LA CONTRE-POLICE
sonnes, dont on donnait le signalement, sVtaient entretenues des événements, et avaient dit que si l'Empereur se retirait sur la Loire, il réunirait encore du monde..., etc. ; dans tel cabaret du faubourg Saint- Antoine, deux ouvriers ont dit, etc. ; on a vu dans
les rues de Paris trois grenadiers de la garde impériale déguisés en bourgeois, etc., etc. » A la troisième représentation de cette scène ridicule, que Monsieur écoutait avec indifférence pour ne pas désobliger le zèle, je ne tins pas à dire vertement mon opinion.
— Que prétendez-vous, avec ces misérables renseignements sans portée? leur dis-je ; ils ne défrayeraient pas tous ensemble la journée d'un agent de police à trois francs par jour. Est-ce la police de Paris que vous voulez faire ? Mais pensez qu'on n'en vient à bout qu'avec une grande machine, une administration complète qu'on appelle la préfecture de police, qu'elle a une organisation puissante, des fonds considérables qui lui permettent les dépenses nécessaires. Croyezvous que cette police n'est pas autant que vous dans les intérêts de notre restauration ? Je ne l'admets pas ; mais lors même que je partagerais vos inquiétudes, qu'en résulterait-il? Que Monseigneur devrait éloigner le magistrat qui la dirige, et le remplacer; et qui nommerait-il? Un d'entre-vous, messieurs, apparemment. Eh bien, je vous avoue que je plaindrais sincèrement celui sur qui tomberait un tel fardeau ; et lors même que M. Pasquier n'aurait pas donné toutes les garanties qui doivent entièrement rassurer Monseigneur, et, par conséquent, tout le monde, je serais encore d'avis que aucun de vous ne pourrait le remplacer.
Je fis alors le tableau de ce que comportait cette administration compliquée , des ressources qu*elle avait pour accomplir sa destination, et je finis par leur faire honte de cet enfantillage de rapports totalement insignifiants.
— Si, contre toute raison, vous persistez à suspecter les intentions du préfet de police, cherchez dans son administration un ou deux employés qui vous rendent compte chaque jour de ce qui pourrait se passer contre nos intérêts. Vous ne risquez qu'une chose, c'est qu'ils prennent votre argent, et aillent en demander autant à M. Pasquier qui fera lui-même les rapports qui vous seront transmis.
Monsieur avait écouté ma boutade avec le sourire de la complaisance. Il se montra de mon avis et les petits papiers disparurent.
Mais il y avait un foyer de ce genre d'intrigues plus difficile à éteindre. J'ai dit que MM. de La Maisonfort et de Montciel étaient entrés dans le bureau particulier que j'avais formé à notre arrivée. Au moment où Monsieur prit les rênes de TËtat, et où je fus auprès de lui dans une position officielle, il ne resta plus rien à faire à ce bureau, et ceux qui le dirigeaient tombèrent dans le piège de la contre-police. Ils obtinrent quelque argent de la facilité du prince, et furent joués par des agents chassés de la police, entre autres, les frères Veyra, et, je crois aussi, un nommé Morin ; ce dernier avait reçu, aux premiers jours de l'entrée des alliés, du général Sacken, gouverneur de Paris, la commission de surveiller et censurer les journaux de la capitale. Ces industriels abusaient de la simplicité de nos amis. Ils en tiraient