‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 17 sur 47 · LE SÉNAT ET LE CORPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

LE SÉNAT ET LE CORPS LÉGISLATIF

a un dernier degré de honte que personne ne veut affronter. M. de Fontanes, qui empruntait ses opinions, sa soumission et ses modèles au siècle de Louis XIV, avait rédigé cette adresse dans son style pompent et élégant :

« Vous avez cru sans doute, Sire, que la puissance « s'affermit en se bornant, et que Tart de ménager le « bonheur des peuples est la première politique des « rois... Obtenez la paix par un dernier effort, digne « de vous et des Français, et que votre main, tant de « fois victorieuse, laisse échapper les armes après avoir « signé le repos du monde. Tel est, Sire, le vœu du a Sénat, le vœu de la France, le vœu de Thumanité. »

La commission du Corps législatif, dont M. Laine était le sévère et courageux organe, exprimait plus hautement les vœux du pays.

« Il faut, disait-il, faire entendre les vœux du peu- « pie pour la paix et ses gémissements contre l'op- « pression... Les moyens pour asseoir la paix sur des « bases durables seront efficaces... si les Français « sont convaincus que leur sang ne sera versé que « pour défendre une patrie et des lois protectrices. « Mais ces mots de paix et de patrie retentiraient en « vain, si Ton ne garantit les institutions qui promet- « tent les bienfaits de Tune et de l'autre... Il paraît « indispensable à votre commission... que Sa Majesté . « soit suppliée de maintenïî* rentière et constante exé- « cution des lois qui garantissent aux Français les droits « de la liberté y de la sûreté^ de la p'opriété, et à la nation « le libre exercice de ses droits politiques, »

Cette adresse fut votée par 223 voix contre 51.

Ces expressions étaient les premières dépuis bien

des années qui eussent dit les vœux et les griefs du pays. Elles n*eurent qu'un faible retentissement dans le pays, tant les esprits étaient devenus étrangers aux intérêts publics. Mais elles furent pour nous une nouvelle et complète certitude que nos sentiments et nos efforts étaient parfaitement conformes aux sentiments et aux vœux de la France entière. Conspirer est un droit lorsque la conspiration tend à réaliser les vœux d'un peuple légalement et universellement exprimés ; mais conspirer est un crime lorsqu'on veut faire triompher par la violence des opinions partielles ou des intérêts particuliers.

' Bonaparte interrompit brusquement la session et s'expliqua sur ce qui s'était passé à sa manière, en termes brutaux et familiers. Je laisse à d'autres à admirer la raideur de cette fibre corse. La France éplorée, lui demandant de faire cesser les calamités qui la menacent, de la préserver de l'invasion, ne pouvait l'émouvoir. Son cœur ne s'était jamais ouvert à un sentiment généreux, et il ne sacrifia jamais aux vœux publics le moindre intérêt de son ambition.

Cependant, l'armée de la coalition avait passé le Rhin le 21 décembre. Le prince de Schwartzemberg adressait en même temps une proclamation aux Français, datée de Laerach ; elle exprime les mêmes sentiments que le manifeste des souverains. Celle de Blûcber au3t habitî^nts de Is^ rive gauche était plus acerbe

Page 1