‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 3 sur 47 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

public et aviser aux moyens à prendre. Après bien des angoisses, bien des espérances trompées, bien destentatives avortées, M. dé VitroUes parvint à rentrer en France par Bâle et alla se cacher près de Ruremonde, en Flandre, dans la famille de sa femme. Ce fut là qull attendit, dans la retraite, sa radiation de la liste des émigrés. Le 18 brumaire vint à propos en fournir l'occasion, et il retrouva en même temps sa liberté et sa patrie. Par malheur, il ne retrouvait pas sa fortune. Pendant son absence, le séquestre avait été mis sur ses biens; et, la révolution terminée, il se voyait disputer la possession des débris d'une assez grande terre presque inculte et d'une assez bonne habitation totalement démeublée. Il fallait réparer Tune, remettre l'autre en valeur et poursuivre contre les trois communes de la vallée de VitroUes un procès difficile, pour obtenir la restitution d'une partie du domaine usurpé par elles. M. de VitroUes ne se laissa pas décourager. « Ma vie « était assez douce, » a-t-U écrit à propos de cette période de sa vie, «je faisais beaucoup de projets et j'en exécu- « tais peu parce qu'ils étaient plus grands que ma force tune qiii, en ce moment, se trouvait réduite à très « peu de chose. J'avais trente ans, des restes d'affaires « malheureuse's à Paris, une succession à disputer à (c Dûsseldorf, et de plus, un esprit qui ne pouvait pas « se décider à se séparer entièrement du monde, et un « cœur qui voulait retrouver de tendres amitiés que je « venais souvent chercher à Paris. » — On le voit, malgré des tracas multiples, des procès, tous les inconvénients d'une fortune réduite, le jeune homme éprouvait encore de la joie à revivre dans sa patrie, et à cultiver d'anciennes affections parmi lesqueUes je note

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en passant le comte Octave de Ségur, et Maurice Dupin, le père de George Sand '. — Il trouvait enfin le temps de se rendre utile à ses compatriotes en acceptant diverses fonctions qui ne diminuaient pas ses labeurs et n'augmentaient pas ses revenus. Il fut, sous Tempire, conseiller général des Basses -Alpes et maire de la commune de VitroUes. Le gouvernement impérial ne tarda pas à reconnaître en lui un de ces hommes qu'il vaut mieux avoir pour amis que pour adversaires ; il lui fit offrir un titre de baron et une sinécure assez mince ; M. de VitroUes avait déjà le titre, et il n'accepta la sinécure qu'à son corps défendant, comme il le raconte lui-même dans ses Mémoires. Ce ne fut pas là une des moindres maladresses d'un régime prompt à en commettre, n ne suffit pas, pour s'attacher un homme de mérite, de lui faire une part quelconque dans le budget ; et il aurait fallu employer, comme le fait remarquer M» Thiers, autre chose que des « demifaveurs » pour gagner le cœur de l'ancien émigré.

En somme, l'Empire fut pour M. de VitroUes une période d'inaction. Inaction forcée d'aUleurs, puisqu'en dehors de ses serviteurs immédiats et gagés, le régime impérial n'acceptait le concours de qui que ce fût, et réprimait les moindres veUéités d'initiative privée avec toute la rigueur d'un pouvoir inquiet de ses origines, jaloux du présent, et incertain de l'avenir. — Ce fut d'aiUeurs un bonheur pour lui, car son jour venu, il se trouva Ubre d'entrer dans l'arène, et put combattre sans désavantage de vieux lutteurs, déjà fatigués par leurs précédents efforts.

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