LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT
la direction^ est de ramener sans cesse la multiplicité des détails, à l^uuité de l'ensemble, comment y paryiendra*(-il s'il ne s'aide pas continuellement des moyens artificiels ou pour ainsi dire mécaniques? La combinaison des plus grandes affaires se compose de petits détails ; te sont pour ainsi dire les pas de Thomme qui le mènent au but de la carrière. Si l'on perd de vue le point de départ et la fln qu'on veut atteindre, comment s'assurer si l'on est dans la vraie direction? Les affaires n'ont de raison que dans leurs séries et dans leurs rapports on ne saurait les juger en elles-mêmes distinctes et séparées, et cependant les ministres entraînés par les exigences de leurs services, ne peuvent les présenter que pièce à pièce, suivant les besoins de chaque jour. Il en résulte nécessairement un défaut d'ordre et de proportion qu'une direction supérieur^e doit sans cesse redresser.
Mais, loin d'apprécier cet ensemble qu'ils ne peuvent se donner à eux-mêmes, les ministres ne sentent que la gêne de ce contrôle. Sous l'empire même, la pins forte volonté du maître était nécessaire pour maintenir le joug de la secrétairerie d'État, Bonaparte, qui voulait bien quelque fois raisonner l'obéissance qu'il exigeait, s'en expliqua plusieurs fois, entre autres à une séance du conseil d'État ; il se fit le défenseur de l'utilité et des attributions de ce ministère ; le compara aux cercles du tonneau qui en tient les douves unies ; il alla même au-devant des objections qu'on n'osait pas lui adresser. « Enfin, dit-il, on prétend que sous « un roi faible, le ministre secrétaire d'État serait un pre- « mier ministre ; c'est possible. Mais, à un Roi faible, il « faut un premier ministre, et celui-là vaut autant qu'un « autre. »
Sous la Restauration, la secrétairerie d'Etat a été successivement dépouillée de ses attributions. Le Roi, qui en avait compris l'importance, la soutint quelque temps contre les attaques concertées des ministres, assez pour en maintenir l'apparence, mais pas assez pour la rendre utile à son service. Ceux-ci reprirent donc le droit de présenter directement leur travail à la signature du Roi, sans qu'il en restât la moindre trace, et souvent sans discussion préalable au
Conseil K Les ministres s^entendirent très bien à isoler la secrétairerie d'État de toutes communications, de telle sorte que le Roi, les princes et les ministres d*État qui formaient le Conseil, étaient entièrement inavertis des sujets qu'on devait y traiter, et ne pouvaient en préparer la discussion. Enfin, à sa première arrivée au ministère, en 1815, M. de Richelieu ne s'informa pas seulement de ce que pouvait être pour le service du Roi, et pour lui-même, le centre d'ordre et d'unité. Il le brisa, en demandant au Roi que l'entrée du conseil des ministres fût fermée à celui qui remplissait ces fonctions. Le prétexte fut de ne pas donner séance à un membre du ministère qui, par la nature de son travail, ne partageait pas la responsabilité de lenrs actes ; mais le véritable motif, suscité à M. de Richelieu par des jalousies personnelles, était de m'éloigner.Le nouveau chef du cabinet embarrassa le Roi par la brusquerie de sa demande et il emporta d'emblée ce que toute Thabiletéel les détours de M. de Talleyrand n'auraient jamais obtenu.
Note B lettres du cousin et de la cousine
Au Rëdacleur du Journal des Débats :
Monsieur,
Nous n'avons de temps à perdre ni l'un ni Tautre. Je vous expliquerai donc, en très peu de mots, l'objet de ma lettre.
J'avais autrefois l'honneur d'être attaché à la personne
1 . Ou n'a pas lardé à en éprouver les graves inconvénients non teulemeat tes ordonnances, Uvrées aux bureaux, ont pu être altérées dans leur texte, m«is encore des nomiuaUons nombreuses surtout de l'ordre de Saint-Lout, et celei de la Légion d'honneur ont été intercalées dans les listes signées par le Roi I
d'un des princes de la maison de Bourbon. Peut-être aussi ai-je été assez heureux pour donner quelques preuves de dévouement à cette auguste famille dans un temps où il y avait sinon du mérite, du moins du danger à laisser éclater son zèle. Mais Je tâche de ne pas oublier que les Mornay, les d'Âubigné, les Grillon, les Sully, appelaient modestement cela remplir un devoir.
Je ne sais sur quel fondement on me suppose dans ma proYince un crédit dont je ne jouis pas, et auquel je suis redevable des sollicitations sans nombre que je reçois, sans pouvoir être utile à ceux qui me les adressent.
Je n*ai trouvé qu'un moyen d'échapper à cette persécution d'un genre nouveau : c'est de publier la lettre d'une de mes parentes, et la réponse que j'ai cru devoir y faire. La première est en quelque sorte un résumé de trois ou quatre cents lettres que j'ai reçues pour le même objeti Je répugne d'autant moins à la rendre publique, que je me réserve de n'en point nommer l'auteur, et, qu'à tout prendre, cette lettre ne fait pas moins l'éloge du cœur de celle qui Ta écrite, que la critique de l'esprit qui l'a dictée.
Br. de L.
« Que je suis heureuse^ mon ami, des événements qui ramènent sur letrêne nos illustres princes! Quel bonheur l Vous n'avez pas d'idée du crédit que les événements et votre séjour à Paris me donnent ici. Le préfet a peur de moi, et sa femme qui ne me saluait jamais m'a priée deux fois à dîner.
u Mais il ne faut pas perdre de temps, et nous comptons sur vous. Croiriez-vous que mon mari n'a pas cucore fait la moindre démarche pour se faire réintégrer dans sa place, sous prétexte qu'elle n'existe plus, et que sa charge a été remboursée en assignats? C'est l'homme le plus apathique qu'il y ait en France.
« Mon beau-frère a repris la croix de Saint-Louis : il ne lui manquait plus que neuf ans pour l'avoir, lorsque la révolution a éclaté. U ne serait pas juste qu'on refusât de n. 29
compter au nombre de ses services les vingt ans de troubles et de malheurs qu'il a passés dans ses terres. H compte sur vous pour lui faire expédier promptement son brevet.
« Je joins à ma lettre un mémoire en faveur de P. F..., mon lils aîné. II avait droit à la survivance de son oncle : il vous sera facile de la lui faire obtenir. Je désirerais que son frère le chevalier entrât dans la marine, mais avec un grade digne de son nom et des anciens services de sa famille. Quant à mon petit-fils G..., il est d'âge à entrer dans les pages, et vous n'auriez qu'un mot à dire pour qu*il soit placé.
<( Nous irons à Paris dans les premiers jours du mois prochain, et j'emmènerai ma fille avec moi. J'ai le désir de la placer à la cour. C'est une faveur qu'on ne refusera pas à vos sollicitations, si vous y mettez un peu de suite et de bonne volonté.
« Pensez au pauvre N..., à la vérité, il a marqué dans le temps de la révolution ; mais je vous avoue que depuis un mois il est bien revenu. Vous savez qu'il n'a rien, et qu'il est prêt à tout sacrifier pour nos maîtres. Son dévouement le porte à leur servir dans une place de préfet, et il en est très capable. Vous vous rappelez la jolie chanson qu'il a faite pour moi.
c M. de B..., fils de l'ancien intendant de la province, ira vous voir. Faites en sorte de lui être utile; c'est un ami de la famille. Si Ton ne rétablit pas les intendances, il se contenterait d'une place de receveur général: c'est bien le moins que l'on puisse faire pour un homme dévoué à son prince et qui a été enfermé six mois pendant la Terreur.
« Je ne veux pas oublier de vous recommander B... On lui reproche d'avoir servi tous les partis, parce qu'il a été employé par tous les gouvernements qui se sent succédé en France depuis vingt ans; mais c'est un brave garçon vous pouvez m'en croire : il est le premier ici qui ait arboré la cocarde blanche. D'ailleurs, il ne demande qu'à être conservé dans sa place de directeur des postes. Ayez soin de m'écrire sous son couvert.
« Je vous adresse ci-joint les papiers de mon beau-père. Il lui était dû par les États du Languedoc une somme de
45,000 fr., qai ne lui a jamais été payée. J'espère qu'on ne TOUS en fera pas attendre le remboursement, et que vous ne refuserez pas de faire usage de ces fonds, si vous éprouvez un moment de gène : ce qui n'est guère probable dans la position où vous devez être.
<c Adieu, mon cher cousin. Je vous embrasse pour toute la famille, en attendant le plaisir de vous voir bientôt à Paris.