‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 17 sur 60 · DÉPART DU ROI POUR LONDRES · texte numérisé non relu

DÉPART DU ROI POUR LONDRES

convictions ; je ne devinais pas que M. de Talleyrand n'avait écrit que pour écrire, et que Fouché n'avait approuvé que pour caresser Tamour-propre de Tautre. Je me rendis tout de suite chez Tancien ministre de la police impériale. J'aurais pu m'éviter la peine de de discuter avec lui le projet de déclaration et l'assentiment formel qu'il avait donné. Il défendit faiblement l'un et l'autre, et seulement pour l'honneur du pavillon. Ma visite et le recours que j'avais à lui flattaient sa vanité et ses espérances, et il tomba bien vite d'accord avec moi qu'en effet, à des princes moralement religieux, un langage plus franc devait mieux convenir. Il s'étonnait de n'y avoir pas pensé. Il me promit de le faire comprendre au prince de Bénévent. Je n'ai jamais eu à m'informer quelle fut la suite de cette démarche. Cependant, je pris cette occasion de traiter d'une manière plus explicite le projet d'une déclaration royale, et j'écrivis au Roi, en date du 22 avril, une lettre où je réduisais à sa valeur le projet de déclaration duprincede Bénévent. Il n'y avait pas deux jours que cette lettre avait été expédiée lorsque le comte de Bruges arriva de Londres. Il avait vu le Roi au moment où ce prince quittait Hartwell pour se rendre à Londres. Le Régent l'attendait avec impatience. Le Royaume-Uni était dans l'ivresse. La cocarde blanche avait été arborée partout et par tous les partis. Elle fut portée ainsi pendant plusieurs jours. Ces joies publiques étaient inspirées par le triomphe de notre cause, et par le salut du peuple britannique qui en était la conséquence. Il y a quelque chose de contagieux dans ces fièvres populaires; le Roi n'apercevait pas le piège

caché sous les fleurs qu'on jetait sur ses pas. Près de toucher au terme de ses vœux; il ne prenait pas garde aux dangers du chemin qui lui était ouvert. Aussi était-il prêt à reconnaître et à signer la constitution du Sénat. Le comte de; Bruges avait eu beaucoup de peine à lui faire comprendre que cet acte n'avait plus de valeur; qu'effrayés des conséquences qui en découlaient, nous l'avions mis à néant, et qu'il revenait dans toute la plénitude de ses droits et de son autorité. Il ne s'expliquait pas qu'il en fût ainsi, et revenait toujours à l'obligation qui lui était imposée de signer et de prêter serment.

Dans la suite, j'adressai le plus souvent ma correspondance au comte de Blacas. Il me répondait exactement, mais en phrases vagues et complimenteuses. Je me contentais de rendre compte des faits de quelque importance, de la disposition des esprits, de celle des souverains et de leurs ministres, des motifs de ce que nous faisions, et vsurtout de ce que nous ne faisions pas.

Je puisais les éléments de ma correspondance journalière avec le Roi dans les affaires mêmes qui me passaient sous 4es yeux, dans les rapports du ministre de la police ou du préfet de police, M. Pasquier, qui venait souvent le matin chez moi; enfin dans les informations qui m'arrivaient de toutes parts, et même dans les correspondances interceptées. En effet, le

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