II. s
Vienne à l'époque du mariage de Marie-Louise ; nous le désignâmes pour se rendre à Bourges.
Nos envoyés furent reçus partout et surtout dans le Midi avec toute la faveur de Topinion, mais avec des nuances très marquées : les noms royalistes réussirent parfaitement dans TOuest et le Midi, et ceux qui tenaient au régime passé furent accueillis plus froidement, et même avec un peu d'inquiétude. Ces braves gens ne comprenaient pas que nous eussions besoin d'hommes qui avaient servi un régime détesté. Dans les provinces de l'Est, et surtout celles qui avaient été ravagées par la guerre, on les considéra simplement comme* des autorités françaises qui allaient s'interposer pour faire cesser les désordres et les vexations qu'on éprouvait de la part des autorités civiles, et des commissions militaires étrangères.
Nous ne fûmes pas longtemps sans recueillir les premiers fruits de nos droites et loyales intentions. L'armée était plutôt étonnée qu'ennemie. Ses chefs, maréchaux et vieux généraux, se rattachaient parfaitement à un système qui acceptait leur gloire militaire et leur donnait la perspective de jouir avec dignité de leurs honneurs et de leur fortune. Les soldats, en plus grand nombre, ne demandaient qu'à retourner dans leurs foyers; seuls les jeunes gêné* raux et les colonels, qui rêvaient les grandes existences que la guerre ne leur avait pas faites encore, voyaient avec chagrin cette paix universelle qui brisait leurs espérances* Tout le clergé, toute la magistrature se trouvaient par leurs sentiments et par le caractère de leurs institutions, bien plus d'accord
LES COMMISSAIRES EXTRAORDINAIRES. - Avril 1814. 67
avec notre principe monarchique. C'était pour eux l'ordre naturel. L'administration en générai, et toutes les administrations particulières, avaient passé à nous avec toute leur organisation régulière et indissoluble, et les préfets, accoutumés à l'obéissance passive, ne demandaient qu'à continuer au nom du Roi les fonctions qu'ils avaient reçues du gouvernement précédent.
Mais le bien produit par l'arrivée des commissaires extraordinaires fut passager, parce que les ministres nommés à l'arrivée du Roi ne leur prêtèrent aucun appui, et particulièrement M. l'abbé de Montesquiou, qui s'était montré opposé à cette mesure. Devenu ministre de l'intérieur, il négligea de correspondre avec les commissaires, ne donna aucune attention à leurs rapports, se refusa à toutes les demandes qu'ils faisaient dans l'intérêt du service du Roi ; il leur enleva le crédit qui leur était nécessaire pour accomplir leur mission. Les commissaires perdirent le patronage qu'ils devaient exercer dans les provinces, comme intermédiaires des sentiments du Roi, et, par contrecoup, l'autorité nécessaire pour arrêter les prétentions des étrangers et leurs exactions dans les provinces.