LA FUITE DE RUSSIE
(Air : Il était un p'tit homme !)
S'esquivant de Russie, Et plus rapidement
Que le vent^ Sa Majesté transie Arrive incognito
En traîneau !
Gai gai, mes amis, soyons réjouis !
Chantons Napoléon!
C'est un héros {bis) à mettre à Charenton
Il laisse son armée Sans pain, sans général :
C'est égal, Elle est accoutumée A manger du cheval
Pour régal !
Gai gai, etc.
Courant à perdre haleine, Il croit prendre à Moscou
Le Pérou :
Ah ! le grand capitaine Il n'y voit, têtebleu !
Que du feu!
Gai gai, etc.
Que faire en cette ville Qui n'a plus de maisons
Qu'en charbons r Il n'est pas trop facile De passer tout l'hiver
En plein air.
Gai gai, etc.
« Allons, faisons retraite, Dit le guerrier penaud,
Mais il faut Mettre dans la gazette Que nous faisons un grand Mouvement! »
Gai gai, etc.
A bon droit on s'étonne Qu'alors il n'ait pas fait
Un décret Qui prolongeât l'automne Et supprimât verglas
Et frimas !
Gai gai, etc.
Le voilà donc en route; Mais bientôt l'aquilon
Furibond Souftle et met en déroute Soldats, chevaux, caissons
Et canons !
Gai gai, etc.
Dans cet état funeste Brave comme un César
De hasard, Sans demander son reste Napoléon le Grand
F... le camp !
Gai gai, etc.
Quelques mois après, TEmpereur étant définitivement vaincu et les esprits ne sachant de quel côté chercher le salut, on apprit que la ville de Bordeaux, qui avait tant souffert du blocus continental, avait arboré le drapeau blanc et ouvert ses portes au duc dWngoulême. Ce grand exem-
pie, bientôt connu de toute la France, agit fortement sur les dispositions des souverains alliés. La génération de 1814 avait presque oublié l'existence des princes de la maison de Bourbon, et toutes sortes de combinaisons étaient mises en avant. Les uns voulaient une régence de Marie- Louise et la proclamation de Napoléon II; les autres pensaient au duc d'Orléans ; d^autres s''efforçaient de rétablir la république. M. de Taileyrand était seul parmi les membres du gouvernement provisoire à croire qu^en dehors d'une restauration de la monarchie traditionnelle il n'y avait que des aventures. C'était aussi l'avis de Chéron, qui avait connu les frères de Louis XVI et pensait que leur retour était l'unique moyen de salut. Il saisit l'occasion que lui donnait l'acte de dévouement de la ville de Bordeaux, et, se servant encore une fois de son arme accoutumée , il composa une Ode aux Français dont voici deux strophes :