Voir ses lettres dans VHisknre <fe ma wc, de George Sand
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Je n*ai pas à reprendre ici le récit des événements de la Restauration; on verra, dans les volumes suivants, quelle fut la part que M. de VitroUes sut y prendre. On y lira comment, après avoir risqué sa vie et sa fortune à deux reprises différentes pour l'accomplissement d'une œuvre aussi incertaine, il se vit supplanté peu à peu par des ouvriers de la dernière heure, auprès des princes rétablis, trop pressés en cette occasion d'appliquer les conseils de l'Évangile. On le verra d'abord rejeté au dernier rang dans les conseils, puis enfin écarté par des jalousies plus faciles à comprendre qu'à excuser, enfin, privé du titre de ministre d'État pour sa participation à la Note secrète et réduit vis-à-vis des divers ministères, au rôle d'ami gênant ou d'adversaire obligé. Heureux encore quand il ne se sentait pas considéré comme un de ces prophètes de malheur, dont les avis importuns montrent le danger sans fournir le moyen de l'éviter I Il y eut là, pour le dévoué serviteur de la famille royale, bien des amertumes, bien des humiliations même, dont on retrouverait à peine la trace, tant il mettait de soin à dissimuler les blessures faites à son amour-propre et à sa fidélité. J'ai pourtant sous les yeux le brouillon d'une lettre qu'il voulait écrire en 4 820 à l'empereur Alexandre et dans laquelle, trahissant sa douleur par quelques mots difficiles à refréner, il demandait au czar un asile où il pût oublier son pays aveugle et l'ingrat souverain qu'il ne pouvait plus sauver.
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Pendant toute la durée de cette cruelle épreuve, qui se prolongea jusqu'à la fin du règne de Louis XYIII, M. de VitroUes avait été soutenu, encouragé, consolé par Famitié personnelle de Monsieur, frère du Roi, qui affectait toujours, pour lui, une confiance très grande. Pourtant, l'avènement de Charles X n'eut pas pour son confident les conséquences qu'il aurait pu en attendre. On lui rendit, il est vrai, son titre de ministre d'État, on l'invita officiellement au sacre du nouveau roi ; mais les conseillers ordinaires de la monarchie restaient les mêmes, et redoublèrent d'efforts pour l'écarter des affaires et le reléguer dans les honneurs stériles d'une position ambiguë. Le roi Charles X restait affectueux pour lui en toute occasion, mais on eût dit que les services passés tenaient dans son esprit moins de place que les avis de ses entours. En différentes circonstances on parla bien du baron de VitroUes, d'abord comme ministre de la marine, puis comme ministre de la maison du Roi. Mais les ministères se succédaient en se ressemblant, et l'entrée du Conseil lui était plus que jamais fermée. Il commençait d'ailleurs à se lasser d'un rôle pour lequel il n'était point fait : celui de serviteur dévoué etméconnu ; ilatteignaitlacinquantaine, qui est l'âge des désillusions et des désenchantements. Sans se refroidir dans son culte pour le prince auquel il avait consacré sa vie, il se sentait fatigué de cette lutte incessante contre un parti pris d'inertie que son caractère l'empêchait de comprendre et qu'il jugeait dangereux. Enfin, un chagrin amer faisait diversion dans son cœur aux désappointements de sa carrière politique. Son unique fille, mademoiselle Amélie de VitroUes ressentait les premières atteintes d'une maladie
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funeste. Les médecins ordonnaient le climat du Midi. Pour ne pas se séparer de sa chère malade, M. de VitroUes accepta, en 1827, le poste de ministre plénipotentiaire à Florence, sur les instances du Roi, qui le laissa maître de fixer lui-même la durée de la résidence qu'il entendait y faire. Avant son départ, il put encore prendre part à Torganisation du ministère Martignac ; il fut même question de lui réserver un portefeuille ; mais ceux qu'on voulait lui donner pour collègues déclarèrent unanimement qu'il était trop exagéré et jugèrent qu'il compromettrait le succès de leur littéralisme timide.
Le séjour de M. de VitroUes à Florence ne fut marqué d'aucun événement diplomatique important. Lamartine, alors secrétaire de la légation, était chargé de l'expédition des affaires, depuis la mort de M. de la Maisonfort, précédent titulaiie de ce poste diplomatique. Il reçut avec beaucoup de courtoisie le nouveau ministre, et retint même pour son logement la charmante villa de Sesto, à six milles de Florence ^ Quelques difficultés relatives à des projets de cession anticipée des duchés de Parme, Plaisance et Guastalla, que l'Autriche semblait favoriser, furent l'objet d'une note verbale présentée par M. de VitroUes au ministre dirigeant de Parme, le baron de Werklein. La cession n'eut pas
1. J'ai sous les yeux, en écrivant ceci, une lettre très bienveillante de M. de VitroUes à Lamartine, qui contient l'extrait d'un rapport le concernant. M. le comte de VitroUes a en sa possession celles de Lamartine, conçues en termes très respectueux et même reconnaissants, n est difficile après cela, de comprendre la réclamation adressée à M. E. D. Forgues par le grand poète, lors de la publication des Œuvres posthumes de Lamennais. (Voy. V Introduction à la Correspondance de Lamemaisj Paris, Didier 1868, 1. 1*% p. 66).
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lieu. A deux reprises diverses, M. de Mettemich, se souvenant de ses anciens rapports avec le premier négociateur de la Restauration, eut recours à ses bons offices pour faire connaître au ministère français ses vues sur le rôle de TAutriche en Italie, puis sur Texpédition de Morée. Mais M. de VitroUes était sous le coup d'une douleur trop profonde pour pouvoir apporter aux devoirs de sa charge un intérêt qulls ne méritaient guère.
Sa fille était de jour ejijour plus malade. Les soins infinis, les fêtes prodiguées pour la sauver ou la distraire restaient inutiles. Mademoiselle de Yitrolles s'éteignit le 23 août 1829.
(c C'est au milieu des angoisses d'une perte aussi « cruelle que j'appris le changement duministère, » dit M. de Yitrolles dans des notes laissées inachevées. « Mes « correspondances de Paris m'y avaient préparé, et « Polignac me l'écrivit dès les premiers moments. » La royauté, réduite aux abois par une série de ministères d'expédients, se décidait enfin à revenir sur ses pas, et à chercher dans son droit originel, supérieur à toute constitution, de nouveaux éléments de force et d'autorité. Le libéralisme incertain de M. Martignac avait échoué malgré la loyauté du ministre, et le Roi n'avait pas voulu attendre que l'échec fût plus complet. Un nouveau ministère allait se constituer en prenant pour but
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le rétablissement de la prérogative royale dans toute son intégrité. Il fallait des hommes à la fois intelligents, énergiques et dévoués, acceptant toute la responsabilité de leurs actes et décidés à ne pas reculer devant les conséquences de leurs principes. A cette date encore, plus que jamais, il fallait avoir recours à ce royaliste sans reproche et sans passé dont j'ai tracé le portrait en commençant cette étude. Un seul personnage semblait incarner Tidée mère de la tentative nouvelle : M. de VitroUes. Son nom avait la valeur d'un étendard. Pour un effort qu'on disait radical, il fallait un ministre radical. « Il n'y avait pas trop de fatuité à croire que je « pouvais être appelé dans ce ministère, composé « d'hommes que j'avais tous vus dans des situations « politiques bien inférieures à la mienne, et mon plan « était parfaitement arrêté pour une pareille circons- « tance. » M. de VitroUes avait en effet, dans le cours desa camère déjà longue, recueilli bien des observations, noté bien des faits qui lui permettaient d'appuyer ses avis d'une logique très souvent irréfutable. Son siège était fait d'avance, et ses idées, claires dans son esprit, eussent été d'une application facile. Pourtant, il y a un point de ce progf amme sur lequel il faut insister. La réputation de M. de VitroUes, son ancienne intimité avec le roi Charles X, faisaient de lui l'un des chefs de la droite avancée ; et cependant, il est certain que s'il eût été appelé à mettre à exécution ses projets de gouvernement, il aurait surpris à la fois ses amis et ses adversaires par le libéralisme vrai de ses dispositions. Il avait assez vécu pour savoir qu'ici-bas la vie n'est supportable qu'à force de tolérance. Aussi, à côté des revendications indispensables, selon lui, à l'exercice
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du pouvoir royal, son programme comportait deux articles que nul n'aurait prévus : Tautonomie des provinces et Textension des garanties données à la liberté individuelle.
Malheureusement les choses sont toujours restées les mêmes depuis la fameuse apostrophe de Figaro. Il fallait au ministère une tête énergique et froide ; aussi l'on prit unmannequin.M.deVitrollesy était propre; ce fut M. de Polignac qui l'obtint. Le roi Charles X eut pourtant cette fois l'idée de dédommager son fidèle serviteur. Au mois de janvier 1830, il lui offrit la pairie avec le titre de comte. Il était bien tard, pour se souvenir d'un dévouement qui remontait aux premiers jours de la Restauration. Sept mois après, le lendemain de l'expédition des lettres patentes qui devaient conférer le titre de pair à M. de Vitrolles et constater l'éclat de ses services, la monarchie légitime avait cessé pour toujours d'exister en France.
Je ne parlerai pas ici des circonstances de cette grande révolution. Les Mémoires à ce sujet diront plus et mieux que je ne pourrais le faire. Ce qu'il nous importe de savoir, c'est qu'elle marque la fin de la carrière politique de M. de Vitrolles. Il voulut y voir le terme de ses espérances. D'autres furentmoins difficiles, et il n'eût tenu qu'à lui de changer sa destinée en changeant de souverain. Il va sans dire qu'il n'eut même pas l'idée d'un semblable calcul. Il se contenta de s'opposer par ses votes et son silence à l'établissement du régime nouveau. Lors de la tentative de la duchesse de Berri, M. de Vitrolles joua un rôle plus actif qu'apparent, et dont je n'ai pas retrouvé la trace. Au moment de l'émeute parisienne qui eutpour résultat le pillage de l'archevêché ,
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il fut arrêté par le gouvernement de Louis-Philippe, enchanté de mettre dans une même prison ses ennemis les plus divers. Il fut relâché presque aussitôt. Il ne cessa jamais, d'ailleurs, de témoigner hautement la foi qu'il gardait à la dynastie tombée. Il fit partie de tous les pèlerinages royalistes, et se montra au premier rang des fidèles de Wiesbaden et de Belgrave-Square. C'est lors de cette dernière réunion, en 1843, qu'il fut présenté au comte de Chambord. L'entrevue fut curieuse ; le jeune prétendant fit le meilleur accueil à l'ancien ami de son grand-père. Il était entré, les mains vides, dans la pièce où se trouvaient les pèlerins. Il vint à M. de VitroUes, et après quelques minutes d'aimable conversation, il lui demanda ses conseils. La réponse fut caractéristique, et renfermait toute la fleur du régime déchu.
— Monseigneur, dit l'ancien courtisan de Charles X, avec un fin sourire, je n'en ai qu'un seul à vous donner, dont l'importance ne vous échappera pas : quand vous entrerez dans un endroit quelconque, ayez toujours votre chapeau à la main.
M. de VitroUes mourut en 1854. Ses dernières années s'écoulèrent paisiblement, partagées entre des affections aussi anciennes que solides, parmi lesquelles il y en a deux qu'il est impossible de ne pas mentionner : je veux parler de madame la duchesse de Vicence, et de Lamennais. De sa liaison avec Lamennais, je ne dirai rien, malgré la place importante qu'elle a tenue dans sa vie. Les détails en sont connus, et j'en ai présenté moi-même ailleurs une analyse succincte \ Mais il est
l,YoirlAN<mveUeR€vue du 15 décembre 1882. — Quiconque d'ailleurs voudra mieux connaître les deux amis, l'un avec l'autre et l'un par
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impossible de ne pas insister un peu sur ses relations avec la famille du duc de Vicence.
Notre époque a oublié le secret des salons, ces réunions pleines de mystérieuse influence, qui dirigeaient naguère Topinion publique à Paris, et par suite, en province. Les essais tentés pour les faire revivre n'ont abouti qu'à des insuccès flagrants ou à des contrefaçons plus lamentables encore, aux cénacles pseudo-littéraires du Monde où Von s ennuie, aux parlottes politiques, plus détestables, s'il est possible. Il semble que nos contemporains aient perdu à la fois le savoir-vivre et le « savoir-causer, » ces deux sciences attrayantes qui font rhomme sociable. Pourtant, c'était chose charmante que ces rendez-vous sans préméditation, entre gens du monde et gens d'esprit. Une grande pièce, deux ou trois femmes aimables, et quelques hommes distingués en faisaient tous les frais. On venait là sans solennité, pour retrouver des amis, pour le plaisir unique de la conversation, nos anciens estimant avec raison qu'un récit bien tourné, une anecdote piquante, une épigramme finement aiguisée valaient tous les étalages de nos vanités actuelles. Il n'était pas donné à tous de réussir dans ces milieux difficiles, et d'atteindre à la renommée de causeur brillant et original. Il fallait de l'étude et de la peine. On commençait d'abord par le plus ardu : on apprenait à se taire, et à écouter autrui. Puis il fallait s'élever par degrés à toutes les pratiques de l'art du bien dire, de dire spirituellement, avec Ségance et
Tantre, devra se reporter aux Notes et Souvenirs placés en tête de la Correspondance de Lamennais^ par M. E. D. Forgues, auquel tons deux avaient confié, après eux, le soin de leur mémoire.