CHAPITRE V
, DE BLACAS. — INTEIGUES CONTRE LA SECBÉTAI- BSRIE d'état. — CONSTITUTION DÉFINITIVE DU MnriSTÈRE. — LETTRES DU COUSIN A LA COUSINE.
Dès les premiers jours de l'arrivée du Roi, le comte de Blacas avait pris Thabitude de descendre chez moi vers onze heures, au moment où, comme il le disait, il avait couché le Roi. J'avais quitté le rez-de-chaussée du pavillon Marsan, pour faire place à monseigneur le duc de Berry. Je n'occupais pas encore l'ancien hôtel d'Elbeuf, où étaient restés les bureaux de la secrétairerie d'État. Cet hôtel, isolé sur la place du Carrousel, alors irrégulièrement dessinée, restait seul de plusieurs autres qui avaient encombré ces terrains jusque dans la cour des Tuileries. Les appartements de mon prédécesseur, le duc de Bassano, où Ton trouvait les traces de l'élégance de la duchesse, avaient été donnés pour logement à un général de Toccupation étrangère. Je m'étais placé avec deux ou trT)is secrétaires dans quelques pièces du rez-de-chaussée situées près do la chapelle, celles qui, sous le régime impérial, étaient à la disposition
du grand aumônier. C'étail là que je recevais les visites du soir de M. de Blacas.
Nos conversations se réduisaient le plus souvent à lui expliquer la marche des affaires et de Tadministration, qu'il ignorait, et à lui faire connaître les personnes en évidence. Lorsque je voulais m'élever un peu plus haut sur Tensemble de notre position, sur les projets du Roi il répondait peu ou d'une manière vague. Je me demandai d'abord si c'était par réserve, ou s'il n'était pas admis à de pareils secrets. J'eus, dans la suite, une manière plus simple de m'expliquer ce silence : c'est que je cherchais à pénétrer ce qui n'existait pas. Quelquefois, M. de Blacas mettait en avant des idées particulières auxquelles il attachait une grande importance. Il espérait prêter un nouvel éclat à la couronne, si le Roi voulait bien, d'après ses avis, donner des pensions aux littérateurs, aux savants et aux artistes distingués, non seulement en France , mais dans toute l'Europe : il n'avait retenu que cela de la grandeur de Louis XIV. La formation de la cour l'occupait plus que l'établissement de la monarchie. Au reste, dans ces entretiens journaliers, le favori ne demandait que les détails et les anecdotes qui pouvaient intéresser ou amuser le Roi. Mais il les cherchait aussi dans un cercle plus étendu.
M. de Blacas se rendait souvent chez le prince de Talleyrand. Là, il rencontrait les ministres et ceux qui se mêlaient de politique : il jugeait où en étaient les esprits, et les dispositions de chacun. C'est là que le confident du Roi trouva dans toute leur effervescence les opinions soulevées contre moi, contre ma