‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 11 sur 60 · TENTATIVES EN FAVEUR DE MAUBREUIL · texte numérisé non relu

TENTATIVES EN FAVEUR DE MAUBREUIL

demanda, les larmes aux yeux, de lui laisser l'argent nécessaire pour sa route, au moins pour retourner à Paris, il le lui refusa avec des paroles outrageantes qui rappelaient ses anciens griefs contre elle, et il mit le comble à l'indignité en lui disant qu'il ne pouvait disposer de ces fonds, mais qu'il lui donnerait de l'argent qu'il prétendait avoir dans sa ceinture. C'est à cela que se bornèrent ses exploits.

Cependant MM. de La Rochejaquelein, dont 31aubreuil était parent, prenaient assez hautement fait et cause pour lui, et m'accusaient d'avoir fait arrêter et de poursuivre de bons royalistes. Je m'en expliquai très nettement avec l'un d'eux, le comte Louis, et je lui dis que je ne reconnaîtrais jamais pour bons royalistes des voleurs de grand chemin, quelles que fussent Jeurs alliances ou leurs relations. Le chancelier de France, M. Dambray, était également favorable à Maubreuîl, et lui prétait le secours de sa position et de son crédit ; mais comme cette intluence s'exerçait plus secrètement, je n'en eus connaissance que longtemps après. On me raconta que, dans un des interrogatoires qu'avait subis Maubreuil, il avait protesté avec son impudence ordinaire.

— Vous cherchez les diamants de la reine de Westphalie, s'était-il écrié ; ôtez à M. de Vitrolles son habit de ministre; vous les tronvfMvz dessous.

Nous étions assez forts alors pour pouvoir dédaigner d'aussi méprisables accusations, et d'aussi basses calomnies. Je m'intéressais si peu, du reste, à la suite de cette affaire, que, j'ignorais les différents incidents judiciaires par lesquels elle passa et dont quelquesuns furent favorables à Maubreuil, grâce au crédit de M. Dambray. Je restai tout aussi étranger aux recherches que faisait la police et qui conduisirent à retrouver tous les diamants enlevés à la princesse Catherine. Un jour que je montais chez le comte de Blacas, qui logeait au plus haut du pavillon de Flore, je le trouvai à sa fenêtre, les croisées ouvertes, et regardant du côté de la rivière. C'était au mois de décembre 1814. Je m'étonnai qu'il s'exposât ainsi au froid.

— Comment, me répondit-il, vous ne savez donc pas ? Je regarde les personnes occupées à repêcher les diamants de la princesse Catherine, qu'on retrouve dans la Seine. »

Je sus quelque temps après par quels moyens la police était parvenue à découvrir ce dépôt, si singulièrement confié aux sables de la rivière. J'en tiens les détails de M. le comte Beugnot, alors directeur général (le la police dont les fonctions étaient réunies à la préfecture de police, de Paris, la Restauration ayant supprimé le ministère de la police. — Une lettre de Maubreuil à l'un de ses confidents, écrite au moment où sa conscience lui faisait craindre d'être arrêté, indiquait mystérieusement, le lieu où seraient cachés les précieux effets dont il s'était mis en possession. La lettre, datée de Vincennes, parlait d'un septième arbre, d'un alignement, etc. — Guidée par ces faibles lueurs, la police faisait sans cesse des recherches et

DÉCOUVERTE DES DIAMANTS. — Décembre 1814. 87

des fouilles, surtout au bois de Vincennes, lorsqu'elle fut avertie d'une correspondance entre Maubreuil et l'un des hommes de service de la préfecture. La suite des informations découvrit la vente de deux diamants de prix par ce même homme ; et, dans une visite qu'on fit chez lui, et où toutes les recherches avaient été vaines, on finit par lui demander ce que représentait un mauvais buste, en plâtre, qui était sur la cheminée. C'était une tête d'Homère; l'agent de Maubreuil se troubla et dit que c'était le portrait de son grand-père. Sur cette sotte réponse l'inspecteur de police frappe de sa canne un grand coup sur le buste et le brise en morceaux parmi lesquels on voit un peigne garni de diamants, dont il manquait deux pierres. Cet homme, arrêté, donna bientôt les indications qui firent retrouver dans la Seine les diamants de la princesse, enveloppés dans des serviettes. La désignation des arbres qu'on avait cherchés dans le bois de Vincennes, était celle des allées plantées sur l'esplanade des Invalides. Cette découverte qui désignait si exactement le voleur de ces bijoux et qui en assurait la restitution, me rendit encore plus indifférent aux phases judiciaires du procès de Maubreuil. Son nom ne vint plus frapper mes oreilles que le 19 mars 1813. M. Bourrienne, qui avait été nommé préfet de police, dans les journées qui précédèrent le départ du Roi, vint sur les cinq ou six heures du soir aux Tuileries, où les ministres et les membres du conseil du Roi étaient continuellement réunis en plus ou moins grand nombre : c'était chez M. de Blacas qu'avait lieu cette réunion permanente. J'y étais seul au moment où M. Bourrienne vint demander ce qu'il y aurait à faire de deux ou trois pri-

sonniers, compromis, disait-il, dans des affaires qui tenaient au parti royaliste. Il me nomma Maubreuil et un autre, d'un nom allemand, qui avait été arrêté pour fraudes à Toccasion de la levée d'une prétendue légion de Bourbon, à Versailles, aux premiers jours de la Restauration. M. Bourrienne trouvait de Tinconvenance à laisser entre les mains du pouvoir qui allait nous remplacer ces personnes qui avaient sali nos couleurs, et exprimait la crainte qu'on n'en tirât parti contre nous. Après avoir balancé quelque temps ces raisons, avec celles qu'on pouvait leur opposer; bien convaincu que Tusage qu'il ferait de sa liberté n'intéresserait personne, et décidé par notre position, (le Roi partait dans quelques heures), je dis à M. Bourrienne de les mettre en liberté, « sauf à eux, à s'aller faire pendre ailleurs. »

On me dit, longtemps après cette époque, que Maubreuil s'était fait reprendre à Saint-Germain, quelques jours après le départ du Roi ; que, du fond de sa prison, il avait proposé d'aller assassiner le Roi à Gand ; qu'il était sorti de la préfecture de police où il était détenu; que son évasion avait été mal dissimulée par une corde attachée à cette espèce d'auvent qui est aux fenêtres des prisons pour ne laisser d'autre communication que celle de la lumière du ciel. Cet auvent, en planches pourries, et la corde qui y était attachée, n'auraient pas supporté le poids d'un chat. Son évasion ne fut ni recherchée ni poursuivie, mais l'entourage du Roi fut averti en temps utile. Signalé en Belgique, Maubreuil fut arrêté au moment où il arrivait à Gand.

Je perdis encore une fois Maubreuil de vue, et si

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