‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 14 sur 47 · LE SALON DE MADAME DE VAUDEMONT · texte numérisé non relu

LE SALON DE MADAME DE VAUDEMONT

Le nom de Bourbon revenait quelquefois; mais plutôt indiqué que prononcé. — Un soir, on parlait, devant la marquise de Coigny, de voyages, dé retour, et elle comprenait à merveille nos sous-entendus.

— Ohl pour moi, dit-elle,, avec le son aigre de sa voix, je n'aime pas les revenants.

Une personne, choquée de cette affirmation dédaigneuse, et faisant allusion à Tavarice de la marquise, prit la parole à son tour.

-— Madame aimerait cependant les revenant-bons?

Elle assura que non.

— Allons, allons, madame, vous aimerez les revenus.

Je ne cite ces mauvaises équivoques que pour faire juger quel était à cette époque l'esprit de la société.

Il faut bien dire que, jusque-là et bien plus tard encore, personne ne croyait à une restauration, excepté ceux qui avaient à cœur de la faire. Il n'y a de foi que lorsqu'il y a de l'espérance. S'il m'arrivait, pour sonder les opinions, de questionner quelqu'un sur les chances de l'avenir, je ne trouvais celle-ci dans les idées de personne. Je ne parle ici que de la société de Paris, la société bavarde, insouciante, qui brise les caractères et se rit des sentiments généreux. L'élan de la France, et particulièrement les événements du Midi et de l'Ouest firent voir bientôt combien les cœurs s'étaient ouverts à l'espérance de nos princes légitimes. Mais à Paris, il n'en était pas ainsi. J'en fis l'expérience entre autres, auprès d'un commensal de madame de Vaudemont, le comte de Montlivault, mon confrère en émigration. A- la vérité. Il était alors intendant de l'impératrice Joséphine, ce

qui pouvait bien lui troubler un peu la vue. Quand je vins à lui présenter le retour de nos princes comme une des prévisions admissibles, il en parut aussi étonné que si je lui eusse parlé de la résurrection de Louis XIV, et il me regardait avec une sorte d'inquiétude sur l'état de mon cerveau. C'était au mois de février 1814.

Cependant les craintes de Napoléon étaient plus éveillées que nos espérances ; et ses inquiètes prévisions sur les dispositions des puissances dépassaient l'hostilité de leurs projets. — Le 13 janvier, M. le duc de Vicence attendait à Lunéville la réunion du congrès annoncé. M. de la Besnardière était, en l'absence du ministre, chargé du portefeuille des relations extérieures, et il lui écrivait : « Sa Majesté « m'ordonne encore d'informer Votre Excellence « que la lettre de l'empereur à son auguste fille e$t « à peu près dans le sens de celle de M. de Metter- « nich ; que l'empereur proteste de nouveau que , « quels que soient les événements, il ne séparera « jamais la cause de sa fille et celle de son petit-fils, « de celle de la France. Comme cela peut avoir trait « à des projets conçus par dC autres puissances en faveur « des Bourbons^ il importe de ne montrer à cet égard « aucune crainte, et de faire entendre que les Bour- « bons, mis en avant, ne serviraient qu'à réveiller (( des sentiments bien opposés aux espérances de « leurs partisans; et que, si un parti pouvait se

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