‹ Mémoires et récits de François ChéronChapitre 20 sur 35 · L EMPIRE ET LA SOCIETE LITTERAIRE I9I · texte numérisé non relu

L EMPIRE ET LA SOCIETE LITTERAIRE I9I

évitions toute nouvelle société, et plus de quatre années s'écoulèrent ainsi... »

Ce n'est en effet qu'un peu plus tard que François Chéron reprend ses récits; mais le ton n'en est plus le même. On sent que sa vie est brisée et que son âme est abattue par l'épreuve. Ceux qui ont connu de telles douleurs comprendront son découragement :

« Après la perte cruelle que je fis de mes enfants, l'appartement que nous occupions depuis six ans, rue Sainte-Anne, nous était devenu odieux. Nous nous empressâmes d'en sortir, et notre nouveau domicile fut rue Saint-Marc. Le propriétaire était un huissier enrichi qui ne nous plut guère; mais nous étions trop occupés de notre douleur pour mettre quelque prix au choix de notre voisinage. Nous entrâmes donc dans notre nouveau logis bien déterminés à vivre très isolés et sans aucun souci de nos voisins.

« Cependant Dieu nous réservait dans cette résidence, sinon des consolations (il n'en est pas pour de pareilles afflictions)-, du moins quelques soulagements que nous étions loin d'espérer.

« Nous occupions l'un des appartements du premier étage de cette maison, et nous ne tardâmes pas à connaître les noms des locataires des deux

appartements du second. Dans le plus beau étaient logés M. et Mme de Brassac, celle-ci veuve du lieutenant général de Cormainville ; Tautre appartement, très modeste et en mansarde sur la cour, était occupé par M. Lenoir, ancien lieutenant général de police du royaume...

« Des rencontres, des politesses, quelques mots obligeants, de petits services de voisinage rendus avec grâce, firent naître à nos voisins le plus vif désir de se lier avec nous. Notre résistance fut longue, et ses motifs ajoutèrent à la bienveillance qu'on nous témoignait. On redoubla d'instances pour nous distraire de nos profonds chagrins. Enfin les sollicitations devinrent si pressantes que notre refus aurait pu devenir injurieux. Nous cédâmes : les liaisons se formèrent. Fortifiées par l'estime, elles devinrent amitié, puis intimité, et les six années que nous avons passées rue Saint-Marc peuvent être comptées parmi les moins pénibles de notre vie.

« Je ne pourrais donner qu'une faible idée de la haute considération dont ma femme jouissait dans cette société. Il n'est pas une des personnes qui la composaient qui n'ait mis le plus grand prix à son amitié. Chacun lui demandait^des avis, l'honorait de ses confidences; elle avait subjugué

Madame FRANÇOIS CHERON

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