LE SÉNAT ET LE CORPS LÉGISLATIF
D*ailleurs, aucune issue ne s*ouvrait devant nous. Les nouvelles, vraies ou fausses, nous arrivaient confuses, comme des bruits incertains. On aurait dit que ce n'était pas de nous qu'il s'agissait, ou plutôt la tyrannie nous avait dégoûtés de nos plus chers intérêts. Peu de monde s'en occupait. On désirait la paix avant tout; mais on obéissait à la guerre; on se lassait même de faire des vœux toujours inutiles et souvent dangereux.
Maret, duc de Bassano, soutenait le parti de la guerre, en courtisan qui devine et caresse les mauvais penchants de son maître. M. de Talleyrand et M. de Gaulaincourt s'étaient prononcés pour la paix, l'un par esprit d'opposition, l'autre pour le bien de son pays et par conviction.
Au moment où il se vit contraint de paraître désirer la paix, Bonaparte avait appelé le duc de Vicence au ministère des relations extérieures. Il se couvrait de la bonne foi de son ministre, qu'il trompait pour mieux tromper l'Europe. Il n'y eut de vrai dans les négociations de Napoléon que les intentions de M. de Gaulaincourt. Mais il fallait aussi tromper la France ; l'empereur réunit donc le Sénat et le Corps législatif, instruments jusque-là serviles entre ses mains. Les documents qui leur furent communiqués nous révé^ lërent l'état des négociations. Nous connûmes ainsi positivement les ouvertures de paix faites le 9 novem- . bre par les souverains coalisés. Elles nous assuraient après de si grands revers, ce qui aurait pu nous satis» faire après des victoires. Dans ces conférences, les Cabinets alliés avaient dit « qu'ils étaient unanime^ « ment d'accord sur la puissance, sur la prépondérance
« que la France devait conserver dans son intégrité, (( en se renfermant dans ses limites naturelles . le <c Rhin, les Alpes et les Pyrénées. » L'Angleterre s'était réunie à ces intentions pacifiques, et lord Aberdeen avait dit : « Nous rendrons à pleines mains, n
La proclamation du 1" décembre devint également publique. Dans ce manifeste de guerre, les puissances demandaient la paix et montraient quelles concessions elles eussent faites pour l'obtenir. Elles déclaraient formellement :
(( Qu'elles ne faisaient pas la guerre à la France, (( pas même à Napoléon, mais à cette prépondérance « que, pour le malheur de l'Europe et de la France, « l'empereur Napoléon a trop longtemps exercée en « dehors de son empire... Qu'en arrivant sur le Rhin, « elles ont offert la paix, fondée sur l'indépendance « de l'empire français, comme sur l'indépendance « des autres États de l'Europe. Les souverains alliés « désirent que la France soit grande, forte et heurt reuse, parce que la puissance française, grande et « forte, est une des bases fondamentales de l'édifice « social. »
Ces intentions manifestées par les souverains alliés, où la morale semblait pour la première fois donner la main à la politique, furent hautement louées par les rapporteurs de la commission du Corps législatif et même, devant l'assemblée, par M. Regnauld de Saint- Jean-d'Angély, commissaire de l'empereur. Personne n'éleva un doute sur la bonne foi qui les avait dictées. La commission du Sénat, malgré l'abjecte servilité de ce corps, ne put s'empêcher de demander dans son adresse la paix et quelques garanties de liberté. Il y