plus en plus difficile, jusqu’au point de ne plus lui permettre de bouger du lit. L’inutilité de l’emploi de ce remède le lui fit abandonner , d’autant plus quelle s’était aperçue d’une quatrième grossesse, et que l’opinion populaire attribue à cette substance une action malfaisante sur le fœtus.
C’est à l’époque où les douleurs de la parturition de cette quatrième grossesse se déclarèrent, le juin 1838 , qu’on
alla chercher M. le docteur Vyvens, d’Eenaenie, qui reconnut l’impossibilité de l’accouchement par les voies naturelles. Aussitôt il me fit appeler pour pratiquer l’opération césarienne : à mon arrivée, il me donna les détails que je viens de citer, et je m’assurai par Texploralion des parties de la vérité de son diagnostic : en effet, il n’y avait ni difformité des membres, ni déviation sensible de la colonne vertébrale, et Ton ne remarquait à l’examen extérieur que la grande distance des crêtes iliaques et le rapprochement des trochanters j le toucher faisait reconnaître que les os des iles avaient chevauché, de manière que la tubérosité ischiatique gauche était d’environ un demi" pouce plus en avant que la droite , et que la distance qui les séparait n’était pas suffisante pour permettre rintroduction d’un doigt. La nécessité de l’hyslérotomie reconnue, la poche des eaux étant rompue, je procédai immédiatement à l’bpération, en pratiquant une incision sur la ligne biancîie. La matrice étant ouverte , je fis l’extraction d’un enfant vivant et bien conslilué et je retirai le placenta par la même ouverture. Les contractions de la matrice se faisant attendre , je débarrassai sa cavité de quelques caillots, et je m’assurai que son orifice était libre et dilaté; lulérus commença alors à se resserrer; j’appliquai sept points de suture séparée, je mis une mèche dans l’angle inférieur de la plaie, des bandelettes agglulinatives , de la charpie et un bandage de corps; puis la malade fut mise au lit. Elle avait supporté cette opération avec courage , et l’espoir d’une prompte guérison que nous lui donnâmes , mit son moral dans l’état le plus satisfaisant. Le resserrement de la matrice ne s’était pas opéré comme je le désirais, je fis imbiber constamment rai)pareil de fomentations froides, tant pour exciter les contractions de cet organe, que pour prévenir une hémorrhagie secondaire ( elles furent continuées jusqu’au troisième jour) ; dès le lendemain , les lochies coulèrent ; l’excrétion des urines se fit avec facilité. Le troisième jour, la malade eut une selle; il y eut un peu de fièvre, que nous supposâmes être la fièvre de lait ; l’abdomen se trouva être dans un bon état; la sécrétion des mamelles s’établit; l’enfant têta. La fièvre continua pendant quelques
jours J elle élail accompagnée de sueurs abondantes,, sans qu’aucun autre symptôme vînt indiquer la souffrance d’un organe. Attribuant la fièvre que nous observions à une diète trop sévère, nous la fîmes cesser au moyen d’un régime et d’un traitement appropriés. Le septième jour, nous vîmes que les points de suture étaient relâchés et ne pouvaient plus être d’aucune utilité : nous les ôtâmes et fumes surpris de voir que la plaie n’était cicatrisée qu'à sa partie supérieure, et seulement dans une petite étendue; nous vîmes que les bords de la plaie abdominale avaient contracté des adhérences avec l’ouverture qui avait été pratiquée à l’utérus. Nous nous bornâmes pour tout traitement aux soins de propreté et à l’application de plumasseaux de charj)ie sèche ; la plaie fut maintenue au moyen de bandelettes agglulinalivcs et d’un bandage de corps. Ces soins et un régime fortifiant amenèrent une guérison parfaite au bout de quelques semaines.
Obs. Lel2oclobre 1888, je fus invité par le même collègue à me rendre à Eenaeme, à l’effet de pratiquer l’opération césarienne sur l’épouse d’tJsmare Baele, petit bouclier de cette commune. Je reçus la nouvelle à six heures du malin , et comme il y avait trois lieues de distance de chez moi , je ne pus y être rendu qu’à neuf heures. Arrivé près de la malade , mon collègue me fit connaître que les douleurs avaient commencé la veille à dix heures du soir, qu’elles avaient continué toute la nuit jusqu’à six heures du malin, cl que depuis lors elles avaient entièrement cessé.
Les questions que j’adressai à la femme me prouvèrent qu’elle avait éprouvé les mêmes symptômes que le sujet de l’observation précédente. Les causes étant les mêmes, je m’assurai par le loucher que l’obstacle se trouvait au même endroit : en effet , je reconnus un rapprochement considérable des tubérosités ischialiques, qui ne laissaient entre elles qu’un pouce d’intervalle.
La malade ayant été couchée sur un lit convenablement préparé, et l’abdomen ayant été mis à nu, je reconnus la cause de la cessation des contractions utérines : on voyait l’enfant se dessinant sous les parois abdominales, la tête située dans le ff anc gau-
che,el les pieds du côté droit; il était entièrement situé en travers. Par de légfères pressions je fis ramener la tête sous la ligne brianche. L’abdomen étant convenablement maintenu , je fis une incision de cinq à six pouces depuis l’ombilic jusqu’à un pouce du pubis. La peau, les aponévroses et le péritoine furent incisés, et la tête se présenta à nu ; j’en fis l’extraction avec facilité, ainsi que de tout le fœtus et du placenta qui avait été chassé, en même temps que Tenfant, de la cavité utérine. Une grande quantité de liquide s'écoula : c’étaient les eaux de l’amnios, mêlées à du sang, qui s’étaient épanchées dans l’abdomen. Tout l’épanchement ayant été vidé, la plaie fut réunie par quelques points de suture et le pansement fut achevé comme dans l’autre opération. La femme fut soumise à une diète sévère, aux boissons rafraîchissantes, et on recommanda la plus grande tranquillité.
Cette opérée n’éprouva aucun accident les premiers jours : il semblait qu’elle n’avait eu qu’un accouchement naturel ; dès le troisième jour, on lui accorda quelques aliments ; le sixième, la plaie était entièrement cicatrisée. Depuis le premier pansement, aucun suintement ne s’était fait par la plaie ; aucune douleur ne s’était manifestée; le ventre était souple, la langue fraîche , les facultés intellectuelles entières , tout enfin était dans le meilleur état : on pouvait avec raison la regarder comme guérie, lorsque deux à trois heures après la visite que je lui fis dans l’après-dîné du septième jour , une hémorrhagie utérine enleva la femme en peu d’instants. Malheureusement, M. le docteur Vyvens ne se trouvait pas chez lui; on ne put donc porter aucun secours. Je n’ai pu obtenir aucun renseignement sur la cause de cette métrorrhagie , qui a enlevé cette femme au moment où elle se trouvait guérie de l’opération grave qu’elle avait subie. La rupture de la matrice s’était faite à la face antérieure de cet organe et un peu du côté gauche.
M. Janson (1) a faitconnaîtreà la Société deux faits à peu près analogues à ceux que j’ai l’honneur de communiquer aujourd’hui. Dans ces cas aussi , la difformité de la cavité pelvienne n’est survenue qu’à un âge où les causes qui la produisent or- (t) Voir les Annales de la Société de médecine de Gand.
dinairement n’exercent plus leur influence que diiricilement. Ces femmes aussi avaient eu antérieurement des parturitions faciles j mais une différence remarquable existe entre l’espèce de difformités que nous avons rencontrées. Dans les cas cités par M, Janson, elles existaient au détroit supérieur et d’avant en arrière ; la constitution des individus et les causes qu’il désigne comme ayant provoqué les divers symptômes qu’il a relatés, indiquent que la déviation a été le résultat d’une affection rachitique , à laquelle la constitution de ces femmes les dispo* sait, et qui s'était manifestée et développée sous l’influence de ces causes, qui toutes étaient de nature affaiblissante.
Dans les cas dont je viens de faire le récit, on remarque le contraire ; les femmes étaient d'un tempérament pléthorique et fortes. Les causes qui ont occasionné les douleurs dont elles se plaignaient, sont inconnues ; ces douleurs avaient tout à fait le caractère rhumatismal; pendant leur durée, l’accouchement s’est encore fait naturellement ; mais mes malades ont employé une substance qui leur était recommandée comme propre à se guérir du rhumatisme, et peu de temps après l’emploi de ce moyen , on a remarqué que leur taille diminuait , que leur marche, améliorée pendant quelque temps, devenait de plus en plus difficile , que les accouchements enfin qui survenaient après quelque temps de son usage, étaient devenus impossibles par le rapprochement des tubérosités ischialiques , résultat d’une ostéo-malaxie qui, je crois, a été produite ou singulièrement favorisée par l’usage qu’elles avaient fait de l’huile de baleine.
Je crois donc que l’espèce de difformité, l’époque où elle est survenue et les causes dont elle peut dépendre, méritent de fixer notre attention ; que ces observations seront en même temps propres à diminuer la crainte si générale d’une opération, qui est une ressource précieuse de l’art obstétrical , et qui dans beaucoup de cas ne peut être remplacée par aucune autre: D me semble qu’elles serviront aussi à prouver ce que j’ai avancé plus haut, savoir que le succès de l’opération dépend en grande partie de l’époque à laquelle on la pratique.
La seconde observation fait voir assez clairement que dans
les cas les plus désespérés , on ne peut se dispenser de faire cette opération, et que dans ces cas même, on peut encore espérer de sauver la mère ; car la métrorrhag^ie qui est survenue ici sans causes appréciables et qui n’était que peu abondante, ne rend pas compte d’une mort aussi prompte. Quoique ce dernier cas ait eu, contre toute attente, une fin fâcheuse, la science possède assez de faits qui prouvent !a vérité de ce que j’avance, '^et parmi les cas rapportés plus haut on en trouve où les circonstances même étaient encore plus défavorables, et qui cependant ont été suivis de succès. On me blâmera peut-être de ne pas avoir détruit les adhérences que la matrice avait contractées avec les bords de la plaie abdominale,* je l’aurais fait si je m’en étais aperçu lorsqu’il n’y en avait que de légères; mais à l’époque où je reconnus ces adhérences , il ne m’était plus possible de le faire sans m’exposer à produire une hémorrhagie ou unéjnflammation métro-péritonéale.
DE CABXE SCROFCLEUSS DES EXTRÉIKITÉS ISFÉRIEURES
GUÉRIE PAR l’amputation.
La scrofule parvenue au point d’avoir produit la carie, est une cause assez fréquente d’ampulalion, mais Ton n’a ordinairement recours à celte opération que lorsque des complications d’une nalure grave sont venues s’y joindre, telle qu’une lièvre lente accompagnée de sueurs nocturnes, de diarrhée colliqualive , d’une toux continue , d’une expectoration purulente ; lorsque 1? rougeur et la forme pointue de la langue, l’inappétence et la soif indiquent l’irritation gastro-intestinale; enfin lorsque la souffrance de tout l’organisme est caractérisée par la maigreur et la faiblesse générale portées au dernier point; soit que la maladie ait fait de tels progrès par la temporisation du chirurgien, ou qu’ils soient le résultat , comme il arrive le plus souvent, de la négligence des malades à réclamer à temps les secours de l’art.
Ce cortège de symptômes sinistres est bien propre , sans doute, h faire croire que dans de tels cas, l’opération ne pourra être suivie de succès : aussi voyons-nous que lorsque la maladie est arrivée à ce point, la plupart des praticiens rejettent ce moyen, certains qu’ils sont, que si le malade ne succombe pas aux suites de l’opération, l’affection primitive ne tardera pas à se reproduire en d’autres lieux avec une intensité plus grande ; de manière qu’ils considèrent alors l’opération comme devant abréger l’existence du malade. Mais l’ablation du membre dans ces cas , en débarrassant le malade d’une partie qui lui cause des douleurs incessantes , dont la suppuration fétide et abondante l’incommode et l’afiaiblit d’instant en instant,
d’où le pus résorbé est porté dans le torrent de la circulation, y au0^mente et entretient la lièvre hectique, ne soulageraitelle pas le malade? et si par elle, on ne peut le guérir entièrement , ne servirait-elle pas plutôt à prolonger sa vie qu’à l’abréger? Une statistique impartiale serait, je crois , tout à l’avantage de l’opération. Les cas suivants tirés de ma clienteîîe appuyeront ce que je viens d’avancer.
Obs. I. — Au rhois de mars 1832 , je fus chargé de visiter quelques jeunes gens qui , pour cause de maladie , n’avaient pu se rendre au conseil de milice. Parmi eux était le nommé Benoit De Troyer , âgé de 21 ans , de la commune de Letterhautem , atteint de carie scrofuleuse du tarse et de l’articulation tibio-tarsienne gauche. Celte affection datait de sept ans. Indigent, il n’avait jamais consulté une personne de l’art, et il s’était borné à employer une foule de remèdes que lui conseillaient des voisins et des personnes charitables. Dennis trois ans environ , fatigué de voir ses essais infructueux , il se borna à appliquer des cataplasmes émollients, qui étaient, de tous les moyens, celui dont il avait éprouvé le plus de soulagement.
En examinant le pied malade, je reconnus un gonflement depuis le tiers inférieur de la jambe jusqu’au métatarse. La forme du pied était changée et caractéristique, le membre était atrophié, sept ou huit ouvertures fistuleuses existaient autour de celte partie et permettaient de pénétrer non-seulement dans l’articulation tibio-tarsienne , mais aussi dans les nombreuses articulations des os du tarse entre eux. On sentait ces os rugueux et dénudés ; une sanie infecte s’en écoulait abondamment, pl. IV. Ce malheureux, d’une constitution éminemment scrofuleuse , miné par une fièvre lente , par des sueurs nocturnes , par de fréquentes diarrhées alternant avec des constipations, était en outre tourmenté d’une toux presque continue, accompagnée d’expectoration de crachats épais à bords frangés, dont la purulence était évidente. Langue pâle et pâteuse, appétit considérable ; ventre gros contrastant singulièrement avec l’état de marasme des autres parties.
Pendant ma visite, je témoignai qu’il était fâcheux que l’amputation n’eût pas été pratiquée plus tôt. Il me demanda au$-
silol, si elle ne pouvait plus être faite. J’expliquai au malade que l’opération pouvait bien encore avoir lieu, mais que près» que toutes les chances de guérison étaient évanouies ; que l’opération ne saurait plus lui procurer qu’un allégement à ses douleurs et seulement pour un temps très-court, et qu’au contraire elle pourrait abréger de beaucoup son existence.
L’espoir de voir diminuer pour quelque temps ses douleurs continuelles, lui fit braver la crainte de la mort, et avec les paroles les plus touchantes il me pria de le débarrasser de son pied. Ému par les prières de ce malheureux jeune homme , je ne pus me résoudre à refuser sa demande. En conséquence je le fis transporter chez moi , où deux jours après je fis l'amputation de sa jambe par la méthode circulaire au tiers supérieur, en présence et aidé de MM. Peeters , médecin de bataillon au 2® régiment de chasseurs à pied et de mes collègues Waeremoes et Fransman. Après la ligature des artères je réunis la plaie par première intention.
Rien ne nous étonna davantage que de ne voir survenir aucun mouvement fébrile. Dès le second jour on commença à lui accorder quelques aliments : il fit usage d’un mucilage de gomme ara bique avec le sirop diacode. Les ligatures tombèrent le huitième jour; le dixième il se leva; ses forces revinrent comme par enchantement ; sa toux cessa entièrement ; le quatorzième jour il marcha avec son membre artificiel , et le seizième il fut reconduit chez ses parents. Depuis il n’a cessé de jouir ‘ d’une santé parfaite, parcourant de longues distances en peu de temps, et s’occupant tantôt à rempailler des chaises, tantôt à raccommoder des souliers , deux métiers qu’il a appris depuis sa guérison , et au moyen desquels il peut aider ses parents auxquels il fut à charge pendant sept ans.
Obs. II. — La nommée Eugénie Heulse, âgée de 24 ans environ, d’un tempérament scrofuleux , célibataire, habitant la commune d’Audenhoven St-Géry , était atteinte de tumeur blanche au genou gauche qui datait de 1827. Dans le principe de sa maladie, je la traitai pendant quelque temps, mais la guérison se faisant trop attendre, elle consulta plusieurs autres praticiens; tous les moyens furent employés, mais sans succès.
Au mois de mai 1833, je fus demandé en consultation par H. Baert , et je trouvai celle malade dans rétat suivant : le membre malade alrophié, excepté à rartiçulalion libio-fémorale qui avait un volume considérable, et sur laquelle on voyait les traces de divers caulères qui avaient été ap{)liqués et les cicatrices de quelques fislules. D'autres fistules existaient en divers points de la tumeur, cl permellaient de s’assurer que les extrémités articulaires du fémur et du libia étaient atteintes de carie. Des douleurs lancinantes faisaient soufïrir la malade ; un pus saniciix s’écoulait en grande quantité par les ouvertures fisluleuses ; dans plusieurs points on sentait une fluctuation évidente; les glandes de l’aine étaient engorgées; la malade se plaignait souvent de points douloureux à ia poitrine ; une toux fréquente, une expectoration abondante, mais dont la purulence était encore douteuse ; une légère gastrite qui occasionnait une soif vive et de l’inappétence, étaient les symptômes qui accompagnaient la maladie principale. Le reste de rétat de la malade était avantageux ; la fièvre n’était que légère et son courage était au-dessus de toute attente.
Je proposai ramputation comme le seul moyen efiicacc, elle fut adoptée par mon coilèguc et par la malade, qui nous pria d’y procéder le plus tôt possible. En conséquence, le surlendemain je pratiquai l’ampulation de la cuisse vers sa partie moyenne, par ia méthode cii culaire ; je fus, dans cette opération, habilement secondé par M. le docteur Bernaege, et aidé par MM. Baert et Waeremoes. La ligature des artères offrit beaucoup de dilficuilés par leur excessive rétraction; la plaie fut réunie par première intention. Aucun accident ne vint entraver la guérison cl la malade put sortir au bout de trois semaines.
La dissection du membre amputé nous montra l’cxlrémilé inférieure du fémur et la partie correspondante du libia réduites à rétat cartilagineux ; on pouvait couper les parties avec facilité-, toute l’articulation était remplie d’un pus épais.
Celte fille jouissait depuis plus de deux ans d’une santé florissante, lorsqu’elle contracta une entéro-péritonite à laquelle elle succomba , et qui sans doute n’était pas la suite de l’affeclion qui avait nécessité famputation.
Obs. ill. — Au conmiencement du mois d’aoùl 1834, Je fus visiter le nommé Daniel Vandewege, indigent de la commune d’Audenîioven-Ste-Marie , ce jeune homme d’une constitution scrofuleuse, âgé de 20 ans, était atteint d’une carie du tarse et de rarliculation tibio-tarsienne droite. Cette carie datait depuis trois ans ; on voyait plusieurs ouvertures fistuleuses autour de cette articulation ; l’une entre autres située au-dessous et un peu en arrière de la malléole externe présentait l’ouverture d’une caverne, dans laquelle on pouvait facilement introduire un œuf de poule et qui laissait apercevoir les os du tarse cariés et nécrosés.
Ce jeune homme était consumé par des douleurs atroces ; une suppuration fétide et abondante, une toux fréquente avec expectoration purulente , sueurs et diarrhée colliquatives. Cet état n’offrait donc que bien peu de chances de succès pour l’amputation J que je regardai cependant comme le seul remède à employer. Considérant le malade voué à une mort certaine si on n’amputait pas; conservant quelque espoir de prolonger son existence par l’opération , espoir basé sur quelques succès obtenus antérieurement , et le malade la réclamant avec instance, je me décidai à y recourir.
Le 19 août, je pratiquai l’opération aidé de M. Bernaege et quelques autres collègues. Elle fut faite à quatre travers de doigt au-dessous du genou , par la méthode circulaire. La plaiefut réunie par première intention ; le malade fut mis au lit.
Prescription : diète, boissons rafraîchissantes. La plus grande tranquillité est recommandée.
Le 20, toutes les fonctions se font bien ; le malade a dormi ; aucune douleur , il demande à manger. Même traitement : un mucilage avec le sirop diacode. Le troisième jour, le fond de la plaie est réuni. Du huitième au dixième, les ligatures tombent, on augmente graduellement les aliments. Le dix-septième jour, la cicatrisation est complète et Daniel Vandewege marche. Deux mois après, son embonpoint et sa constitution sont changés au point que l’on a de la peine à le reconnaître.
Lorsque dans ces cas de carie scrofuleuse accompagnée de symptômes généraux indiquant l’altération profonde de toute
rëconoiTîfe animale, et qui sont regardes comme des contre-indicationsàrampiilalion, on parvient à obtenir des succès comme dans ceux que nous venons de citer, combien ne sera-l-on pas en droit d’en attendre, lorsque l’opération sera pratiquée avant que des complications fâcheuses soient survenues? Nous voyons dans ces observations que non-seulement l’amputation a prolongé la vie des malades, mais qu’elle a même été suivie d’une guérison radicale, de plus elles nous montrent en même temps combien la nature possède de ressources.
Chez les sujets scrofuleux et surtout chez les enfants , le changement que l’ablation d’un membre a,pporte dans leur constitution tient presque du prodige. Je n’oublierai jamais les excellentes leçons de M. le professeur Seutin sur ce sujet, et je me rappellerai toujours les cas de ce genre qu’il nous a fait remarquer pendant que je suivais son intéressante clinique. Nous avons vu que de faibles et valétudinaires, ces sujets devenaient forts, leur tempérament lymphatique se métamorphosait en un état de pléthore , et la vie languissante de ces in. dividus faisait place à un excès de santé auquel un régime hygiénique devait mettre des bornes.
Chez les sujets d’un âge plus avancé, on remarque les mêmes changements, mais ils sont moins frappants. L’amputation est aussi suivie d’une augmentation de forces et d’une plus grande disposition à la pléthore chaque fois qu’elle est pratiquée après une aOection chronique qui a occasionné beaucoup de douleurs et dans lesquelles les malades ont été épuisés par de fortes pertes de sang ou par une suppuration considérable. On remarquera aussi que, plus le malade est épuisé, plus le changement sera marqué.
D’après nos convictions, nous dirons que l’amputation est le meilleur moyen pour enlever la carie scrofuleuse et en obtenir la cure radicale; qu’en même temps, celte opération produit un tel changement dans l’économie animale que seule elle peut souvent détruire la cachexie scrofuleuse , ou qu’au moins elle aidera puissamment le régime et les autres moyens que l’on employera pour parvenir à ce but; (jue, dès que la carie scrofuleuse est arrivée à un certain point, le retard que l’on ap-
porte à rablalion du membre ne peut élre que prejudiciable au malade et qu’il est même barbare de le laisser en proie à des douleurs qu^on peut lui éviter; que la carie scrofuleuse très-étendue accompag^née de symptômes indiquant la lésion d’un organe important, et de marasme, etc., ne doit pas toujours être abandonnée à elle-même. Que dans ces cas, si l’amputation ne peut plus produire la guérison, elle peut au moins alléger les douleurs, et dans le plus grand nombre des cas prolonger l’existence du malade.
Extrait du rapport sur le travail qui précède.
Messieurs,
Après avoir examiné avec attention le travail de M. Hoebeke de Sottegem, votre commission a l’honneur de vous présenter son rapport sur le mérite de ce mémoire, ainsi que les réflexions judicieuses que l’auteur y a ajoutées.
Il commence d'abord par considérer le scrofule ayant produit la carie comme le cas pour lequel l’amputation est le plus fréquemment pratiquée , moyen, dil-il , qu’on ne met le plus souvent en usage que lorsque d’autres complications très-graves se sont déclarées , retard dépendant tantôt de ce que l’homme de l’art a trop différé et d’autres fois , ce qui arrive ordinairement, par l’indolence du malade, qui ne réclame les secours du médecin que lorsque la maladie a fait de si grands progrès qu’on n’a plus rien à espérer pour le succès de l’opération.
Selon l’auteur, le plus grand nombre de praticiens refusent de pratiquer l’amputation quand la carie scrofuleuse est compliquée du cortège des symptômes qu’il a soigneusement décrit, dans la crainte que, si le malade ne périt pas des suites de l’ablation du membre, l’affection primitive ne se reproduise bientôt après avec plus de gravité dans une autre partie du corps.-
H propose ensuite de pratiquer l’amputation du membre malade ^ qui occasionne des douleurs continues et suppure abondamment, etc. Si elle n’a pas pour résultat de soulager, si [)ar ce moyen on ne peut le guérir entièrement , elle servira plutôt à prolonger son existence qu’à l’abréger ; il ajoute qu’une statistique impartiale serait , selon lui , tout à l’avantage de l’opération.
Après ce court préambule, il cite à l’appui de ce qu’il avance trois observations très-importantes sous le rapport du succès inattendu qu’il a obtenu par Tamputation du membre atteint de carie scrofuleuse, malgré le grand désordre que la maladie avait déjà produit, non-seulement dans la partie affectée, mais même dans toute l’économie.
Une analyse très-succincte de ces trois observations nous paraît suffire pour en faire ressortir toute la valeur.
Ue sujet de la première observation est un jeune homme de 21 ans, d’une constitution scrofuleuse, atteint depuis sept années d’une carie scrofuleuse du tarse et de l’articulation ii bio-tarsienne pour laquelle il n’avait jamais consulté un homme de l’art à cause de son indigence. Outre l’atrophie du membre et le gonflement du pied sur lequel on découvrit sept à huit fistules, le malade présentait tous les symptômes d’un marasme complet. Malgré le peu de succès que M. Hoebeke pouvait encore espérer de l’amputation , il témoigna au malade son vif regret qu’elle n’avait pas été pratiquéeen temps opportun, et nonobstant le tableau le plus noir qu’il lui fit des suites lâcheuses de l’amputation , néanmoins le malade le supplia de lui enlever la jambe dans l’instant même.
Il accéda à sa prière et fit l’amputation , qui n’a été suivie d’aucun symptôme fébrile. Guérison le seizième jour, et l’ojréré continue à jouir d’une santé parfaite.
L’amputation de la cuisse pour une tumeur blanche au genou, compliquée de plusieurs fistules et carie des extrémités articulaires tibio- fémorales, engorgement de glandes inguinales, etc., pratiquée sur une femme d’un tempérament éminemment scrofuleux, âgée de 24 ans, fait le sujet de la seconde observa lion.
Guérison dans l’espace de trois semaines. Elle a .continué à se bien porter durant deux ans lorsqu’elle fut atteinte d’une antéro-péritonite , aux suites de laquelle elle a succombé.
L’auteur pense que la mort a été tout à fait indépendante de l’affection première.
Nous jugeons inutile de faire une analyse de la troisième observation, attendu que l’individu se trouvait , à peu d’exceptions près , dans les mêmes conditions , atteint de la même maladie et au même endroit, laquelle avait fait également les mêmes ravages que chez celui de la première.
L'amputation de la jambe à trois travers de doigt au-dessous du genou a été faite et également couronnée d’un succès complet.
Suivent après ces observations les réflexions de l’auteur» Il demande, à juste litre, d’après les succès qu’il a obtenus par l’amputation , quoique la maladie eût déjà fait de si grands progrès, au point même qu’il existait plusieurs contre-indications pour l’amputation , quel bienfait on ne serait pas en droit d’en attendre en la pratiquant avant que les complications qu’il a citées ne se fussent déclarées.
Le changement favorable qu’il a vu survenir dans la constitution de ces personnes atteintes de carie scrofuleuse que lui-même a amputées ainsi que de celles qu’il a observées à la clinique de M. Seutin , à Bruxelles, lui ont fait remarquer qu’il est plus manifeste chez les jeunes sujets que chez les adultes, et que chez ces derniers l’amputation prédispose d’autant plus à la pléthore qu’ils ont été plus épuisés par de fortes douleurs, pertes de sang ou suppuration abondante.
Enfin , en thèse générale , il prétend que l’amputation est le meilleur moyen pour enlever et guérir radicalement la carie scrofuleuse ; que seule elle peut souvent guérir la cachexie scrofuleuse, et qu’en outre toute temporisation pour l’amputation, bien entendu quand la carie scrofuleuse est parvenue à un certain degré , sera désavantageuse pour le malade. Il accuse de barbare celui qui laisserait, dans cette maladie , souffrir inutilement son malade, et il prétend que la carie scrofuleuse compliquée de la lésion d’un organe important ne doit pas être considérée
sans ressource ou abandonnée à elle-même. Dans le cas où ramputalion ne peut plus la tfuérir, elle a au moins pour avantage de soulager les douleurs et de prolonger la vie du malade*
Dans le but de confirmer les succès qu’on peut obtenir de l’amputation dans la carie scrofuleuse , Je pense qu’il ne sera pas déplacé d'y joindre l’observalion suivante pour prouver le bon résultat que j’ai obtenu en amputant la jambe dans un cas tout à fait analogue aux observations de M. Hoebeke.
Le nommé J. B. V**, âgé de 34 ans, d’une constitution scro* fuleuse , tailleur de profession , demeurant à Anvers , eut le malheur de se fouler tellement le pied gauche, le 23 octobre 1830, qu’il fut dans l’impossibilité de marcher, au point qu’on fut obligé de le porter sur un brancard jusque chez lui. Cet accident s’est terminé par plusieurs abcès au pied dont H n’a été rétabli que trois mois après. Le même accident lui est arrivé une seconde fois au mois de décembre 1832, et les suites ont été beaucoup plus funestes pour lui ; des abcès fistuleux avec carie des os du tarse et du métatarse en ont été la triste terminaison, malgré tous les moyens thérapeutiques employés par diiTérenls médecins.
Au commencement du mois de juin 1834 , je fus demandé en consultation par mon ami M. le docteur Jacques. Nous trouvâmes le malade dans l’état suivant : le pied gauche très-gonflé, et la peau luisante comme dans l’oedème, couvert de plusieurs fistules avec carie des os tarso-mélatarsiens, la jambe atrophiée, fièvre lente , sueurs nocturnes, insomnie depuis plusieurs jours, douleurs intenses et continues , inappétence, diarrhée colliqua. tive , pouls petit et concentré.
Le non-succès obtenu antérieurement par toute médication rationnelle et l’état de marasme très-avancé du malade nous fit juger qu’il n’y avait d’autres ressources pour le soustraire à une mort inévitable et prochaine que de lui amputer la jambe. Nous lui en fîmes la proposition et elle fut accueillie avec empressement; il nous supplia de la faire au moment même.
Je la fis le lendemain par la méthode circulaire, en présence de MM. Jacques, Slevens et Rul.
^ Le malade l’a subie avec un courage sans exemple, au point
qu’il ne voulut pas qu'on le portât sur la table sur laquelle 11 devait subir l’amputation ; il s’y rendit au moyen de sa béquille, en parlant et en riant comme un homme qui va à une fête.
Elle n’a été suivie d’aucun accident nerveux ou fébrile. Guérison complète le ving^lième jour. L’opéré jouit jusqu’aujourd’hui d’une santé parfaite.
Comme j’avais souvent observé que la peau qui recouvre l’angle antérieur de la crête du tibia tombe en gangrène et retarde par-là de beaucoup la guérison de la plaie, j’ai suivi le précepte de Béclard en faisant une coupe oblique à cet os j modification heureuse que je conseille à tous les praticiens de mettre en usage lorsqu’on ampute la jambe à quelques travers de doigt au-dessous du genou.
Nous regretlons que l’auteur du mémoire ait omis d’énumérer les causes présumées ou premières de la carie dans les trois observations sur lesquelles vous nous avez chargés de faire un rapport. Nous pensons qu’elle a été le résultat d’une forte luxation ou entorse de ces parties, suite funeste qu’on n’a que trop souvent à redouter après ces accidents lorsqu’elle arrive à des personnes d’une constilulion scrofuleuse ou vénérienne.
Nous partageons volontiers l’opinion de M. Hoebeke, que le non-succès de l’amputation dans la carie scrofuleuse dépend de ce qu’on y a recours trop tard. Il en est de même dans la hernie étranglée , dont l’opération n’est pas si dangereuse par elle-même , mais parce qu’on la ditîère très-souvent jusqu’à ce que l’étranglement ait produit la gangrène des intestins.
Nous n’admettons pas si légèrement que l’auteur, que l’amputation puisse guérir radicalement la cachexie scrofuleuse, mais nous lui accordons que l’amputation est la seule et unique ressource qui nous reste pour sauver la vie du malade lorsqu’il est d’un tempérament scrofuleux et atteint d’une carie compliquée de fistules, d’une forte suppuration sanieuse, de douleurs continues, insomnie, fièvre lente, sueurs nocturnes, diarrhée coUiqualive, atrophie du membre, etc., et que tout homme de l’art qui se refuserait à pratiquer l’amputation dans une telle circonstance ne remplirait pas la noble mission que sa conscience lui dicte.
S’il y a des cas dans lesquels Taphorisme du père de la médecine ad exlremos morhos extrema remedia exquisité optima est applicable , celui de la carie scrofuleuse peut incontestablement être compté parmi le nombre. Toutefois avant d’avoir recours à ce moyen extrême , on doit bien s’assurer s’il n’y a pas lésion profonde d’un or^^ane important et bien se pénétrer avant de mutiler son semblable que c’est une des opérations les plus graves qu’on pratique sur le corps humain. En effet, il est prouvé par des observations que non-seulement l’amputation d’une des extrémités a été suivie de la mort, mais même celle d’un doioft ou d'un orteil qui a été faite par complaisance, lors même que l’opéré jouissait d’une parfaite santé.
Ce n’est que lorsqu’il s’agit de trancher l’importante question s’il faut amputer un membre, qu’on voit surgir le grand embarras et la diversité des opinions des praticiens.
Quant à nous, nous n’avons pas hésité un seul instant pour nous ranger à l’opinion de M. Hoebeke, que rampolation est la seule planche de salut pour le malade atteint d’une carie scrofuleuse accompagnée des complications graves , énumérées dans les observations qu’il vient de nous présenter. Nous partageons d’autant plus sa manière de voir que nous pensons que dans cette circonstance il y a, à l’avantage de l’opération, une grande compensation qui, dans la carie scrofuleuse ancienne, consiste pour nous en ce qu’on a fort peu ou point à craindre après l’amputation les accidents nerveux, suites si meurtrières, surtout après les amputations immédiates et auxquelles on doit attribuer la mort du plus grand nombre des opérés.
Nous disons qu’on a peu ou point à redouter les accidents nerveux, parce que le malade étant épuisé par une longue et abondante suppuration et des douleurs continues, la sensibilité nerveuse est tellement engourdie ou émoussée qu’on voit immédiatement après l’amputation que l’état de souffrance est remplacé par un bien-être générai.
En résumé, messieurs, vous avez vu qu’en amputant le sujet de la première et de la troisième observation , le désintéressement et l’humanité ont été le seul mobile de l’auteur de ce travail. Nous nourrissons l’espoir qu’il obtiendra une approba-
tion générale ; conséquemment nous vous proposons d’admettre M . le docteur Hoebeke au nombre des membres correspondants, et de faire insérer son mémoire dans les Annales de la Société pour y donner toute la publicité possible, ce qui rendra peut-être un peu plus hardis quelques praticiens trop pusillanimes.
Anvers, ce 14 avril 1839.
F. L. Van Camp, rapporteur.
Ko YEN,
Leva, commissaires.