LA CONSTITUTION DE L'ENTRESOL
marquis; j'étais cependant bien tenté de rire de sa crédulité.
Monsieur laissait aller ces irréguliers par bonté, et pour ne pas désobliger des personnes dévouées qui n'avaient pas trouvé d'autre emploi de leur zèle. Le petit bureau était resté où je Tavais établi, à Tentresol du pavillon de Flore, tout près des appartements que le prince occupait. Je les avais entièrement perdus de vue, quoique j'eusse lieu de croire que leurs dispositions ne fussent pas bienveillantes. Ils ne me trouvaient pas assez peureux. M. de Talleyrand se tenait mieux informé que moi, et il se moquait du petit bureau qu'il appelait : « la Constitution de l'entresol. » Quels que fussent le dévouement et le mérite personnel de messieurs de Montciel et de La Maisonfort, ils s'étaient placés dans cette position difficile où leur action ne pouvait être qu'une intrigue. Faute d'avoir cherché ou attendu les places qui ne leur auraient pas manqué, ils prolongèrent outre mesure, et même encore açsez longtemps après l'arrivée du Roi, cette action irrégulière qui embarrassa Monsieur au lieu de le servir. Après avoir été dupes de fausses conspirations, ils le furent de propositions d'affaires financières dont on leur demandait d'être les intermédiaires. La révélation en parvint à M. de Blacas et au Roi avant que ces messieurs leur en eussent donné connaissance. L'indignation fut grande. Le petit bureau fut dissous. M. de Montciel, qui n'avait pas espéré moins que le ministère de l'intérieur, se retira chez lui et ne reparut plus à la cour ; il conserva seulement avec Monsieur une correspondance où il traitait les ques-
l'2'2 MÉMOIRES DU BARON DE VITROLLES.
tiens générales de politique. Le marquis de La Maisonfort n'avait pas le choix de prendre un parti aussi fier; il courtisa la faveur, en obtint tout ce qu'il pouvait espérer, et même Toubli des mauvaises impressions que le Roi avait reçues dans cette circonstance. Il ne resta de cette intrigue qu'un de ces griefs que le Roi cherchait contre son frère, pour lui faire expier l'éclat de son administration comme lieutenant général du royaume.