DÉNOUEMENT DE L'AFFAIRE MAUBREUIL
jeté sur une action semblable à celles qui peuplent les bagnes de Brest et de Toulon.
Il faut que les imaginations se complaisent bien au merveilleux, pour qu'il en soit resté la moindre apparence dans ce qu'on appelle mystérieusement Yaffaire Maubreuil. Tous ces fantômes de conspirations, d'assassinats, de victimes d'une politique machiavélique, auraient disparu devant la simple lecture de l'instruction du procès, jugé définitivement à Douai le 6 mai 1818, et imprimé avec l'arrêt qui condamné Maubreuil. Cette enquête, très habilement conduite, le suit de jour en jour, heure par heure, minute par minute, depuis le moment où il allaita la porte de la princesse Catherine s'informer du moment de son départ, jusqu'au jour de son arrestation. On y trouve tous les détails de la surprise de cette princesse, comment on la fit descendre de voiture, la grange où l'on porta les caisses et nécessaires qui renfermaient ses bijoux, l'ouverture de ces caisses devant elle, refermées en sa présence ; l'espèce de voiture sur laquelle elles furent chargées. Maubreuil et ses deux complices terminant là leurs prétendues expéditions, s'étaient rendus à Versailles ; un serrurier, désigné par son nom et sa demeure, crocheta les serrures que Biennais avait tant de peine à nous ouvrir ; on sait où les diamants furent placés, comment les caisses vides furent refermées; la voiture qui rapporta tout à Paris, la rue, le numéro de la maison où les objets précieux furent déposés; le lit sur lequel ils furent brisés et où l'on retrouve encore les débris des sertissures, les caisses vides rapportées chez M* de Vantaux, les expressions grossières de Maubreuil
lorsqu'il apprit que je réclamais une caisse de plus et les deux sacs d'argent ; enfin tout ce qui a suivi, rapporté avec une exactitude minutieuse. Personne n'a lu cela et l'on se complaît encore aux récits fantastiques de circonstances imaginaires qui cachent la vérité sous les nuages du mystère. Ce n'est pas la première fois que les hommes ont craint la lumière et gémissaient de l'avoir trouvée.
Mais, en 1814, l'affaire Maubreuil était loin de me préoccuper uniquement. — L'administration telle que l'avait faite l'Empire, avec sa violente unité, était une machine qui ne renfermait point en elle-même sa force et son mouvement, et ne marchait qu'à force de bras. Le pouvoir jaloux avait tout appelé à lui, voulant que tout émanât de lui. Rien ne restait commis à la décision ou au libre arbitre des agents, même les plus élevés, de l'autorité. Ce n'était pas là un de nos moindres embarras. Au milieu des graves intérêts que nous avions à traiter, on venait sérieusement nous consulter sur l'acceptation d'un legs insignifiant fait à une paroisse de village ; la signature du prince y était nécessaire. Il devait faire lui-même les nominations aux bourses et demi-bourses des grands séminaires. C'était changer l'action royale en une griffe, et lui imposer une indigne responsabilité. Monsieur s'y soumettait avec peine, et lorsqu'on venait lui proposer des nominations de curés et de
chanoines, ou la désignation des jeunes ecclésiastiques auxquels les évêques seraient autorisés à conférer les ordres, la droiture de son bon sens se révoltait. Après avoir pris l'avis du conseil, il décida que ces divers actes rentraient dans les fonctions épiscopales. — Je me promettais bien, pour ma part, • de débarrasser la puissance souveraine de ce tas de branchages jetés sur ses pas pour les entraver. Ceux qui m'ont succédé n'ont pas jugé de même ; ils ont attaché l'idée du pouvoir à ce qui ne servait qu'à en gêner la marche.
Rien de ce qui existait ne fut mis sérieusement en question.
Au sujet d'un rapport du ministre de la guerre sur l'École polytechnique, M. de Talleyrand, par un caprice de son bel esprit, demanda la suppression de cette école. Il la représentait dangereuvse par la nature de ses études et absorbée dans les sciences exactes. L'homme, suivant lui, ne se formait que par son application à la jurisprudence et surtout à la théologie. M. l'abbé de Montesquiou admettait qu'on pouvait conserver l'école en modifiant cet enseignement, et en la transportant loin de Paris; l'influence de la capitale sur ces jeunes gens, et celle qu'ils pouvaient, dans des circonstances données, exercer sur la population lui paraissant également dangereuses. On remit à traiter cette question sur un nouveau rapport demandé au général Dejean, commandant l'école. C'était assurer sa conservation.
' J'avais bien éprouvé le ressentiment de M. de Talleyrand contre le rétablissement de la secrétairerie d'Etat, mais je ne comprenais pas qu'il l'étendit jus-