ARRESTATION DE MAUBREUIL
première etplus importante caisse, mes soupçons sur la monnaie contenue dans les sacs : je déplorais les aveux que nous serions obligés de faire à Tempereur de Russie et les fâcheuses impressions qu'il en recevrait. J'annonçai à Monsieur Tintention où j'étais de faire arrêter tout ce monde et de les envoyer à la préfecture de police pour que la justice put découvrir et punir les coupables : il approuva et autorisa ces mesures et je retournai au pavillon Marsan. On avait continué l'om^erture des caisses, dans lesquelles on n'avait rien trouvé ; les sacs ne contenaient que de petites monnaies. Personne n'avait cherché à s'évader. M. Angles et M. Saulnier partagèrent mon indignation et mon opinion sur ce qu'il nous restait à faire. M. Saulnier dressa un procès-verbal qui fut adressé à M. le baron Pasquier, préfet de police ; je lui écrivis en même temps, en lui indiquant la position particulière etplus favorable deM.de Ventaux. On fit approcher quatre voitures de place dans chacune on plaça une partie des caisses et une des personnes arrêtées; c'étaient Maubreuil, Dasiès, Colleville et Ventaux; des gendarmes montèrent avec eux dans les voitures et ils furent conduits à la préfecture de police.
Entraîné par le cours des affaires, je ne cherchai et je ne reçus aucune information sur les suites de Tarrestation de Maubreuil; j'appris seulement que M. Guerry de Maubreuil appartenait aune famille très distinguée et des plus honorables de la Bretagne ; il était neveu du marquis D'Orvault et ses parents 8* étaient signalés dans les guerres de la Vendée. Le rôle que son père y avait eu le força de s'expatrier. La
première jeunesse de Maubreuil avait reçu les fortes impressions de ces temps de violences et de malheur. Sa famille dispersée, et lui-même sans fortune, il entra au service qu'il abandonna bientôt pour se placer à la cour éphémère de Jérôme Bonaparte, en qualité d'écuyer de la reine deWestphalie. Ses déportements, des affaires d'argent au moins douteuses, et, d'après ce qu'on prétend, la tentative de faire l'amoureux de la princesse le firent bientôt chasser de cet emploi. Il revint à Paris, où il se jeta dans les spéculations du temps : la fourniture des arméeâ. C'est là que sa liaison avec M. de Ventaux s'était formée. Ces affaires tentées sans argent et sans talents ne le menèrent pas à la fortune. Il en était là, au moment de la Restauration. Il s'y porta avec toute la violence de son caractère. C'est lui qui semblait présider à cheval au mouvement de la place Vendôme, lorsqu'on arracha la statue de Napoléon de son gigantesque piédestal, et on le vit attacher la croix de la Légion d'honneur à la queue de son cheval.
Il parait qu'outre la détermination de profiter de ces moments de troubles pour acquérir de l'argent, fût-ce par un forfait ou par des bassesses, il nourrissait un profond désir de se venger de l'affront qu'il avait reçu en Westphalie. L'instruction de son procès a prouvé que, dans le temps où il négociait sa criminelle entreprise avec Laborie, il se rendait plusieurs fois par jour à l'hôtel de la princesse Catherine, et cherchait à s'assurer de l'époque, de l'heure de son départ et de la route qu'elle devait prendre. C'est ainsi qu'il avait suivi de près ses traces; et, lorsque la princesse, victime de cet odieux guet-apens, lui