RETOUR DE MAUBREUIL A PARIS
complètement, que je n'avais rien su, ni de ses arrestations, ni de ses évasions, ni même du jugement définitif qu'il avait subi devant la cour royale de Douai. Ce ne fut qu'à la fin de 1827, à Fépoque de son retour à Paris, peu de temps avant son odieuse incartade contre M. de Talleyrand, à Saint-Denis^, que son nom me fut prononcé, au sujet des menaces qu'il faisait contre le prince de Talleyrand et contre moi. J'en fus averti particulièrement par M. Delavau, préfet de police. Je m'étonnais que celui qui devait pourvoir à notre sûreté n'eût d'autres ressources que de nous avertir du danger ; mais il m'expliqua que Maubreuil ayant épuisé dans son séjour en Angleterre les cinq
1. Tout le monde connaît Tingulte dont M. de Talleyrand fut la victime, pendant la cérémonie du 21 janvier, à Saint-Cloud, où il était en sa qualité de grand chambellan. Renversé d'un coup violent que Maubreuil lui porta à la tête, tout à fait à l'improviste, le prince fut rapporté chez lui assez soufirant. On le saigna, on le médicamenta suivant Tusage. J'allai le voir, comme tous ceux de sa connaissance, plusieurs fois par jour, jusqu'à ce qu'on fût rassuré sur les conséquences qu'une pareille secousse pouvait avoir pour un vieillard de plus de soixante-quinze ans. 11 montra le plus grand courage, et se releva aussi promptenient qu'aurait pu le faire un plus jeune.
Mais ce n'était pas assez pour le vieux politique. Il voulait toujours tirer parti de tout, et il chercha ce qu'il pourrait faire d'un soufflet. Le rendre lui était impossible; se battre, bien difficile; le poursuivre en justice, bien commun. Il imagina de s'en faire une action magnanime. Il écrivit au procureur général une lettre bien étudiée, pour annoncer qu'il se désistait de toute poursuite personnelle; et, pendant deux jours, il lisait ou faisait lire la fameuse lettre à tous venants. Le plus grand nombre, et surtout les femmes de sa société, s'enthousiasmaient de tant de grandeur d'âme. Je restai plus froid, d'abord parce que je ne voyais aucune raison d'adoucir les peines que Maubreuil avait encourues, et ensuite parce que je démêlais assez bien ([ue le but était plutôt la sûreté de l'avenir que le par-
années de prison auxquelles il avait été condamné par l'arrêt de la cour royale de Douai, l'administration n'avait eu d'autre moyen de Tintimider qu'une arrestation préventive; mais, pour ne pas sortir de la légalité, on n'avait pu prolonger sa détention au delà d'un petit nombre de jours. Je fus donc réduit à pourvoir à ma propre défense ; et je n'y pris d'autre soin que de me munir d'une forte canne de jonc, et d'avertir le chasseur qui me suivait de se tenir en garde contre quiconque m'approcherait au moment où je montais en voiture.
Maubreuil plaçait toute son existence dans la famosité qu'il devait à ses exploits de 1814 ; il voulut les confondre avec son coup de main de Saint-Denis ; et à cet effet, il m'appela en cause. J'étais fort empressé de saisir une occasion, la première qui se présentait convenable, de m'expliquer avec le public. Tout ce que je fis pour arriver là fut inutile, les juges écartèrent cet incident ; je ne pus me faire entendre.
Maubreuil se trouvait encore sur le pavé de Paris dans l'hiver de 1829 à 1830. J'arrivais de Florence; ses invectives et ses menaces se dirigèrent alors particulièrement contre moi. La police se contentait d'avoir autour de lui des agents pour éclairer sa conduite. Un d'entre eux, qui ne valait, je crois, guère mieux que celui qu'il surveillait, chercha tous les
don de l'injure passée. Le retentissement ne fut pas tel qu'on Tattendait. La lettre fut prise en plaisanterie ; elle prêta à un mot assez heureux, et celui-là, du moins, ne fut pas attribue à M. de Talleyrand. Par allusion à un ouvrage célèbre, on annonça qu'il allût paraître un livre du prince de Bénévent, intitulé ; De Vindifférence m matière de soufflets.