II
donner : des forces et un appareil politique. Nous vîmes bientôt que tous ces généraux ne pouvaient nous y servir, et ils tombèrent à nos yeux de toute la hauteur où nous les avions placés. Ces rayons du soleil éteint nous paraissaient bien ternes, et leur gloire incontestable nous semblait appartenir plus au chef qui les avait dirigés qu'à eux-mêmes. Tous, au reste, venaient à l'envie au-devant de nous.
Le maréchal Soult, arrivé le dernier, se crut obligé d'en faire plus que les autres, soit qu'il craignit notre ressentiment pour le sang français qu'il avait inutilement versé à Toulouse, soit que, pressé de se faire des mérites auprès de nous, il voulût regagner le temps perdu. Bientôt après, à l'entrée de Monsieur dans Paris, je lui avais expédié le comte de Saint- Simon pour lui faire connaître les événements qui devaient arrêter ces luttes sanglantes. Nous l'avions ensuite rappelé du commandement de l'armée à Toccasion de quelques troubles qui y étaient survenus, et aussi à cause de la réputation d'audace et d'entreprise qu'on lui faisait. On y croyait moins à mesure qu'on le connaissait davantage. Son corps d'armée avait été réuni à celui que le maréchal Suchet avait ramené d'Espagne.
Dès son arrivée, le maréchal Soult se présenta continuellement chez moi pour me rencontrer. Je le vis pour la première fois à Notre-Dame, où nous étions réunis pour entendre le panégyrique de Louis XVL Le banc des maréchaux était précisément au-dessous du nôtre. Le maréchal était tellement touché de ce discours, que des larmes, de véritables larmes coulaient de ses yeux, et il tournait assez souvent la tête