I. Voir les Lundis de Sainte-Beuve, le"" vol., p. i
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c( C'était en 1800. Il y avait peu de temps que Bonaparte avait été proclamé premier Consul. Les brillantes espérances qui s'attachent toujours à un nouveau gouvernement occupaient tous les esprits. Avec la sécurité que garantit un pouvoir robuste et ferme, on voyait renaître dans la société une aisance, un éclat et, je ne dois pas le taire, un sentiment de repos qui nous était depuis longtemps étranger. Ceux même qui n'aimaient pas Buonaparte (et j'étais de ce nombre) étaient forcés de reconnaître qu'il avait relevé la dignité de la France et que son autorité protectrice les préservait des fureurs de Tanarchie. Une grande activité régnait dans le commerce et dans les affaires et devenait la source de fêtes et de plaisirs auxquels on ne craignait plus de se livrer. » M. Guizot, enfin, dont les souvenirs étaient si précis, nous a souvent entretenus de ces premières années. « Le salon de Tabbé Morellet (et de Mme Chéron) , celui de M. Suart , celui de Mme d'Houdetot étaient presque les seuls asiles où Tesprit du vieux siècle se déployât encore à Taise et en vérité : non que sa mémoire ne fût en grand honneur ailleurs et que beaucoup de gens ne fissent profession de lui appartenir; comment les hommes nouveaux auraient-
ils renié le xvii® siècle? Mais qu'ils étaient loin de lui ressembler ! La politique les absorbait, la politique pratique, réelle; toutes leurs pensées, toutes leurs forces étaient incessamment tendues soit vers les affaires du maître, soit vers les leurs propres; point de méditation, point de loisir; du mouvement, du travail et du mouvement. Le xviii" siècle aussi s'occupait fort de politique, mais comme étude, non comme affaire, en se promenant, pour ainsi dire, non en traînant la charrue; elle tenait beaucoup de place dans les esprits, peu dans la vie; on réfléchissait, on dissertait, on projetait beaucoup; on agissait peu ^ »
Cest dans ce milieu que vivaient alors Louis- Claude et François Chéron. Mme L. Chéron recevaittous les jeudis et la présence de Tabbé Morellet attirait chez elle une société choisie. On se réunissait tous les mardis et tous les samedis chez M. Suard, et tous les mercredis chez Mme d'Houdetot. Celle-ci donnait à dîner à un certain nombre de personnes invitées une fois pour toutes et qui pouvaient y aller quand il leur plaisait. Point de recherche, point dp bonne
I. Voyez Monsieur Gui:^ot dans sa famille, par Mme de Witt, p. 28.
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chère, raconte M. Guizot: ces dîners n'étaient qu'un moyen, nullement un but de réunion. Après le dîner, assise au coin du feu, dans son grand fauteuil, le dos voûté, la tête inclinée sur sa poitrine, parlant peu, bas, remuant à peine, Mme d'Houdetot assistait en quelque sorte à la conversation, sans l'exciter, point gênante, point maîtresse de maison, bonne, facile, mais prenant à tout ce qui se disait, aux discussions littéraires, aux nouvelles de société ou de spectacle, au moindre incident, au moindre mot spirituel, un intérêt vif et curieux : mélange piquant et original de vieillesse et de jeunesse, de tranquillité et de mouvement.
A cette époque, Mme d'Houdetot était presque octogénaire, et elle se plaisait dans la société de femmes d'esprit jeunes et distinguées, comme étaient Mme de Rémusat et Mme Ghéron. Elle aimait à leur raconter ses souvenirs du xviii® siècle et ses relations avec les philosophes. Elle ne vivait plus que dans le passé, mais elle donnait à ce passé un caractère aimable. C'est le mérite des vieilles femmes spirituelles de nous faire regretter le temps où elles étaient jeunes. «. J'ai passé la semaine dernière chez Mme d'Houdetot , écrivait Mme de Rémusat
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en 1809; elle était seule avec Mme Chéron. J'étais là fort bien, je vous assure. Cette aimable vieille anime tout autour d'elle.... Il y a tant de cœur dans ses souvenirs et dans sa conversation ! Nous l'avons fait beaucoup conter. Elle était à son aise; elle se fiait à nous, car elle était bien sûre que nous l'entendrions comme elle voulait être entendue, et n'est-ce pas la base de toute confiance? Que vous avez raison d'aimer les vieilles femmes ! »
Mais ces plaisirs délicats ne pouvaient suffire à l'activité des enfants de Marin Chéron. Louis- Claude perdit patience : il accepta, en i8o5, les fonctions de préfet de la Vienne et quitta Paris pour n'y plus revenir. Mais à peine eut-il pris possession de son hôtel préfectoral qu'il regretta sa décision. Sa femme chercha en vain à le distraire en réunissant autour d'elle, comme dans la capitale, un groupe d'esprits charmants; en vain aussi fonda-t-elle à Poitiers des œuvres excellentes, comme celle de la maternité, l'auteur du Tartufe de mœurs ne put vaincre son ennui. Il nous en a laissé l'expression dans une petite pièce pleine de sentiment que nou"s retrouvons parmi les papiers de son frère et dont voici quelques strophes :
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