‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 42 sur 60 · ÉLABORATION DE LA CHARTE · texte numérisé non relu

ÉLABORATION DE LA CHARTE

Charte qu'il mit tous ses soins. Martelant son esprit, consultant les modèles, et surtout les préamt)ules que Pussort avait cloués en tête des ordonnances de IjOUÎs XIV, il accoucha, avec beaucoup de travail, d'une page qui n'était pas sans mérite.

Les membres de la commission qui fut appelée à délibérer sur les articles de la Charte constitutionnelle, furent : parmi les sénateurs, MM. Barbé de Marbois, Barthélémy, Boissy d'Anglas, Fontanes, Garnier, Pastoret, de Sémonville etVimar; parmi les membres du Corps législatif, MM. Laisné, Dubois- Savary, Blancquart de Bailleul, Chabaud-Latour, Clause! de Coussergues, Gillevoisin, Duhamel, Faget de Baur, Félix Faulcon ; enfin, parmi les commissaires du Roi, M. le chancelier Dambray, M. l'abbé de Montesquiou, M. Ferrand et M. Beugnot En admettant que Tacte royal dût être discuté et délibéré à la majorité des voix d'une commission, celle-ci était composée d'hommes honorables qui, par des routes diverses à travers la Révolution, s'étaient attachés aux idées d'ordre et au retour de la monarchie qui venait y mettre le sceau.

M. Barbé de Marbois, ancien intendant de Saint-Domingue, è'était tenu à l'abri de tout rôle révolutionnaire jusqu'en 1793, époque à laquelle il avait été nommé du conseil des Anciens. Victime du 18 fructidor, il fut, à son retour de l'exil de Sinnamary, rattaché au gouvernement consulaire, d'abord comme conseiller d'État, ensuite comme ministre du Trésor. Il avait été du nombre des sénateurs qui se prononcèrent des premiers et le plus haut pour la Restauration.

M. Barthélémy», élevé dans la carrière des affaires, négociateur de la paix de Bâie, avait été appelé au Directoire, sans perdre sa réputation d'honneur et d'intégrité. Ëchappé de Texil de la Guyane, il était président du Sénat à la séance où la déchéance de Bonaparte fut prononcée.

Déjà célèbre par sa réputation littéraire, M. de Pontanes avait été membre du conseil des Cinq-Cents : il avait échappé, par sa fuite en pays étranger, à la proscription du 18 fructidor. Appelé le premier sous Tempire à la charge de grand maître de TUnivepsité, il avait épuisé toutes les formes d'éloge à TËmperour comme un sujet propre à exercer son éloquence.

M. Pastoret, sorti du département du Var, s'était d*abord montré sectateur ardent des idées nouvelles jusqu'au 20 juin 1791 ; il devint à cette époque royaliste par conscience et par remords, etfut au nombre de ceux que le Directoire poursuivait en fructidor, ainsi que le courageux président de la Convention au 9 thermidor, M. Boissy d'Anglas.

M. de Sémonville avait marqué dans les jeunes conseillers au Parlement favorables à la Révolution et ensuite l'avait servie dans les missions à l'étranger : il s'était rattaché au gouvernement établi parle 18 brumaire, avec tout le zèle de Tambition et la féserve d'un esprit subtil et prévoyant.

Courageux auteur de l'adresse du Corps législatif à la fin de 1813, M. Laisné avait osé le premier élever la voix contre une tyrannie qui ne pardonnait pas.

Mais l'œuvre royale devait-elle être soumise à un tel

Page 1