Le 26 janvier
nouveaux empiétements du mattre de la France la pressaient depuis les sources du Mein jusqu'aux bouches du Pô, et cependant impassible jusqu'à l'apathie, elle avait tout supporté pendant quatre années et demie, l'établissement de Tempire et du royaume d'Italie, les insultes continuelles des folliculaires de Napoléon et celles qui venaient de lui, l'horreur de l'assassinat du duc d'Enghien ; et elle ne se décida à une rupture qu'en 1805, lorsqu'elle était réduite à cette extrémité où la honte de la défaite est moindre que celle de la résignation.
Je me permis d'arrêter ici un moment mon ioterlocu* teur.
— Je comprends à merveille lui dis-je qu'arrivée à ce point l'Autriche se soit crue forcée dans ses derniers retranchements. Mais l'Angleterre n'avait-elle pas la première rompu le traité d'Amiens? N'avait-elle pas refusé d'en accomplir la condition importante: la restitution de Malte? et son existence, pourtant, n'était nullement menacée.
Le ministre autrichien me répondit qu'on ne pouvait séparer les intérêts de TAngleterre de ceux de ses alliés sur le continent. Le roi de Sardaîgne était entièrement dépossédé; l'Autriche démantelée. Anvers et la Hollande occupés par les armées ennemies ; bien plus, le traité de paix, signé à Amiens, n'avait pas suspendu les projets d'invasion du sol britannique. Sous prétexte de renforts à envoyer à Saint- Domingue et de troupes destinées à occuper la Louisiane, Bonaparte avait réuni sur les cètes de la Bretagne et à l'embouchure de la Meuse les forces et les vaisseaux destinés à un débarquement. Enfin, il abusait de cette paix incertaine et précaire pour envoyer, sous le titre d'agents consulaires, des officiers d'artillerie et du génie explorer les côtes, les ports et les rades de la Grande-Bretagne ^ Peut-on ensuite s'étonner de la rupture du traité d'Amiens et du refus de rendre l'Ile de Malte à TOrdre, qui n'était pas en état d'en défendre l'indépendance ?
La violence des mesures de Napoléon auxquelles la rup-
1. Voir 1m mtsMges du roi d'Angleterre aa Pariement des 8 et iO mars 1S03, et le manifeste da 20 mai de la même amiée.
ture de l'Angleterre servait de prétexte ajoutèrent encore aux flagrantes inquiétudes des puissances du continent. L'occupation du Hanovre ' et par extension, celle de tout le nord de l'Allemagne, de Brème, de Hambourg, sans égard à leur neutralité, la Toscane et le royaume de Naples envahis sans droit et sans autre motif que de forcer des gouvernements indépendants à rompre leurs relations avec l'Angleterre; l'arrestation et la détention arbitraire des voyageurs et négociants anglais surpris en France par la déclaration des hostilités, Todieuse violation du droit des gens ; les immenses préparatifs qui menaçaient l'Angleterre d'un débarquement de 150000 hommes, et, par-dessus tout, rhorreur inspirée par le meurtre du dernier des Condé, amenèrent successivement les cabinets de l'Europe à penser qu'il n'y avait de salut que dans les armes : c'est ainsi que se forma la troisième coalition *.
M, de Cobentzel était alors à la tête des affaires, et M. de Stadion était ambassadeur à Pétersbourg où il fut chargé de traiter la question des subsides de l'Angleterre.
Le roi de Prusse fut encore plus lent à se décider; il se refusait à rompre ses liens avec la France, et renonçait avec peine au système politique qu'il avait adopté, celui de conserver une neutralité armée, au milieu du choc prévu entre les grandes puissances. Il espérait maintenir ainsi la paix ou faire pencher la balance du côté où il porterait le poids de ses armées, dont il s'exagérait la supériorité.
Cette politique, sous l'apparence de la modération, ne laissait pas d'être ambitieuse. Le cabinet de Berlin espérait bien se faire payer, soit le maintien de la paix, soit les secours de la guerre par des extensions de territoire et de