PROPOSITIONS DE REPRÉSAILLES
Savary avait pris de brûler ses papiers, au moment (le son départ pour Blois, cette exécution n'avait porté que sur les documents des affaires courantes, et ces archives étaient encore hideuses. Les personnes les plus initiées à ces mystères étaient venues m'offrir de les mettre à ma disposition, et même de m'en faire une analyse complète avec toutes les pièces à Tappui. Je devais y trouver, disaient-elles, des documents qui déshonoreraient à jamais le régime impérial. Elles assuraient que ce travail serait fort curieux. Je leur répondis que les chiffonniers trouvaient fort curieux de remuer la fange du ruisseau, mais que je n'admettais pas ce genre de curiosité. Elles se rejetaient alors sur l'utilité qu'il y aurait pour le Roi de connaître au moins l'action et les agents employés par la police impériale autour de sa personne; qu'il y trouverait bien quelques révélations inattendues.
— A ce sujet, leur dis-je, je ne demanderais au Roi d'autre autorisation que celle de faire brûler jusqu'au dernier lambeau de ces odieuses informations. Je dirai plus : si j'étais le maître, et surtout le roi de France, arrivant au milieu de mon peuple comme un envoyé du ciel, je serais tenté de briser pour toujours ce mauvais instrument que vous appelez la police politique. Je la déshonorerais, je la rendrais impossible, en la dévoilant aux yeux de tous. Je publierais ses manœuvres, les noms de ceux qui y ont pris part, dans quelque rang de la société qu'ils se trouvent, et le prix de leur honteux tratic. Je fermerais les portes du ministère de la police. Je n'aurais qu'une direction générale, qui s'étendait sur tout le
royaume et j'en ferais une institution toute morale, dont la police de sûreté ne serait qu'une branche inférieure.
Mes interlocuteurs me firent peu d'objections, non qu'ils n'en eussent de puissantes à m'opposer; mais alors personne ne contredisait le pouvoir. Je ne doute pas qu'en sortant, ils n'aient haussé les épaules de pitié pour ce novice qui prétendait résoudre le difficile problème de l'accord de la morale avec la politique. Aurais-je pensé de même cinq ans après? Je l'espère, je le crois, mais je n'en suis pas sûr. L'injustice et la violence des oppositions corrompent le pouvoir ^
La plupart de ceux qui entouraient Monsieur à son arrivée ne pensaient pas de même sur l'utilité de la police. Presque tous, même ceux qui étaient capables de s'élever à de plus hautes considérations, tombaient dans le piège des informations minutieuses. Veiller à la sûreté du prince était toute l'occupation de leur dévouement ; aussi les voyais-je tous les soirs entrer dans le cabinet de Monsieur, les mains garnies de petits morceaux de papier, placés à tous les intervalles de leurs doigts, comme dans les plis d'un portefeuille. C'était leur rapport de la journée : « Dans le café Lamblin, au Palais-Royal, trois per-
1. En 1815, lorsque le roi Louis XVIII tétait aussi pressé de se débarrasser de Fouché qu'il l'avait été de Taccepter pour ministre, ce l)rince me parlait d'occuper le ministère de la police. Je lui répondis que si mon dévouement me rendait capable de le servir ailleurs, je n'avais certainement aucune des qualités et aucun des défauts, j*aur&is pu même dire des vices qu'exigeait cette administration. — Plus tard, il choisit M. Decazes.