‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 26 sur 60 · LA CONSTITUTION DE LENTRESOL · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DE LENTRESOL

de l'argent sous prétexte d'organiser leur police. Et pour en extorquer davantage, ils no manquaient pas d'inspirer des inquiétudes et d'éveiller les craintes les plus folles. Lorsqu'ils eurent épuisé le moyen des rapports ordinaires, qui n'étaient jamais justifiés par les événements, ils firent mieux : ils annoncèrent que la police, insouciante, peut-être coupable, ne faisait rien pour arrêter le mal qui allait chaque jour croissant; que les ouvriers des faubourgs, sans pain et sans travail, étaient prêts à se soulever; et, comme on paraissait en douter, et que, dans le doute, on ne desserrait pas assez les cordons de la bourse, ces braves gens annoncèrent que le lendemain les ouvriers se porteraient en masse aux Tuileries pour demander du pain et du travail. En effet, on vit le lendemain quelques centaines d'ouvriers qui comptaient pour les deux ou trois mille qu'on avait annoncés, et criaient tout bas. On ferma les grilles du Carrousel, et ils se dispersèrent bientôt tranquillement. Mais les inventeurs reçurent plus d'argent qu'ils n'en avaient dépensé, et la confiance naïve de nos amis leur en promettait bien davantage. De plus, on accusait la police de Paris d'incapacité, ou mémo do trahison.

Sous de tels prétextes, on obtenait de larges contributions, et les agents se multipliaient autour de nos dupes. Si elles venaient à se refroidir, on imaginait quelque coup à grand eff'ot.

C'est ainsi qu'un soir, vers minuit, enfermé dans mon cabinet, je vis entrer M. de La Maisonfort qui avait forcé la consigne, et que les huissiers refusaient de laisser passer. Il était pûlo, défait, la voix émue. Il

jeta son chapeau sur ma table, et se jeta lui-même dans un fauteuil.

— Traiterez-vous encore de sornettes les complots qui nous environnent? Je viens d'être assassiné I

— Gomment assassiné? m'écriai-je en cherchant à quelle place avait frappé le poignard, et le sang qui allait me l'indiquer. Il était prêt à s'évanouir, et moi à sonner pour appeler du secours, lorsque, revenant à lui, il retrouva la parole.

— Vous le voyez, nos jours sont menacés, nous y passerons tous. Les miens, peu importe ! mais les jours de notre prince!... ah! sauvons notre prince!...

— Mais enfin, lui dis-je, quoi? comment?

— J'étais prévenu depuis plusieurs jours, reprit-il, que les scélérats en voulaient surtout à moi ; ils savent comment je déjoue leurs complots, et que sans moi... Dieu sait!... Eh bien, je sortais des Français; je pensais que sous cette vieille redingote et ce mauvais chapeau, je ne serais pas reconnu; mais bah! ils veillent trop bien ! Dans un endroit mal éclairé de la rue Traversière, je suis accosté par deux hommes, grands... grands... que dirai-je?... c'étaient des géants ; l'un se jette sur moi, me prend au corps et me renverse, sans que je pusse opposer la moindre résistance ; aussitôt, l'autre sort de dessous son manteau une longue épée, dont il me frappe d'estoc et de taille, donnant par ci, donnant par là. C'est un miracle que pas un de ses coups n'ait porté, et que, sauf quelques contusions, j'aie échappé à cet épouvantable guet-apens.

Ce n'était pas le moment de plaisanter le pauvre

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