‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 30 sur 60 · PRÉTENTIONS DU CABINET DE LONDRES · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DU CABINET DE LONDRES

que M. de Talleyrand ne donnait pas, soit qu'il les ignorât, ou qu'il voulût les taire.

L'empereur Alexandre portait dans ces conseils de l'Europe la générosité de son caractère ; s'il eût dépendu de lui seul, il aurait étendu nos frontières du côté du Rhin, et même un peu sur la Belgique. De tels agrandissements s'accordaient avec l'idée qu'i^ caressait, celle d'une alliance intime avec la France ; il la demandait plutôt à l'opinion publique qu'aux princes rétablis, et il l'aurait crue plus solide, à mesure qu'elle aurait été plus populaire. L'Autriche était, sous quelques rapports, mieux disposée pour nous; l'empereur voyait le rétablissement de la maison royale avec plus de plaisir et plus de confiance que ses alliés. Il aurait cédé quelque chose à cette considération, mais il était enchaîné par ses liens politiques et son intimité avec l'Angleterre. Il ne voulait s'en séparer à aucun prix. De là résultait une complaisance continuelle aux prétentions du cabinet de Londres représenté par lord Castlereagh. Ceux-ci, les seuls qui n'eussent rien perdu voulaient tout gagner; la chute de Bonaparte avait mis leurs prétentions à l'aise. Le bon droit, la justice que nous réclamions n'étaient pas, pour le ministre anglais, des marchandises qui eussent cours dans son pays. Il s'opposait à toute extension au delà de nos anciennes frontières, et augmentait tous les jours ses prétentions sur ce qu'il voulait garder. La Martinique était alors la seule colonie qu'il voulût nous rendre.

Dans les jours qui suivirent la signature de l'armistice, et pendant les négociations du traité définitif, j'eus une occasion de m'expliquer avec lord Castle-

reagh. Il avait eu je ne sais quel motif, de venir chez moi. Bientôt la conversation s'établit sur nos affaires. En parlant de nos colonies, je nommai l'île de France et l'île Bourbon, ne témoignant aucun doute qu'elles nous fussent rendues. Il me dit d'abord avec un peu d'embarras que le retour de ces îles à la France ne lui paraissait pas un point entièrement arrêté. J'en exprimai mon étonnement; je dis, en me conservant dans une parfaite modération que si je me reportais aux principes de justice qui avaient été proclamés comme bases du traité à intervenir, il ne me semblait pas possible d'établir le moindre doute sur la complète restitution de nos colonies déjà si réduites par la perte de Saint-Domingue, de la Louisiane, etc., etc.

Lord Gastlereagh me répondit toujours d'une manière dubitative que ces îles, placées sur la route de leurs possessions dans l'Inde, leur paraissaient nécessaires, comme une station, je crois même qu'il dit comme une hôtelleine, au milieu de cette longue navigation. Je lui répondis que j'ignorais à quel point l'utilité d'une possession pouvait servir de titre à se l'approprier; que, s'il en était ainsi, les particuliers, comme les États, seraient sans cesse menacés dans leurs droits. Il reprit que la situation de ces îles était non seulement essentielle aux possesseurs de l'Inde, mais que la guerre avait prouvé combien ces établissements étaient dangereux pour leur marine et leur commerce si on pouvait y préparer des armements ou V abriter des croisières ennemies.

— Je m'étais fait, lui dis-je, une plus haute idée de la puissance de l'empire britannique, et je ne pensais pas que le souvenir de quelques combats allât

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jusqu*à faire dévier TAngleterre des engagements pris à la face du monde ; ce serait infirmer pour un bien petit intérêt la reconnaissance que mérite son concours à la paix générale. Il me semblait qu'elle avait assez acquis par la guerre pour ne pas chercher à faire des conquêtes par la paix; et Ton ne pourrait considérer que comme une conquête, et une conquête violente ce qui ne nous serait pas rendu de nos anciennes possessions.

A ces paroles, le calme imperturbable du négociateur anglais fit place à un mouvement de colère qu'il avait peine à maîtriser. Il me dit que ce langage conviendrait mieux à un ministre, ou plutôt à un général de Bonaparte, qu à un ministre de la Restauration ; qu'il plaindrait bien sincèrement le gouvernement du Roi s'il embrassait les idées de prédominance qui avaient perdu Bonaparte ; qu'une pareille voie serait la plus dangereuse de celles qu'il pouvait suivre.

Je lui demandais si la conservation du peu de colonies qui restait à la France pourrait jamais être taxée d*esprit de conquête ou de prédominance ; que les promesses solennelles des puissances coalisées, celles de l'Angleterre, les plus formelles, annonçaient de tout autres déterminations; que bien loin de nous disputer ce qui nous appartenait, on nous devait des compensations aux agrandissements de TAngleterre: l'extension de sa puissance dans l'Inde, et la possession de Malte, du Gap de la Trinité, etc., etc.

— A quel titre voudriez-vous retenir des conquêtes que vous n'avez pas faites sur nous, mais sur l'ennemi commun ? ajoutai-je. Prétendez-vous nous faire payer le secours que nous vous avons apporté ? Il y a

un mois, vous traitiez à Châtillon, et vous auriez accepté la paix que Napoléon vous aurait donnée, douteuse, précaire, armée; trêve incertaine qui ne vous aurait pas permis de désarmer un vaisseau, à vos alliés de licencier un régiment; ou bien, en refusant la paix, vous n'aviez d'autre alternative que de continuer une guerre de désolation pour la France, et peut-être, d'extermination pour vous et vos alliés. Le Roi est venu ; à sa voix, les armes se sont abaissées ; vous avez été reçu comme amis, comme libérateurs. Encore une fois, prétendez-vous nous faire payer l'appui que nous vous avons prêté ? Je tie saurais comprendre une telle justice, une telle raison politique.

— Il serait singulier, répondit lord Castlereagh, qui avait retrouvé son beau sang-froid, que lorsque l'Europe entière reconnaît qu'elle .n*a dû son salut qu'aux efforts inouïs et persistants du gouvernement britannique, qu'il a dépensé ses trésors et versé le sang anglais pour ramener sans cesse les puissances continentales à la défense et à l'indépendance de tous; lorsqu'elle avoue que, sans notre intervention, elle n'aurait pas échappé au joug de Bonaparte et à une complète destruction, il serait singulier qu'au moment de la pacification générale, on nous refusât, non des conquêtes que nous ne demandons pas, mais la conservation de points essentiels à la sûreté de notre commerce et de nos possessions lointaines.

Le ministre britannique voulait terminer ce débat; il se contenta d'ajouter : « qu'il était fort heureux que je n'eusse pas été chargé des négociations; qu'avec les idées que je nourrissais elles n'arrive-

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raient probablement pas à bonne fin ; qu'au reste, puisque je n'avais pas reçu cette commission, il n'avait pas à discuter avec moi des sujets réservés aux seuls négociateurs. » — Le ministre britannique me quitta d'ailleurs avec les témoignages de la plus grande politesse et cette altercation ne changea rien à son obligeance et à la bienveillance de nos rapports. Il me pardonnait facilement une opinion que je ne pouvais pas faire valoir contre ses intérêts. Il sut toujours conserver dans les négociations la prépondérance qui appartenait à son pays ; mais nos déterminations, en ce qui concernait le gouvernement intérieur de la France, le touchaient fort peu. Il se fiait assez aux embarras que nous trouverions dans l'exercice du pouvoir, ou aux entraves d'une constitution calquée sur celle d'Angleterre.

Le roi Frédéric-Guillaume de Prusse n'attachait pas plus d'importance à nos concessions constitutionnelles ; il n'avait aucun intérêt à exalter par notre exemple les prétentions de ses peuples qui lui demandaient davantage comme prix du sang versé pour l'indépendance de leur patrie. Les deux personnages auxquels il avait concédé le plus d'influence dans la direction des affaires, MM. de Hardemberg et de Stein étaient auprès de sa personne au moment où nous traitions des conditions de la paix.

M. de Hardemberg avait peu de ce que l'on appelle la bonhomie allemande. Ses passions étaient ardentes, son esprit prompt, sa parole saccadée, sa volonté absolue et son caractère ferme jusqu'à la dureté. Hanovrien de naissance, il avait terminé ses études en Angleterre, considérée alors comme la

terre classique de ceux qui se destinaient aux affaires. Sa réputation lui avait ouvert de bonne heure la carrière de l'administration. Il avait été appelé à gouverner, sous Tancien et dernier margrave, le pays d*Anspach et 4^ Bayreuth, et avait passé au service de la Prusse avec ces provinces mômes, lorsque le vieux souverain, séduit par les douceurs de la vie particulière, céda les margraviats au roi de Prusse, en avancement d'hoirie. Plus tard, il attacha son nom au traité de Bâle, première défection d'un roi qui abaissait son drapeau devant la Révolution française. Appelé à Berlin au moment de l'accession de Frédéric-Guillaume III à la couronne, il fut employé dans des fonctions ministérielles et, en 1804, il remplaça M. de Haugw^itz à la tête des affaires, c'est à lui qu'on attribuait principalement le système politique adopté par le cabinet de Berlin. II prétendait tenir la balance entre les grandes puissances prêtes à s'entrechoquer, devenir l'arbitre de la paix ou de la guerre en jetant le poids de ses armes du côté qu'il jugerait le plus utile au maintien de la grandeur prussienne. C'était beaucoup de présomption pour une puissance de second ordre. Les événements vinrent encore cette fois donner un terrible démenti à cette image de la balance appliquée à la politique. Tout ce prestige de contrepoids s'évanouit en vingtquatre heures dans la journée d'Iéha. Le comte de Hardemberg fut poursuivi par la haine du vainqueur comme ayant conseillé la guerre; mais dans le fait, comme le plus capable de réparer les maux de la défaite. Éloigné de la personne du roi, il n'en conserva pas moins une grande part à sa confiance.

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L'évacuation des provinces prussiennes par les armées françaises, lui permit de revenir auprès de ce prince et, en 1810, le roi osa le rétablir dans les affaires sous le titre le plus élevé, celui de chancelier d'État. La colère de Napoléon s'était alors détournée sur M. de Stein.

L'esprit indépendant et Pâme énergique du baron de Stein se révoltaient de Toppression de sa patrie. Il avait puisé dans son éducation et dans son séjour en Angleterre des idées de liberté et de réformes monarchiques. Éloigné en 1806, il fut rappelé en 1807, au moment de la plus grande détresse, pour remplacer M. de Hardemberg à la tête des affaires. C'est alors qu'il chercha la réhabilitation de la monarchie dans de sages réformes. Il les exécuta en peu de temps, avec cette fermeté de vue et de main qui en assure le succès. Il n'en fallait pas tant pour éveiller les soupçons et la haine de Bonaparte. Poursuivi dans sa personne et dans ses propriétés par le séquestre de tous ses biens. M. de Stein emporta dans son exil les nobles passions qui s'étaient allumt^es dans son cœur, et la soif de la vengeance contre l'oppresseur de son pays. Il propagea et réunit les sociétés secrètes formées par l'indignation d'un joug insupportable. L'organisation de cette armée souterraine était adaptée au caractère sérieux, réservé et intérieur de ces peuples du nord. 11 leur donna un drapeau et un symbole politique : la conquête de rindépendance et des libertés publiques fondées sur une représentation nationale. En même temps, il se rapprochait des cours impériales d'Autriche et de Russie et ranimait leurs conseils. Il leur montrait la

certitude du succès en s'appuyant sur le mouvement populaire qu'il préparait avec tant de force et d'activité. Lorsque les couronnes du Nord furent unies dans la nécessité de leur salut, M. de Stein fut placé à la tête d'un conseil chargé de l'administration centrale des cours alliées, et mit en œuvre, avec sa puissante volonté, toutes les ressources des peuples d'Allemagne pour les faire concourir à la délivrance commune. Il administrait directement les États du roi de Saxe et de tous les princes qui avaient tardé à s'unir à la cause nationale, et il étendait sur les autres son administration réquisitionnaire, il leur demandait, en hommes, le double du contingent, armé et entretenus à leurs frais; en argent, la moitié de leurs revenus bruts payable en obligations au porteur, de trois mois en trois mois. Il fournit ainsi à la coalition plus de 200 millions, et près de 300,000 hommes, sans compter la levée en masse, Landsturm^ organisée partout à la prussienne, pour servir en cas de revers. *

Arrivé à Paris, et enflammé du succès de la cause à laquelle il s'était voué, le baron de Stein était auprès du roi. Il exigeait l'exécution des paroles royales au nom desquelles il avait soulevé les populations opprimées, et en même temps il était des plus ardents à la curée de la France ; il venait, au nom du ressentiment des maux que Napoléon avait fait peser sur eux, réclamer hautement, non des indemnités, mais une complète réparation, et plus encore, une vengeance éclatante des outrages reçus.

Les sentiments que le prince de Hardemberg avait nourris contre l'odieux abus de la victoire, étaient

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bien aussi amers. Mais dans sa position officielle, en contact avec les souverains et les ministres de l'Europe, il s* était modifié en s'associant à une sorte de raison commune qui excluait ces violentes déterminations, et le caractère du roi de Prusse y aurait luimême répugné, autant par modération que par calcul de ses plus vrais intérêts.

Pendant que nous étions occupés de nos rapports avec les cours alliées et des traités qui devaient délivrer la France et fixer notre place dans la grande famille européenne, les souverains étrangers menaient à Paris la vie de simples particuliers, sans aucune affectation de pouvoir, ni aucune apparence de royauté. Us s'étaient refusés à occuper des maisons royales, les Tuileries, le Luxembourg, et même le Palais-Royal ; simplicité de bon goût qui contrastait avec Torgueilleuse vanité de Bonaparte qui, à Vienne, à Berlin et à Moscou, foulait la demeure des rois, comme pour relever sa victoire. Us sortaient le plus souvent sans costume distinctif et quelquefois à pied, sans aucune escorte, comme s'ils eussent voulu effacer aux yeux des Parisiens l'apparence de la défaite ; ils en recueillaient le prix. La faveur publique les environnait partout dans les rues, lorsqu'ils étaient reconnus, par des cris et des vivats ; aux spectacles, par des salves d'applaudissements, et lorsque leur .présence était prévue, par des couplets en leur honneur dont l'expression, quelquefois exagérée, nous étonnait nous-mêmes. L'empereur de Russie, et surtout le roi de Prusse, aimaient à se confondre dans la foule sans être reconnus; les spectacles, même ceux des petits théâtres, leur offraient une distraction.

Ils espéraient qu'on ne leur montrerait pas la moindre distinction ; on vit même le roi Frédéric, arrivant seul aux Montagnes russes, se donner le plaisir de rouler sur ces pentes rapides dans un chariot à deux places, à côté d'une femme qu'il ne connaissait pas. Ces personnages se visitaient sans étiquette; ils se seraient volontiers mêlés à la société ; mais dans ce moment, il n'y avait aucun point de réunion ; à peine avaientils pu rencontrer quelques personnes du monde dans les bals auxquels ils se plaisaient à assister.

Frédéric-Guillaume conservait en son cœur les douloureux souvenirs de la belle et infortunée reine de Prusse, ils se représentaient à lui d'une manière singulière lorsqu'il retrouvait en d'autres femmes quelques traits de ressemblance avec celle qu'il avait perdue. C'est sous de tels auspices qu'il avait rencontré la belle comtesse de Saint A***, qu'on pouvait bien admirer, lors même qu'on ne cherchait pas en elle l'image d'une autre femme. Le roi témoigna le désir de se trouver avec elle. Ces respectueux rendez-vous furent donnés sur la terrasse des Tuileries. Le roi s'y rendait, accompagné de M. Alexandre de Humboldt, qui était son guide habituel dans Paris ; Madame de Saint A*** y arrivait à l'heure marquée avec Madame la marquise du R***, sa mère. Dès qu'il les apercevait, le roi s'avançait au-devant de ces dames, avec toutes les formes de la plus grande déférence.

— Ah! Mesdames! leur disait-il invariablement, quel heureux hasard de vous rencontrer ici I — Et cet heureux hasard recommençait tous les jours à la même heure. On se promenait quelque temps. Dans la suite, le roi obtint la permission d'aller chez la

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belle comtesse, et il lui faisait de fréquentes visites, goûtant les charmes de son esprit autant qu'il admirait sa beauté.

Nos hôtes couronnés semblaient fatigués de leurs loisirs; ils étaient étonnés de n'avoir plus les émotions de la guerre, et les occupations du gouvernement de leurs peuples. Ils trouvaient des distractions dignes d*eux en visitant les établissements publics qui, dans notre grandeur passée s'étaient accumulés dans la capitale. Presque tous avaient servi de modèle à ceux qu'on avait établis dans d'autres États. Ils les visitaient chacun séparément et en simples particuliers. Leur attention fut successivement attirée par la bibliothèque royale, le cabinet des antiques et celui des gravures, les riches collections de nos musées. Us- ne pensaient pas alors à revendiquer ceux que nous avions ramassés dans toute l'Europe. Ils respectaient ces trésors des arts, et jugeaient que personne ne pouvait disputer à la France le droit de les réunir. Il fallut de nouveaux malheurs, de nouvelles fautes pour leur inspirer l'idée de nous en dépouiller, et plutôt par vengeance que par orgueil. Le château de Versailles, la manufacture de Sèvres, les Gobelins et la Savonnerie, ne leur paraissaient pas au-dessous de la célébrité qui en avait porté les noms jusqu'aux extrémités de l'Europe. Ils allaient admirer l'administration de nos hospices, l'hôtel des Invalides et l'école militaire de Saint-Cyr, et tant d*autres établissements, tels que le jardin du Roi, le muséum d'histoire naturelle, l'église Sainte-Geneviève. Ils étaient partout reçus avec empressement ; ils y répondaient par des éloges mérités qui prou-

vaient les connaissances qu'ils avaient sur ces différentes parties de l'administration.

Le directeur générât des musées, M. Denon, accompagnait le plus souvent nos hôtes couronnés. Sa politesse recherchée et un peu mignarde en faisait le meilleur interprète de la bienveillance publique et de nos égards envers ces princes alliés. Il me rendait un compte journalier de ces prévenances et demandait les ordres de Monseigneur qui laissait toujours une entière carrière à son zèle. C'était à Thôtel des monnaies et des médailles que M. Denon attendait les illustres visiteurs pour leur payer le tribut accoutumé. On frappait devant eux des médailles à leur effigie avec Texergue qui indiquait le jour de leur visite dans ce bel établissement. On fit plus encore pour Fempereur de Russie, on retrouva à leur place les coins qui avaient servi, près de cent ans auparavant, en 1717, à marquer le jour où Pierre le Grand avait précédé dans ces mêmes lieux son dixième successeur, et on frappa devant Alexandre la même médaille qu'on avait offerte à son aïeul et une autre où la tête des deux czars se trouvait réunie ; enfin une médaille où son image était fidèlement reproduite et qui portait l'inscription en usage pour les visites des souverains.

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