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Ces pouvoirs étaient en ces termes

Nous, Charlbs PHILIPPE de France, fils de France, etc.,

A tous ceux qui ces présentes verront. Salut :

N'ayant rien de plus à cœur que de mettre un terme aux hostilités et de conclure à cet effet un acte qui détermine tontes les dispositions propres à conduire à un but désirable, Nous avons résolu de nommer un ministre plénipotentiaire qui, de concert avec le ministre ou les ministres plénipotentiaires des hautes puissances aUiées, puisse arrêter, conclure et signer tels traités, articles, conventions ou autres actes qu'il jugera convenables. En conséquence, nous confiant entièrement dans la capacité, la prudence et la fidélité de M. Charles- Maurice de Talleyrand, prince de Bénévent, Nous lui donnons plein et absolu pouvoir, commission et mandement spécial pour traiter, convenir, arrêter et signer, en qualité de ministre plénipotentiaire, avec le ministre ou les ministres plénipotentiaires des hautes puissances alliées, également munis de pleins pouvoirs, tels traités, articles, conventions ou autres actes qu'il avisera bon être ; promettant d'accomplir et d'exécuter fidèlement tout ce qu'il aura promis et signé en notre nom, en vertu des présents pouvoirs, comme aussi d'en faire expédier les lettres de ratification, en bonne et due forme, et de les faire délivrer pour être échangées dans le terme dont il sera convenu.

En foi de quoi Nous avons signé les présents pleins pouvoirs auxquels Nous avons fait apposer le sceau de nos armes.

Donné à Paris, au château des Tuileries,le dix-neuf avril mil huit cent quatorze.

Signé : Charlbb PHILIPPE.

(Et plus bas:)

Le baron db Vitrollbs.

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M. de Tallejrand prit sur lui toute la responsabilité de la négociation. Il n'en fut jamais question au conseil, et ce fut à peine si le ministre plénipotentiaire en entretint quelquefois Monsieur. L'acte fut dressé sous la forme d'armistice. C'était le mieux pour éviter les discussions, et éloigner l'idée de tout engagement ultérieur, qui pourrait compromettre l'avenirdesnégociations. Tout restait en suspens, même l'extension de territoire que nous pouvions encore espérer, car les frontières de 1792 n'étaient admises que comme limites de l'occupation. Enfin le but de faire cesser les vexations, de rétablir l'autorité et protéger les populations désolées était atteint, sans avoir souscrit à aucun sacrifice.

Cet accord fut signé le 23 avril ; je n'en eus connaissance que le 24, au matin. J'en donnai lecture au conseil qui l'admit sans aucune discussion ; et, séance tenante, il fut ratifié par le lieutenant général du royaume. M. de Talleyrand m'en présenta lui-même les minutes, pour les contresigner, au bas du noni de monseigneur, en me disant que « c'était mon droit. » La malice de cette déférence ne m'échappait pas: il ne me reconnaissait un droit que pour en infirmer de plus considérables. Suivant les règles établies, le traité aurait dû m'être remis en double copie que j'aurais présentées à la signature du souverain et fait sceller du sceau de la secrétairerie d'État. J'en aurais expédié une au ministre qui m'en aurait accusé réception, et l'autre serait restée aux archives de la secrétairerie d'État, ne vnrietur. Au milieu de si grands intérêts et de si urgentes circonstances, je ne crus pas convenable d'élever des prétentions à ce sujet. Mais

l'infraction souleva les bureaux de Tancienne secrétairerie d'État. Ils prédisaient avec raison que ces précieux contrôles, cette puissante centralisation des affaires étaient perdues, et me faisaient un crime de l'avoir souffert.

Je m'occupais davantage de la teneur du traité et des conséquences utiles que nous en devions retirer immédiatement; cet acte a été plus tard l'objet de graves reproches ^ Il nous serait facile d'en rejeter le blâme sur celui qui en avait pris toute la responsabilité; mais si l'acte était reprochable, nous aurions toujours encouru le tort de l'avoir laissé passer.

Dans ces premiers moments, on nous sut gré de notre empressement à venir au secours des grandes souffrances du pays, et l'on ne vit dans cet armistice que ce qu'il était, une convention militaire qui nous donnait le droit de faire cesser les vexations de la guerre et de protéger les populations. En effet, nous obtenions immédiatement par cet acte la délivrance du territoire de l'ancienne France de toute occupation militaire, sans admettre que cette ligne de démarcation déterminât les frontières définitives réservées à la France, ou comme dit l'acte : sanspréjuger les dispositions de la paix. . . V armistice sera suivi, le plus tôt qu'il se pourra, d'un traité de paix,.. On remettait l'administration des provinces occupées aux autorités royales ; et le terme de cette remise était celui même de la signature de l'armistice. De ce même

1. Voir dans Vaulabelle, llùtoirt des Deux KestaurationSy tome II, p. 4G, les principales dispositions de cet armistice.

{Note de Védittur.)

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moment devaient cesser toutes les réquisitions militaires. Tous nos prisonniers, quels qu'ils fussent nous étaient rendus sans échange et sans rançon. La terre et la mer étaient immédiatement ouvertes à notre commerce et à nos communications. Toutes nos places occupées ou bloquées nous étaient rendues à la seule condition que les garnisons auraient reconnu Tautorité royale. Nos places maritimes, et nos flottes partout où elles se trouveraient même dans les ports situés hors de notre territoire, nous étaient remises aux mêmes conditions; sauf la réserve des puissances contractantes de régler par le traité définitifs le sort des arsenaux j vaisseaux de guerre armés ou non armés qui se trouvaient dans ces places ou dans les ports. L'évacuation du territoire était immédiate, comme la restitution des places que nous occupions au dehors, fixée à dix jours après la ratification de l'armistice pour les plus voisines, et vingt jours pour les plus éloignées. Les garnisons françaises devaient sortir avec leurs armes, leurs bagages et toutes leurs propriétés particulières. Elles étaient autorisées à emmener trois pièces de campagne par mille hommes, au nombre desquels on comptait jusques aux malades et aux blessés. Nous laissions à la vérité la dotation de ces forteresses, c'est-à-dire l'artillerie, qui en garnissait les remparts, les munitions de guerre, etc. Mais de quel droit les aurions-nous réclamées? Le fond de ces armements était celui que les troupes françaises y avaient trouvé.

Dans cette convention absolument exceptionnelle, et telle qu'on n'en [vit jamais d'aussi favorable, nous recevions tout, et nous ne donnions rien : et encore

nous réservions-nous toutes les prétentions que nous pouvions faire valoir dans Tavenir. Que serait-ce donc si on comparait ces conditions à celles qu'impose ordinairement la victoire, et surtout à celles que faisait peser Bonaparte sur les peuples foulés sous les pieds des soldats. Les puissances coalisées semblaient oublier, dans la joie et Tétonnement de leurs succès, le droit de la guerre et des terribles représailles.

Compterait-on comme un sacrifice l'évacuation des places du nord et celles de ritalie?Nous n'avions aucun moyen de les 'défendre, aucun espoir, aucun droit de les conserver. Les puissances belligérantes pouvaient y rentrer sans coup férir. Il leur suffisait d'en masquer les portes pour recevoir nos garnisons à discrétion. En vérité toute récrimination serait risible lorsqu'on pense qu'en ce moment les armées coalisées étaient maîtresses de Paris et de la France tout entière. Nous accusera-t-on d'avoir consenti à ce que la ligne de démarcation des pays occupés jusqu'au prochain traité de paix fût fixée aux anciennes limites de la France en 1792? Il faudrait oublier ou ignorer que l'usage de pareilles conventions établit le droit de se maintenir provisoirement dans les positions occupées et que nous n'aurions pas eu à nous plaindre d'injustice ou d'abus de la victoire quand les armées alliées auraient marqué cette ligne par les points de Valenciennes, Paris, Lyon, Toulouse et Bordeaux.

Si nous obtînmes des conditions tellement différentes et bien plus favorables, nous ne pouvions pas l'attribuer à notre puissance, aux compensations que nous avions à offrir, à la crainte que nous inspirions. Devant qui les vainqueurs abaissaient-ils volontaire-

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ment leurs armes? C'était devant les droits de la légitimité rétablie, devant le grand nom de la France, et les garanties que nous donnions à leur avenir qui étaient leur sauvegarde. Ce qu'il y a de plus curieux à ce sujet, c'est que les accusations ne sont pas venues seulement de ceux qui commencèrent à discuter pour se préparer à l'opposition et enfin à l'inimitié. Lorsque, après le traité de Paris, signé dans le mois qui suivit l'armistice, le 30 mai, il s'éleva des murmures sur quelques-unes des stipulations de cet acte définitif, ceux qui voulaient se mettre à l'abri des reproches, au lieu d'en défendre les conditions comme elles pouvaient l'être, en raison et en vérité, rejetèrent sur cet innocent armistice tout ce qu'on réprouvait; et le Roi lui-même se laissa persuader que les concessions du traité définitif, qu'il avait volontairement consenties, avaient été forcées par les clauses de l'armistice, auxquelles il n'avait jusque-là rien trouvé à redire. Mais son amour-propre et sa petite jalousie trouvaient leur compte à rejeter sur son frère les fautes dont on l'accusait. Il y eut à ce sujet dans le mois de juillet des explications pénibles entre les deux frères. Elles indisposèrent Monsieur au point qu'il se retira seul à Saint- Cloud pendant plus d'un mois; une légère attaque de goutte servit de prétexte à cette séparation momentanée.

Ceux qui redoutent l'intervention légale de l'opinion publique dans les affaires d'État verront par cet exemple qu'elle ne se trompe pas moins lorsqu'elle s'exerce à l'aventure, et hors d'un droit établi; dans tous les cas, on ne saurait exiger d'elle de se taire ; mais on peut lui demander de s'éclairer.

lu MÉMOIRES DU BARON DE VITROLLES.

Dans le cours de ces négociations, il nous avait été facile de juger les dispositions favorables des puissances alliées. Les plus modérées avaient eu de bien autres prétentions; et celles qui étaient le plus animées de vengeance, — la Prusse, par exemple, — s'étaient calmées parla victoire, et assouvies par la chute de celui qui les avait écrasées jadis sous le poids de ses armes. Elles ne pouvaient pas traiter en ennemie cette France qui s'était si énergiquement prononcée contre Tennemi de tous. Enfin elles sentaient les ménagements qu'elles devaient à la dynastie royale, qui remontait sur le trône.

Ma position officielle ne me donnait aucun contact immédiat avec nos hôtes couronnés ou leurs ministres; et il ne me convenait pas de chercher des relations que j'aurais pu m'ouvrir, M. de Talleyrand étant seul chargé des négociations. Cependant, l'empereur de Russie m'avait appelé plusieurs fois, et j'avais des rapports personnels avec le prince de Metternich. Je ne laissais pas en même temps de voir quelques personnes plus ou moins influentes dans les cabinets étrangers; elles nous informaient et nous servaient avec le zèle d'une commune politique. C'est ainsi que je communiquai souvent au lieutenant général du royaume et ensuite au Roi des renseignements

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