‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 37 sur 47 · DÉMISSION DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

DÉMISSION DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE

S'environnant de toutes les précautions d'un courtisan soigneux de ménager toutes les susceptibilités, il proposa gravement que M. de Talleyrand donnât sa démission en faveur de Monsieur, qui deviendrait ainsi président du gouvernement provisoire. L'idée fut trouvée lumineuse ; il n'y eut pas une objection. M. de Talleyrand lui-même consommait le sacrifice de sa petite royauté avec une générosité dont l'histoire offre peu d'exemples, et il chargea M. Beugnot de rédiger la délibération du gouvernement. Cette manière étroite, misérable, presque humiliante de placer Monsieur dans une sorte d'autorité mesquine ne choquait personne autre que moi.

M. Beugnot s'était retiré dans une pièce • voisine, où, seul avec sa pensée, il rédigeait sa sublime conception. J'y entrai pour le presser. Déjà il était environné des lambeaux de papiers sacrifiés à la perfection de son œuvre.

— Eh bien, lui dis-je, voilà donc tout ce qu'on a pu trouver pour rendre à Monsieur ce qui lui appartient, et reconnaître en sa personne la délégation de l'autorité royale ?

— Certainement, reprit-il, que voudriez-vous faire?

— Je voudrais, lui dis-je, tout ce qui exprimerait ce que vous devez au premier prince de la maison royale qui vient à vous pour vous sauver. Je voudrais que allassiez dès ce soir déposer à ses pieds cette vaine autorité, fausse dans son principe, faible dans son action, et qui doit disparaître devant lui, dès qu'il s'approche.

— Eh bien, reprit Beugnot, vous croyez avoir dit quelque chose parce que vous avez énoncé la seule

pensée vraie, grande et raisonnable. Mais c'est précisément à cause de cela que c'est impossible. Allez dans la chambre voisine leur persuader quelque chose de semblable.

— Mais enfin, prenez-y garde, lui dis-je; ce que vous écrivez, je vais, dans une heure, le remettre entre les mains de Monseigneur. Que pensera-t-il de nous tous, de votre gouvernement de quatre jours, de vous en particulier quand il lira une semblable résolution et que l'héritier de la couronne, désigné par le Roi comme un autre lui-même, n'aura d'autorité, en arrivant en France, que celle que M. de Talleyrand veut bien lui départir, aux mêmes droits qu'il l'exerce luimême I •

— Bah I repartit Beugnot , vous voulez mettre de l'esprit dans les affaires, et elles n'en ont pas du tout. C'est comme la lettre que vous avez écrite de Châlons ; elle était d'un homme d'esprit, mais nullement d'un homme d'État.

— J'ai bien peur, mon cher monsieur, lui dis-je, que votre délibération ne soit pas du tout d'un homme d'État, et qu'elle ne soit pas assez d'un homme d'esprit.

— A quoi servirait que vous eussiez raison? demanda Beugnot.

— Peut-être à ce que vous n'eussiez pas tort... « et, comme son regard semblait m'interroger, je continuai: » pour votre honneur, ajoutai-je, pour le mien, et surtout pour la dignité du prince, évitez dans votre rédaction cette parité ridicule entre le lieutenant général du royaume et M. de Talleyrand; et, au lieu d'en faire le successeur du président, dites simplement qu'il sera chef du gouvernement. »

DÉPART POUR LIVRY. — Avril 1814. 399

— Cela peut se faire, dit Beugnot.

Il déchira encore une fois la grande feuille qu'il avait commencée, et se mit à la nouvelle rédaction. Elle portait que son Altesse Royale, Monseigneur le comte d'Artois, serait reconnu chef du gouvernement. Mais on n'expliquait ni à quels droits, ni de quelle manière ce pouvoir serait transmis et exercé. La lecture en fut faite sans que les quatre ou cinq personnes réunies autour de M. de Talleyrand élevassent la moindre objection. On était heureux d'en finir. Il était près d'une heure du matin, lorsque cette pièce fut signée; M. de Talleyrand me la remit en original, avec une sorte de solennité.

Je voulais partir sur-le-champ; j'en parlai au prince qui sortait avec moi, m'accompagnant dans la pièce voisine. Il me fit observer avec raison que Monsieur serait couché longtemps avant que je pusse être rendu à Livry.

— Vous partirez demain, de grand matin, me dit-il ; et, rencontrant un général riisse qui venait à nous, il ajouta : tenez, voilà le général... (je n'entendis pas le nom) qui se rend demain de bonne heure auprès de M. le comte d'Artois; vous pourrez aller ensemble; vous en serez content.

J'acceptai mon compagnon de route avec une complète indifférence.

Le lendemain, j'étais de grand matin à l'hôtel de la Marine, où logeait mon général russe; je ne savais

pas encore que c'était le général Pozzo di Borgo, aide de camp de Tempereur de Russie. Nous montâmes en voiture. Le soleil semblait, en se levant, préparer une belle journée. Nous suivions les boulevards, dans une calèche traînée rapidement par quatre chevaux, comme nousaurions parcouru les allées d'un parc dans une partie de plaisir. Je m'aperçus que la cocarde de mon chapeau était tombée ; nous nous arrêtâmes devant une boutique. Les cocardes blanches se vendaient alors avec profusion, j'en choisis une dans la corbeille que le marchand et sa femme apportèrent à notre voiture, mais il mefutimpossible de leur en faire accepter le prix. L'expression de la joie la plus franche était sur tous les visages. Nous sortîmes bientôt des barrières, je regardais droit devant moi, sans trop m'occuper de mon 'compagnon de voyage, lorsque le contraste de son uniforme etde son accent italien me frappa. Peu à peu le langage animé, spirituel, l'art avec lequel il profitait de tout, même de l'incorrection de son français pour rendre sa parole plus piquante et plus expressive, la connaissance qu'il montrait des affaires politiques et même de la part que j'y avais prise, fixèrent mon attention, et sans m'en apercevoir, je me tournai de son côté, pour mieux le regarder.

Il me disait sa belle haine contre Napoléon, ses constants efforts pour lui susciter partout des enne* mis et les animer contre lui, à Londres, à Vienne, à Constantinople, à Pétersbourg. Il m'expliquait, comment depuis un an, il soutenait seul, auprès d'Alexandre et des souverains alliés, la cause des Bourbons, pour les opposer à l'ennemi du genre humain. Il

POZZO DI BORGO. — Avril 1814. 401

avait demandé sans cesse, mais en vain, qu'ils fussent reconnus et appuyés.

— Vous, ajoutait-il, plus heureux, vous avez emporté d'assaut ce que je poursuivais depuis longtemps.

Il ne me disait pas que cette grande inimitié contre son compatriote avait été précédée de liaisons intimes fondées sur la conformité de leurs situations de famille ; de leurs vues politiques et de leur désir de chercher fortune dans la Révolution. Ils avaient marché dans les mêmes voies de patriotisme corse, jusqu'aux efforts tentés pour l'indépendance de leur patrie. Mais ensuite, leurs positions devinrent différentes et bientôt contraires. PozzodiBorgofut député de son pays à l'Assemblée législative. II en sortit mécontent, et s'attacha au général Paoli qui poursuivait l'indépendance de son pays sous la protection de l'Angleterre. La famille de Bonaparte suivit un parti opposé, et lui-même resta dans les liens de son grade militaire. Il en résulta une haine vigoureuse, telle que les Corses savent les ressentir. Rejeté hors de son pays, Pozzo di Borgo employa sa vie dans une continuelle activité contre le dominateur qui refusait de le rendre aux siens. Il lui cherchait partout des ennemis, surtout en Russie, où il obtint du service militaire, sans renoncer à servir ses ressentiments politiques toutes les fois qu'il le pouvait. Ne pouvant égaler la fortune de son émule, il avait voulu s'égaler à lui par la haine.

En arrivant à Livry, nous traversions avec peine la foule qui entourait la simple demeure du prince. Les chevaux, les carrosses, les gens de livrée, le peuple,

les personnes du monde, les gardes nationaux de Paris encombraient les dehors, les cours, les antichambres, les salons. De longues tables remplissaient plusieurs pièces au rez-de-chaussée. Elles étaient continuellement servies de mets et de vins délicats pour tous ceux qui voulaient s'y asseoir. Le vin de Champagne y était versé à profusion*. Monsieur s'était prêté à tous les hommages. Ses manières, simples avec élégance, franches avec dignité, avaient charmé les flots du monde qui se pressait autour de sa personne ; on répétait ses heureuses reparties, et Timpression était si vive, qu'elle se communiquait dans toute sa force, même à ceux qui se retiraient sans avoir pu l'approcher. Mais l'enthousiasme avait surtout gagné les soldats citoyens, réunis pour former la garde d'honneur du prince ; ils voulaient consacrer par un signe extérieur ce renouvellement de l'ancienne alliance. La cocarde officielle ne leur avait pas suffi, et ils s'étaient partagés des rubans blancs qu'ils attachaient à leurs boutonnières. Les premiers avaient été fournis par des dames qui les avaient détachés de leur parure. C'est là que prit naissance cette espèce de signe de ralliement qu'on a continué à porter, en suspendant à ce ruban un lis en argent.

Je passai rapidement à travers ce théâtre de touchantes émotions, et j'entrai chez le prince. Son regard plus caressant semblait me remercier des joies de son cœur. J'appelai immédiatement son attention

1. M. de Talleyrand disait que a son gonvernement provisoire avait été le meilleur marché qu'on ait eu, car il n'avait exactement rien coûté. » — a: Je le crois bien, lui répondit-on, vous n'avez payé personne, ni vos cuisiniers, ni vos ambassadeurs. »

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sur les affaires, dont il s'inquiétait moins que moi. Il avait confiance en sa fortune, plus qu'en lui-même, et surtout, il avait une foi implicite en la Providence. Il n'était point ému au récit des singulières imprévoyances de M. de Talleyrand, des préjugés et des entraînements démocratiques d'Alexandre, des folles prétentions du Sénat, des tergiversations du gouvernement provisoire. C'était même avec le sourire sur les lèvres qu'il lisait la délibération rédigée par M. Beugnot, dont un autre aurait bien pu se choquer. Nous passâmes en revue tous ces points difficiles, sans qu'il y attachât une grande importance, ou en cherchât la solution. Ce n'était pas pour lui le moment de raisonner. Il était tout à ses impressions : la France de sa jeunesse se représentait à lui, et il couvrait d'un voile les tristes souvenirs du temps où il en était séparé.

Je cédai la place au général Pozzo dîBorgo, envoyé par l'empereur de Russie, pour souhaiter la bienvenue au frère du Roi. Il tenait officiellement le langage de son maître; mais il voulait plaire, et en modifiait les expressions pour les conformer aux pensées de Monsieur. Quoi qu'on fasse, le diplomate met toujours du sien dans l'accomplissement de sa mission.

Nos fêtes allaient commencer. J'avais précédé celui qui en était le héros au lieu du rendez-vous, où douze ou quinze chevaux étaient préparés pour le prince et

sa suite. Je montai sur celui qui me fut offert. Les deux côtés de la route étaient couverts de gens, principalement de la campagne ; le milieu, de cavaliers. Parmi ces derniers étaient les étrangers les plus marquants, les généraux, les ministres et autres. On y voyait mêlés les uniformes de toutes nations, les cocardes de toutes couleurs ; ils avaient mis une sorte de grâce et de déférence à faire nombre au cortège du prince, mais ils avaient soin de se tenir en arrière à une assez grande distance de nous. Au reste, il n'y avait aucun ordre marqué ; nous étions sept ou huit autour du prince, en avant, en arrière, ou même à ses côtés, suivant les hasards de la marche. Le ciel nous prêtait le plus beau soleil d'avril.

A mesure que nous approchions de la barrière, un plus grand nombre de personnes se présentaient, venant à cheval au-devant de Monsieur,

C'était pour nous une occasion de renouveler les cris de u Vive le Roi I » Quelques-uns en paraissaient embarrassés, et entre autres le duc de Montmorency. Il semblait intimidé.

— Allons, vive le Roi, M. de Montmorency, lui cria quelqu'un ; cela ne doit pas vous coûter !

Il hésita un instant, puis il reprit : « Vive le Roi I »

Ces cris, expressions de la joie qui débordait, pouvaient bien paraître irritants à quelques-uns de ceux qui venaient au-devant de nous. C'est ce qui arriva au moment où nous touchions la barrière. Quelques

1. Madame la duchesse de Montmorency avait accepté, avec le titre de comtesse, nne place de dame de Timpératrice. La restitution de ses biens séquestrés en avait été le prix, la raison, Texcuse on le prétexte.

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maréchaux et généraux de l'empire, Ney, Marmont, Moncey, Serrurier, Kellermann, etc., portaient encore à leurs chapeaux la cocarde et les plumes aux trois couleurs. Les cris de Vive le Roi I éclatèrent encore plus accentués à leur approche, comme pour les contraindre.Ils restèrent étonnés.Quelques-uns remuaient le bout des lèvres ; on ne pouvait pas juger si c'était un assentiment ou une protestation. Mais le visage du maréchal Ney ne laissait pas de doute ; ses traits étaient contractés, des rayons de colère semblaient sortir de ses yeux. On aurait dit qull retenait à peine sa main sur la garde de son épée. Cependant, il prononça au nom de ses compagnons d'armes quelques paroles saccadées qu'il avait apprises par cœur. Elles ne revenaient pas toutes à sa mémoire. Il parlait déjà de leur fidélité. Monsieur répondit par une phrase gracieuse qui rappelait leur gloire. Ils se mirent tous à la suite du prince, pêle-mêle avec nous qui Tentourions. Mais leurs figures sombres et contraintes donnaient assez l'idée de ces rois vaincus qui suivaient le char du triomphateur romain. Ils n'étaient pas encore rassurés sur leur avenir.

Le cortège était nombreux et imposant lorsque Monsieur trouva à l'entrée de Paris le gouvernement provisoire. M. de Talleyrand s'exprima en bons termes, et d'autant plus convenables qu'ils étaient brefs. Immédiatement après, le préfet et le conseil général de la Seine vinrent présenter au prince royal les clefs de la ville, en vermeil, sur un grand plat d'argent. La harangue de M. de Chabrol fut écoutée avec toute la faveur que méritaient les premiers citoyens qui avaient osé exprimer hautement les vœux de la France. Les

réponses de Théritier du trône n*étaient point préparées ; puisées dans son cœur, elles ne furent embarrassées que par Témotion que trahissait le son de sa voix; surtout en parlant au corps de ville.

Dans la partie du faubourg Saint-Martin et dans le faubourg Saint-Denis, que nous traversions d'abord, la réception n'eut rien de remarquable. Les maisons y étaient alors peu nombreuses et misérables, et la population toute disséminée. Mais, à mesure que nous approchions des boulevards, la foule augmentait; elle se serrait autour de nous, et bientôt les flots du peuple grossirent considérablement. L'expression des sentiments publics devenait plus vive de moment en moment; les yeux et les bras s'élevaient au ciel pour le prendre à témoin et le remercier de l'heureux événement. Les gardes nationaux qui formaient la haie sur notre passage partageaient cet élan •général, et parvenaient à peine à contenir la foule. Celle-ci était amoncelée non seulement dans les rues où passait le cortège, mais encore au loin, à droite et à gauche, et, autant que la rue pouvait s'étendre, dans celles que nous ne faisions que traverser. Nous entendions ces voix lointaines, et, lorsqu'elles se perdaient dans la distance, les chapeaux agités au-dessus des têtes montraient l'exaltation universelle. Les maisons semblaient trop étroites pour contenir la population qui les remplissait. On aurait dit qu'elles regorgeaient par les fenêtres, les portes et les toits. On voyait des jeunes gens, des femmes, suspendus à toute hauteur, aux saillies de l'architecture, même lorsqu'elles n'offraient que des appuis insuffisants et dangereux. Les drapeaux blancs s'improvisaient partout;

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et, à mesure que nous approchions, on les agitait en tous sens ; personne ne songeait alors à discuter l'opportunité de conserver les trois couleurs.

C'est au milieu de ce triomphe que nous arrivâmes à la porte de Notre-Dame. Le prince fut reçu par le clergé. Le cardinal Maury n'y était pas. La foule avait forcé toutes les barrières ; les prêtres qui environnaient Monsieur, et le dais qu'on portait sur sa tête, le protégeaient à peine. Pour nous, nous avions toutes les peines du monde à ne pas être séparés de sa personne. Foulés et repoussés dans tous les sens, nous avancions à peine. J'atteignis cependant le fauteuil où Monsieur était assis, et me plaçai debout derrière lui. J'y étais pressé par la foule, et le maréchal Ney était tout contre moi. Jamais l'église n'avait vu tant de monde. Le corps de ville, les cours supérieures et les autres autorités avaient des places marquées; mais elles étaient envahies ; le Sénat seul ne s'y trouvait pas en corps. Il en avait délibéré ; mais personne ne remarquait son absence. Le Te Deum entonné par le clergé était répété par l'assistance, et le Domine salvum fac regem fut chanté par dix mille voix. — Pendant ce temps, le maréchal Ney me demanda si j'étais attaché à la personne de Monsieur. Il avait besoin d'exprimer son étonnement.

— Mais Monsieur, disait-il avec naïveté, comprenezvous un pareil enthousiasme, une telle exaltation ? Qui aurait pu le croire ?

— Je l'admire. Monsieur le maréchal, mais j'en suis moins étonné que vous. J'étais mieux placé pour le deviner; cet élan national était facile à prévoir.

Il n'en revenait pas ; mais déjà il était gagné par

rirrésistible influence des sentiments publics. En effet, dès que nous eûmes repris nos chevaux et notre marche pour nous rendre aux Tuileries, les maréchaux se placèrent en évidence en avant de la personne de Monsieur. Ils recevaient ainsi la première explosion de ces cris mille fois répétés : « Vive le Roi ! vive le comte d'Artois ! vivent les Bourbons I » Et si la lassitude interrompait un moment ces acclamations, les maréchaux eux-mêmes les faisaient redoubler en donnant le moindre signal de la voix, ou en élevant leurs chapeaux, encore chargés des couleurs de la Révolution. Les paroles manquent pour dire les manifestations du sentiment universel. Les visages, les gestes, les larmes exprimaient le transport des cœurs. Il était tel, que beaucoup mourront sans l'avoir éprouvé, et que les siècles passent sans en citer de semblables exemples. Des hommes, des femmes surtout, forçaient la ligne que marquait notre passage; on se précipitait sur la personne royale ; on embrassait ses genoux ; on embrassait ses bottes, et ceux qui ne pouvaient pas l'atteindre couvraient son cheval de leurs caresses. Il est positif que trois ou quatre payèrent de leur vie ces émotions, trop fortes pour la faiblesse de leurs organes.

Ce que je raconte se passait à la clarté du soleil et devant cinq cent mille témoins. Beaucoup l'ont oublié depuis, au point de ne plus croire ce qu'euxmêmes avaient vu, ce qu'eux-mêmes avaient éprouvé I

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Nous étions enfin arrivés au bas de Tescalier des Tuileries ; tout le cortège s'était arrêté dans la cour. Les maréchaux étaient seuls entrés avec nous, et nous leur laissions les places d'honneur, les plus rapprochées de la personne royale. Au moment de monter les premières marches, le prince, si remarquablement leste et dispos de sa personne, se trouva fatigué au point de pouvoir à peine les gravir. Les maréchaux le prirent sous les bras pour l'aider et presque le porter. Nous cherchions la raison de cette singulière prostration de forces. Ce n'était pas la fatigue du chemin, que nous avions fait à cheval, et au pas le plus lent. Il fallait plutôt l'attribuer aux fortes émotions que le frère de Louis XVI avait dû éprouver, au contraste de ses souvenirs déchirants et des joies suprêmes de l'heure présente. — Nous conduisîmes Monsieur aux appartements qui lui étaient préparés dans l'aile du château qui avoisine le pavillon de Flore, et qui furent dans la suite occupés par madame la Dauphine. Les maréchaux prirent bientôt congé ; ils étaient séduits et entraînés. Leurs regards, en quittant le prince, étaient pleins d'affection et de confiance pour lui ; mais en même temps leurs yeux, en se portant sur nous, témoignaient de leur méfiance et de leur inquiétude.

Monsieur m*einmena dans son cabinet comme pour me remercier des triomphes de cette belle journée. Les princes, alors même qu'ils éprouvent le plus de reconnaissance, préfèrent les témoignages muets. Je lui parlai entre autres de cette transformation si rapide et si complète des chefs de Tarmée, et même des regards méfiants qu'ils avaient jeté sur nous au moment où ils le quittaient. C'était chez moi une sorte d'habitude, de chercher à deviner ce qu'on ne dit pas. Je proposai à Monsieur de choisir sur-le-champ, quatre aides de camp ou adjudants généraux, et je désignai, entre autres, les généraux Nansouty, Lauriston, La Grange et Montélégier. Ils s'étaient montrés, les premiers et de leur propre mouvement, disposés à embrasser la Restauration. Mais cela ne se passait pas ainsi avec mon prince; il acceptait, il approuvait les idées, mais il différait l'action ; au moins ne cédait-il qu'à une position officielle que je n'avais pas.

Le lendemain, le comte Jules de Polignac* m'adressa sous une forme assez déférente, des reproches un peu aigres au sujet des conseils que je donnais. Il me demanda s'il était juste de placer entre eux et Monsieur des généraux qui les primeraient par la supériorité de leurs grades, acquis en combattant contre le Roi, pendant qu'eux-mêmes gémissaient dans les fers et avaient été sur le point de périr sur l'échafaud, pour le service du Roi. — Je lui répondis qu'il y avait, suivant moi, des intérêts plus grands que ceux qui nous étaient personnels : les intérêts de la monarchie.

1. Le même qui devait plus tard porter le titre de prince, qae lui conféra le pape.

MONSIEUR AUX TUILERIES. - Avril 1814. 4U

Je ne pensais pas que ni lui, ni moi, fussions les seuls liens convenables pour rattacher la France d'aujourd'hui avec les princes d'autrefois; du moins, le Roi serait bien à plaindre de n'avoir pas d'autres serviteurs.

Cette affaire en resta là. Je tenais le mauvais côté de la question ; entre faire Qi ne pas faire ^ le dernier était toujours préféré. L'algarade de itf. de Polignac révélait une des grandes difficultés de toute restauration.: reconnaître les services de ses partisans, et en môm^ temps rattacher et rassurer ceux qui ont suivi des partis contraires ; équilibrer les droits des uns et les justes prétentions des autres, telle est la condition de tous les pouvoirs à rétablir. Mais nous étions jetés dans un tel mouvement, que malgré mes rapports continuels avec Monsieur, il était impossible de traiter une seule question un peu générale. Dès ce premier moment, il était inondé d'adresses, de lettres et autres écrits, mêlés déjà de quelques demandes dictées par les intérêts personnels, qui ne dorment jamais.

Au moment de mon départ pour Nancy j'avais prévu que Monsieur, dès son arrivée, aurait besoin de former un cabinet pour répondre à toutes les demandes qui lui seraient adressées, et pour les expéditions qu'il voudrait faire. J'aurais voulu réunir des personnes qui fussent bien à nous. Dans l'impossibilité oii j'étais de faire un pareil choix, j'en avais parlé à M. l'abbé de Montesquiou, qui m'avait proposé MM. Royer-Collard et Becquey; mais il les avait tellement grandis qu'ils dépassaient le simple service de bureau qui nous était nécessaire. Je chargeai le comte de Juigné de réunir

cinq OU six jeunes gens bien zélés, bien dévoués. Parmi eux étaient M. Gharlet et son frfere ; le premier fut bientôt placé, sur ma recommandation, auprès de madame la duchesse d'Ângoulème, dans un poste de confiance qu'il a rempli avec honneur et dévouement jusqu'aux derniers jours de cette princesse. — Le lendemain de notre arrivée, je les installai dans un bureau à l'entresol des Tuileries, où se trouvait auparavant le dépôt des cartes de Napoléon. Je les employais à nos écritures, ainsi qu'à répondre aux lettres et aux nombreuses requêtes qu'on adressait au frère duRoi. MM. deMontciel et de laMaisonfort, qui étaient venus rejoindre le prince, l'un de Franche-Comté, l'autre d'Angleterre, m'avaient demandé à travailler dans ce bureau, et j'avais accepté avec plaisir un secours qui m'était utile au milieu de tant d'autres préoccupations.

M. de la Maisonfort avait, parmi ceux qui arrivaient, une réputation d'esprit et de talent littéraire. Il avait en effet l'un et l'autre, mais comme les gens du monde il y a soixante ans. Il avait fait d'assez jolis vers, des épigrammes, des romances, dont les sujets étaient tirés des Liaisons dangereuses. Il avait même ajouté des lettres à une nouvelle édition de celles à Emilie sur la Mythologie ; ses travaux politiques avaient donné depuis une plus haute idée de sa capacité. Après le licenciement de l'armée des princes, en 1792, il avait cherché de l'emploi; il s'était mêlé aux négociations de Fauche-Borel avec le général Pichegru, et plus tard à celles qui avaient été entamées avec Barras. Il avait été envoyé à Saint-Pétersbourg pour obtenir de l'empereur Paul I" l'exécution des engagements pris avec

M. DE LA MAISONFORT. — Avril 1814. 413

Barras, tant au sujet des opérations militaires que du payement des sommes stipulées. Revenu à Paris en 1800, il y fut arrêté, enfermé au Temple, puis exilé à File d'Elbe. S'étant échappé, il se rendit en Russie, et obtint d'être employé en qualité de conseiller de l'ambassade russe à Londres. C'est dans cette situation qu'en 1813 il publia, sans nom d'auteur, l'ouvrage qui parvint à Paris, sous le titre de Tableau politique de r Europe depuis la bataille de Letpsick, ouvrage dont j'ai déjà parlé. Après la rentrée du Roi, il devint maréchal de camp, conseiller d'État, directeur du domaine extraordinaire et membre de la Chambre des députés, en 1815.. Ses opinions y furent d'abord des plus prononcées; mais illes modifia bientôt, condition nécessaire pour la conservation de ses emplois. Depuis on l'a vu occuper dans la diplomatie des fonctions d'un ordre élevé*.

Tel ^tait le personnel administratif que nous avions à notre disposition au moment de l'arrivée de Monsieur à Paris.

Il nous importait avant tout, désormais, de remettre entre les mains de Monsieur l'autorité dans toute sa plénitude, afin qu'il pût pourvoir aux plus pressantes nécessités du peuple, et préparer l'arrivée du Roi, de telle sorte que, rentrant en France avec toute sa souveraineté, il accomplît, dans sa sagesse, l'œuvre de la Restauration. Tel était le but indiqué à nos efforts, et auquel nous parvînmes au milieu des

1 . Il a été, avant moi, ministre de France auprès du grand-duc de Toscane ; il retournait à son poste, en 1826, lorsque la mort le surprit en route.

obstacles de toute nature. Peut-être aurions-nous fait davantage ; mais le respect religieux que Monsieur portait, à celui qui était revêtu du caractère de la royauté était une raison , et souvent même un prétexte pour rejeter toute détermination qui ne lui paraissait pas absolument nécessaire.

Le lendemain, au moment où Monsieur sortait pour aller visiter Tempereur de Russie et le roi de Prusse, alors que son carrosse et les voitures de sa suite, traînés par de beaux attelages, étaient escortés par la brillante cavalerie de la garde nationale et environnés d'une population ardente à exprimer ses sentiments, je me tournai vers le comte de Bruges.

— C'est cependant nous qui avons fait tout cela, lui dis-je, avec un sentiment plus haut que celui de la vanité.

La foule se pressait à Tintérieur des Tuileries autant qu'au dehors. Ces réceptions publiques ne ressemblaient à aucune autre. Tout le monde s'y présentait à volonté*. Il n'y avait point de demandes, point d'exclusions, point de gardes, point de méfiance. Cette affluence dura plusieurs jours, et chaque jour, pendant plusieurs heures. Monsieur semblait porté par les flots de cette foule immense qui se renouvelait sans cesse. Ceux qui voulaient personnellement être présentés n'avaient d'autre

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embarras que de traverser cette multitude pour s'approcher du prince, et de dire leur nom au premier gentilhomme de service. 11 n'y avait pas même à redouter la familiarité des Parisiens. Monsieur, sans rien perdre de sa grâce, conservait toute sa dignité, et Ton aurait essayé en vain de compter les mots heureux qu'il jetait au hasard. Beaucoup de ces nouveaux venus arrivaient pleins d'enthousiasme, et ravis d'un retour aussi inespéré. D'autres, — de bonne foi — se persuadaient les sentiments qu'ils voulaient avoir. Il est si commode de suivre le char du vainqueur I II y avait enfin des ambitieux qui se hâtaient de prendre date, et de ces indifférents qui suivent la foule où elle les conduit.

Le seul incident de ces réceptions à bras ouverts fut l'embarras du duc de Maillé, lorsque M. de Pire se présenta dans la foule pour être nommé au prince. Le premier gentihomme était encore ému du récit de l'événement de Chaumont, de l'arrestation du convoi de Nancy, par les coureurs du général de Pire, et des dangers qui avaient menacé le comte d'Artois, s'il se fût trouvé dans cette bagarre. Il ne sut ce qu'il avait à faire, et, tirant le prince par le pan de son habit, il lui dit, à voix basse, que le général de Pire était à ses côtés.

— Bonjour, M. de Pire, dit le prince en tournant la tête, et sans s'arrêter, mais avec la gracieuse expression de sa physionomie.

Le général en voulait davantage ; il ne manquait pas d'audace pour suivre ses prétentions. Il voulait rappeler les souvenirs de Monsieur dont il avait été personnellement connu. Émigré avec ses parents,

M. de Pire, alors très jeune, avait été accueilli dans la

société du prince comme un enfant d^une grâce

remarquable et d'une rare beauté. Plus tard, il quitta

cette vie de loisirs, et partit pour faire ses premières

armes. C'était à l'expédition de Quiberon. Échappé à

ce désastre, il parvint à rejoindre le comte de Pui-

saye, servit sous ses ordres et sous ceux de Georges

Gadoudal, et fit remarquer sa bravoure. C'est par

cette route fort indirecte, que M. de Pire avait obtenu

lors de la pacification de la Vendée, en 1797, un

emploi dans l'armée, et, par de plus brillants services

s'était élevé aux plus hauts grades.

J'ignorais l'incident qui s'était produit à son occasion, au cours de la réception du matin, lorsque je vins le soir dans le salon de service du prince. Je m'étais assis auprès du comte de Bruges, sans prendre garde à un monsieur en frac gris et en chapeau rond, qui marchait assez précipitamment de la porte d'entrée à celle qui conduisait aux appartements du prince. Mais les murmures inarticulés du comte de Bruges ayant éveillé mon attention, je lui demandai à qui il en avait.

— Ne voyez-vous pas ce monsieur, me dit-il, qui, avec son air insolent, semble vouloir forcer la porte du prince, sans attendre la réponse de Polignac qui est allé prendre les ordres de Monsieur I

Je jetais les yeux sur cet inconnu sans y faire autrement attention, lorsque je vis le comte Jules de Polignac le prendre à part pour lui dire que Monseigneur ne pouvait pas le recevoir. Il se mit alors à élever la voix avec une hauteur et un ton de reproche fort inconvenant. Je me levai pour venir au ecours des

M. DE PIRE AUX TUILERIES. — Avril 1814. 417

M. de Polignac qui expliquait à son interlocuteur les griefs qui empêchaient Monsieur de le recevoir jusqu'à ce qu'il fût mieux instruit à ce sujet. L'autre répondit d'un ton très élevé qu'il ne concevait pas comment on pouvait l'inculper à cette occasion, qu'il avait été totalement étranger à tout ce qui pouvait donner de semblables soupçons. Ces paroles me firent deviner que c'était M. de Pire à qui nous avions affaire. J'étais appuyé contre une console, les bras croisés sur ma poitrine ; M. de Pire et Jules de Polignac se faisaient face devant moi.

— Cependant, lui dis-je, vous ne sauriez nier, Monsieur, que vous étiez à Chaumont le 23 mars, à la tête d'un corps de cavalerie, et qu'on a amené devant vous un convoi de personnages arrêtés sur la route de Nancy.

— Et puis, monsieur? dit M. de Pire.

— Et puis les officiers de votre état-major ont cherché avec soin si Monseigneur n'était pas au nombre de ces prisonniers.

Je racontai alors, dans le plus grand détail tout ce qui s'était passé ce soir-là dans son salon et dans son cabinet, de manière à le rendre stupéfait.

— Mais enfin, comment prétendez-vous savoir tout cela ? me dit-il.

— Ahl bien facilement, lui dis-je, puisque j'y étais.

— Vous y étiez, Monsieur? c'est impossible, car je ne vous y ai pas vu.

— Ma foi. Monsieur, j'en suis heureux, car vous m'y auriez probablement fait un mauvais parti.

— Qui vous dit cela? Et d'ailleurs, si c'eût été mon devoir, pourquoi pas?

A ces mots, une des personnes qui s'étaient approchées de notre groupe , de plus en plus animé, — c'était le comte de Messey, un des commandants de la garde nationale à cheval, — prit brusquement le général par Je bras, et le conduisit assez rudement à la porte du salon en le poussant sur Tescalier. Je m'interposai pour qu'il ne lui fût fait aucune violence, et qu'il pût se retirer tranquillement.

Vers la fin de l'année, le maréchal Soult était au ministère de la guerre. Il m'envoya M. d'Âlbignac, son secrétaire général, pour me donner communication d'une lettre du général de Pire. Je l'avais perdu de vue depuis la scène des Tuileries. J'appris par cette lettre qu'il avait été envoyé à Rennes, sous une sorte de surveillance. Il écrivait au maréchal « qu'il était victime d'injustices et de persécutions, qu'il en connaissait bien l'auteur ; il s'adressait d'abord au ministre pour obtenir la réparation de ses torts. Si le ministre ne lui rendait pas justice, il la demanderait au Roi, et s'il n'en était pas écouté il s'adresserait aux Chambres; enfin s'il était repoussé par celles-ci, il s'en prendrait directement à M. de Vitrolles. » — C'était un langage auquel nous n'étions pas accoutumés. Je mis au bas de la lettre ce que tout le monde y aurait mis à ma place. Je cite ces détails comme une explication, si ce n'est une excuse, de l'ardeur et même de la violence avec laquelle M. de Pire se jeta dans le mouvement imprimé à l'armée par le retour de Bonaparte, à l'époque des Cent-Jours.

Je dois ajouter que plusieurs années après, à l'occasion de rapports ultérieurs que j'eus avec M. le comte de Pire, ce général me mit sous les yeux les ordres

AUDIENCES DE MONSIEUR. — Avril 1814. 419

qu'il avait reçus en 1814, du prince de Neuchâtel, major général de Farmée. C'était au moment où Napoléon faisait sur Saint-Dizier cette pointe qui lui fut si fatale. Le général de Pire recevait Tordre de se porter sur les derrières de l'armée ennemie, pour troubler et intercepter ses communications. Dans ces ordres écrits, rien n'indiquait ni la personne du comte d'Artois, ni le convoi partant de Nancy. Mais il était bien probable que le général de Pire avait été informé, soit par des habitants de Nancy, soit par le maître de poste lui-même, des vingt-cinq chevaux commandés dès la veille pour une nombreuse suite de voitures, et qu'il avait supposé que ces attelages étaient destinés aux voitures de M. le comte d'Artois. Il serait injuste d'ailleurs, de prévoir ce qu'aurait fait M. de Pire si le prince fût tombé entre ses mains. Heureusement pour lui, il fut préservé de prendre conseil de son ambition, de la subordination militaire, enfin de ce qu'il aurait probablement appelé son devoir.

Les personnages de plus haute importance demandaient à Monsieur des audiences particulières. Elles n'étaient jamais refusées et servaient à faire connaître au prince les hommes de quelque influence. Il y portait un jugement admirable. Lanjuinais avec son indépendance bretonne l'avait particulièrement frappé. Ce janséniste politique avait suivi la Révolution dans

toutes ses phases sans participer à aucun de ses crimes, et toujours pour en modérer les excès. Depuis, membre du Sénat, il s'était prononcé contre le consulat à vie et contre rétablissement impérial.

— Quoi ! s'était-il écrié dans une éloquente allusion à la patrie de Napoléon ; les Français prendraient un maître là où les Romains dédaignaient de choisir leurs esclaves !

En dernier lieu, il avait été ardent à la déchéance de Napoléon.

Monsieur me racontait son entretien avec lui, et faisait très bien ressortir ce qu'avait de piquant le mélange de sentiments favorables et d'opposition anticipée qu'il avait remarqués en lui.

Le général Beurnon ville, membre du gouvernement provisoire, avait demandé aussi une audience. L'emploi qu'il avait eu, avant 1789, dans les gardes de Monsieur, le rapprochait de nos princes. Il avait ensuite commandé les armées, sous Dumouriez, et sa bravoure personnelle l'avait fait surnommer^ l'A/aa? français. Depuis, son nom avait retenti à toutes les époques, dans des situations diverses. Appelé au ministère de la guerre, en 1793, il fut en butte aux poignards des factieux qui voulaient pousser aux extrêmes. Son refus de se prêter aux projets de Dumouriez, qu'il dévoila, le fit mettre au nombre des commissaires envoyés à l'armée pour arrêter le général. Livrés à l'Autriche, ils furent conduits dans les prisons d'Olmûtz et, plus tard, échangés contre la personne de Madame Royale. Son activité et sa bonne renommée furent mises à l'épreuve de divers emplois militaires et civils. Bonaparte en fit son

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