‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 6 sur 60 · II · texte numérisé non relu

II

OÙ il demandait instamment le rétablissement de la justice prévôtale attribuée à la gendarmerie dont il était le chef, sous le titre d'inspecteur général. Le lieutenant général du royaume discuta cette question dans les meilleurs termes, et il conclut qu'une pareille mesure ne lui paraissait pas justifiée par les circonstances, tout exceptionnelles qu'elles étaient, et que, lors même que l'utilité en serait démontrée, « l'établissement des cours prévôtales devait être la matière d'une loi délibérée par les corps constitués. »

Cependant nous avions de plus heureuses conséquences à développer du retour de la paix. Tous nos prisonniers de guerre nous étaient rendus; celles de nos garnisons qui occupaient les places fortes hors de notre territoire rentraient librement. Les soldats que nous avions arrachés aux pays de nos conquêtes ou de notre occupation retrouvaient la liberté et leur patrie. Nous rendions à la Hollande ses marins et tout ce qui restait de son ancienne armée incorporée à la nôtre; à la Belgique, à l'Espagne, à l'Italie, à toute l'Allemagne leurs soldats; il y avait même des Portugais, des Croates et des Illyriens qu'on avait enrégimentés comme pionniers. Nous licenciâmes la plus grande partie de nos bataillons de gardescôtes, les quatre régiments de gardes d'honneur se trouvèrent dissous par les congés accordés à tous, on laissant à chacun le soin de faire valoir ses droits aux emplois de l'armée. Nous avions, outre cela, bien des torts à redresser : les prisonniers d'État, les exilés, les otages, les condamnés politiques français ou étrangers, à rendre à la liberté. On en comptait plus de dix mille, et il y eut un arrêt particulier

LE CONSEIL. — Avril 1814. 51

pour les délits et faits de conscription ^ Nous levâmes immédiatement les prohibitions commerciales du fameux Blocus continental, en ouvrant librement nos ports à tous les vaisseaux français ou étrangers. Les tribunaux spéciaux des douanes et du conseil des prises furent supprimés, et les effets de leurs poursuites et de leurs jugements annulés. Les droits exorbitants dont les denrées et marchandises coloniales étaient frappées, furent réduits au taux qui en permettait la vente au commerce, et la consommation au public. Les cotons en entrepôt, et ceux qui arrivaient étaient admis sur un simple droit de balance. Ce fut le premier signal de la résurrection du commerce, et les expressions de sa reconnaissance ne nous manquaient pas*.

1. M. Henrîon do Pansey, dans ses habitudes magistrales, avait insisté pour que les actes du lieutenant général du royaume, délibérés en conseil, prissent le nom d'arrêts du conseil. Il nous avait fait à ce sujet une savante définition des mots éditj ordonnance^ arrêt et décret. — Voici les motifs de l'arrêt qu'il proposa sur les délits en fait de conscription ; il est curieux de voir comment l'homme de la légalité se débat entre les prescriptions d'une loi injuste et violente, et les droits imprescriptibles de la justice morale, universelle :

oc Monsieur, frère du Roi, etc., informé qu'un grand nombre d'individus gémissent dans les prisons et dans les bagnes pour faits et délits relatifs à la conscription ; considérant que ces faits et délits dont aucun ne suppose des intentions vraiment criminelles peuvent être excusés par la rigueur excessive des'lois sur cette matière,et surtout par les mesures d'exécution, mesures toujours plus vexatoires que les lois elles-mêmes, et qu'il était permis de les éluder^ puisque purement arbitraires f elles n'étaient revêtues d'aucune sanction légale.,. J>

L'arrêt excepte de ses dispositions favorables les fonctionnaires prévenus à ce sujet d'escroquerie ou de concussion.

2. Dès les premiers jours d'avril, parmi les députations qui nous arrivaient en foule, je reçus celle do la ville et du commerce de Saint»

Les réparations des infortunes particulières aeconipagnaient autant que nous le pouvions celles que nous apportions aux malheurs publics. Je ne citerai que les plus remarquables. Nous rétablîmes dans leurs grades et honneurs les généraux Lecourbe, Carnot etLegendre. Le premier, attaché au général Moreau, avait montré tout Théroïsme du courage civil à Tépoque où la haine du premier consul poursuivait son ami. Des sentiments aussi généreux ne pouvaient être pardonnés par celui qui ne pouvait les comprendre. Il avait été rayé des tableaux de l'armée ; et, après dix ans, son exil durait encore. Le frère du général Carnot, inspecteur général du génie, avait été puni de l'opposition que son frère avait montrée aux entreprises ambitieuses du premier consul ; destitué, confiné dans sa famille, il dut aux premiers jours de la Restauration la reconnaissance des services qu'il avait rendus à son pays. Quant au général Legendre, il avait été cassé pour avoir signé, comme chef d'état-major, la capitulation de Baylen. Le général Dupont nous proposa cette faveur sans parler du motif de la disgrâce. Enfin, M. de Saint-Cricq, capitaine de vaisseau, fut réintégré dans son grade ; et M. Lecourbe, frère du général, qu'on avait arbitrairement obligé à quitter ses fonctions à la cour criminelle de la Seine, fut replacé, comme consejUer honoraire, à la cour royale de Paris.

Quentin. Ils ne savaient comment expliquer Tt^tonnant accroissement des demandes qui étaient faites de leurs produits. Ils avaient augmenté le salaire de leurs ouvriers, les faisaient travailler la nuit et n'arrivaient pas à satisfaire à ce qui leur était demandé. Ils bénissaient la Restauration.

LES ADHÉSIONS. — Avril 1814. 53

Nous recevions au môme titre tous ceux qui revenaient à nous ; et tout le monde y revenait sans exception. Le gouvernement provisoire, généralement si bénin, avait sévi contre les personnes qui avaient accompagné l'impératrice à Blois et formaient la cour ou le conseil de la régente. Un décret les avait privés seuls de rentrer dans leurs fonctions. Nous les accueillimes comme les autres, et nous autorisâmes formellement, par un arrêt du conseil, la réintégration dans leurs charges de ceux qui appartenaient à la magistrature. Les autres n'eurent aucune difficulté à reprendre leurs emplois dès qu'ils se présentèrent pour les occuper. M. le comte de Saint Âulaire, qui avait accompagné l'impératrice en sa qualité de chambellan, fut replacé dans sa préfecture de l'Aube. M. le comte de Ségur, grand maître des cérémonies, de la cour impériale, avait repris sa place au Sénat sans penser à en obtenir l'autorisation ^ Monsieur faisait mieux

1. Uni de la pins étroite amitié avec le comte Octave de Ségur, fils aîné du comte de Ségur J'avais reçu de mon ami le meilleur accueil à toutes les époques de nos relations, et lors même que sa fortune politique avait mis une grande distance dans nos positions, il continua à m'attirer auprès de lui, et je ne demandais pas mieux que de retrouver le charme de son esprit, plein de grâce et de traits.

A son retour de Blois, le comte de Ségur m'écrivit pour me deman-

que prononcer les fameuses paroles : « Rien n'est changé en France , il n'y a qu'un Français de plus. » Il en donnait la preuve en les appliquant à tout.

Pendant que je faisais confirmer les pouvoirs du comte Roger de Damas, en sa qualité de gouverneur de la Lorraine et de l'Alsace, le prince signait la nomination du maréchal « duc de Valmy » au gouvernement temporaire de Metz, à l'occasion de quelques troubles

der très solennellement une audience. Je voulais lo prévenir, mais les affaires ne m'en laissaient pas le loisir; je lui exprimai mes regrets en lui laissant le choix du jour et de l'heure où il voudrait prendre la peine de venir. Le lendemain, j'allai au-devant de lui avec l'empressement de nos anciennes relations Jusqu'à la porte par où il entrait. Je fus arrêté par trois révérences, les plus solennelles qu'eussent inventées les cérémonies impériales, et fort embarrassé du Monseigneur et de Y Excellence que M. de Ségur me prodiguait. Je le pris par la main pour rompre la glace, et, le conduisant à un grand fauteuil au coin de la cheminée, je me plaçai sur une chaise à côté de lui. Toutes mes prévenances, les témoignages de ma déférence ne parvinrent pas à vaincre sa timidité. Elle était telle qu'il fut quelque temps à se remettre et qu'il eut de la peine à articuler l'objet de sa visite. Il me présentait une lettre adressée i\ Sa Majesté, ccll y avait, me disait -il, un jour dans sa vie où le Roi l'avait appelé son ami. n me priait de lui faire parvenir sa lettre et en même temps d'être garant auprès de Sa M^esté de son respect et de son profond dévouement pour sa personne , il n'osait pas dire de son zèle à la servir. » Je fis de vains efforts pour l'encourager et le mettre à son aise. J'avais beau me rendre obséquieux, il l'était plus que moi. Enfin, je n'échappai même pas aux trois révérences cérémonieuses du départ, à chaque porte où je l'accompagnais.

Six mois après, je rencontrai le même personnage chez M. le chancelier. Il s'adressa à moi d'une voix assez haute pour être entendue de plusieurs :

— Je vous préviens, Monsieur, me dit-il, que si les choses vont de ce train, je serai l'année prochaine à la tête de l'opposition dans la Chambre des Pairs.

C'était la mesure de ce que, pendant ce laps de temps, nous avions perdu de puissance morale.

MODÉRATION DU NOUVEAU POUVOIR. — Avril 1814. 55

survenus dans la garnison de cette place. Il le nommait SOUS ce titre de duc de Valmy , qui lui était acquis en souvenir du combat où le général Kellermann avait, en 1792, dirigé ses batteries sur le quartier et les personnes des deux princes frères de Louis XVI. Et de tels actes n'étaient point concédés par mégarde, légèreté ou faiblesse, mais avec le sentiment profond de sacrifices faits à la conciliation de tous.

Tous les généraux restaient à leurs commandements, les chefs de corps à la tête de leurs régiments, et nous étions si rigoureux sur les nominations et remplacements nécessaires, que nous ne nous permettions pas d'en choisir un seul dans nos rangs^

Il est sans exemple qu'un tel événement qui bouleversait tout à coup principes, dynastie, système, enfin l'État tout entier, se soit accompli sans à peine effleurer les existences, les positions personnelles.

Du reste, il est vrai de dire que les mesures générales d'épuration sont nécessairement bornées dans un régime où toutes les parties de l'administration sont enrégimentées et centralisées. Nous avions à la vérité des officiers pour cinq ou six armées comme la nôtre ; nous aurions facilement improvisé des préfets et des sous-préfets au risque d'essayer leur capacité et de supporter leur apprentissage. Mais [avions-nous de quoi refaire à neuf une magistrature tout entière, les cours, les tribunaux et ces grands corps administratifs où dix années d'études spéciales suffisent à peine à former leurs nombreux agents? Comment remplacer les

1. C'est ainsi que le général Souham fut nommé au commandement do la 20» division militaire ; le général Beschet à celui du département des Ardennes, et tant. d'autres.

ponts et chaussées, les forêts, les domaines, Tenregistrement, les contributions directes et indirectes, etc.? Nous aurions donc été réduits à cette justice qui frappe les uns et conserve les autres suivant la nécessité. Et où en aurions-nous été si nous nous étions mis dans l'obligation de renouveler partout tous les agents du pouvoir, au moment où notre première affaire, notre devoir le plus strict était de rétablir immédiatement l'autorité du Roi, surtout dans les provinces occupées par les armées alliées? Il n'y avait pas un moment à perdre pour arriver au secours de ces populations désolées.

Cependant nos amis commençaient à nous blâmer, même sans prétention aux dépouilles ; le temps de les partager n'était pas encore venu. Nous fûmes habiles, parce que nous fûmes justes ; c'étaient de ces questions où les sentiments généreux de Monsieur lui servaient de génie. — Les préfets qui avaient quitté leurs départements envahis par la guerre, furent pour le plus grand nombre renvoyés dans leurs préfectures ^ Les sous-préfets, les cours et les tribunaux, les receveurs généraux et particuliers, enfin les employés de toute l'armée administrative furent uniformément maintenus et nous servirent à rétablir partout la marche régulière de l'administration sans secousses, sans retards, et les moindres retards auraient amené d'incalculables malheurs. Tous les déplacements de pré-

1. M. Rivet dans le département de l'Ain, M. Malouet à TAisne, le duc de Brissac à la Côte-d'Or, le comte de Rambuteau à la Loire, M. de Jessaint à la Marne, le comte de Sainte- Aulaire à la Meuse, le comte de La Vieuville dans le Haut- Rhin, M. de Flavlgny dans la Haute-Saône, etc.

LES NOUVEAUX PRÉFETS. - Avril 1814. 57

fets se réduisirent à cinq, proposés par le ministre de l'intérieur. Ils furent désignés sans acception d'opinions politiques, mais d'après l'appréciation de leur capacité administrative'.

Ils furent remplacés par des hommes honorables, auxquels la critique la plus rigoureuse n'aurait eu rien à reprocher: M. le comte Maxime de Choiseul, au département de l'Eure; M. de Ricé, à l'Orne; M. d'Allouville, à la Creuse ; M. Jules Pasquier, à la Sarthe ; le comte de Scey, au Doubs ; le comte A. Voyer d'Argenson, aux Bouches-du-Rhône; M. Siméon, au département du Nord; M. de Montlivault, aux Vosges; M. de Mézy, à l'Aube; et au départe-

1. Ceux des départements de l'Eure, de l'Orne, de la Sarthe, du Loiret et de la Creuse. Quelques autres préfectures devinrent vacantes par la position personnelle de ceux qui les occupaient, entre autres celle de Marseille, où M. Thibaudeau avait échappé par la fuite au soulèvement de la population. J'avais connu M. Thibaudeau à Marseille. A la première nouvelle de la Restauration, le peuple de cette ville se souleva contre le conventionnel régicide, et il n'échappa de leurs mains qu'à grand'peine. Il revint à Paris et se présenta chez moi.

— Je vous ai assez connu, me dit-il assez brusquement, pour invoquer votre franchise et savoir quelle est ma situation dans ce nouvel ordre de choses?

Et comme je ménageais mes expressions :

— Vous savez que j'ai voté la mort du Roi I

— Eh bien î lui dis-je sur le même ton, cela n'empêche pas que je puisse vous garantir votre parfaite tranquillité. Vous pouvez, sans aucune appréhension, demeurer en France, vous établir partout où vous voudrez, faire ce qui vous plaira. Vous ne pensez certainement pas à être en ce moment employé au ser\'ice du Roi; j'ignore ce que le temps et votre réputation d'administrateur peuvent faire dans l'avenir.

Il me remercia et partit.

ment du Loiret, le baron de Talleyrand, cousin du prince de Bénévent.

Celui-ci s'approchant un jour de moi, me dit avec une lenteur affectée :

— J'ai demandé à Monsieur, comte d'Artois, la préfecture d'Orléans pour le baron de Talleyrand, mon cousin; je veux que vous sachiez, M. le baron, que si j'obtiens cette grâce, je vous en aurai toute l'obligation. Mais si elle m'était refusée, je vous en accuserais seul.

— Je suppose, mon prince, lui répondit-je, que Monsieur est très disposé à satisfaire à la demande que vous lui avez adressée. Quant à moi, j'accepte toutes les conséquences qu'il vous plaît d'attacher au choix du prince, quel qu'il soit.

Quelques jours après, je portais à M. de Talleyrand la nomination de son cousin. Il se répandit en remerciements pleins de grâce, tout en souriant à la pensée qu'il avait eue pour réussir; il finit par une de ses plaisanteries.

— Vous avez fait d'autant mieux, me dit-il, que le baron de Talleyrand e^i né préfet.

Le service des brigades de gendarmerie fut rétabli sur-le-champ dans toutes les provinces occupées ; c'était le seul corps que nous puissions mettre en contact sans grands inconvénients avec les soldats étrangers. Protégés par la cocarde blanche, ils réprimaient autant que possible les exactions des troupes de roc^ cupation, trop accoutumées à vivre aux dépens des malheureux habitants ; et en même temps ils calmaient l'irritation et les vengeances de ceux-ci. De tels services décidèrent à porter à 20,000 hommes

LA SITUATION. — Avril 1814. .59

le complétée cette arme. On y dispersa les gendarmes d'élite, exécuteurs des œuvres secrètes sous l'empire et Ton recruta ce corps par des hommes choisis dans la garde impériale et dans l'armée, 20 hommes de chaque escadron et 40 de chaque bataillon de la garde; la moitié de ce nombre fut levé dans chaque bataillon et escadron de la ligne. Les mêmes motifs nous portèrent à former pour le service de la ville de Paris un corps de douze cents gendarmes, moitié à pied, moitié à cheval. Ce fut la première garnison de troupes françaises dans la capitale.

L'opinion nous était favorable, et la critique, qui, en France et surtout à Paris, ne dort jamais, semblait pour nous assoupie. Je le faisais remarquer à Mour sieur en lui disant que notre faveur était telle auprès du public que nous pouvions faire vingt-cinq sottises par jour ; mais qu'il fallait éviter d'en faire cinquante. L'écho des provinces nous apportait les mêmes acclamations ; cependant, leur situation était si dissemblable, que chacune nous adressait des vœux différents. L'occupation des troupes alliées et les misères qui en étaient la suite demandaient notre protection la plus prompte et la plus active ; nous avions aussi à calmer la vivacité des opinions que notre retour pouvait surexciter; enfin nous avions à réunir tous les esprits dans le sentiment commun des intérêts de la patrie.

Ces motifs m'engagèrent à proposer à Monsieur d'établir des rapports nouveaux et plus intimes avec les provinces, et à choisir à cet effet des envoyés du Roi, missi dominici^ chargés de faire connaître au peuple nos intentions et aux autorités la direction nouvelle que nous tracions à leurs devoirs. Cette mesure ne trouva d'autre opposition dans le conseil que celle de M. l'abbé de Montesquiou qui la combattit par je ne sais quelles subtilités de son prétendu bel esprit. M. Beugnot fut chargé de dresser les instructions de ces envoyés du prince sous le nom de commissaires extraordinaires du Roi. Elles furent présentées et acceptées au conseil ^

1. Le texte de cette ordonnance n'ayant jamais «Hé public^, je crois devoir le placer ici:

Nous, Charles PHILIPPE de France, etc..

Avons décrète? et décrétons ce qui suit:

Articlb premier. Il sera envoyé dans chaque division militaire une commission extraordinaire du Roi.

Sa mission aura pour objet :

1» De répandre dans le pays une connaissance exacte des événements qui ont rendu la France à ses légitimes souverains;

2*» D'assurer l'exécution de tous les actes du gouvernement pro-

visoire ;

3® De prendre toutes les mesures que les circonstances exigeront pour faciliter rétablissement do l'action du gouvernement;

4" De recueillir des informations sur toutes les parties de l'ordre public.

Akt. 2. A cet effet, les commissaires extraordinaires du Roi sont autorisés à requérir toutes les autorités civiles et militaires, et même à leur donner des ordres auxquels tous fonctionnaires ou agents publics seront tenus de déférer.

^RT. 3. Sur le compte qui leur sera rendu de la conduite qu'auront tenue dans les circonstances actuelles les divers dépositaires ou

LES COMMISSIONS EXTRAORDINAIRES. — Avril 1814. 61

Les instructions verbales que je donnai, au nom du prince, au plus grand nombre de nos envoyés lorsqu'ils se présentèrent chez moi, étaient plus explicites. Ces instructions, que je copie telles qu'elles furent écrites en 1814, renferment la pensée intime de l'administration de Monsieur :

« Répandre partout l'esprit de conciliation ; empê-

ogents de Tautorité publique, ils pourront prononcer leur suspension et les remplacer provisoirement.

Tout acte de suspension ou de remplacement provisoire devra être immédiatement, avec un rapport motivé et les pièces à Fappui, transmis au commissaire du ministère qu'il concernera et qui sera, selon les cas, chargé de rendre ou de provoquer la décision définitive.

Art. 4. Ils pourront mettre en liberté des individus qui auront été arbitrairement arrêtés pour des faits politiques, s'ils ne sont détenus en vertu d'arrêts lancés par les procureurs généraux pour d'autres faits.

Art. 5. Ils feront provisoirement cesser toutes poursuites, amendes» arrestations et autres mesures semblables, qui pourraient avoir été ordonnées pour fait de conscription militaire, sans cependant que les ordres qu'ils seront dans le cas de donner à ce sujet puissent avoir aucun effet rétroactif.

Art. 6. Ils feront cesser l'effet de toutes réquisitions, perceptions, travaux, inondations ou autres mesures extraordinaires ordonnées par le dernier gouvernement, dans le seul objet de prolonger la guerre.

Art. 7. Ils correspondront avec le commissaire de l'intérieur pour Tensemble de leur mission, et avec les commissaires des divers miuistères pour les objets de leurs attributions respectives.

Charles PHILIPPE.

Le comte Hbuonot, Commissaire provisoire au ministère de l'intérieur.

Le baron dk Vitrollls, Ministre secrétaire d'Etat provisoire.

cher les expressions, si ce n'est les sentiments de reproche .contre les personnes qui viennent franchement à nous, quelque part qu'elles aient prise à la révolution, quelque dévouement qu'elles aient montré à Tempire.

« Imposer la plus grande modération à ceux dont nous venons de relever les espérances ; leur faire connaître les grands motifs des sacrifices que nous devons à l'union de tous. Nous ne sommes heureusement arrivés ni par la force, ni par la conquête, mais parles vœux unanimes des Français. Il n'y a ni vainqueurs, ni vaincus, et nous ne reconnaissons partisans de la royauté, si miraculeusement rétablie, que ceux qui entrent dans nos vues ; et à ceux-là est réservé l'avenir.

« Montrer la plus entière confiance aux autorités que nous acceptons comme nôtres, leur donner appui et considération aux yeux de tous.

« Faire comprendre à tous les agents de l'autorité publique que les temps de la violence sont passés, que nous voulons obtenir l'ordre et la soumission aux lois, comme on l'obtient des hommes libres par les sentiments de la justice du bien public et par l'amour des peuples. C'est en remplaçant la rudesse de leurs rapports par les formes de la bienveillance qu'ils feront le mieux sentir à leurs administrés le changement des principes qui nous dirigent.

« Rassurer les intérêts que notre retour pouvait

. inquiéter, et particulièrement les acquéreurs de biens

nationaux, en leur garantissant qu'aucune mesure

législative n'ébranlera le principe de leurs propriétés,

mais que le Roi verrait avec satisfaction les concilia-

LES COMMISSIONS EXTRAORDINAIRES. — Avril 1814. 63

tiens qui se feraient par des traités particuliers, entre les anciens et les nouveaux propriétaires, seul moyen de rendre possible la solution de cette question la plus irritante de celles que nous ayons à résoudre. »

Enfin je demandais à nos envoyés de se préoccuper surtout des moyens d^alléger les fardeaux qui pesaient sur le peuple; de s'instruire comment on rendrait plus légère la perception des impôts de consommation ; comment on soulagerait par le système de recrutements volontaires la levée des conscriptions. Ces deux points tenaient le premier rang dans la pensée de Monsieur. Les promesses, peut-être indiscrètes qu'il avait faites, à ce sujet pesaient incessamment sur sa conscience délicate.

Cependant le ministre de Tintérieur ne voulait pas prendre sur lui tout seul le choix des noms et le contrecoup des amours-propres. Il me demanda de faire ce travail avec lui, bien moins pour me consulter que pour échapper à l'irritation des vanités blessées, et la rejeter sur moi. Les prétentions sont innombrables quand personne n'a de droits acquis. Dans la pénurie de réputations où nous étions réduits, nous adoptâmes comme principe de partager ces missions entre les hommes du régime précédent et ceux qui appartenaient naturellement à la Restauration.

En arrivant chez moi M. Beugnot qui plaisantait d^autant plus volontiers que les affaires étaient plus sérieuses, frappa sur un gros almanach impérial qu'il portait sous le bras.

— Vous allez me donner vos honnêtes gens, me dit-il, et moi je vous donnerai mes coquins ; nous ferons une belle besogne.

Âpres un travail de plusieurs heures, nous dressâmes une liste semblable à toutes celles qui se font précipitamment, lorsque personne n'est particulièrement désigné à des fonctions improvisées ; je le sentais avec peine; mais pour me rassurer, M. Beugnot se récria sur la beauté de Tœuvre accomplie ; et il se mit à plaisanter sur nos élus de telle sorte qu'on n'aurait pas dû en conserver un seul. Parmi ceux que nous appellions les nôtres plusieurs furent choisis dans les officiers attachés à la personne du prince ; c'étaient pour ainsi dire, des légats a latere; les autres d'après leur nom et leur honorable réputation. Enfin, quelques-uns par nos rapports particuliers avec eux. Ceux que nous empruntions à l'empire étaient, au premier rang, le prince architrésorier, duc de Plaisance, et deux maréchaux. Ensuite trois généraux inspecteurs, un ancien ambassadeur, un conseiller d'État, un président de la cour impériale de Paris.

Ces nominations ne furent point portées au conseil nous pensions dans ce temps que le choix des personnes devait être réservé sans contrôle à la désignation royale. Nous avions tort; mais en style constitutionnel, personne n'en savait plus que nous : je présentai ces nominations à la signature du lieutenant général du royaume qui n'y fit aucun changement.

Les commissaires extraordinaires du Roi étaient :

Le duc de Doudeauville, ancien émigré, à Mézières ; le maréchal Kellermann, duc de Valmy, à Metz ; le comte Roger de Damas, à Nancy ; le chevalier de Lassalle, en Alsace: le marquis de Champagne, enFranche- Comté ; le comte Auguste de Juigné, à Grenoble ; le comte Bruno de Boisgelin, à Aix et à Marseille.

LES COMMISSAIRES EXTRAORDINAIRES. — Avril I8U. 65

Le vicomte d'Osmond fut nommé par erreur de titre à la place du marquis d'Osmond son frère; Monsieur avait désigné celui-ci comme une personne dont le choix serait agréable au Roi. Le vicomte mit tout Tentêtement du point d'honneur à ne pas céder l'emploi que nous avions destiné à son frère aîné. Il alla remplir ces fonctions à Montpellier ; le marquis d'Osmond fut bientôt après nommé, par le Roi, ambassadeur à Londres. — Le comte Jules de Polignac, aide de camp du prince, fut envoyé à Toulouse. Le général comte Dejean, inspecteur général du génie, fut chargé de la division militaire de Bordeaux. Le comte de Perrière fut envoyé à Rennes. M. Bégouin, conseiller d'État honoraire, à Rouen. Le troisième consul, Lebrun, celui qui avait été prince architrésorier de l'empire, se rendit à Caen; le maréchal Mortier, à Lille. Le général Nansouty, colonel général des dragons, avait eu le commandement de la garde impériale dans la campagne de 1814 ; il s'était rattaché à la cause royale aussi loyalement qu'il avait servi à la tête des armées; on l'envoya à Dijon. Le comte Alexis de Noailles, aide de camp de Monsieur, fut désigné pour remplir les fonctions de commissaire extraordinaire du Roi à Lyon. Le comte de Marescot, général du génie, victime innocente de la capitulation de Baylen, fut envoyé à Périgueux. M. Otto, né à l'étranger, avait eu en France une longue carrière diplomatique ; envoyé à Londres en 1802, il avait eu la fortune de signer les préliminaires de paix avec l'Angleterre; plus tard il fut envoyé à Munich, et enfin avait été nommé ambassadeur à

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