‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 34 sur 60 · LE MINISTÈRE DE LA MAISON DU ROI · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DE LA MAISON DU ROI

Je n'ignorais pas ces intrigues dressées contre moi, et je croyais m'en défendre mieux en les méprisant. J'aurais cependant bien su les conjurer. Au lieu de doimer tout mon temps aux affaires, j'aurais dû aller tous les jours chez le prince de Talleyrand, avoir l'air de le consulter, et faire révérence à sa vanité. Il n'en demandait pas davantage : l'apparence du pouvoir et du crédit était tout ce qu'il voulait, et ma seule présence la lui aurait donnée. J'aurais ainsi contenu la malveillance des autres. Mon absence leur laissait le champ libre. Mais, lors même qu'il s'était agi de la formation du ministère, je n'avais pas cherché à influencer le maître par des insinuations qui auraient peut-être ébranlé sa confiance en ceux qui m'étaient contraires. Je mettais mon honneur à maintenir la secrétairerie d'État comme le ministère le plus essentiel au bien de l'administration et du Roi. £n ce qui m'était personnel, je regardais ce poste comme celui qui devait le mieux servir à m'apprendre les affaires. J'étais donc éloigné d'ambitionner une nouvelle position, lors même qu'il m'était facile de l'atteindre , comme il arriva au sujet du ministère de la maison du Roi.

La formation de ce ministère s'était présentée dans mes entretiens avec le comte de Blacas. Ce ministre devait-il faire partie du cabinet, ou rester en dehors de toute responsabilité ministérielle ? Nous n'avions pas alors une idée bien nette de ce qu'étaient les conséquences de cette responsabilité : je ne pensais pas qu'on voulût jamais l'appliquer au ministre chargé des affaires particulières du prince. D'un autre côté, sa présence au conseil pouvait être utile. Lorsque

nous vînmes à parler du choix de la personne, je soutins à M. de Blacas qu'à lui seul appartenait d'occuper cet emploi. Je lui faisais envisager que sa faveur auprès du Roi serait un embarras dans les rapports de Sa Majesté avec ses ministres. Le seul moyen d'éviter ces inconvénients était de s'associer à l'administration régulière. Celle qui pouvait le mieux lui convenir était certainement le ministère intime du Roi et de sa maison. Le favori ne paraissait pas goûter mes raisons. Je crus d'abord qu'il faisait le renchéri pour se faire prier ; mais je vis bientôt qu'il avait d'autres motifs. Il m'avoua, à mon grand étonnement, qu'il ne croyait pas de sa dignité à lui, grand maître de la garde-robe, d'accepter un ministère ; qu'il n'y avait dans l'histoire de la monarchie aucun exemple qu'un grand officier de la maison eût rempli de telles fonctions : « excepté, disait^il, M. le prince de Condé, revêtu de la charge de grand maître de la maison du Roi, qui avait accepté d'être le chef du conseil pendant la minorité de Louis XV. » Tout ébahi que j'étais , je ne me tins pas pour battu. Mais le grave personnage, croyant que c'était ignorance ou incrédulité de ma part , m'apporta le lendemain un in-folio du P. Anselme pour me démontrer son assertion, pensant que je n'aurais plus rien à répondre. Malgré tout mon respect pour le P. Anselme et pour la dignité de grand maître de la garde-robe , je n'en insistai pas moins sur les motifs qui intéressaient le service du Roi. J'allai plus loin ; et, pour vaincre ses répugnances, je portai la question à Sa Majesté elle-même, et je lui dis que ce ne serait pas impunément que la personne investie de sa confiance reste-

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