ROYALISTE. FRANÇOIS CHERON, REDACTEUR AU
f JOURNAL DE PARIS ».
J'avais vingt-cinq ans accomplis, lorsque la Révolution éclata avec toutes ses fureurs. J'étais le quatorzième et dernier des enfants de ma mère, desquels je suis aujourd''hui (1828) le dernier survivant. Ma mère m'avait eu à l'âge de quarante-six ans, événement assez rare et qui causa beaucoup de joie à mon père, et surtout à ma mère, dont j'étais le Benjamin. «
C'est ainsi que François Chéron commence ses récits sur Tépoque révolutionnaire. Les deux frères vivaient paisiblement auprès de leur mère et s'occupaient de littérature, de poésie, d'art, sans s'inquiéter beaucoup de Tavenir. au mo-
ment même où la politique fit invasion dans toutes les classes sociales. L'aîné, Louis-Claude, écrivait une pièce en trois actes et en vers^ Vhomme à sentiments^ qui fut reçue au Théâtre- Français et jouée pour la première fois le lo mars 1789, à la veille de la Révolution; il traduisait en même temps les Lettres sur les principes d'éducation d'Elisabeth Hamilton, et déployait ainsi à trente ans une grande activité. Son frère François se bornait à écrire quelques poésies fugitives et se liait d'amitié avec des auteurs distingués, tels que Suard, Lacretelle, André Chénier et Quatremère deQuincy.
Nous avons conservé quelques tableaux et dessins qui nous les représentent tels qu'ils étaient à cette époque , jeunes et pleins d'espérance , fiers de leurs petits succès littéraires, et d'avance escomptant l'avenir. Louis-Claude était devenu le chef de la famille depuis la mort de leur père; il en avait la gravité et la sagesse, ainsi que nos lecteurs en jugeront bientôt. Il était grand et fort, avec des yeux bleus et des cheveux blonds qui lui donnaient une physionomie mélancolique. Il jugeait sérieusement les plus menus faits delà vie. Son rêve était de se faire un nom dans les lettres, et nous possédons un volumineux dossier
qui ne renferme pas moins de cinq drames en vers et de quatre comédies inédites. Trois autres pièces furent reçues au Théâtre-Français; une seule eut un vrai succès, Le Tartuffe de mœurs, dont nous parlerons plus tard. Mais la politique l'absorba dès les premiers jours ; ses concitoyens de Versailles et de Saint-Germain, frappés de sa gravité précoce et de Ténergie de son caractère, le choisirent pour leur représentant à FAssemblée législative, et il lui fallut abandonner le commerce des Grecs et des Romains pour celui , moins agréable, des Jacobins et des Montagnards. François avait une tout autre physionomie : c'était une vraie figure d'espiègle. Il avait beaucoup d'esprit et écrivait avec finesse et légèreté. Toutes les fois qu'il veut sortir du genre léger et moqueur qui lui convient à merveille, il devient lourd et pompeux. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les portraits du temps, qui le représentent avec des cheveux ébouriffés et de petits yeux malins, pour deviner ce qu'il devait être à cette époque. Ses épigrammes et ses chansons, publiées en 1792 dans le Journal de Paris et plus tard dans le Moniteur, lui firent beaucoup d'ennemis ; mais il était brave, et jamais il ne recula devant un devoir. Il fut trois fois emprisonné et condamné à mort,
d^abord en I/qS, puis en i8i5, au retour de Bonaparte, qu"*!! avait chansonné; il perdit trois enfants et se ruina à la fin de TEmpire; mais nous le retrouverons toujours supportant vaillamment les épreuves et faisant face à Tadversité. Il ne connut la mélancolie que tout à la fin, lorsqu'il eut perdu la compagne de sa vie et atteint la vieillesse.
Ce fut lui qui se maria le premier, en 1792. Il épousa mademoiselle Elisabeth-Thérèse de Saigny, dont la réputation de beauté s'est transmise jusqu'à nous. Quelques jours avant ce mariage, il adressa à sa fiancée, suivant Tusage du temps, une petite pièce de vers, sorte de poème allégorique, qui marque un progrès dans le style du jeune écrivain *. Leur union ne fut pas très