L'OPINION PUBLIQUE
qu'une seule parole injurieuse fût prononcée contre lui ou les siens. Et cependant, que d'outrages, que de grossières insultes n'avait-il pas déversées dans se§ actes publics, ses proclamations, sur le Roi et les princes dont les malheurs et la dignité auraient dû lui inspirer le respect !
Jamais dans l'histoire d'aucun peuple on n'avait vu un changement politique aussi subit salué de vœux aussi unanimes que celui dont Bonaparte fut la victime. Jamais le retour d'un monarque et d'une dynastie exilée ne fut accueilli avec de tels transports; il faut bien avouer que les haines accumulées contre celui qui tombait devant eux, leur avait préparé cette expression de l'amour des peuples. Quels que soient à présent les changements apportés dans les idées par l'évolution des temps, quelle que soit la propension à juger les événements antérieurs avec les sentiments actuels, il n'en reste pas moins vrai que tel fut l'esprit public à cette époque. Tout ce qui se réveillait de sentiments patriotiques se réunissait pour louer une tyrannie insupportable et appelait les princes légitimes avec tout l'enthousiasme de l'espérance.
On n'avait pas inventé alors ce grief imputé aux princes, qu'ils arrivaient imposés par les baïonnettes étrangères; de telles paroles n'auraient pas été comprises par cette France enchantée de trouver dans I. n
la maison royale des médiateurs providentiels qui venaient effacer les malheurs et Thumiliation de la défaite, et en contrebalancer les conséquences en nous associant à la victoire. Ce fut dans nos revers des Cent-Jours que Bonaparte produisit cet argument d'une polémique ennemie. En suivant Thistoire de la Restauration on verra combien ce paradoxe était faux, et que les souverains étrangers n'auraient point prêté les mains au rétablissement de Tancienne race, si le sentiment public de la France ne Tavait pas hautement demandé et universellement proclamé.
D'ailleurs il faut réduire *à sa plus juste valeur cette inculpation que les partis se jettent ordinairement à la tête, de chercher des secours étrangers dans leurs divisions intestines. On aurait tort de s'en étonner ; chez tous les peuples, à toutes les époques de l'histoire, la forte conviction du bien public a conduit les cœurs animés d'un ardent amour de la patrie, à chercher son salut par tous les moyens, même par le secours des influences étrangères, lorsqu'ils ne pouvaient l'accomplir par eux-mêmes ; car secours n'est pas domination.
Les exemples en sont partout; et pour ne les prendre que dans notre histoire moderne, les protestants croyaient-ils trahir leur patrie, lorsqu'ils appelaient les secours de l'Angleterre, ou de leurs coreligionnaires d'Allemagne, pendant que les catholiques demandaient ceux de l'Espagne ? n'est-ce pas avec des auxiliaires anglais de la reine Elisabeth, que Henri IV gagna la bataille d'ivry ?... Washington et Franklin étaient-ils des traîtres, lorsqu'ils sollicitaient les armes de la France, Artglais qu'ils étaient