‹ Mémoires et récits de François ChéronChapitre 10 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la convention et le directoire jusqu'au i8 fructidor

LOUIS XVI était au Temple : son procès s'instruisait. Les royalistes désespérés s^enfuyaient et se cachaient pour échapper aux assassins; la société s^écroulait définitivement sous les assauts de la Révolution. La Terreur était commencée, et Péchafaud allait se dresser en permanence ; mais la fidélité à la monarchie et à son infortuné représentant survivait à toutes les catastrophes. Le récit qui va suivre en offre une' preuve frappante : « C'était le jour des Rois 1793, pendant le procès de l'infortuné Louis XVI. Mme Filleul, qui logeait au château de la Muette, dont son mari avait été concierge, y rassemblait souvent une société choisie, toute royaliste on le pense bien.

C'est là que nous fêtâmes le jour des Rois, mystérieusement, comme les premiers chrétiens dans les catacombes. Un des convives — ce fut, je crois, M. de Trudaine — fit faire chez lui le gâteau et rapporta dans un large portefeuille. On le tira dans une pièce retirée du château, hors de la vue des domestiques. Le dîner fut triste et silencieux. On convint de signes pour porter au dessert des toasts aux augustes prisonniers. Tout cela se fit sans bruit, et pour éloigner toute idée de conspiration on imagina de remplir des bouts-rimés. Chacun donna son mot. Nous étions quatorze. Ce passe-temps nous occupa toute la soirée; quoique les miens aient obtenu le prix, je suis loin d^attacher de l'importance à ce faible triomphe. Je ne les ai conservés que comme pièce de circonstance qui me rappelle de funestes souvenirs. Mon frère et moi avons seuls survécu aux douze autres convives, y compris Taimable et intéressante Mme Filleul. Tous ont péri, victimes de la Terreur.

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