SOUPÇONS DE NAPOLÉON
« former en France, ce serait uniquement celui de la « Révolution, vulgairement appelé des Jacobins. »
Le même M. de la Besnardière, faisant connaître à M. de Caulaincourt les intentions de Napoléon au sujet des négociations, lui écrivait le 19 janvier : « La « chose sur laquelle Sa Majesté a le plus insisté et « est revenu le plus souvent, c'est la nécessité que « la France conserve ses limites naturelles. C'était là, « m'a-t-il dit, une condition sine quânon... la France, (( sans les départements du Rhin, sans la Belgique, « sans Ostende, sans Anvers, ne serait rien. Le « système de ramener la France à ses anciennes fron- « tières, est inséparable du rétablissement des Bour- « bons, parce qu^eux seuls pommaient offrir une garantie « du maintien de ce système^ et l'Angleterre le sentait « bien, Avec fout autre, la paix sur une telle base « serait impossible et ne pourrait durer. »
La force de conception de Bonaparte lui faisait envisager les rigoureuses conséquences que ses ennemis n'apercevaient point encore et personne en France ne les voyait.
Cependant, une circonstance inattendue servit à nous donner un peu de mouvement, en ajoutant une haine nouvelle aux anciennes haines accumulées. Vers le !•' janvier 1814, la duchesse de Dalberg, dame du palais de l'impératrice, alla faire sa cour à l'occasion du nouvel an. Bonaparte, arrivant à elle, lui adressa, devant tout le monde, l'allocution la plus brutale sur ce qu'il appelait les mauvaises intentions de son mari. Il lui reprocha son ingratitude, menaça de le dépouiller, de lé chasser de France et cela dans les termes durs et grossiers dont il usait en pareil
cas. Cet élan de fureur avait été provoqué par des lettres interceptées où Dalberg, écrivant à un préfet de ses amis, le comte de Kergariou, prévoyait des revers dans la campagne qui s'ouvrait en Hollande. Aux yeux des tyrans, prévoir, c'est désirer. — La pauvre jeune femme, déconcertée, ne répondit que par ses larmes; mais elle conserva un ressentiment qui la mit encore plus dans nos intérêts. Elle y porta cette vivacité de sentiments qui appartient aux femmes. Dès ce moment, elle et sa sœur, madame de Marescalchi, aidèrent à entraîner Dalberg, tout ce qui l'environnait marchait avec lui et plus vite que lui.
Dans cette impatiente inactivité, je demandai à mon complice de presser M. de Talleyrand, de le réchauffer, de le décider. Mais je le connaissais mal. C'était l'homme qu'on ne pouvait ni réchauffer, ni décider. Le duc de Dalberg me rapportait des expressions de haine contre l'empereur, des vœux ardents contre sa personne et son pouvoir; mais jamais des partis pris ou à prendre. Celui de la restauration n'était pas le seul qu'il admît; il ne l'aurait même pas choisi s'il en avait trouvé un autre aussi favorable pour renverser l'ennemi public. Quelquefois même il semblait s'en effrayer.
— Et puis, comment seront-ils pour nous? avait-îl dit à mi-voix.
— Auront-ils oublié la messe du 14 juillet? aurait dît plus crûment l'abbé Louis en pareille occurrence.
Tout se perdait en paroles; les conspirations de ialon commencent et finissent en observations* —