‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 13 sur 60 · MENACES DE MAUBREUIL · texte numérisé non relu

MENACES DE MAUBREUIL

moyens d'arriver jusqu'à moi, sous prétexte de me préserver des dangers que je courais. « Il vivait, » disait-il, «dans Tintimité de Maubreuil. qui ne se doutait, en aucune manière, du rôle qu'il jouait auprès de lui. » Il racontait cette vie vagabonde et décousue à laquelle il était associé : Maubreuil avait plusieurs logements, mais dans des maisons publiques; on ne savait jamais où il couchait. Le plus souvent il vivait dans la misère ; il en sortait quelquefois par des orgies qui supposaient quelques ressources.

L'espion, que je n'avais reçu que deux ou trois fois, m'écrivait continuellement les projets de Maubreuil contre moi. Il m'indiquait les lieux où il devait m'attendre, ceux où il m'avait suivi, les moyens qu'il prendrait pour s'introduire chez moi à l'improviste ; d'autres fois, il m'apprenait que son client avait passé des heures à monter la garde près de ma porte. Je lui avais échappé miraculeusement; au reste, il ne le perdait pas de vue. Mais cette surveillance était coûteuse, il fallait manger et boire avec lui; c'était dans le vin que le misérable se déboutonnait, et il fallait toujours payer pour lui ; le pauvre employé de la police ne recevait que 3 livres 10 sols par jour, il se ruinait pour mon service. — J'étais d'une ingratitude complète. Il était trop facile de voir que les deux larrons s'entendaient à merveille, et tout me fut découvert dans la dernière conversation que j'eus avec l'honnête agent. Il arriva plein d'intérêt et de sollicitude pour ma personne. « Maubreuil n'avait jamais été aussi exalté; lui-même frémissait des violences dont j'étais menacé. Je finirais certainement par

en être la victime, si je ne détournais pas les coups qui m'étaient préparés. Le malheureux était au aésespoir, il n'avait plus rien à ménager; mais sa misère même offrait peut-être un moyen de le dompter. Avec un sacrifice d'argent, j'obtiendrais la tranquillité, ce que l'homme a de plus précieux: il était en mesure de terminer cette négociation, avec le plus grand secret, et si je consentais à donner cinquante mille francs à Maubreuil, j'aurais toutes les garanties de repos que je voudrais exiger. »

Je lui répondis que ce repos dont il prenait plus d'inquiétude que moi-même, n'était nullement compromis, que si les lois n'étaient pas assez puissantes pour me préserver des fureurs d'un énergumène, elles le seraient toujours assez pour le punir. Lors même que ma sûreté, ma vie seraient en danger, je ne serais pas assez lâche pour les racheter à prix d'argent; je ne donnerais pas une obole.

— Mais ce n'est pas vous. Monsieur, reprit l'honnête industriel, ce serait le Roi qui payerait; il vous aime trop pour ne pas vous sauver à ce prix.

Ma patience était à bout , je me levai pour mettre cet homme à la porte.

— En un mot, comme en mille, lui dis-je, vous pouvez dire à M. de Maubreuil que s'il a des griefs contre moi, tout ce que je puis faire pour son service c'est de ne pas arguer de linfamie dont il est couvert pour refuser de lui prêter le collet ; je lui ferai cet honneur-là.

— Ah ! oui, Monsieur, un duel, je comprends ; mais le sort des armes est bien incertain, à moins que vous

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