‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 18 sur 47 · NÉGOCIATIONS AVEC LES ALLIÉS · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC LES ALLIÉS

et plus soldatesque. Mais même alors, ces démonstrations hostiles n'avaient d'autre but que la paix, et, quelque nombreuses que fussent leurs armées, les alliés craignaient de porter la guerre au sein de la France et auraient voulu Téviter à tout prix.

Bonaparte seul était opposé à la paix. Pressé par ces vœux unanimes, il appela Tastuce à son secours. Il avait eu l'air d'accorder aux instances du duc de Vicence l'acceptation des propositions de Francfort comme base des négociations à intervenir; il fit partir son ministre dans les premiers jours de janvier. Le congrès annoncé à Mannheim servait de prétexte; mais pénétrer au quartier général des souverains était le but. Il espérait encore dénouer par ses intrigues le lien de la coalition ^ Ce chemin fut fermé à M. de

1. Napoléon fondait de telles espérances pimcipalement sur le crédit personnel de M. de Caulaincourt auprès de l'empereur Alexandre. Le duc de Vicence avait été pendant plusieurs années ambassadeur à Saint-Pétersbourg. U y fut bien accueilli lorsque l'empereur Alexandre, après une minutieuse et sévère enquête des ministres russes en Allemagne, eut acquis la certitude que M. de Caulaincourt n'avait point été l'agent de l'inique attentat contre la personne du duc d'Enghien. Il dut par la suite à ses qualités personnelle la considération que lui accorda le czar.

J'en citerai un témoignage certain et peu connu; je le tiens du comte de la Ferronnays. Il en avait retrouvé à Saint-Pétersbourg les documents officiels enlevés de Paris en 1815.

A la fin de 1811 et au milieu des préparatifs de la campagne de Russie, Napoléon voulant éloigner de l'esprit d'Alexandre toute inquiétude, pour en éloigner toute précaution, adressa de son cabinet à son ambassadeur à Saint-Pétersbourg une note verbale, destinée à être communiquée à l'empereur de Russie. Il voulait lui prouver que les immenses préparatifs qu'il ne pouvait plus dissimuler n'avaient d'autre but que d'écraser d'un seul coup l'opiniâtre résistance du peuple espagnol, — Le duc de Vicence demanda une audience à

Caulaincourt ; on le laissa attendre aux avant-postes, sous divers prétextes, jusqu'au moment où la réunion du congrès à Châtillon fut décidée.

Dans une telle situation, qu'avaient à prévoir, qu'avaient à faire ceux qui conservaient quelques généreux sentiments? Il était évident que Bonaparte ne consentirait jamais à une paix imposée par les succès de l'ennemi, au milieu de la France envahie. Il pousserait jusqu'au bout les chances de la guerre et les violences qu'elle commanderait. L'armée ne l'abandonnerait pas, par point d'honneur encore plus que par attachement pour sa personne, et aussi parce qu'elle n'eût su en quelles mains confier les destinées de la patrie. La France se retirait de lui; mais elle était trop pliée au joug pour se relever tout à coup.

Tempereur Alexandre, et lui donna une première, puis une seconde lecture de la note verbale.

Alexandre, après avoir écouté avec la plus grande attention, dit qu'il aimerait bien à croire aux assurances qui lui étaient données; mais que toutes les informations les plus positives, et qui lui parvenaient de toutes parts démentaient entièrement le contenu de la note; et après l'avoir discutée avec lui-même (car l'ambassadeur s'était renfermé dans le texte officiel), le czar l'interpella.

— Vous voyez combien j'ai de motifs de ne point croire aux assertions de Napoléon. £h bien I je commencerai à y prendre confiance si vous, M. de Caulaincourt, vous pouvez m'affirmer sur l'honneur que vous y i^outez une foi pleine et entière.

A ces mots, le duc de Vicence salua le czar et se retira sans répondre. Il fit plus; rentré chez lui, et dans le silence de son cabinet, il prit la plume et rendit compte à son redoutable maître de toute l'audience, sans oublier le dénouement. Pour apprécier ce qu'il y avait là de hauteur de caractère, il faut se rappeler l'état d'abaissement auquel Bonaparte avait réduit les premiers agents de son pouvoir, et jusqu'à quels emportements allait la violence de sa colère.

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