‹ Mémoires et relations politiques du Baron de VitrollesChapitre 5 sur 47 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

avec malice. Il fallait avoir la phrase facile et fluente, le mot précis et circonspect à la fois, le don de la couleur et le sentiment des nuances. 11 fallait avoir le talent de voiler les vérités trop nues, de percer à jour les mensonges les mieux enveloppés, et faire à chaque instant preuve de tact et montre de souplesse. — En revanche quand il en était arrivé à ce point d'habileté, un homme était fait, classé, jugé, et il devenait un personnage.

Le salon de madame la duchesse de Vicence fut un un des derniers d'une époque où les salons étaient déjà chose rare. Fréquenté par tout ce que Paris avait de remarquable et de distingué, il représentait en quelque sorte le terrain neutre où se rencontraient Tancienne aristocratie et la nouvelle. Le choix de ceux qui y étaient admis, la beauté splendide de la duchesse, en faisaient un véritable paradis, qui ne s'ouvrait qu'à un nombre restreint d'élus. Dès longtemps lié avec le duc et la duchesse, M. de VitroUes jouissait dans ce monde d'élite d'une considération à laquelle il avait tous les droits, et dont mieux que personne il sentait tout le prix. C'est là surtout qu'il remporta ces brillants succès de société qui sont restés dans la mémoire de tous ses contemporains. C'est là aussi le cadre qui convient à cette intéressante figure, dernière incarnation d'un passé qui a bien sa grandeur. Elle se détache merveilleusement sur ce fonds élégant et mondain, avec toute la noblesse de son attitude et la variété presque infinie de ses expressions. M. de VitroUes était de taille moyenne, souple et bien prise, avec une tête un peu forte, couronnée d'une épaisse chevelure que l'âge avait fini par rendre toute blanche.

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Un grand nez droit, un regard net et ferme, que la cécité même des dernières années n'avait pu troubler , des lèvres minces ' et un menton caiTé donnaient à son visage une allure singulièrement énergique et froide. Mais sa voix pleine de douceur, ses manières empreintes de cette fine fleur de politesse qui ressemble tant à la cordialité, le charme insinuant de ses moindres paroles, corrigeaient et au delà ce que le premier aspect aurait pu avoir d'un peu dur. Nul ne possédait plus que lui ce don de séduction avec lequel on s'empare des hommes. Une demi-heure lui suffisait souvent pour transformer en allié sincère un adversaire déterminé, pour renvoyer souriant et convaincu un interlocuteur maussade et récalcitrant. Il avait assez vu et assez lu pour n'être embarassé d'aucun sujet, quelque épineux qu'il pût être ; on peut donc se faire une idée du charme de son esprit, et de l'attrait qu'offrait son intimité à ceux qui avaient le droit rare d'en jouir.

En revanche, dans toutes les circonstances difficiles, dans tous les mauvais pas de la vie, il se redressait avec toute la plénitude de sa dignité et de ce courage chevaleresque dont il avait tant de fois donné la preuve. Tourmenté par de cruelles souffrances, il cherchait dans la lutte un soulagement et dans le travail un remède. . Au mois de juin 1848, déjà malade et presque aveugle il résumait encore ses idées en matières de finances dans un écrit bien remarquable par la logique des raisonnements et la nouveauté des aperçus. Ce mémoire est intitulé : De la création d'un crédit vrai, applicable à la situation ou aux besoins de l'État \ Une âme aussi

1. L'espace me fait défant, malhenreuseineiit, pour donner aux

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fermement trempée ne pouvait rien avoir à craindre de la mort. U la considérait volontiers comme l'adversaire obligé dans un duel final et inévitable. Le jour venu, il fut exact au rendez-vous, prit place avec aisance, salua courtoisement, et engagea Tépée sans pâlir. Frappé comme il Tavait prévu, il tomba en galant homme, silencieusement et le sourire aux lèvres, certain d'ailleurs qu'il laissait après lui un vide qui ne serait pas comblé, et un souvenir qui ne s'éteindrait pas.

théories financières de M. de VitroUeB, le développement qn'eUes exigeraient. Ses tentatives pour arriver à la réforme dn crédit, Tinstitntion de VOmtUum, en 1840, mériteraient nne étude à part.

Eugène FORGUES.

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