LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT
adressée au ministre compéteDt et l'autre restait déposée aux archives de la secrélairerie d'État ; garantie morale que ces pièces d'État ne recevraient aucune altération, aucune atteinte dans les bureaux des divers ministères. On verra par la suite combien ont été graves les conséquences de cette garantie perdue sous la Restauration, par la destruction successive de la secrétairerie d'État.
L'administration des télégraphes était aussi dans les attributions de ce ministère. 11 en recevait seul les expéditions, soumettait à l'Empereur, celles qui en valaient la peine et les distribuait ensuite aux ministres qu'elles concernaient ; les ministres lui adressaient celles qu'ils voulaient transmettre.
La rédaction du Moniteur^ seul journal officiel, était également soumise au ministre secrétaire d'État, et l'on y prenait tant de précautions qu'elle était tous les jours l'objet d'un travail particulier du ministre, travail qu'il ne confiait à personne. Il y faisait souvent insérer ces articles à effet, rédigés avec Napoléon lui -môme, quand il s'agissait de faire gronder la foudre, d'insulter les tètes couronnées pour les intimider, de préparer l'opinion et le plus souvent de la tromper.
Indépendamment de ces attributions spéciales et officielles, ce ministère était chargé de toutes les affaires d'urgence, de celles qui n'appartenaient positivement à aucun ministère, ou que l'Empereur en détachait pour s'en réserver le secret qu'il aurait souvent eu honte d'avouer à tout autre qu'à son dévoué complice. C'est dans cet atelier que s'élaboraient, ces dictées de premier mouvement, les notes du cabinet, les ordres improvisés, les missions secrètes; etc. Il fallait les écrire aussi vile que la parole emportée du maître, sténographie bizarre et grimoire diabolique. Un seul employé pouvait les déchiffrer et copiait ensuite impassiblement en caractères ordinaires ces élans de la pensée impériale.
Voici de quelle manière le duc de Bassano s'exprimait lui-même dans des informations confidentielles sur la secrétairerie d'État.
« Accompagné seulement de deux secrétaires, le ministre
« secrétaire d*Éiat, transportait son cabinet partout où c Napoléon faisait dresser ses tentes. II était alors aussi le « secrétaire de la grande armée ; rédigeait ses bulletins ; « faisait le travail de ses titres et dotations, et correspondait « avec tous ses cbefs d'administration. Partout où il portait « ses pas, il devait être prêt à fournir des renseignements « sur les hommes et les choses qui pouvaient mériter Tat- « tention ou piquer la curiosité de Napoléon. C'était encore « lui qui tenait le registre secret, sur lequel l'Empereur « consignait ses notes particulières sur cette foule d'hommes « qui pouvaient servir ou nuire à ses desseins. »
u II est aisé de concevoir qu*en rendant à l'Empereur de « tels services, M. Maret devait jouir auprès de lui de toute « la portion d'influence que pouvait accorder un génie, « aussi essentiellement actif et dominateur ; ajoutons qu*il « sut consolider son crédit par l'art de ne pas en abuser, « et de ne pas le rendre odieux au grand nombre de ceux « qui pouvaient voir avec peine la haute faveur dont il « jouissait. M. Marel aurait pu consoler les jalousies dont « il était l'objet, par le tableau, simplement exact, de la « nature de ses rapports journaliers avec l'Empereur : ce « n*était rien d'être chargé d'un travail qui eût été acca- « blant pour tout homme moins prodigieusement labo- « rieux ; rien, que d'y joindre le fardeau d'une immense « responsabilité morale; il fallait encore avoir bien souvent « à supporter des scèfies viveSy humiliantes même, à dévorer (( des paroles amères^ qui, pour être l'expression d'un mécon* « tentement injuste, n'en paraissaient pas moins cruelles. « Combien de fois Napoléon n'éprouva-t-il pas tous les « tourments de l'ambition trompée ! Ses chagrins rejaillis- « saient autour de lui en affronts pour ses plus dévoués « serviteurs... Cependant ces fâcheuses compensations « n'altérèrent jamais pour lui le dévouement du duc de « Bassano. »
En d'autres mains, une pareille institution aurait été utile, essentielle, si on l'avait restreinte à ses justes limites : la centralisation des affaires. Dans la complication que les intérêts publics apportent, tous les jours plus grande, au gouvernement de l'Etat, l'œuvre du souverain qui en résume